‹ L'Héritage de Pierre Le GrandChapitre 26 sur 66 · CHARTE RUSSE · texte numérisé non relu

CHARTE RUSSE

Réunions nocturnes au Palais Lefort. — Le Conseil suiirènu- s'atiriiiue le droit de pourvoii à la vacance du trône. — Clioix d'Anne Ivanovna. — Projet de réforme constitutionnelle. — Ses origines et ses antécédents. — «Les conditions. » — L'idéal politique de Dniitri Galitzine, — La nouvelle Impératrice acclamée. — La première charte russe. — Le Conseil Suprême en fait mystère. — Dangers de cette méthode. — IL L'opposition. — Le clergé. — Féofano Prokopovitch. — La noblesse. — Opinions contradictoires. — Agitation. — Anne accepte «les conditions. " — La nolilesse demande à les discuter. — Les contre-projets et leurs signataires. — Le Conseil Suprême déhordé. Tentatives de transaction. III. Arrivée d'Anne. — Première violation du pacte constitutionnel. Action occulte d'Ostermann en faveur du pouvoir absolu. — Anne se propose de Je rétablir au moven d'un coup d'Etat. — Concours de la garde assuré. — Le mouvement absolutiste se propage au sein de la noblesse. — IV. La journée du 25 février. — Pétition de la noblesse. — Elle demande à discuter les bases du nouveau gouvernement. — Intervention de la Duchesse de Mecklenbourg. — Manifestation de la garde. — La noblesse capitule. — La charte déchirée en morceaux. — V. Responsabilités de cet avortement. — Ses conséquences. — Déchéance de la noblesse. — Les représailles. — Exil des Dol{;orouki. — ABérézov. — Enquêtes et suppliées — A ^îovgorod. — IvanDolgorouki. — L'ex-fiancée du Tsar. — INathalie Dolgorouki. — Son roman. — Ses Mémoires. — L'aube rouge du nouveau règne.

Théoriquement, comme après la mort de Pierre 1", il n y avait plus rien. En fait, le Conseil Suprême restait debout, puisant dans la situation même un surcroît d'autorité que personne ne pouvait songer à lui disputer. Il comprenait, à ce

moment, cinq membres faisant office de ministres : le chancelier, Comte Golovkine; le vice-chancelier, baron Ostermann; les deux Dol{|orouki, Alexis Grigorovitch et Vassili Loukitch, et runifjue Galitzine, Dmitri Mikhaïlowitch. Apraxine n'en était plus : il reposait, depuis le 10 novembre 1728, sous les voûtes du monastère de St-Ghrysostôme à Moscou. Le gouverneur de la Sibérie, Michel Vladimirovitch Dolgorouki, ayant voulu venir à Moscou pour assister au mariage de sa nièce, était admis aussi à l'assemblée. Ces six personnages se trouvèrent réunis au palais Lefort au moment où Pierre II succombait. Après quelques hésitations, ils s'adjoignirent encore les deux feld-maréchaux, Vassili Vladimirovitch Dolgorouki et Michel Mikliaïlovitch Galitzine, et entrèrent en délibération dans une pièce écartée. Le conciliabule ainsi formé parut étrange aux autres hauts personnages qui passaient la nuit au Palais ou v arrivaient maintenant. Le troisième feld-maréchal, prince Ivan louriévitch Troubetzkoï, était là et lagoujinski aussi et Dmitriev-Mamonov, marié morganatiquement à unedes Tsarevny, Prascovie Ivanovna, sœur de la Duchesse de Courlande. Pourquoi les " hommes d'en haut » avaient-ils de préférence fait appel aux autres? Que voulait dire ce nouveau corps délibérant qui n'émanait d'aucune loi? Ce n'était plus le Conseil Suprême. Qu'était-ce donc? Ainsi un premier germe de mécontentement et d'opposition se formait contre les décisions qui allaient sortir de cette chambre close où des personnages, qui n'avaient aucun mandat pour cela, débattaient l'avenir de la Russie.

Le débat ne fut pas long. Tous sentaient le prix du temps. Les Dolgorouki n'osant aborder les premiers la question du testament, Golovkine toussant et invoquant une extinction de voix, Dmitri Galitzine rompit les chiens. La situation lui paraissait très nette. » Il n'y avait aucun héritier désigné. Le « testament de Catherine V^ ne comptait pas, ne devait pas « compter. Elle n'avait aucun droit d'en faire un. Une fille « tirée de la boue!... L'autre testament.. .» Ici les Dolgorouki dressèrent les oreilles et interrogèrent anxieusement les visages

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