‹ L'Héritage de Pierre Le GrandChapitre 46 sur 66 · LA CHUTE DE BUHREN · texte numérisé non relu

LA CHUTE DE BUHREN

I. L'avènement de l'ex-Favori. — Débuts paisibles de sa régence. — Opinion des contemperains. — Mardefeld. — IL Premières mesures du Récent. — Acte» de clémence. — Tentatives pour se rendre populaire. — Manifestations hostiles.

— Lutte engagée avec la maison de Brunswick. — Conflit violent. -^ Victoire apparente du Bégent. — Rapprochement avec Elisabeth. — Projet d'alliance avec la maison de Holstein. — Catastrophe. — III. Miinuich chez Anne Léopoldovna. — Attentat projeté. — Souper (;hez le Régent. — Surprise nocturne.

— Emprisonnement de Biihren à .Schliisselbourg. — Son procès. — Condamnation à mort convertie en exil perpétuel. — A Pélym. — A laroslavL — La conversion d'Hedwige Biihren. — Le .sort du duché de Courlande. — Retour de Buhren à Mittau. — Son abdication. — Sa mort. — Sa postérité.

« Dix-sept ans de despotisme et un enfant de neuf mois qui peut mourir à propos pour céder le trôiu^ au Régent! « Mardefeld caractérisait ainsi la situation créée par l'événement tjui venait de donner un si cruel démenti à ses prévisions (1). Il avait été mal renseigné et n'en téinoi.gnait que plus de dépit. Il comparait Riihren à Kouli-Klian, mais trouvait cependant, dans les circonstances qui accompagnaient son avènement au

(l) 29 octobre, 17'fO. Ai chives secrètes de Berliii. Cette dépèche, ainsi <|ue les suivantes, est rédigée en français, conformément à un ordre donné par Frédéric. II à tous ses agents au dehors.

pouvoir, des motifs de consolation et d'espoir : " Quand on considère qu il a insulté la famille impériale et en particulier le prince de Brunswick, auquel il n'a pas permis de voir S. M. Impériale durant sa maladie, qu'une seule fois; que la nation la en horreur; que ceux qui paraissent être dans ses intérêts et qui ont contribué à sou élévation d'à présent ne l'ont fait que pour leur intérêt particulier et dans le dessein de réintroduire un gouvernement républicain, après qu'ils auront culbuté leur bienfaiteur, à quoi la guerre avecla Suède fournirait le moyen, ... il est à présumer qu'il n'a été élevé h un si haut degré de fortune que pour faire ensuite une chute d'autant ])lus grande... Tous les esprits sont extrêmement révoltés contre l'usurpateur et les soldats de la garde s'entredisent publiquement qu'ils n'endureront cette régence que jusqu'à ce que leur chère mère soit enterrée, et plusieurs disent qu'il vaut mieux en charger (du gouvernement) ce qui reste du sang de Pierre le Grand, le commun soldat étant pour la plupart dans les intérêts de la princesse Elisabeth d .

A entendre ce prophète, la révolution ainsi annoncée aurait même pu se produire immédiatement, au profit d'Antoine- Ulric tout au moins, si, mieux inspiré, le prince s'était prêté aux dispositions que les officiers de la garde témoignaient en sa faveur. Mais, sur l'avis du résident de l'Empereur, il avait trop prudemment renoncé à en profiter (1).

On estimera sans doute que tant de colère manifestée par l'homme qui rêvait tantôt de voir la Russie convertie en une autre Pologne valait un panégyrique anticipé du nouveau gouvernement. Evidemment Mardefeld le jugeait peu propre à favoriser ses espérances prématurées. Mais, s'il devait se montrer plus perspicace dans ses conjectures actuelles relativement à l'avenir du régime si inopinément établi, rien ne parut encore lui donner raison dans les circonstances qui accompagnèrent sa mise en fonctionnement. Biihren prit possession du pouvoir le plus paisiblement du monde. Quand l'Impératrice

(1) 29 octobre et 19 novembre 1740. Ibicl.

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