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faire des donations de domaines ou villages

7. appeler à des charges de cour des Russes ou des étrangers;

8. employer les ressources de l'Etat pour ses besoins personnels.

C'était bien le rêve de Galitzine réalisé, l'organisation définitive et constitutionelledu pouvoir oligarchique exercé en fait sous Pierre II, deux Galitzine, quatre Dolgorouki et deux représentants seulement du nouveau personnel gouvernemental créé par Pierre V" , Golovkine et Ostermann, en prenant hi charge. L'article 4 ci-dessus reproduisait simplement et textuellement un oukase du 2 octobre 1727 par lequel le Conseil Suprême s'était réservé les nominations dans l'armée (I).

Mais Ostermann demeura étranger à cette dernière mise au point de l'œuvre commune. Subordonnant sa qualité de vicechancelier à celle de précepteur, il prétendait ne devoir plus quitter la dépouille mortelle de son élève. Mis en demeure de signer le document avec ses collègues, il s'exécuta, en faisant des réserves mentales, dont il devait plus tard se prévaloir.

(1) FiLiPPOv, Les tendances oligarchiques du Conseil Suprême, p. II.

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Et il ne fut pas question un instant de soumettre la « charte » aux suffrages du Sénat du Synode et de la Généraliié. Le i>as eût été trop périlleux. Pour leur malheur, les viérkhovnilii imaginèrent de l'éviter au moyen d'un faux. Dans une lettre adressée à Anne ils indiquèrent « les conditions » comme émanant du vote unanime de tous les tchiny ecclésiastiques et laïques. Trois députés représentant les trois corps d'État, Conseil Suprême, Sénat et Généralité, furent chargés déporter à Mittau cette lettre, dont deux d'entre eux ignorèrent le contenu. Galitzine s'était opposé à ce que le Synode figurât dans la députation. " Le clergé s'est déshonoré en consentant à l'avènement de Catherine » , disait-il. Ce fut une autre lourde faute, dont les conséquences ne devaient pas tarder à se manifester.

Féofane Prokopovitcli s'en trouva fortifié dans son hostilité. Il avait été toujours partisan de la monarchie illimitée, concevant la religion comme une force sociale indépendante, mais dont le concours actif, dans la lutte contre la superstition et l'ignorance, devait s'harmoniser avec l'exercice du pouvoir absolu. Opposé, par solidarité avec Pierre P"", au rétablissement du Patriarcat, disposé à se contenter d'une organisation du Synode qui lui permettrait de le gouverner à sa façon, il ambitionnait, à côté du trône, le rôle d'un Favori ecclésiastique. Sous Pierre I", Etienne lavorski et Théodose lanovski lui avaient barré le chemin. Sous Catherine I"' deux autres adversaires, Théophile Lopatinski, archevêque de Tver et (ieorges Dachkov, archevêque de Rostov, s'étaient substitués à ceux-là, allié l'un aux Galitzine, l'autre aux Dolgorouki, élève le premier de l'école petite russienne, moyenâgeuse et polonaise, le second de l'école grande russienne et de son formalisme étroit. Ces deux directions spirituelles se partageaient

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eu Russie le monde religieux du dix-huiliènie siècle. Sous Pierre II le parti ^rand russien l'emporta au Synode, et le Synode arrivant à être subordonné au Conseil Suprcnte, Féofane n'y gagna pas. La typographie de Saint-Alexniidre Nevski on étaient imprimés ses écrits fut fermée. On renouvela contre lui d'anciennes accusations de simonie et il dut payer de fortes amendes. Il avait, paraît-il, pris des libertés criminelles avec les icônes ornées de pierres précieuses. II rêvait une revanche.

Derrière lui et un peuà son instigation, les camp des mécontents groupa, dès le premier moment, la plupart des évèques, ainsi que les hauts fonctionnaires souffrant, comme lagoujinsKi, d'avoir été écartés delà première délibération au palais Lefort. Le parvenu imagina même d'envoyer à Mittau un émissaire pour prévenir Anne que « les conditions « , dont tout le monde parlait sans les connaître, n'avaient pas l'assentiment général. Pierre Spiridionovitcli Soumarokov, un parent du futur dramaturge, fut chargé de la commission. Il ne put l'exécuter. Vassili Loukitch, de plus en plus décidé à se mettre en avant, avait voulu faire partie de la députation officielle, et, tout en brûlant les étapes, il surveillait les chemins. H mit la main sur l'émissaire, mais fut prévenu à son tour par un courrier de Reinhold Loewenwolde, dont on connaît les relations déjà anciennes avec Anne Ivanovna. Le frère de cet aventurier, Gustave, était devenu, entre temps, 1 amant de la Duchesse de Courlande et servit d intermédiaire dans la circonstance. La future Impératrice sut ainsi à l'avance qu'on voulait limiter son pouvoir et que la chose n'allait pas sans opposition.

Cette opposition parut cependant divisée aussitôt elle-même, les uns se prononçant pour le maintien de l'absolutisme, les autres pour sa limitation, mais avec le concours de la Generaliic et aussi de la noblesse. La petite noblesse s'insurgeait surtout contre l'extension donnée au pouvoir des « hommes d'en haut» . Le changement proposé ne lui promettait qu'une (vrannie polycéphale. Elle croyait voir aussi qu'il aurait pf)ur effet d'introduire un ordre de choses que la Russie s'appliquait à maintenir en Suède et en Pologne, comme un élément de fai-

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blesse. Anlioche Kantémir, deuxième fils établi en Russie du bospodar de Moldavie, et Vassili Nikitilch Taticblcbev, l'un poète, Taulre bislorien, figuraient en télé du [groupe et s'agitaient violemment. Le gouverneur de Kasan, Volynski, traduisait éloquemmenl le sentiment commun en écrivant à Taticblcbev : « Ce sera le règne de dix familles. « (l) Quelques dissidents tenaient pour Eudoxie ou pour la ducbesse de Meckleiibourg. Élisabelb avait ses partisans, qui à la faveur de l'effervescence générale, osaient se manifester. Manstein veut que dans la nuit du 18 au 19 janvier, le médecin de la Tsarevna, Leslocq, l'ait réveillée en l'engageant à faire valoir ses droits. Mais elle refusa (2). On raconta plus tard qu'elle était grosse à ce moment.

La diplomatie étrangère se remuait aussi beaucoup. A la première alerte, Westpbal, l'envoyé danois, avait couru cbez son collègue anglais Ward, pour réclamer main-forte. 11 (allait à tout prix écarter Élisabelb. « L'intérêt du roi Frédéric IV en « souffrirait jusqu'aux os. " Ward offrit 20,000 roubles; mais le Danois se contenta de 3,000 ducats, qui ne lui servirent qu'à apprendre plus tôt la nouvelle de l'élection. Wratislaw, assislé par les minisires de Holstein et de la Suède, n'en continua pas moins à se donner du mouvement en faveur de la Tsarevna.

L'agitation alla en grandissant. Moscou, je l'ai dit, regorgeait à ce moment de noblesse provinciale. On compta bientôt jusqu'à 500 mécontents, se réunissant en des conciliabules nocturnes, discutant projets sur projets. Privé par l'absence de Vassili Loukitch du plus avisé sinon du plus résolu de ses membres, le Conseil Suprême perdit pied dans celte tourmente. a Les conditions « , ébruitées peu à peu soulevaient des objections multiples. H parlementa, expliquant comment on n'avait pu les discuter publiquement. Ne fallait-il pas que la réponse de la future Souveraine fut d'abord connue? Il consentit à ce que le titre de <t tsarine-autocratrice » fut conservé provisoi-

(1) SoLoviov, XIX, 251.

(2) MA^STEI^, Mémoires, p. 48.

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renient dans les prières et les actes officiels. Il glissait sur la pente dangereuse des coniproniis.

La réponse arriva le l" février, avec le général Léontiev, un des députés, qui ramenait Soumarokov, les fers aux pieds. On raconta que Vassili l.oukitcli avait roué de coups le malheureux messager (l). Anne consentait évidemment. Sa réponse avait été rédigée à l'avance ])ar Yassili Loukitch, en des termes qui laissaient supposer que la Souveraine s imposait d'elle-même les entraves inventées par les viérkliovniki.. Lecture en fut donnée le lendemain dans une assemblée, dont on s'avisa cette fois d'exclure les étrangers. Ils occupaient à ce moment un cinquième des hauts grades dans le service civil, un tiers dans l'armée et deux tiers dans la flotte (2).

Un silence de mort accueillit la communication, au témoignage de Prokopovitch. « Les auditeurs baissaient les oreilles Cl comme de jeunes ânes. » Voulant se donner l'air d'être surpris eux-mêmes par le contenu de la lettre impériale et se doutant que cette altitude ne trompait personne, les viérkhovniki tombaient de leur côté dans une confusion ridicule. Galitzine seul cherchait à se donner une contenance, « crachant bruyamment » et répétant : u Voyez comme T Impératrice est gracieuse. » Personne ne soufflant mot, il finit par s'impatienter.

— Vous êtes donc muets !

Une voix s'éleva.

— Je ne sais comment l'Impératrice a pu avoir 1 idée d'écrire ces choses.

Ce n'était pas cela que Dmitri Mikhaïlovitch attendait. Au lieu des acclamations souhaitées, il provoquait un débat sur le point délicat de la question. Heureusement Finterpellateur n'eut pas d'écho, et aussitôt, le silence continuant, on s'avisa de faire signer le procès verbal de la réunion. Gela équivaudrait à une approbation. Personne ne protesta, Féofane Pro-

(1) CnTCUEnBATOv, Oeuvres, II, 185.

(2) Annuaire de la géniralilé pour 1730. Mémoires du prince Dolgoroukor. I,

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konovitcli donnant le premier l'exemple de l'obéissance. Cinq cents signatures furent recueillies (1). Mais, en donnant la sienne, le prince Alexis Mikhaïlovitch Tcherkaski demanda qu'il lui fût permis, ainsi qu'à un grand nombre de ses amis, d'exprimer leur avis sur la nouvelle organisation de l'Etat. Autre porte ouverte aux discussions. Toujours déconcertés, les ('/e/7.7/ov«2A/' n'osèrent la fermer, et le flot insurrectionnel qui montait y passa, emportant leur œuvre. Comme honteux de leur faiblesse et voulant s'en relever par un acte d'autorité, ils ordonnaient en même temps d'arrêter lagoujinski. La mesure ne pouvait plus servir qu'à exaspérer les opposants. Ceux-ci se rendaient bien compte que le Conseil allaita la dérive, déchiré lui-même par des discordes intimes. Les Galitzine tiraient d'un côté, les Dolgorouki de l'autre. Profitant de l'absence de Vassili Loukitch, Dmitri Mikhaïlovitch travaillait à « remettre au pas » la famile rivale. Elisabeth s'adressant au Conseil pour savoir si c'était par son ordre qu'Ivan Dolgorouki avait fait enlever la garde d'honneur dont elle constatait la disparition devant sa maison, la réponse fut : ' non; et si le prince Ivan « envoie chez vous avec de telles commissions vous pouvez « faire fouetter les commissionnaires, et s'il se présente lui- « même, vous pouvez lui cracher au visage. » (2j Des contestations éclataient entre les conseillers au sujet de toutes les mesures à prendre. Fallait-il publier de suite « les conditions » , ou attendre l'arrivée de l'Impératrice? Ostermann, consulté, fit adopter le second parti. Les viérkhovniki se contentèrent d'annoncer à la Souveraine que le nouveau régime avait été l'objet d'un accueil enthousiaste. Ils n'en étaient plus à un mensonge près.

Mais les contre-projets de réforme constitutionnelle annoncés par le prince Tcherkaski commençaient à affluer. Du 5 au 10 février on en remit huit au Conseil. Beaucoup d'autres circulaient. Douze nous ont été conservés, portant 1,100 signa-

{\) SoLOViOV, Histoire de llusxie, XIX, 253.

(2) Mardkfeld, 16 février 1730. Arcliives secrètes de Berlin. La dépèche n'a pas été publiée dans le Sbormk.

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tures (1). Les signataires appartenaient à toutes les catégories de la noblesse, le trait d'union des rédactions contradictoires se rencontrant dans le désir commun d'élargir la réforme. On acceptait la limitation du pouvoir absolu, mais en remplaçant roligarchio par « l'ensemble du peuple », {ohclitcliénarodié). Cela voulait dire le corps entier de la noblesse, les « maigres » y compris. On tombait d'accord sur les grandes lignes, en les étendant très loin, — jusqu'à l'égibilité par exemple de tous les fonctionnaires, que Pierre I"^ avait limitée aux grades subalternes. On ne parlait dans les rues de Moscou que constitution anglaise, parlementarisme, république même. Un prince demandait à un ministre étranger des renseignements sur la constitution républicaine de Genève (2).

Dans le détail, l'entente cessait entièrement, annonçant déjà l'avortement définitif de cette gestation désordonnée. Au nom de la petite noblesse, quoique sous le couvert de Tclierkaski, Tatichtchev rédigea un projet qui supprimait purement et simplement le Conseil Suprême, en le remplaçant par une chambre de 100 membres. Il recueillit 249 signatures. Mais la majorité, aux prises d'une part avec les influences aristocratiques, d'autre part avec le chaos des idées constitutionnelles et parlementaires, répugnait à cette solution simpliste. Elle exprima ses opinions et ses vœux en trois autres projets élaborés par Sékioutov, Grékov et Alaberdiev, qui eurent jusqu'à 'A'i ou même 840 signataires. Les chiffres sont incertains. Dans la fièvre qui agitait tout le monde, beaucoup signaient plusieurs fois le même projet et d'autres donnaient leur approbation à des projets différents. Les grandes lignes du projet de Sékioutov étaient celles-ci :

l. L'Impératrice ne dispose sans contrôle que de sa cour, dont les revenus sont déterminés;

i) KonSAKOv, Avènement d'Anne I'", p. 147 ; Mikiiailov, Docnnieiit.t historiques, 1873, p. 1 et suiv. Ce Recueil peu connu contient, sur cet épisoiie, des renseijjnemenls précieux.

(2) MAnnKFEtD, 20 février 1730. Archives secrètes de Berlin. Même observation que pour la dépèche précédente.

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i2. Le pouvoir exécutif appartient au Conseil Suprême qui décide de la guerre et de la paix, nomme à tous les emplois, commande l'armée et exerce le contrôle financier;

3. Un Sénat de 33 membres s'occupe de Texamen préalable des affaires soumises au Conseil Suprême. Une Chambre de la noblesse comprenant 200 députés et une Chambre réunissant un nombre à déterminer de députés nommés par les villes, sont chargées de défendre les intérêts respectifs des deux classes, ainsi que ceux du bas peuple (I).

Il y avait là un développement des «Conditions » , mais une concession aussi au parti oligarchique; donc la base d'une transaction. Dmitri Galltzine pensa en trouver une autre, en préparant un formulaire en 10 articles du serment que l'on devrait prêter à la Souveraine. Il accordait l'entrée au Conseil de quatre nouveaux membres. Dans les circonstances exiraordinaires, le Sénat, la Généralité et la noblesse même seraient convoqués. Pour gagner le clergé, il supprimait le Collège chargé de l'administration des biens ecclésiastiques et en restituait la gestion aux éparchies et aux monastères. Il flattait encore la noblesse avec la promesse qu'on ne recruterait plus ni soldats ni matelots dans ses rangs, les fonctions civiles et militaires lui demeurant exclusivement réservées. Aucune trace de ce document ne s'est conservée dans les procès verbaux des délibérations du Conseil Suprême. Nous ne le connaissons que par les rapports des envoyés étrangers, fort confus et contradictoires; on a supposé qu'il correspondait à un projet de réforme constitutionnelle, préparé de longue main par Galltzine, avec le concours de lick, un collaborateur de Pierre I, placé maintenant à la vice-présidence du Collège de commerce (2). Les concessions qu'il contenait étaient certainement insuffisantes désormais. La noblesse avait pris le mors aux dents, et les viérkhovniki achevèrent de la rendre intraitable par de nou-

(1) KoRSAKOV, loc. cit. Texte rcprotluit avec quelques variantes clans la Correspondance du duc de Liria, Dix- huitième siècle, III, 34-35.

(2) IIjarke, Kyska Konstitutions project ar 1730, Jlistorik Tifdskrift, 1884, Comp. MtLiouKOv, Essai de réforme constilutioniielle à i avènement d" Anne r% 1894. (Publications de la « Rousskaïa Mysl » ),

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veaux actes de faiblesse. Pour désarmer GohjvkiiH;, qui au sein du Conseil même créait un centre d'opposition, ils offrirent (le remettre en liberté lagoujinski, en lui restituant ses emplois. Le prisonnier refusa. « Vous m'avez sali; vous ne pouvez pas « me laver. » Il attendait larrivée de Tlmpératrice et la noblesse fît de même, s'en remettant à elle pour résoudre un conflit, où, de plus en plus, le Conseil semblait perdre ses chances de victoire.

Anne fut aux portes de Moscou, à Vssiésviatskoié, le 10 (21) février 1730. Elle arrivait avec des dispositions d'autant plus hostiles pour le Conseil que Vassili Loukitch n'avait pas voulu permettre que l'homme avec lequel elle partajjeait depuis plusieurs années son existance en Courlande, Biihren, la suivit en Russie. Elle emmenait cependant la famille entière du Favori, indiquant ainsi qu'elle comptait bien, un jour prochain, l'appeler lui-même auprès d'elle. D'après une version, elle aurait été devancée dans la capitale par un parent des Lœwenwolde, Korff, chargé de travailler au maintien dasamodiérjavié, en s'entendant à ce sujet avec lagoujinski. Cet émissaire serait tombé peu après en disgrâce, pour avoir « trop « présumé des services qu'il avait rendus et de sa belle figure,... « à un moment où il se trouvait trop peu de vide dans les i amusements de la Souveraine. " ( l ) Les funérailles de Pierre, retardées jusqu'à ce moment, furent ordonnées pour le 11. A la formation du cortège au palais Lefort il y eut une longue attente, parce que la fiancée du défunt réclamait une place parmi les membres de la famille impériale. Elle et les siens n'y gagnèrent qu'un concert d'injures et de protestations, et finalement Mlle Dolgorouki resta chez elle.

(1) La Chétardù;, 3 (14 juin 1740. AU. Élr. Uussie.

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Des fenêtres du palais Ghérémétiev, une autre fiancée qui devait relever un nom détesté par Téclat d'une beauté morale incomparable, regarda passer ce cortège, qui emportait son bonheur. Devançant le cercueil, portant sur un coussin de velours les insignes d'une grandeur disparue, le Favori tout puissant de la veille, grand chambellan aujourd'hui encore, mais demain? Ivan Dolgorouki marchait, paie, défait, et comme enseveli lui-même dans le grand crêpe, qui de son chapeau tombait jusqu à terre. Et Nathalie (ghérémétiev frissonna en le voyant dans ce lugubre appareil. Il leva les yeux et leurs pensées se joignirent sans doute dans une angoisse commune. De quoi demain serait-il fait? (1)

A Vssiésviatskoié, le premier acte d'Anne fut une violation du pacte constitutionnel qu'elle venait d'accepter. Des détachements du régiment Préobrajenski et du régiment des gardes à cheval y avaient été envoyés. Elle leur fit grand accueil, versa à tous des verres d'eau-de-vie et se proclama colonel du régiment et capitaine de la compagnie. Le Conseil Suprême se présentant à son tour fut reçu poliment, mais avec beaucoup plus de froideur. Golovkine remit à la Souveraine Tordre de Saint-André. «C'est vrai, dit-elle, j'avais oublié de le prendre." Et elle s'en fit revêtir par un des hommes de sa suite, de façon à bien marquer qu elle ne le tenait pas du (^onseil.

Le 15 février eut lieu l'entrée solennelle de la Tsarine dans sa capitale et cinq jours après, la prestation du serment dans la Cathédrale de l'Assomption [Onsspiénski Sohoy^) et dans quatorze autres églises. Au dernier moment, le Conseil s'était décidé à écarter du formulaire tous les objets de controverse, se bornant « à une légère modification du texte usuel : on jurerait fidélité 4< à Sa Majesté l'Impératrice Anne Ivanovna et à VEmpirc. » Mais le bruit courait que les viérkhovniki avaient accolé leur propre nom h celui de la Souveraine et Féofane Prokopovitch refusa de se rendre à la Cathédrale avant d avoir pris connaissance de la nouvelle rédaction. On avait beau lui dire que le

(i) Princesse Dolgokoiki, Mémoires, Archive Russe, 1867.

INTERVENTION DOST K li M A N N I V:'.

Conseil attendait. Malheureusement pour lui, en s obstinant, il se trouva seul. Les autres évéques, intimidés, lui faussaient compagnie un à un, et, furieux, il dut les suivre. Du moins insista-t-il pour que le formulaire fut j)réalal)lement lu en chaire. On s'étonna de n'y rien trouver de ce qu'on attendait, et on raconta que Vassili Loukitch avait sollicité le concours des Préobrajentsy pour l'innovation projetée, mais que ceux-ci lui avaient dit : « Nous te casserons les os si tu oses quelquechose de pareil! " (1) Prokopovitcli, décontenancé, n'osa prononcer un sermon qu'il avait préparé avec des allusions aux événements en cours.

Deux jours plus tard les viérhhovnihi firent un pas de plus dans la voie des concessions. Un projet, qui maintenait h leur profit la totalité du pouvoir usurpé, n'avait réuni, avec le général Matiouchkine entête, que 25 signatures. Ils se sentaient débordés. Ils parlementèrent avec les officiers de la garde, offrant tantôt de remplir les vacances qui se produiraient au Conseil avec des membres pris dans les rangs de la petite noblesse, tantôt d'admettre qu'elle nommât des députés pour la discussion des intérêts communs. Mais déjà entraient en scène deux acteurs nouveaux, dont le rôle s'annonçait comme devant être décisif dans le dénoùment du drame.

Ostermann gardait la chambre depuis l'élection d'Anne Ivanovna, se couvrant d'emplâtres et faisant circuler les bruits les plus alarmants sur sa santé. Mais on commençait à sentir sa main dans la marche des événements. Les viérl,li(jvnilii n'\\^noraient pas qu'il entretenait une correspondance active avecles principaux meneurs de l'opposition et avec la Tsarine ellemême. xVux uns il persuadait que le meilleur parti pour eux

(1) Prokopovitch, Récit sur la mort de Pierre II et iavènement d'Anne Ivanovna publié par lazykov avec une traduction des prétendus il/f';/joiVe5 du duc de Liria, 1845 p. 211 et suiv. — Ct;s Mc'moiresne sont que les extraits de sa correspondance, dont l'ai indiqué une copie au dépôt des Aff. Etr. En se référant à une publication française par Eitz-Jaines des Mémoires du duc de Liria et de Berwick, 1788, lazykov en a imposé à ses lecteurs. Cette publication n'a jamais existé et le diplomate espajjnol n'a jamais porté le titre de duc de Berwick. L'éditeur russe s'est servi d'une copie appartenant à N. Hestoujev-Riouminc. — Le récit de Prokopovitch est généralement tendancieux et rempli d'inexactitudes.

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était de demander à la Souveraine en personne la réalisation des réformes souhaitées; à Tautre il insinuait que, comme fille du frère aîné de Pierre I", elle avait droit à son héritage en dehors de toute élection, et, par conséquent, des conditions auxquelles celle-ci pouvait être subordonnée.

L'idée d'écarter les viérkhovniki du débat faisait ainsi son chemin, et Anne, de son côté, s'empressa au-devant de cette solution. Vassili Loukitch, qui était revenu de Mittau avec elle, la tenait à la vérité en tutelle étroite, et ce régime ne laissait pas de séduire quelques imaginations éprises de l'idéal constitutionnel ou répulîlicain. En correspondance avec Volynski, le brigadier Kozlov s'en émerveillait naïvement. Réduite au strict nécessaire, la Souveraine ne pouvait prendre une tabatière, recontail-il, sans la permission du Conseil. On lui donnait centmille roubles par an, et, comme elle n'en avait pas eu plus de soixante mille par le passé, elle devait être contente. A la moindre incartade, elle risquait d'être renvovée en Gourlande. D'ailleurs, si on l'avait mise sur le trône ce n'était que provisoirement, et pour préparer les appétits à un meilleur festin, mot à mot « pour oindre les bouches » [potnazka po goubam) (1), L'accès des appartements de l'Impératrice était sévèrement interdit à tous les frondeurs présumés. INIais Vassili Loukitch ne surveilla pas assez l'entourage féminin de la Souveraine. Robuste, hardie, pleine d'entrain et degaieté, insoucieuse desconvenances — les Allemands l'avaient appelée » die wiide Herzogm^> — la duchesse de Mecklenbourg prêchait la résistance et s'occupait de l'organiser. Par elle, par sa sœur cadette, Prascovie, par sa cousine germaine, Mme Golovkine, par Nathalie Lapoukhine, maîtresse de Reinhold Lœwenwolde, et d autres encore comme Mesdames Ostermann, lagoujinskaïa, Soltykov et la princesse Tcherkaskaia, Anne Ivanovna resta en communication avec le dehors et accessible aux influences et aux suggestions qui en venaient. Prokopovitch lui faisait parvenir un mémoire caché dans une pendule artistement travaillée. Le petit

(1) KosToiMAROv, Ilisloire lussc en Biocjrapliie.i, 1888, II, 134.

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