‹ L'Héritage de Pierre Le GrandChapitre 35 sur 66 · FINANCES · texte numérisé non relu

FINANCES

pressaient pas crenvoyer, en cié])it de douze oukases consécutifs. Le dernier ordonna de mettre aux arrêts les retardataires et aux lers leurs subordonnés; mais il resta éj^alement sans effet (1).

Un collège de revision, une commission des comptes et un bureau spécial pour les arrérages de Moscou s'emplovèrent successivement à combattre le mal. La commission mit à la besogne jusqu'à cent cinq fonctionnaires, examina, de \~.\1 à 1730, soixante-dix-buit comptes pour une somme de 2,20i,7l2 roubles et fit rentrer 1,152 roubles en tout. Supprimée à la suite de cet exploit, elle rcnvova ses dossiers au collège. Mais* en 1735 déjà, le procureur du Sénat, Maslov, avait prévenu llmpératrice qu on n'y revisait aucun compte, faute d en avoir à sa disposition. Le président du collège de commerce, baron Cliafirov, avait d excellentes raisons pour ne pas envoyer les siens : il volait impudemment, et, comme il était en même temps sénateur, le Sénat le laissait faire (2). Maslov ne s'était décidé à parler que parce qu'il se trouvait à l'article de la mort.

Sur le papier, ce maigre budget de huit millions de roubles laissait un excédent, grâce au système légué à la I»ussic moderne par la vieille Moscovie et permettant aux gros mangeurs dont nos budgets actuels s'épuisent à satisfaire raj)pétit, soldats et fonctionnaires, de tirer leur proventlc du pavs en dehors des ressources du trésor. Ainsi, tout en prenant pour elle les neuf pour cent du produit de la capitalion, 3,775,01 5 roubles sur i,()00,(H)0 et en ('tantà part cela portée au budget pour la somme de 73'J,G()9 roubles, 1 armée n'aurait pu se contenter de ces allocations, si, cantonnée dans les |)rovinces, elle n'avait vécu sur l'habitant. L administration provinciale ne coûtait rien, les voiévodes faisant comme les soldats. A la faveur de nombreuses redevances en nature qui lui étaientassurées, la cour suffisait à sonluxeavec 300,000 roubles. Une autre cause d'économie pour le trésor se trouvait

(1) Soioviov, lac. cit. XX, 185.

2) Dossiers du Sénat. Affaires du Cabinet. >" ' (5-1083.

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dans la maiyre dotation de certains départements qui, dès cette époque, sans rivaliser de voracité avec celui de la guerre, absorbaient ailleurs des sommes considérables. L'entretien des routes, par exemple, coûtait peu, pour la même raison qui en fait encore aujourd'hui en Russie un objet de médiocre dépense : il n'y en avait pas ! Les frais annuels de l'instruction publique, à peu près réduits à Tentretien des deux Académies, se soldaient par 49,373 roubles. La Chancellerie médicale avec ses deux médecins et son physicien ne dépensait pas la moitié de cette dernière somme. Pour tous ces motifs, les finances d'Anne Ivanovna eussent été prospères, si seulement les impôts, tels quels, étaient rentrés régulièrement. Mais ils ne rentraient pas, et le déficit se creusait. Quand la guerre arriva, le trou devint un gouffre.

En 1736 on dut revenir à l'ancienne pratique de payer en fourrures et en marchandises chinoises les quelques employés civils émargeant directement au budget dans les capitales et les chefs-lieux de gouvernement (I). En 1739, on renouvela la disposition d'après laquelle, sous Pierre le Grand, les traitements de cette catégorie étaient diminués de moitié pour les fonctionnaires servant ailleurs qu'à Saint-Pétersbourg. Puis on déclara que cette moitié ne serait encore payée que sur le reliquat des fonds requis pour l'armée, Tartillerie et la flotte (2).

Un trait caractéristique pour l'histoire financière du règne apparaît dans la création à Moscou, eu 1730, avec succursale à Saint-Pétersbourg, d'une Chancellerie spéciale des biens confisqués, dont l'État arrivait à tirer un grand secours (3).

De toute façon un revenu de huit millions était une base fort chétive pour le grand établissement mis sur pied par Pierre I" et qu'il s'agissait de maintenir. Ostermanii et les gens de son bord comprenaient bien que l'entreprise ne pouvait réussir à la longue sans ce développement des forces économiques du pays, que le Réformateur avait prévu et escompté. Ils s'en

(1) fîeciieil complet des lois, u. 7107. (2)/iù/., n. 7812.

[^ Ibid., n. 601.

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préoccupaient bien aussi; mais, pour stiniult r la |)rocluclion, ils n'imafjinaient d'autre nioven (jue de tracasser les producteurs. En \~'M. sur lavis du Collè^je de commerce, un commissariat spécial de surveillance l'ut créé pour les fabriques, avec obligation pour les fabricants de payer les (.omunssaires(l). Et le {jouvernemeni d'Anne se borna, ou peu s'en faut, à cette intervention.

L Etat restait fabricant lui-même, exploiteur de mines et d'usines, mais ne gagnait pas gros à son industrie, et pour cause. Le directeur des mines impériales de fer et de cuivre dans la province de Perm, Hennin, se plaignait de ne pouvoir soutenir la concurrence de Demidov qui, avec une maind'œuvre deux fois moindre, obtenait un rendement double. Il accusait le mauvais vouloir des voiévodes locaux. Envoyé en 173 4 pour le remplacer, Tatichtcliev reçut dès son arrivée la visite d'un marchand qui, sans mot dire, déposa sur son bureau un sac de mille roubles. Tatichtchev ayant refusé ce cadeau, 1 homme reparut le lendemain avec deux sacs. On finit par s'expliquer, et le nouveau directeur apprit que son prédécesseur avait établi cette entrée en matière pour la conclusion de tous les marchés. Hennin venait de toucher dix mille roubles de Demidov lui-même. Tatichtchev le dénonça, n'arriva pas à le faire condamner — et finit par l'imiter (2).

On ne fit pas rendre gorge à Hennin, mais on entra plus avant dans le système déjà inauguré par l^ierre I"de l'abandon progressif de cette source de revenu à l'exploitation privée, et la mesure devait s'étendre aux autres monopoles industriels, dont le rendement était soumis aux mêmes causes de déchet. La rhubarbe seule, dont on obtenait mille pouds par an et qu'on vendait aux Anglais à raison de cent roubles par pond, resta à l'Etat, et la peine de mort menaça toujours les contrebandiers. Quant au commerce du blé il fut tantôt libre et tantôt restreint ou monopolisé, comme sous Pierre I", avec l'application des mêmes procédés sommaires. En I7;{i, année

l)//!»ù/., II. 65V().

2 SoLOviov; loc. cit., XX, 20.5.

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de mauvaise récolte, il y eut saisie générale chez tous les marchands de grains, et vente avec 10 "/„ de bénéfice réservés aux propriétaires; réduction des ventes et interdiction d'exporter pour les provinces que la disette affectait particulièrement. En 1739 la loi du maximum gouverna quelque temps le marché.

Pierre ayant fait de l'élevage on suivit son exemple. Un bureau des haras fut créé en 1730, et, de 1733 à 1739, les dépôts d'étalons se multiplièrent à Nijni-Novgorod, Kazan, Voronèje, dans les provinces d'Alatyr, de Tambov, de Siévsk et de Koursk, en Petite-Russie et dans tous les domaines ecclésiastiques.

L obstacle principal aux progrès à réaliser dans cette voie venait de l'insuffisance de la population. Elle augmentait très lentement. A un moment même, elle diminua par le contrecoup de l'émigration. Les paysans passaient en masse la frontière polonaise. On réclamait les fugitifs; parfois même on les reprenait à main armée, mais ils se sauvaient encore. Pourquoi? Par malice et par esprit d'aventure, répondent généralement les historiens russes. Le gouverneur de Smolensk en 1735, Boutourline, me parait avoir été mieux informé, en proposant de retenir les paysans ramenés de Pologne — par la promesse d'un traitement analogue à celui qu'ils trouvaient là-bas. Ce traitement était donc plus avantageux! On lui répondit que les j)aysans ayant séjourné de l'autre côté de la frontière ne valaient plus rien pour le travail, car ils ne voulaient pas travailler plus qu'ils n avaioit fait en pays polonais (1).

La guerre de Turquie augmenta l'importance de cet exode qui, même en temps de paix, constituait un grand embarras pour le recrutement de l'armée.

(i) Dossiers du Sénat. Affaires du Cabinet, n. 28-1105.

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