‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 9 sur 41 · X£S SOTS · texte numérisé non relu

X£S SOTS

M. AHDRÉ.

C'est déjà quelque chose de vous £sdre cou- Tenir de leur puissance.

Je ne conviens que de leur nombre.

M. ANDRÉ

Ils ont pour eux les gros bataillons , et le maréchal de Saxe lui-même assure que la vie— toire finit toujours par se fixer de ce côté-Ii.

l'hermite. ' Ce n'est pas sérieusement , f espère , que TOUS parles de la gloire des sots ?

M. Al^DRÉ.

Je pourrais chicaner sur les mots jffoiiv et mtoiit , qui ne sont synonymes qu'en vers ; mais si , pour nous entendre 9 nous convenons de donner Tun à l'autre la sijgnificationdu mot succès, vous ne me contesterez pas l'emploi que je viens d'en faire. Jugez par expérience , et osez me dire que l'amour-propre d'un sot n'est pas un des leviers les plus puissans qui soient au monde et le plus facile à mettre en

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jeu ? Quelle énergie êxas le choc ! quel ^n^ «emble dans les efforts I rien n'y résiste; la masse est détachée , elle roule et fait son chemin par son propre poids.

l'H£RMIT£.

Jusque dans le marais, où elle s'enfonce. . ....

En vérité , mon cher philosophe , vous donnez aussi trop d'importance à la sottise.

M. ANDRÉ

Je lui laisse toute celle qu'elle a , et je la salue comme la reine du monde.

* l'H£RMIT£.

Ainsi 9 vous détrônez l'opinion ?

M. Aî^nnÉ.

Non , vraiment ; je me contente d'observer qu'elles régnent souvent ensemble et qu'elles sont également à redouter.

. " l'bermite.

Craindre les sots ! c'est à quoi l'on se déciderait difficilement.

M. ANDRÉ

On a grand tort. Ce sont des ennemis d'atf-

78 ZrXS «OTS.

iMl plitt dai^rtttx^ fu'es li^ Mdaîgiie db^ vantage* Bs ficstppeikt des gens endonais ; siVaû s'éri^iUb , et ^e le combat s'Mfja^ , Jls font retraite; et le. mépris ^'ils jaspirent devieHt pour eux un asile ,où ils se retranchent comme la tortue dans son écaille. Un homme célèbre , qui a laissé plusieurs ouvrages d'esprit ^ dont sa fille est le meilleur , a fait un traité du Boaheur des Sois y dans lequel il ne leur tient pas assez de compte des"'qualités qu'ils mettent en oeuTre pour affriyer h cette félicité qu^on leur envie.

Les sots ont du caractère ; comme on ne peut le nier , on appelle cela de V entêtement; mais le mot ne fait rien à la chose. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'ils veulent ce qu'ils veulent , qu'ils le veulent beaucoup , qu'ifs le veulent toujours. On ne reiusera pas de reconnaître leur franchise ; on en a donné la mesuri^ dans cette observation : u Les enfans disent ce qu'ils font, les vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ce qu'ils feront. » Pour peu qu'ils pensent , on sait à quoi : ils ont l'ame à fleur de peau.

Je conviens que la fortune a toujours un caprice à leur disposition ; mais n'est-ce rien

^ é'tire taii^osrs là [vour M pH^fifér ? La for^ tune est àifragle; file cêuff ait bMitd; main »k savent ^r ^ €Ue pas8€ , et ^e .mettent $wt SM cbemin , tandis que les gens il'esprit se fa-^ ligiicnl à la poursuivra* De quel eôté eist le jih liment ? ils n^«ii4: g^èrê moins dé chances que cens- ci pour se faire nne fëputation ; car on Pobtient par nM sottise benreiise , comme on la perd par un trait d'esprit imprudent. D'ail-* leurs , si tous voulez que je vous dise toute ma pensée en géomètre , je suis bien loin d'envi-^ sager la sottise et Tesprit comme de ùi lignes parallèles qui , conservant entr'elles leur ik* tance , ne peuvent jamais se joindre : je rots « am contraire, plus d'un point où elles se ren^ contrent, je dirai même oà elles se confondent ; il y a telie 5orte d'esprit qui conduit à la sottise ^ comme il j a telle espèce de génie qui mène à la démence.

l'hbiimite»

Je commence à soupçonner , mon cber pbi-« losopbe , qu'il entre un pen d'ironie dans votre éloge des sot9, oè je ne trouve de vrai que ce qi$e vous dites de leur mécbanceté. Sur ce point même je vais plus loin , et je pense , aver

8o LES SOTS.

J. B. Rousseau , que la sottise est la mère de presque tous les yices. Rietf ue serait plus Sicile que de prouver cette filiation ; mais le dé- Telopperaent de cette vérité nous jetterait dans les abstractions d'une haute morale qui n'est pas du ressort de la conversation. J'en reviens à ce que vous appelez les qualkis des sots. Cette fermeté de caractère dont vous leur faites si gratuitement honneur est une de leurs préten* tionsles plus ridicules; faute d'opinions à eux, ils adoptent celles qu'on leur fournit , sans savoir d'où elles viennent, ni ce qui doit en résulter : ce sont des chapons à qui l'on fait couver des oeufs de poule ; il n'y a ni choix , ni afleetion d^tns leur fait ; et les sots seraient , de leur nature , les plus inconstans des hommes , s'ils n'étaient fidèles à la bonne opinion qu'ils ont d'eux-mêmes et an désir de se venger; les sots sont implacables.

Quant à leur franchise, ce n'est , comme vous l'avez observé vous-même , que de l'indiscrétion ; leur silence les trahit plus encore que leurs discours, car ils savent quelquefois ce qu'ils voudraient taire , et ne savent jamais ce qu'ils disent.

LES SOTS. 8t

Notre conversation fut interrompue par.rar-* rivée de trois personnes qae le hasard amena , je crois , tont exprès pour me fournir un exem-^ pie de chacune des espèces de sots dont f ai parlé au commencement de ce Discours. M. An-' dré, en me les iatisant connaître , confirma le jugement que j'en avais porté.

ce Ce M. de Laubé, me dit-il (qui a fait en votre présence une sortie si déplacée contre les vieillards ) , a eu beaucoup de peine à devenir un sot. La nature n'en avait fait qu^une béte pure et simple ; à force de travailler sur ce fonds stérile ^ on est parvenu à y faire croîtiTe des ronces : cet homme n'eût été qu'ennuyeux; réducation l'a rendu insupportable. Il parle toutes les langues de l'Europe , ce qui, lui donne le privilège de la sottise inévitable ; c'est une polyglotte vivante d'impertinences et d< niaiseries. 11 a un nom dont il pourrait tirer un avantage qui n'est point à dédaigner , principalement pour celui qui n'en a pas d'autre; et vous l'avez entendu décl^amer contre la noblesse , et soutenir ( avec un désintéressement dont il est bien Ipin de oonnattfe toute l'étendue ) que le mérite personnel est la seule distinsction sociale

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