Ks i:t li A >; c E r. s i: n i; u s s i i
iielles de la tâche sont pour exclure toute intcr|)rélatioii iiumiliante de ce phénomène. La race, qui a reçu en parlajje le [this vaste domaine continental donl ie nioiule ail \ u justju à présent la formation, qui a su le jjarder et (jui est en passe de Taccroitre, cette race de cent trente millions d'hommes tantôt ne saurait assurément être considérée comme inférieure à aucune autre. Ceux qui ont eu à souffrir de sa force d expansion ont le plus d'intérêt à le proclamer, car on ne peut se grandir en diminuant ses vainqueurs. Mais Rome elle-même n"a pas fait la conquête du monde sans auxiliaires. Aussi le vaste système de recrutement au dehors inauguré par Pierre I" se rattache-t-il, dans l'histoire du pays, à des traditions très anciennes. La présence et l'importance, même numérique, des contingents étrangers que le pays a ainsi ahsorhés à diverses époques s'y accuse nettement dans la formation séculaire de la classe dirigeante, dans la généalogie des grandes familles. A s en rapporter même h la Barlihutnaîa Kniga, répertoire de noblesse conservé au département héraldique et ainsi appelé [Livide de velours) à cause de sa reliure, la pluj)art de ces familles tireraient leur origine d aventuriers étrangers venus en divers temps pour prendre service chez les grands-ducs de Kiev, de Tchernigov, de Tver, de Riazan, de Moscou et de Novgorod. Bien plus, d'après le même document, les descendants de Rurik mis à part, pas une seule famille n'aurait une origine purement indigène, heurs rodondic/uihn/.i, ou souches, seraient sans exception aucune, des Tcherkiesses, des Lithuaniens, des Prussiens, des Yolhyniens, des Khalilchaniens, des Allemands, des Tatares, des, Suédois. Prussiens, les ancêtres des Soltvkov, des Morozov, des Chérémétiev ; Tatares ceu.x des Apraxine et des Ouroussov ; Allemands ceux des Tolstoï; Grecs ceux des Golovine. Et les chefs n'arrivaient pas seuls! L'Allemand ludrys, dont se réclament les Tolstoï, passe pour avoir amené avec lui 2.000 compagnons. Parmi les familles non inscrites au Livre de velours, les Orlov procèdent de 1 Allemand Léo; les Novossiltsov du Suédois Schallav; les IJloudov d'un innnigrant hongrois.
184 L'HElîlTAGE DE PIEIMIE LE GIIAND
Ces indications ne doivent pas, à la vérité, être acceptées sans réserve. Une vanité singulièrement placée a multiplié, dans ce domaine, les hypothèses, voire les inventions les plus fantaisistes. Au sein d'une cour et d'une société où prévalaient les influences exotiques, il a été de bon ton pendant longtemps de s'attribuer de telles ascendances. Elles constituaient une forme de snobisme, dont les exemples paraissent perpétués jusqu'à une époque récente et propagés jusqu'au sein de la classe industrielle. Il y a une dizaine d années un procès mettait en cause, à Pétersbourg, le nom pseudo-anglais de Victorsolui arbitrairement usurpé par un paysan du gouvernement de de Toula. Il expliqua que c'était pour mieux vendre ses cigarettes.
Dans l'ensemble, le trait n est pas contestable. Dans l'armée, dans l'église même, l'origine étrangère d'un grand nombre d'illustrations échappe à tout doute. Abraham Palitsine, le célèbre célérier de la Laure de Saint Serge, illustré à lépoque des faux Démétrius, était un Polonais. Sur i3 feld-maréchaux créés depuis 1700, en faisant abstraction des membres des familles régnantes, étrangers eux aussi comme on sait, on trouve : 1 3 russifiés de fraîche date ; 1 2 étrangers ou Allemands des provinces baltiques; G Ruri/.ovitc/iy de provenance normande plus ou moins authentique; (> descendants du prince lithuanien Giedymin et 4 Petits Prussiens. Deux indigènes en tout : les Chouvalov. Souvorov venait de la Suède; Patiomkine de la Pologne. Le prince Golenichtchev-Koutousov, le héros de la guerre de 1812, descendait d'un ancêtre allemand par son père et même par sa mère, une Beklémitchev. La mère du défenseur de Moscou contre les Polonais, prince Pojarski, appartenait aussi à cette famille. Sous Anne Ivanovna, les trois régiments de la garde furent successivement commandés par trois Allemands et un Anglais : le feld-maréchalMiinnich, le prince de Brunswick, Gustave Buhren et le général Keith. En parcourant la liste des hauts fonctionnaires civils, depuis Anne Ivanovna jusqu'à nos jours, on aperçoit encore des Tatares, comme le prince Tcherkaski ; des Écossais comme Bestoujev-
OIIICINK KXOTIQUE DHS Ci; ANrd.S TAMIIIIS IS.l
IJioiiniine, dont le vrai nom était iJest ; des Italiens coninie l'anine qui se trouvait des parents à Lucques; des Petits llussiens, comme Bezborodko et Kotchoubey ; puis encore des Allemands en foule : Ostermann, Nesselrode. dont la mère était la fille d'un juif portugais. Deux Russes autlienti(|ues seulement : Golovkine et Roumiantsov et un liiiril.oviirli : Gortcliakov.
Le mouvenientintellectuelse rattache ici aux mêmes sources." Au dix-septième siècle, il procéda de la Polofjne ; Siméon Polotski, fondateur d'écoles sous le règne d'Alexis Mikliailovitch, en venait. La Moldavie donna à la Fiussie de Pierre le Grand son unique poète : Kantémir. Lomonossov, à l'époque suivante, fut bien un Russe; mais après lui Diérjavine célébra lui-même en vers son origine tatare. Souraarokov chercha ses ancêtres en Suède, Khéraskov en Valachie, J5oltine en (Iriméc. Von-Visine déguisa mal un nom allemand de Livonie et Karamzine fut plutôt fier d'identifier le sien avec celui d'un Kara-Murza, ou Murza noir de la Steppe. L'aïeul de Griboïédov s'apj)elait GrzyboAvski [grib en russe, <p''yh en polonais veut dire champignon) et avait été appelé de Pologne sous Alexis Mikhadovitclî pour prendre part au travail de codification entrepris à cette époque. Joukovski, on ne l'ignore pas, est né d'une esclave turque et d'un Polonais russifié, Buniszewski, qui est devenu Bounine en Russie. Lermontov soupira toute sa vie après une Learmouth-Toiver, plus ou moins certaine, que ses ancêtres auraient possédée en Ecosse, et sa mère était une Tatare. Le Petit-Russien Gogol se donnait un ascendant polonais, le gentilhomme lanovski établi en Ukraine. Au sang africain, dans les veines de Pouchkine se mêlait le sang allemand d'un aventurier du treizième siècle (1).
Du dix-septième au dix-neuvième siècle tout au moins, ces étrangers ont vraiment tenu entre leurs mains plus d'une moitié de ce qui a été la grandeur et la puissance de la Russie.
(i) Karnovitcii, Les uoui'i pattonYiniijuc: et le: titres en Ilussic. 1886. \>. 23V el 8uiv.
Ont-ils fait à eux seuls cette grandeur et cette puissance? Non certes! De l'aveu des Allemands eux-mêmes, les ressources qu'ils trouvaient dans le pays, les lar^^es horizons qui s'y ouvraient à leur esprit d entreprise décuplèrent les talents naturels des Ostermann et des Miinnich. Quelques-uns d'entre eux avaient d'ailleurs fait leurs preuves sur d'autres théâtres, avant de venir en Russie, et ils n y avaient guère brillé. C'est ■^ le cas du vainqueur de Dantzig, que je vais tantôt montrer aux prises avec Biihren et dont pour cette raison, je dois préciser ici le personnage, Ostermann, qui figura en tiers dans la bataille, étant déjà suffisamment connu du lecteur.
Destiné par Pierre le Grand à construire des canaux, Miinnich se recommandait pour cet emploi par sa provenance même. Il appartenait à une famille de paysans héréditairement appliqués à la même besogne dans le Wiisteland, pays marécageux du comté d Oldenbourg. Son père, parvenu au grade de lieutenant-colonel dans l'armée danoise, avait cependant été anobli. En 1699, à I (! ans, le fils prit du service en France, dans le génie militaire, passa à l'armée de Hesse, pour devenir plus vite major, combattit ses anciens compagnons d'armes sous Eugène de Savoie et Marlborough, et, après Oudenarde, se retrouva avec eux, comme prisonnier. Détenu à Cambrai, il prétendit dans la suite avoir connu à ce moment et fréquenté Fénelon, et aima à rappeler des entreliens peut-être imaginaires, comme lui ayant fait passer les heures les plus agréables qu il eut vécues.
En 1716, on le retrouve au service d'Auguste II, général maintenant, mais peu satisfait du prix accordé à ses mérites, et hésitant à faire son choix entre Pierre 1" et Charles XII, qui lui paraissent mieux disposés aies apprécier. La mort du héros suédois le lira d'embarras et lui fit mettre le cap sur Saint- Pétersbourg. En dépit de sa belle prestance et de sa tournure martiale, il se vit négligé pourtant encore, inutilisé pendant la campagne de Perse, et réduit en 1723, sur la recommandation de Bruce, à reprendre la construction mal amorcée du canal de Ladoga. Depuis 1710, sur 104 verstes de parcours,
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le constructeur russe, Pissare\ , un protégé de Mentlilkov, n'était arrivé a en creuser que dix, et 1 ouvraj^je lait paraissait inutilisable. L'Allemand se fit fort d y mieux réussir, mais réclama un traité en règle et la charge de grand-tnaitre de Tartillerie. Pour recevoir beaucoup moins, il dut attendre la chute de Menchikov. Il eut alors, sous le règne de Pierre II, le gouvernement de l'Ingrie et de la Finlande, avec le commandement des troupes qui s'y trouvaient. Au couronnement du jeune Tsar, il y ajouta le titre de comte, et, le canal de Ladoga se trouvant terminé, on lui attribua peu après le gouvernement de Saint-Pétersbourg. Elisabeth, qui avait un souslieutenant de ses protégés à caser, ne fut pas étrangère à la promotion (1).
Le commandement de l'artillerie lui échappait encore. A bout d'autres ressources pour 1 atteindre, il épousa la veuve du grand maréchal de la cour, Soltvkov, une Allemande, née Malzahn, qui savait faire valoir ses relations de famille, et elle lui donna la présidence du Collège de la guerre par-dessus le marché. Il forma deux nouveaux régiments de la garde, l'Ismaïlovski et les gardes à cheval, organisa le génie comme corps indépendant de l'artillerie, fonda le corps des cadets, et s'assura une grande popularité parmi les Russes en égalisant les traitements dans l'armée, où, depuis Pierre le Grand, les étrangers recevaient double solde.
De cette popularité, Buhren chercha à profiter d'abord pour opposer cet autre compatriote à Ostermann. Il voulut que le Président du Collège de la guerre figurât dans le Cabinet, nouvel organe de gouvernement créé sous l'Impératrice Anne. Mais il ne tarda pas à s'en repentir. Une fois dans la place, Miinnich pensa à tout autre chose qu à y faire le jeu du Favori contre son adversaire allemand. L'ambition de ce condottiere étaient de celles qui grandissent avec 1 espace où elles trouvent à se mouvoir. Il y avait en lui, on devait s'en apercevoir bientôt, avec des talents plutôt médiocres, une de ces forces élémen-
(1} Karabanov, 3/ewoiVe.v, Autù/uité russe 1871, II. 12.
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taires qui se jouent des obstacles, (juand elles n'ont à compter ni avec les hommes ni avec les choses, et qui, pour cette raison, sont particulièrement aptes à se déployer dans les pays neufs, où elles arrivent à produire des merveilles. Peu de savoir et encore moins de finesse. En voulant faire Ihomme de cour il se donna toujours Tair d un sot. En politique, il ne commit que des maladresses. A la guerre il ne sut vaincre qu'en gaspillant. Un Turc tué lui coûtait trois Russes. Mais personne ne s'entendit mieux aux mépris des souffrances et des existences humaines et personne ne sut mieux en commander le sacrifice. Il ne se ménageait pas et ne ménageait rien ni personne.
Engagé dans les intrigues, où, se trompant entièrement de sujet, Bùhren avait prétendu tirer parti de son audace et de sa vigueur, il joua des coudes, se démena et bouscula tout le monde si furieusement, que la politique extérieure d'Anne Ivanovna fut en partie déterminée par le besoin de mettre dehors ce trouble-féte. Les Loewenwolde — ils furent trois maintenant à occuper des postes importants, charges de cour et ambassades — s y employèrent eux-mêmes. On l'envoya ainsi en Pologne d'abord contre Leszczvnski, puis en Crimée contre les Turcs. Il fit tuer partout beaucoup de monde et gagna des victoires, qui, coûtant gros, rapportèrent moins.
Ces rivalités, dont la Russie faisait les frais, ont contribué dans une grande mesure à rendre odieuse la personne du Favori ainsi que la mémoire d'un régime auquel son nom est resté attaché. En m'appliquant à dégager les traits caractéristiques de ce chapitre de l'histoire nationale, j espère mettre le lecteur à même de prendre personnellement parti dans un débat qui risque de rester pendant longtemps encore.