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CHAPITRE IV

ELisAHi: m

1. l.a léjîcndc et l'histoire. — l'ai ilcipatiDii prcsiimée di; la Franre cl (le 1 élément national dans 1<> roup d'Etatdc décenilire 1741. — I.a réalité. — .Icnnesse d'Elisabeth. — Éducation. — T>es ailes fon|)ées. — l'iemièrcs ani(jnr.s. — Venus et Minerve. — Premières ambitions. — Retraite. — Isolement. — Liaisons obscures. — ^Iaria{;e présumé. — Alexis Kazoumovski. — Déchéance apparente. — II. Mouvement dans les casernes en laveur de la Tsarevna. —

X Ses motifs. — Ses aj^ents. — Mm<î Soltykov . — l'rédominancc des éléments étranj'ers dans l'organisation du complot. — Schwartz. — Grijnstein. — Rôle du chirurgien Lestocq. — Les mystères cvthéréens. — Correspondance de Mardeield et de Frédéric II à ce sujet. — III. Relations d'Klisabeth avccla France ( t la Suède. — Appel au concours de la première. — Réponse évasive de La Chétardie approuvée par sa coui. — (!)uvertures de Nolken. — Il offre l'intervention d'une armée suédoise. — Revirement à Versailles motivé pai- le projet de coalition contre l'Autriche. — Ordre à La t-hétardie de favoriser le complot. Nolken demande à Elisalieth une récpiisilion par écrit et l'aliandon des <'on- «luètcs de Pierre le Grand. — Hésitations de la Tsarevna. — Recul. — Départ de Nolken. — Retraite annoncée de La Ghétarclic. — La Suède déclare sponianénicnt la *{uerre à la Russie. — Absence de concert. — iNi plan ni direction. — Parciuionie de La Ghétardie. — l''.lisabeth se dit ai)and(mnée. — Tentative matrimoniale du prime de Conti. — Refus d'Illisabetii. — Avortement présume du complot. — IV. Un concours inattendu de circonstances en précipite le dénoùment. — Entrevue orageuse au Palais il'hiver. — Lestocq livré par Elisabeth. — Ordre de départ donné au\ régiments de la garde. — Action décidée. — ^Nouvelle demande de subsides adress('Mî à La Ghétardie. — Refus. — La révolution sans la France. — V. La nuit du 4 décembre. — Réunion à la maison d'I'Misabeth. — Au quartier des Prt'obroje)it:y. — En route pour le Palais d'hiver. — L'attentat. — L cx-lMnpeieur enlevé sur les jjcnoux de la nouvelle Impéralrice. — Conclusious. )

L événeinciil auquel je viens de (aire allusion compte parmi les plus connns de l'histoire et le plus abondamment commentés. Les moindres détails en ont été établis d'après des témoi-

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.|;iia{ji's si prohanU et mis en scène avec un aii si |)resti;;ieiix, que l'intention où je suis d'en reprendre le récit dans les pa;;es (jui \<)iit suivre peut sembler é{;alement téméiaiie cl \aine. D'autant que je n'ai {fuère de nouveaux documents à produire, aucun du moins qui contredise ceux dont on a plus anciennement tiré |)arti. Les archives de Berlin, que je peux avoir clé le premier à consulter pour cet objet, se trouvent en a( cord parfait avec celles de Paris, ou d'autres ont puisé avant moi. Mon excuse est que, si bien renseignes cju'ils lussent, mes prédécesseurs ont failli, me semble-t-il, à faire de leur savoir le meilleur emploi. Sur deux points au moins, je veux dire d'une part en ce qui concerne I intervention de la France et de son représentant à Pétershourg. le marquis de La Cliétardie, dans le coup dEtatcpii, en décendjre 1741, a mis liu au rè'Mie d l\an III en plaçant sur le trône la (ille de Pierre le Grand: d autre part, en ce qui a trait au rôle attribué à l'éiémenl national dans cet événement, je crois qu'ils se sont tronqjés du tout au tout. J en suis même absolument sûr — une fois n est pa> coutume — précisément en raison de l'absence de témoi{;na;;es contradictoires, ce (jui impliquerait controverse. Il ne saurait y en avoir aucune. C'est l'évidence même! Mais d où vient qu'on l'ait violentée à ce point?

D où viennent toutes les légendes? Filles adidtérines, elles sont généralement de père et mère inconnus. Dans ce cas j)articulier, le problème communément insoluble des origines se prête pourtant à quekjues conjectures. La bénéficiaiie du coup d'État a eu lintérét le plus certain à créer une sorte de trompe-l'œil, qui, derrière le prestige encore intact de la France et sous le voile de sentiments patriotiques, masquait, transfigurait, lecouvrait d'un send)lant de décence et de majesté, le [)lus vulgaire des conqdots, ourdi entre une alcôve et une chambrée de caserne. Quelques-uns descontem- ])orains ont subi l'illusion; d autres oui aidé coinplaisaninK'nl à la ré[)andre, et l enfant est veim au monde. Il a hùt son chemin; il possède à cette heure un état civil bien en règle, et j'ai mauvaise grâce sans doute à y risquer des investigations indis-

S.ÎV I 'HERITAGE DE PIERIIE LE GRAND

crête;?. La légende est si plaisante! Une princesse jeune, belle et voluptueuse, portée au pouvoir suprême par un courant populaire, avec l'appui d'un ambassadeur de trente ans et d'un cardinal octogénaire, quel tbème savoureux! Mais, dans ce coin du passé où nous venons de pénétrer ensemble, ne vous semble-t-il pas que le roman ait eu déjà de lui-même et en debors de toute fiction, une place, suffisamment grande? Et puis les légendes ont la vie dure. Je ne tuerai probablement pas celle-ci. Souffrez donc que je termine mon livre, comme je 1 ai commencé, avec seul le souci de la réalité.

Née le 10 décembre I 709 — un jour de fête pour son père, qui, rentrant à Moscou après Poltava y ramenait un long cortège de prisonniers suédois — Élisabetb touchait maintenante un âge, où, si elles ne trouvent à s'employer, les ambitions ont coutume de s'endormir pour toujours.

Elle les laissait sommeiller depuis longtemps. Active ou tout au moins turbulente sous Pierre II, elle avait dû, Anne Ivanovna régnant, réprimer la vivacité de ses allures, et s'était laissée glisser progressivement à une sorte de torpeur, où l'abus des plaisirs entrait pour beaucoup. Son instruction demeurait nulle. Sa mère avait tenu — >< pour des raisons graves, " 1 entendait-on dire — à ce qu'elle sut le français et dansât correctement le .menuet. On connait ces raisons. Le menuet devait faire sensation à Versailles, et Catherine l" supposait qu'on ne pouvait y attendre davantage d'une princesse accomplie. Livrée à elle-même, la Tsarevna ne songea pas à compléter cette éducation. Elle ne lisait jamais, partageant son temps entre la chasse, l'équitation, le canotage et les soins qu'elle donnait à une beauté réelle, bien qu un peu commune. Son visage aux traits peu réguliers, était embelli par des yeux merveilleux et déparé par un nez court, gros et aplati qu'elle ne pouvait souffrir sur ses portraits. Schmidt, le célèbre graveur, eut à refaire celui de Tocqué, pour celte raison, (1) et, pour cette raison aussi, elle ne consentit jamais

(1) RoviNSKi, Dictionnaire des portraits gravés, IV, 377.

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à se laisseï- peindre de profil. Mais elle a\ail la taille bien prise,

la jambe bien faite, les eliairs fraîches, le IcinI cidonissant sans fard, les chevenx, où elle ne mettait pas de j)Oudre, d'im bean ton roux, et un parfum d'amour et de voinpté émanait de toute sa personne. Dans sa première jennesse, en eoslimie de canotière italienne, caraco de basin, jupon roufje trèscoiirt, petit chapeau et luie paire d'ailes sur les épaules — les jeunes Mlles en portaient alors jusqu à 18 ans; — plus tard, sous un déguisement masculin qu'elle affectionnait, parce qu'il faisait valoir ses formes élégamment opulentes, elle fut irrésistible. Elle mettait les hommes en rut, tout en les charmant par sa pétulance et son enjouement, <i toujours un pied en l'air •• , disait l'a^j^ent saxon Lefort, étourdie, espiègle, moqueuse. - Il

« semblait qu'elle fut née pour la France, » ajoutait-il,

(i n'aimant (jue le faux brillant (1). '>

En janvier 1122, en la déclarant majeure, suivant l'usage du temps, devant une assemblée nombreuse, Pierre lui coupa ses ailes avec une paire de ciseaux (2). L'ange devenait femme. Les hommes n'eurent pas besoin du symbole pour en être convaincus.

Après avoir pris un acompte, assura-t-on, avec son fiancé, le pauvre Charles-Auguste de Holstein, elle déprava Pierre II et le trompa avec le beau Boutourline. On 1 appelait « Vénus» , par opposition à la sœur du Tsar, la grave et longtemps sage Nathalie Alexiéievna, qui se faisait décerner le surnom de

« Minerve » . Abandonnée et maltraitée par son neveu, auquel elle n'avait donné que trop de raisons ])onr en user ainsi avec elle, « Vénus « tomba à la débauche vulgaire, " faisant sans honte " , écrivait Liria, « des choses qui font rougir les moins modestes » ; (;i) réunissant dans sa maison de l'Alexandrovskaia Sloboda, (rendue célèbre déjà par Ivan le Terrible qui y opérait ses plus sanglantes exécutions), la plus détestable des compagnies; puis, quand Anne l'eut obligée de la

(1) Weber, MoniTZ, (iraf von Saclixeii, p. 1)2.

(2) MiKHNiÉviTCii, [m femme iwise au xviii'' xirr/e, 180."). p. 121.

(3) Ifix-fiuitième sièrie, II. JG3.

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suivre à Pétersbouio, continuant le même train dans une demeure écartée des faubourgs, qui eut toutes les apparences d'une petite maison. Elle y vivait obscurément, pauvrement presque, se débattant dans de cruels embarras d'argent, étroitement surveillée. En I7;i5, on emprisonna une de ses femmes de chambre sous l'inculpation de propos malsonnants au sujet de Biihren. Enquête, coups de fouet et renvoi dans un monastère. Il fut question un moment d'y mettre la Tsarevna ellemême (l). Elle portait des vêtements très simples, de taffetas blanc, le plus habituellement, doublé de grisette noire, " pour ne pas faire de dettes, » disait-elle plus tard à Catherine II, u car, si elle avait fait des dettes, elle aurait craintde se damit ner; si elle était morte alors avec des dettes, personne ne « les aurait payées, et son âme serait allée en enfer, ce qu elle ti ne voulait pas. " Mais le taffetas blanc et la grisette noire étaient aussi pour donner l'impression d un deuil perpétuel et servaient de drapeau. Sa famille, sa terrible famille de paysans lithuaniens, trois oncles, deux tantes, affublés maintenant de noms et de titres aristocratiques, mais besogneux et traités par Anne avec le plus grand mépris, lui donnait aussi des soucis et des charges. Elle élevait à ses frais les deux filles de Charles Skavronski, le frère aine de Catherine 1'% et s'occupait de les marier (2). L'aristocratie la dédaignait, tant pour 1 irrégularité de sa naissance que pour la qualité de ses amours. Ainsi, pour avoir une société, elle fut obligée de descendre de plus en plus bas, cédant encore en ceci, fille d humble servante (pielle était, à des inclinations naturelles.

G est ce qu on a appelé sa popularité.

A l'Alexandrovskaia Sloboda elle avait traité presque en camarades les jeunes filles du village, courant la campagne en traîneau avec elles, ou, entre deux orgies, leur offrant des raisins secs de Constantinople, des noix et des gâteaux de pavots, se mêlant à leurs danses et à leurs chants. A 8aint-l*é-

(1) Essipov. ÎNntice pul)liée dans ie Me.s.:ai/er hisloriijuc, 1880, murs. Gotnj). ScuMiDT-Pin.sEi,DKCK, Materid/ieii zii cicr lussisclien Gescliiclite, 1772, 11,57.

(2) Archives Voiontsov, I, 27.

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tersboiiijj elle ouvrit sa maison aux soldats de la {jaiiie. Elle leur faisait de menus présents, servait de marraine à leurs enfants et leur tournait la tête avec ses sourires provo(|uants et ses œillades. « Tues le san^j de i'ierrc le (îraiid ! » lui disaient-ils; mais elle leur donnait aussi à reconiiailie dans ses veines le sanjj de rex-blancliisseuse, qui avait l'ait la joie de leurs anciens sous les murs de Marienl)our.|j.

Elle ne se montrait en public que très rarement, dan> les circonstances solennelles, et affectait alors un maintien {pave et triste, un air de protestation muette, qui, à lui seul, prouvait qu'elle n'avait pas abdiqué. On le devinait aussi à (jueUjues démarches ([ue son entoura^je lui inspirait sans doute, cai- elle manqua toujours d'initiative. Elle alla voir le malheureux Lopatinski \o\. ci-dessus p. :210), tiré par Anne Léopoldovna de la prison où on le croyait mort.

— Me reconnais-tu?

Brisé par sa longue captivité, le vieillard chercha quelque temps dans ses souvenirs, puis se redressant avec un éclair de joie :

— Tu es l'étincelle de Pierre le Grand!

Elle lui laissa trois cents roubles et on en parla dans les églises et dans les monastères (l .

Elle n'en paraissait pas moins abandonnée et à demi oubliée déjà. Elle restait belle, mais prenait de l'embonpoint, et l'envoyé anglais Finch, évotjuant le César shakespearien en défiance vis-à-vis des gens maigres aux yeux creux, disail quelle était « trop grasse pour conspirer(:2) ». On la croyait mariée déjà à Alexis Razoumovski, un paysan pctit-russicn, qu'elle avait remarqué dans la chapelle d'Anne Ivanovna, où il faisait office de chantre. Et celui-ci n'était pas é^ idemment encore l'homme dont elle aurait eu besoin pour sortir de la docile et paresseuse inertie, qui, au témoignage de La Chétardie, la rendait u timide sur les actions la plus simples « (;i). Le

(1) SoLOVlOV, llistvlie lie Ilussic, XX.I, 32.

(2) Sdorsik, XGI, 107.

(3) 19(28) novembre 1740. Aff. Élr.

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beau ruslre devenait parfois tapageur après boire ; mais cela n'allait qu'à casser quelques meubles. Appartenant avec lui à l'intimité de la Princesse, les deux Chouvalov, Alexandre et Ivan, ne semblaient pas, à cet égard, de plus grande ressource, et de même Michel Vorontzov, marié à une des Skavronski, la discrétion mais aussi la prudence personnifiée.

Au moment de la toute-puissance de Buliren, le Régent faisant mine de vouloir approcher son soleil de cet astre obscurci, il y eut un certain émoi parmi les partisans comme parmi les ennemis de la Tsarevna. Plus tard, on la crut en passe d unir sa fortune à celle de Mûnnich disgracié, et les estafiers d Antoine-Ulric eurent des ordres pour arrêter l'ex-premier ministre s'ils le voyait aller chez Elisabeth. On raconta qu'il s'y était rendu néanmoins sous un déguisement. Mais l'entrevue n'eut pas de suites apparentes. Miinnich avait conseillé antérieurement à Biihren d'enfermer la Tsarevna ; elle parut ne pas vouloir l'oublier, et il fut entendu pour tout le monde qu il n'y avait rien à craindre ni à espérer de ce côté. Et cependant, l'événement destiné à tromper ces conjectures se préparait — ailleurs que dans le cabinet de M. de La Chétardie.

A défaut d'homme, dans lentourage de la princesse, qui fut capable de lui donner, avec la conscience du rôle qu'elle pouvait jouer, les moyens de le revendiquer, il y en avait plusieurs milliers dans la sphère de ses relations plus lointaines, qui s'impatientaient et s'irritaient de son inaction. Les casernes de la garde étaient en ébullition. Depuis plusieurs mois, mettant à l'épreuve le courage et la bonne volonté des auxiliaires qu'ils allaient y chercher, les auteurs de coups d'État et de coups de main avaient réveillé leurs propres ambitions, sans les satisfaire. Les gvardiéitsy s'étaient prêtés à la besogne, parce qu'elle

leur plaisait en elle-inènie, en leuidornuuit de liniportance et loccasion de réclamer des récompenses ; mais, à cluKpie fois, ils avaient eu la sensation qu'elle leur eût été infitiiment plus agréable si Hiihren, ou Miiiuiitli. ou Anloiiic I Iric non devaient piofiter. Non que le sentiment national se trouvât très développé parmi eux. Beaucoup, même parmi les simples soldats, étaient (les étranjjers. iNIais ces autres étraufjers, (uii, acharnés les uns contre les autres, prétendaient leur cotiimander en gouvernant la Russie par-dessus le marché, n avaient à leurs veux rien de svmpatiiique ni de preslijjieux. liiiliren et Miinnich tour à tour s'étaient laissés, celui-là prendre au piège comme un sot, celui-ci congédier comme un laquais, et déjà, entre Juliette Mengden et Lynar, Antoine-Ulric, lui-même, le père de TEmpereur et le généralissime, s elTondrait dans le ridicule et dans la honte. Anne Léopoldovna n'était pas méchante ; ils lui auraient volontiers pardonné ses mœurs intimes ; mais ils ne la voyaient jamais. Elle s'enfermait avec sa Favorite et son Favori. Puisqu'on cliangeait maintenant de maître comme de chemise, ils eussent préféré Elisabeth, non parce qu'elle était « l'étincelle de Pierre le Grand, ■ mais parce qu'elle restait accessible à tous, avenante et c()iiq)laisante ; qu'avec elle la vie morose que les autres faisaient à la Russie deviendrait sans doute souriante comme les yeux de la Tsarevna ; — sans compter ce que ces yeux promettaient aux plus entreprenants. Le souvenir de Choubine hantait les imaginations et le beau grenadier avait dans les chambrées une légende qui, beaucouj) plus que celle du vainqueur de Poltava, contribua à faire triompher la fortune de sa Hllc.

Un foyer de désirs brûlants et d'ardentes sollicitations se constituait là, propageant sa flamme jusque dans les troupes de ligne. On y entendait crier : « Personne ne se trouvera " donc pour nous commander une prise d'armes en faveur de u la niaioiu/ifid ! " Ils appelaient Elisabeth de ce nom familier (l). Une amie de celle-ci. Madame Soltykov, née Galil/.ine,

(1) SoLOViov, Ifistuire de Russie, XXI, 126.

340 1/IIÉKITAGE DE PIKl'.l'.E LE QUAND

servait à sa façon dans le même milieu la cause de la Princesse. Les casernes du régiment Préobrajenski touchaient à sa maison, et elle v fréquentait si assiduement, au témoignage de Mardefeld, qu'il lui arrivait d'en remporter des souvenirs cuisants (1).

Et une conspiration prit ainsi naissance, si on peut donner ce nom à un concours de volontés également irréHéchies de part et d'autre, se cherchant et tendant à se réunir pour un but commun, mais sans accord précis, ni plan arrêté, ni moyens d'action déterminés. Pour établir le concert indispensable, deux agents obscurs, appartenant l'un à la domesticité de la Tsarevna, l'autre à l'armée, s'employèrent au dernier moment; mais leur personnalité seule suffirait à faire justice du caractère national et patriotique, dont les historiens du pays se plaisent aujourd'hui encore à revêtir l'œuvre qui les eut pour ouvriers : l'un et l'autre étaient encore des étrangers ! Elisabeth elle-même ne passait nullement pour acquise aux sentiments dont on lui a fait honneur à ce propos. En septembre l 727, s'occupant delà marier avec le margrave Charles de Brandebourg, Mardefeld écrivait : " Elle est entièrement Il allctnaitdc d'esprit et ne demande qu'à s'en aller d'ici ["2) ^^ . Les deux intermédiaires, dont j'aurai à préciser le rôle, ne tenaient non plus ni de près ni de loin à l'ambassade de France. A la faveur de quelques conversations qu'elle avait pu soutenir dans la langue de Racine, Elisabeth avait paru de suite avec l'envoyé du Roi sur un pied d'intimité propre à faire sensation. Anne Léopoldovna avant l'appui de l'Autriche, la Princessse dont les fjvardiciisv faisaient sa rivale ne devait-elle pas avoir celui de la France? Avec le tact et la finesse que les femmes les moins douées savent mettre dans ces manèges, la Tsarevna s'appliqua à entretenir et à développer cette impression, s'en faisant un décor, un porte-respect. La surveillance dont elle était l'objet et sa timidité, qui en exagérait la rigueur et les périls, 1 empêchèrent, on le verra, de pousser plus loin

(1) An Roi, (5 Icvrii'i- 1742. Archive: secrètes de Berlin.

(2) SitoRNiK, XV, 38:}.

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