‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 10 sur 41 · LES SOT · texte numérisé non relu

LES SOT

qu'on doi^e reconnattre. En son tenant nne pareille doctrine , il ne sait ni à quoi il s'expose , ni le ridicule qn^il se demie. ÀTant de connattre M. de Laubë , tous ne saviez certainement pas an ]us4e tout ce qu'il ëtait possible de débiter de sottises en un quart dlienre.

1» La sottise est contagieuse. Ce M. I>cs^ mangin-^qoe rous^nez de Toir en est la preuve. Je l'ai connu bomme de sens ; il a passé près de deux ans tête-à-tête avec le baron de Fonœnay , dans sa terre de Grisolles ; il en est devenu presqu'anssi sot que le baron , dont il s'est approprié tonte la présomption , toute la fatuité gotbique et tous les ridicules. Cet bomme est possédé du démon de l'importance : pour s'être bourré la cervelle de termes techniques , il se croit savant ; pour avoir aligné quelques Kgnes de prose , il se croit poète. M. Desmangin vient de vous faire connaître la part qu^l a eue aux nouvelles nominations académiques, d'oè , s'il faut l'en croîre , il s'est modestement etck lui-même. S^^fl fôt resté plus long-tems , vous sauriez lés changemens qn'9 ve;it opérer dans le minîslère , le crédit dont il jouit i la e««r , ï'infiuence^u^tl ^Mcerccdans les cabmete-

Lui sof s. %3

étrangtri , ^t le r^le ^u^H doit jover dms 1^ négociatioM qui se préparémt; mais ee qu'9 ne Tmift aafail pas dit, e'eftf que tottles ces prétentioiis->lA n'ont P^ ^ nMMiiIre prëteile , et qu'elles se trouyent logées dans là cervelle k Tenvers d'un honnête bourgeois de Paris , jadis syndic des marguilliers de sa paroisse , et maintenanthomme d'état , homme de lettres , homme du monde , de la façon du baron de f oncenay. » Cet autre , si pincé , si gourmé , si précieux , qui a youltt disputer avec vous sur les productions de la G«î«ie , est ce que Tabbé Trublet appelle un sot tout ^'une pièce. La na-/ ture et Fart ont travaillé de concert à la confection de ce petit modèle d'impertinence : ignorant et bavard , insolent et poltron , il n'a pas une idée à lui , il n'invente pas même les mensongesT qu'il débité; mais l'efironterie , qui lui tierifiieu de tout , même des vices qui lui manquent , l'a élevé au commandement de la redoutable phalange des sots. Cet homme est doué du singulier instinct de pressentir le mé-^ rite ; il ne le voit pas encore , il aboie déjà sur sa piste , et la meute qui le suit est sûre de ne ^ jamais prendre le change. L'aversion qu'il lé-

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niaigne pow les gens <l'e$prit est la mesure exacte de leur mérite. Un homme comme- celailà , bien employé , ne serait pas. sans utilité : ne se sert-on pas d'une pi^re pour connaître la yakur de l'or ?»

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N* XXXV. — 2 1 février 1816.

.... Mium çmi ptefms humiter angit

irritât muleei :/alsis ttrrenhus impUt

Ut mag»si etm*db me TheHs, tnédh pomt JÉtkdiui.

HoftACB, ip. I, I. II.

Par un ncnsos^* henreaz il »1teD<lrit mon cttor, L'inftc , on le renplit d'one fausse terrenr; Eachanteor étonnant dont la voix souveraine Me transporte an milieu de Thëbes on d*Athènc. Trméttivn â* Dabo.

Je ne pense pas que , chez aucune nation civilisée , pas même chez les Grecs et les Français , Fart théâtral et ceux qui Texercent aient jamais reçu de témoignages d'admiration aussi flatteurs que ceux que je me souviens de leur avoir procurés au fond des forêts de la Guiane.

La tribu féroce des Oiomacas , chassée par les Espagnols du petit pays qu'elle habitait , ou plutôt qu^elIe infestait , aux confins de la non-

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Telle Andalousie , était venue se réfugier svoc les bords du lakc Parkna , dan» le Toisiuage de la terre des S^ngaïs. Du milieti des savanes oà ils s^étaient retranchés ,\ les Otomacas faisaient de fréquentes incnrsiens chez. Idurs voisins , dont ils cherchaient sur -tout à enlever les, femmes , distinguées entre toutes celles des nations caraïbes par leur beauté, leur taille et leur adresse. L'espèce de terreur que cette horde de sauvages avait însprée , la difficulté de les poursuivre et de les atteindre dans des marais dont eux seuU connaÂssaient les passages 9 accroissaient chaque jour leur audace , et jetaient los Zaugaïs dans un découragement dont leurs ennemis profitaient pour multiplier leurs rapines.

Une circonstance dont j'étais îoiri d'attendre un pareil résultat changea tout- à -coup la disposition des esprits: on se préparaît à célébrer la fête annuelle du Grand Fkme , et J'avais choisi cette solennité pour donner à mes compagnons sauvages une idée de nos jeui scéniques.

J'avais fait élever , en face de la cabane de Y ancien de la tribu , une espèce de théâtre' où-

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)*ëtais parvenn à figurer , en profitant des acci-' denidu terraiii ^ Timage du caréet des Ofoma- <Sas. La pièce qu'on devait y représenter , sous le titre des Bmis et des Méehans , n'était rien antre chose qne la (juerelle qui divisait les deux peuplades.

Les méelums , sons la conduite de leur chef Amucûk , sortaient de leur repaire pendant la npit, en fondant à TiinproTiste sur les bonsj dévastaient leurs plantations et enlevaient plu^ sieurs jeunes filles , au nombre desquelles se trouvait la belle Aiflioïa (1). Dans le second acte , le vénérable de la tribu à^s bons assenn Uait ceux-ci , leur représentait les niairx qne leur faiblesse attirait sur eux , et finissait par leur ordonner ou de livrer toutes leurs femmes aux méchéms sMIs n'avalent pas le courage de les défende, ou de tirer vengeance de Tinsulte qu'ils avaient reçue , en jurant de n'éteindre le calumet de la guerre qu'après avoir exterminé leurs ennemis.

Le discours dn vénimNe enflammait le courage des bons ; le calumet de la 'guerre était al-

♦ Voyez i/ne Journée aux bords de VOrénoque , daof lél«» Tolomc àtVhermitit de la Guiane.

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lumë : on nommait un chef; les guerriers se mettaient en marche; une jeune fille ^ qui s'était échappée des mains d'Amucak , leur indiquait les passages. Les méchans , surpris à leur tour^ étaient vaincus , dispersés ; la flamme dévorait leurs habitsitions, et la belle Amioia , délivrée y ainsi que ses compagnes, était ramenée dans la tribu au milieu des cris de joie et de triomphe.

II est impossible de décrire Teffet que produisit ce drame sur des hommes qui se trouvaient en même tems spectateurs , acteurs et personnages. Les sentimeœ dont ils avaient été animés pendant la représentation s'exaltèrent aa point que , ne distjinguant plus la vérité de la fiction , ils coururent aux armes , me nommèrent leur chef, et me forcèrent à aller jouer avec eux le second acte de ma pièce sur la terre des Otomaeas , qui furent en effet attaqués , battus et. dispersés comme TiDdiquait mon dénouement. Je dois convenir que je ne m'étais pas promis un pareil succès.

Cette anecdote, dont il m'est plus facile d'attester la vérité que. de démontrejr la vraisemblance , prouve; deux choses ." la première , que le goût du théâtre , plus naturel qu'on ne

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le croit , n'est pas le fruit de la çivilisafion, mais qu'il en est un des moyens les plus puissans ; la seconde , qu'on ne saurait donner trop d'importance à la culture d'un art dont on peut obtenir d'aussi grands résultats.

« Il est à remarquer , me disait à ce sujet un monsieur Walker ( que j'ai déjà fait connaître dans mes discours sur les Lîngères et sur les Revendeuses à la ioilefte ) , que les peuples qui ont joué , sinon le plus grand , du moJns le pins beau rAle sur la terre , ont été , à toutes les époques de l'histoire^ ceux chez qui l'art dramatique a été cultivé avec le plus.de succès. Les Grecs ont fondé aux jeux olympiques la plus belle partie 'de leur renommée ; et si les Romains, avec infiniment plus de puissance, n'ont pas acquis une gloire aussi solide , peutêtre une des causes s'en trouTerait-elIe dans le pc^jugé barbare qui les portait à dégrader les arts , et particulièrement celui du théâtre , dans la personne de. ceux qui l'exerçaient.

» Les Grecs , ptjis conséquçns , honoraient une profession où , pour exceller , il faut réunir toutes les qualités du corps, de l'esprit et du cœur t et tel était , ajoute l'abbé Dubos ,

go LES ACTEUaS.

leur estime pour ka lalens qai mettent de Y»^ gréraeat dans la société , qne knrs jroîs^ ^ dér* daignaient.pas de choisir des ministres parmi les comédiens. On sait que Plnlipi^ede Macédoint avait pour fayori le plss^^bre aetenr de son tems.

» Les Français ^ qui ont snrpassë les &rec& eux-mêmes par le degré de perfection #à iU ont porté Tart dramatique , . ne se sont pas montrés moins inconséquéns , moins injustes que les Romains enrers ceux de leucs compatriotes qui se Tonaient k la. profession du théâ^ tre. Dans le tems où les personnes les pins au«» gttstes par leur naissance ne dédaignaient pas de monter sur la scène , et de s'y rendre les interprètes de Corneille el de Racine , on déclarait iniâmes ceux, qui tiraient un salaire de Texer-* cice d'un talent que Télite de la nation c^lfi-^ vait pour son plaisir.

» Ponr concilier cette étrange contradiction de Tamour de Tart et dp mépris po^ les ar-^ listes , on s'est rejeté sur rûrégulsfilé de leurs mœnrs et sur les inconvéniens attachés à leur profession. On a vpnlu voir une espèce de déshonneur dans Tobligation imposée aux comé^

dtens de Tenir , ekaqae joBr , s^exposer en pn* Use , €t de TaTiiire k chacun , poar une mediqne sanime , le droit de conspuer sa igure , de faire de diactm de ses gestes , de chacune de ses inflexions , le sqet d'nne critique soQTent expri-^ mée de la mainère la plus humiliante. Mais à cela ne p^nt-^on pas répondre qne les aiIront&, rfeervës dans tons les états k la médiocrité, ne penrent atteindre cent qni exercent honorable-^ ment nnart libéral ?

» -Quant aux mœ«r» des comédiens ,^}'ai àut ce point nnt opinion qnejè sais pins embar-^ rassé d'énoncer tont entière , que de prouver jnsqâ'^ Téridence. Si Ton né limite pas la si~ gnitcation de ce mot mœurs aux habitudes ex^ léricures de la vie, si Ton y Joint l'idée des vertus domestiques , des qualités sociales , je ne craindrai pas d'avancer que s'il n'existe aucune classe de la société où les mœurs soient plus relâchées,' à certains égards , que dans celle des comédiens, il n'en existe aucune où les liens de fiatmille scrient plus forts et pins respectés.

» U n'est que trop commun partout ailleurs de voir des enfeins dans l'opulence laisser languir leurs parens dans la nûsère. Ce crime ^ le

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pltts odieux peut-être de tous ceux qui déshonorent rhumanité, est presque sans exemple parmi les comédiens, chez lesquels il serait peut-être excusable. J'offrirais de parier qu'il ne se trouve pas dans Paris un citoyen dé cette classe ( bien entendu que j'en excepte tout ce qui ne doit pas y être compris ) qui né s'impose 'volontairement et qui ne remplisse , sans ostentation , quelques-uns de ces devoirs de £aanille trop souvent négligés par. ces gens à morale austère , que le nom de camiiUn bii rou^r , et qui ne rougissent pas d'occuper un h&tel dans la même ville où leur mare habite un grenier.

» Les comédiens sont , en général , bons parens, bons amis, bons camarades (l'intérêt de leur amour-prc^re à part ).

» Les mœurs des comédiennes ont'un cdté excessivement faible , que je ne yeux ni excuser ni défendre , pas même en examinant si les désordres que Ton reproche à la plupart d'entr'elles ne sqnt pas , avec un peu plus de scandale /les mêmes dont on se plaint dans les premières classes de la société. Mais, en les jugeant sur leur conduite , la justice exige que l'on fasse une part à l'indulgence : elle sera d'autant plfis

grande, qu'on doit y tenir compte des séductions de toute espèce qui les environnent , de l'âge où elles s'y exposent , des avantages physiques qui en multiplient pouf elles l'occasion et le danger; enfin du préjuge qui leur apprend à mépriser cette partie de l'estime publique à laquelle on ne leur permet pas d'atteindre.

» Je résume mon opinion sur les comédiens , en TOUS citant les propres paroles du sévère Duclos :

« Si l'on considère, dit*il, le but de nos » spectacles et lès talens nécessaires dans celui » qui se distingue dans cette profession , l'état de » comédien prendra nécessairementdans tout bon M esprit ledegré de considération qui lui est dû » •

. » Il s'agit maintenant , sur notre Théâtre* Français particulièrement, d'exciter la vertu, d'inspirer l'horreur du vice , d'exposer les ridicules, d'intéresser à^la-foîs lés yeux, l'écrit et le cœur. Ceux qui brillent sur la scène sont les organes des premiers génies du monde ; leurs fonctions*exigent de la figure , de la dignité , de la voix , de la mémoire , de l'intelligence et de la sensibilité ; la plupart ne sont pas moins recommandables par leurs vertus privées que par

^4 * I-KS ACTEUH&.

leur tàleat. Rien n'est 4(>ncj^lvsîii|iistefiie ce reste de préjugé d^lit h «Mvenir pooraiil«»r £ore des hoawes qui exarcent un arl pénurie « utile, dopdt U nation tout entière Iai4 6e».dé^ lices.

. '> — Tout. en rom iGeardant le prianipe, répondis'je^à ipon: inlerh>€atenr , je seraift bien tenté de vous nier qnelqnes-vnea des conséquences que vons en tirés d'nne manière trop générale et trop absolue. Pour tempérer Tékige que vous faites des comédiens , )e pourrais , à mon tour, signaler bon nombre de défauts et même de mes inb^ens à leur prcrfessîon: je pourrais tous demander s'il existe une dasse d'hommes ou de femmes au monde où la jakni*sie y la yanité , Timpertinence se portent à ie pareils excès; oà TingratHnde (ennrs lesan-^ teurs qui les font penser, parier et virre) soit plus commune et plus coupable; oè rammir** propre soit porté à ce degré de violence qn'il fysse tairç jusqu'à Tintéi^t persranel; ah la baine d'un rirai , et sur-4out d'une ritade , suggère de plus odieuses pensées , emploie à nvira de plus lâcbes uMyens. Je pourrais to«s êe^ mander où vous ares connu des

LIEIS ACTEURS. gS

égoïstes et des femmes plus coquettes , pour ne rien dire de plus?.,. — Faites-moi toutes ces questions, et je n*y répondrai pas, k moins que TOUS preniez sur vous la périlleuse responsabilité des haines et des clameurs que ma réponse attirerait sur vous. En attendant , soyez bien conyainctt que tant qu^ existera des colirtisans au monde , ce ne sera pas parmi les comédiens qu'il faudra chercher les exemples les plus marquants et les plus nombreux d'ingratitude, d'intrigue, d'impertinence et de vanité. »

96 L'HEllIXliBJB.

N^ xxxvi. — :A février 18 16.

L*HÉRITI£R£.

VemuuU \ iti sggÙlm.

Les ccas de k Ibl i««ilto irtia î» KâaMw.

J'ai reçu hier matia le billet suivant :

« Vous ayez ébranlé ma résoli^tion , mon cher Hermite. Je commence à croire que je me dé* ciderais à me marier , si je trouvais un mari ; - vous conviendrez qiie cela n'est pas facile dam ma position. Je pourrais avoir recours à M. Jfil" laume , comme vous me Tavez proposé ; mais î'aime mieux commencer par XtsPetites-A^hes^ et je vous envoie une note à y faire insérer, si vous croyez que cela puisse être utile. Dans tous les cas , vous dînez avec moi jeudis nons reprendrons l'entretien où nons l'avons laissé dimanche au Champ-de-Mars. »

L?flSRITI£R£. 97

A ce billet était jointe la note suivante :

« Une îeùne personne, âgée de dix -huit »> ans, d'une figure agréable, d'une santé dé- » Heaie , d'un caractère doux et facile , aimant » et cultivant les arts , jotiissant de tous les » avantages d'une éducation distinguée , en » possession d'une fortune actuelle de 625 » mille francs de rentes claires et nettes , dé- » sirerait unir, son sort à un homme qui ne fit » aucune attention à ce dernier article , et qui 1» pût convaincre cette denoiselle qu'il l'épouse » uniquement pour elle - même , sans aucun » égard à l'accessoire de la dot.

» Cette demoiselle prévient que, sur ce w point , elle n'est pas facile à persuader. »

Ce billet , auquel je répondis en acceptant l'invitation qui m'était faite , me rappela les circonstances auxquelles j'en étais redevable.

Dimanche deriiier, j'étais allé au Champde - Mars avec M"* de Lorys , pour y voir l'ascension et la descente en parachute de M"* Gartierin. Nous étions assis dans l'en- • ceinte , et nous examinions les préparatifs de cette périlleuse expérience. Une dame d'un certain âge et une jeune personne vinrent

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