‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 11 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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98 L'HKRITlkR£.

prendre placé auprès de 'nous ; celle-ci reconnut M^^ de Lorys , et courue TeBibrasser , en Ini témdgnant de la manière lapins afiectuaise le plaisir qu'elle avait à la rencontrer. « C^est vous, ma chère Césanne ? lui dit M'"* de Lorjs ; j'aurais eu peine à vous recomiailre , tant «fous êtes candie depuis dix-huit mois ^e je n'ai eu le *plaisir de vous vmr . — Des chagrins dont vous avez connu ia cause m'ont éloignée de Paris une année entière.... — £t d*aiirtres motife dont j'apprécie la cavité vous tiennent en ce moment éloignée et yos amb ( dît en snwriant M"* de Lorys ). »

Dans le cours de ce petit odLoque , ^e ces dames continuèrent quelques instans à voix basse, M^** Césazine me regiordait avec une sorte de curiosité que M**' de Lorys satisfit en me< présentant, sous mon nom d'Herraite , à sa jeune amie , que j'examinais moinsiéme avec un intérêt excité par l'attention générale dont elle paraissait être l'objet.

Après avcrir passé en revue le petit nombre de personnes qui se trouvaient , ainsi que nous , dans l'enceinte des places réseivées , et qui toutes s'af^rochèrent successivement de celle que je ne connaissais encore que sous le nom ^e

L'iIERlTIERk. g^

Cisarine^ on parla de'M''^ Garnerin , it sa ré* solution , de son prodigieux courage. « {1 y a quelqu'un dans cette enceinte , dit aWs la dame qui acoompagnait la jeuae personne , dont le covcage est bien plus extraordinaire ; c'est celui de ce petit monsieur , en pantalon russe et em kabit noisette , que. vous yoyez causant avec /a 7n$Êe des. airs ^ pour me servir d'une expression qu'il vient âe répéter deux ou trois fois, m

On voulut savoir ce qu'avait fait , ou ce qu'allait faire ce jeune homme ponr enlever à M'*^ Garnerin la palme de l'intrépidttë. « Ge qu'il a fait P ce qu'il va faire P continua-t-eUe ; ii va voir , poir la seconde &is, avec un sangfrmd admirable , ceUe qu'ail dme , celle qu'il doit épouser ( quand elle aura une dot ) , exécuter une entreprise où il y a peut-<étrfttjleux contre un à parier qu'elle perdra la vie, — Quelque étonnant que soit l'effort de Courage dont ce monsieur donne ici l'exemple , }e ne serais pas étonné, répondis- je , qu'il ne se trouvât, en ce moment, dans l'enceinte du Champ-de- Mars , plus de gens capables de l'imiter que d'en fournir l'occasion. -^ Je n'en sais rien^ reprît M"** de Lorys ; on fait tant de choses pour une dot ! » Je m'aperçus que cette dernière ré-

ioo l'héritière.

flexion fit en même temi sourire et ^onpirer M''* Césanne.

Le ballon se remplissait lentement ; Tascension ne pouvait se faire avant nné heure , ' et Fodeur gazeuse incommodant ces dames. Nous sortîmes pour faire un tour de promenade : je donnais le bras à M"' Césanne.

La confiance est bientôt établie entre une jenne fille et un octogénaire : ils se rapprochent , ponr ainsi dire , de toute la distance qui les sépare. Je sus bientôt que la jeme personne^vec laquelle je me trouvais était la plus riche héritière de France. Je lui adressai quelques complimens.

u Allons , voulez-vous aussi m^épouser ? me dit-elle en souriant. Vous serez le trentième sur ■ la liste, je vous en préviens. — Je ne demander^9«]pas mieux , mademoiselle , ne fût-ce que pour la singularité du fait. Vous ne vous^gurez pas le bel effet que produirait dans le monde Tunion si bien assortie d'un jeune homme de 79 ans, sans crédit, sans considération, sans fortune , avec une vieille demoiselle de 1 7 ans , pleine de grâce , de talens, et riche de 700 mille livres de rente. Cela me ferait d'autant plus de plaisir, que f ai toujours eu la prétention d'être aimé pour moi-même. — Du moins pouviez-

L'HÉRITliRE. 101

vaus en nourrir TespArance. — A qui dans la jeunesse peat-elle être interdite? — A moi $ Monsieur ; et cette pensée , qui a pris naissance dans mon cœur, qui s^y fortifie chaque jour de tout ce que je vois , de tout ce que j'entends , me met en garde contre la plus douce des illusions , et détruit en moi jusqu'au sentiment de mes propres avantages. C'est à ma fortune que s'adressent tous les honunages que je reçois ^ et c'est mon intendant que je charge d'y répondre. — Prenez garde, Mademoiselle, qu'il n'entre un peu d'exagération dans votre défiance; la modestie a son enthousiasme. Sans doute , il est beaucoup de vœux intéressés parmi ceux qu'on vons adresse ; mais en vous voyant personne ne doutera que , dans -le nombre , il ne doive s'en trouver de sincères. -r-Qn^importe! si je n'ai aucun moyen de les distinguer ? — Je me charge de* vous en indiquer plusieurs , sans compter celui que mit en usage , il y a quelque cinquante ans , la fille d'une dame dont voici l'histoire en peu de mots :

» M\'' Sophie Delpierr^ avait presqu'autant.

à se plaindre de la nj^ture , qu'elle avait à se loner de la fortune. Héritière , à vingt ans ,^ de cent mille écus de rente , elle avait le choix.

103 L'HÉRlTliaE.

eatre un grand nombre ée seuprani». Comme yOu», lÉiadem^iseUé , mai» arec tontes les rnsous qui TOUS manquent ^ eUe s'était mis en tète qae te» mes^enrs briklaiént /four les kemusfoix 4e- sa eûsselie. Pour s'en containcret eHe les réttnît tons à dfaier le jour oi die arait atteint Fàge de sa majorité , et , dans nn petit discours appuyé d'actes anAeùtiqmes , eUe les prévint des dispositions légales qn^elle avait Entes de la presque totalité de sa fiortune en fittenr d^nn grand nombre de parens dans Tiséigciice.

M^^^ Sopbie ne s'était réserré de toste sa fartnae que dix mille li?res de rentf , qu'elle c^Erait arec sa main à celui qui cMsrnlirait^ en Péponssmt , à parta^r la reconnaissance de tous les benrewir ^'elle avait fait$. Cet ai:te d'une générooité sans égale, d<mt la signature et la présence dn notaire paraissaient être garans, débarrassa M'^^ Sophie de totts ses adorateurs , à Tetcep- 'tiOA d'un petit cousin dont Vamour ne savait pas encore cempter.

» — Je craindrais, en répétant eefte expérience , reprit en riant -M*'^ Césarine , de faire autant li'tngrats que d'infidèles , et de ne pas trouver, comme M^** Sopbie, un pauvre peirt cousin qui voulût m'en tenir compte. »

l'hëbitiere. io3

Uit coup de canon donna le signal dn d^rt pFoehaân de l'aérenaute : nous allâmes reprendre ne$ places dans rencemte. M''^ Garnerin s'a^ vança: son galant prétendu lui donna la naîa pour Q)#nter da»s s» cos-beille ; elle prit t6n vol , et le petit monsieur, bien satidâment ëfabU sup nue ehaise ^ la lorgnette à la main , la suivit ixÊS \f^ aks-avec nnt intrépidité qui m se dé-* mentit pas , même an moment terrible^ où la KÙie des airs f se fH'écipitaait dn haut de son tcAne, fit éprouver i tous les spectateurs un sabisseoient à la violence duquel l'akaable Césa^ Fine faillit à succomber.

En noBS séparant , la jeune kéritière fit pro-^ mettre à M™^ et Loi^s de venir avec moi dîner ck^ elle le jeudi suivant. Le billet qu^on a lu a^t poiET but de me rappeler celte invitation, à laquelle je n^étais pas homme à manquer.

De tons les Ueuxoà l'on peut observer Hnfluence du pouvoir sur ses adorateurs , le salon d'vne riclie héritière est peut-être Tendroit où cette influence se manifeste par plus de fiatteries, de mensonges; et si je n'ajoute pas par phis de bassesses , c'est que les hommages qu'on rend à lâie fenmie, de quelque nature qu'ils soient, ont du moins un prétexté qui

io4 l'hekitiere.

peut, à langueur, leur tenir lieu d'exCiBe.

Fresque tous les hommes que je yis arriver , et que M"*' de Lorys me faisait successivement eonnaltre , ëtaieut des candidats d'hjmen : un seul nous avait devancés. « Celui-ci , me ditelle , est sur ]t$ rangs dn yaac où Cësarine est venue au monde. Il s'est officiellement présenté la. semaine dernière. Locsqu'il a été question its articles à stipuler au contrat, il a demandé un préciput de cent mille écus de rentes. Sur la représentatioK qu'on lui a laite que la d&mande d'un pareil avantage pouviût par^tre exagérée de la part d'un futur conjdnt qui n'apportait rien à la commiinauté , l'illn^e prétendant a fait valoir l'éclat du nom qu'il avait à soutenir. On a tronyé l'entretien de te nom là trop cher, et Ton a écouté des prq^ositÎAiis plus modestes. ^ : . ,

» Avec d'aussi bpUaus -litres , cet autre ^and jeune homme ^ qui salue^tout le monde d'un ^sou-r rire , se serait montré beaucoup plus accommodant sur les stipulations éventuelles, par la raison qu'il ne connaît pas de fortune qu'on ne puisse manger en dix ans , et qu'il a pour maxime « qu'on enrichit le ppé$ent de tout ce qu'on vole à l'avenir ; » mais on ne parait pas

l'héritière. io5

disposé à lui tenir compte d'un désintéressement qoi lui coikte si peu , et quMl ne peut exercer qu^aux dépens des autres. »

» Vous pourriez vous méprendre sur l'intérêt que Césarine témoigne à la personne avec la-* quelle vous la voyez s^entrétenir tout bas : c'est de reconnaissance qu'il est question entre eux.. Notre jeune héritière avait perdu de vue , depuis quelque ten^s, une' amie de pension, que le défairt de fortune éloignait du monde : elle ap-^ prend que cette compagne d'enfance , recherchée par un jeune homme qu'elle aimait , refusait de l'épouser ,- parce qu'elle n'avait point de dot à lui offrir avec sa main. Césarine fait dresser elle^m^me leur contrat de mariage , où son amie se trouve propriétaire d'une terre de deux miHe*^ ëcus de rente. Vous conviendrez qu'un don aussi généreux ne pouvait être fait avec plis de grâce. » I M"* de Lorys acheva la revue critique des adorateurs de l'héritiird. « Vous ne me parlez pas, lui dis-je , de ce joli jeune homme que j'ai suivi des yeux depuis son arrivée, beaucoup moins attentivement peut-être que telle personne qui ne l'a pas regardé une seule fois. — Je fais, me répondit-elle, conune les femmes

ro6 l'héritière:

qui écrivent une lettre et qui ne parlent' de Tobjet principal que dsms le pos^scriptum. Ce jeune homme , qu'on remarque d'autant j>1hs , comme tous l'observez fort bien , qu'on a l'air d'y faire moins d'attention, est en effet le fortuné rival , mais il n'en est guère plus avancé pour cela. Ceci est une énigme dont le mot , pour être entendu , exigerait un long commen* taire que )e n'ai pas le tems de vous donner , car on vient avertir que l'on a servi. »

M''*' Césarine me fit placer à table aif^ris d'elle , et les^ iréquens apporte que imhis eâmes ensemble me donnèrent un plaisir dont je sois sevré depuis une quarantaine d'années au moins, xelui d'exciter, parmi des rivaux^ unioom^il d'inquiétude et de jalousie.

COKEESPON0ANCE. loy

N** xxxvii. — 7 mars 1816.

Jufundum nîhUest^ nisi fuod reficit tfarittas.

S»me«M4$ àt $rmtt.

Il a'jr a d^af i^abU ^« c« qua la variéU ««aisotiie.

Je reçois beaucoup d« lettres, et fai accusé réception de plusieurs aux personnes qui me les ont éerifes , en faisant uiage des observationa qu'elles ont bienyoulume communiquet. Quel« ques-uns de mes cerreajpondans se plaquent j d^une manière plus ou moins obligeante , de Toubli où je parais oondasiner leurs lettres , et ne forcent à leur déduire des motifs *qu'ayec mr peu de réflexion ils auraient pu deviner.

Je suis très-4atté des complimens qu'on me bit , ^s éloges qu'on m'adresse ; je suis encore plus reconnaissant des conseils qu'on me donne. Mais on a si mauvaise grâce à mettre le public dams la confidence de son amour-propre , que je

io8 correspondance:

me croîs obligé de joair en silence des témoignages d'amitié et de bienveillance que ]e reçois. — Voilà pour les uns.

Je me place , dans ma propre estime , si fiort au - dessus de Topinion de certaines geAs qui m'honorent périodiquement de leurs injures , que je crois pouvoir me dispenser de leur répondre , du moins aussi long-tems qu'ils garderont Tanonyme. — Voilà pour les'autres.

Quant à ceux qui me font Tbonneur de m'écrîre pour m'apprendre que l'esprit de parti dirigée leur plume , qu'ils ne voient rien qu'à-travers la passion ou l'intérêt exclusif qui les domine , c'est une marque de confiance qu'ils me donnent , et je ne suis pas homme à en abuser.

Après avoir fait une part considérable à la* discrétion , et un sacrifice pénible à la vanité , je ne trouve dans ma correspondance qu^un trèspetit nombre de lettres que je puisse , en toute sûreté , mettre sous les yeux de mts lecteursi Je les réunirai tous les mois dans un même article , sous lé titre de Correspondante, Je prie seulement-qa'on veuille bien se souvenir que , ce jour-là , je ne suis bien véritablement qu^édite&rf et qu'il y aurait de rinjustice à me rendre per-

COfeRESPOKÛANCîl. 109

sonnellement responsable des pensées , des opi^ nions , des jugemens énoncés dans des lettres , la plupart pseudonymes , mais , du moins , sous la signature desquelles mon nom ne sera jamais caché.

Je profite de cette occasion pour prévenir mon correspondant L. M. H. que j'ai reçu avec reconnaissance ses observations sur les théâtres , dont je ferai mon profit dans le discours où je me propose de traiter ce sujet. — Il y a bien de la vérité , peut-être tropf de vérités dans les Quelques Réflexions que* M. Francus m'a fait parvenir sur Itfs délateurs : Tor pur a besoin d'nn peu d'alliage pour être mis en œuvre.

Paris, li^féyTitT 1816.'

Oif dit, M. THermite, que vos articles sont lus dans tons les salons. Je ne vous Tassur recai pas , car j Y entre rarement; mais vous ne dédaignez paa de vous occuper quelquefois des: mœurs de VaTMehambre t et cela me fait espérer que vous. voudrez bien vous intéresser à moi. Je, pourrais vous dire , comm^ tant d'autres , que )e suis la fille à'un homme comme il faut ; que mes parens ont été rainés par la révolution.;

IIO CORRESPONDA.NCE..

mais )e ne yeus crois pas très-crédule de votre nature. J'aime mieux vous dire touibottoeaieiit la yéritë : je suî^ la fille d'ttu houAète cordoniiier* de la rue Saint-Jacques , et , sans entrer dans le ' détail des circonstances qui m'ont déterminée à me mettre en service , vous saurez que depuis trente ans j'exerce Tétat de femme-de^hamlMe, et que j'ai -servi des maîtresses de toutes les coïkditions , depuis la duchesse jusqu'à la danseuse d'Opéra inclusivement. Je puis dire, sans va^ nité , que je possède à fond Tart de la toilette et les secrets du boudoir; en lEiit de ruses , d'intrigues , de présence d'esprit , j'en remontrerais à tontes les soubrettes de comédie. Fit bien! Monsieur, concevez- vous qu'avec de pareils talens je sois , depuis quatre mois , sans place ? On dirait que mon signalement a été envoyé à tous lestnaris ; j'ai beau cbangar de nom et de costume , la pauvre Victoire est toujours . reconnue. Tonr-Â-tour avec la robe à guimpe en taffetas noir ^ sous le nom de H"* Dupri ; avec la petite robe en toile peinte, sous le nom de Florine; avec le canezou de perkale , sous le nom de Babei; avec le madras et le tablier de batiste , sous le nom de Zoi ^ j'ai été renyoyée

COEHESPONBANCE. i i i

de quatre maisons depuis un an. Dans Tune , jVii été victime des trop grandes préyenances d'une femme pour son mari , dont ce changement de conduite a éveillé les soupçons ; dans Tautre , je me suis vue compronûse par Findiscrétion d'un fat qui lœ manque jamais d'afficher ses bonnes-fortunes ; dans la troisième, te hasard a fait tomber dans des mains ennemies une correspondance dont j'étais la messagère. Si vous me permettez d'aller vous voir , je vous raconterai l'aventure qui m'a forcée de quitter ma dernière condition. Enfin, toujours triomphante et toujours persécutée, haïe des hommes et adorée des femmes, je commence à m'apercevoir qu'une grande réputation est souvent bien à charge. *

Vous passez pour aimer beaucoup les femmes, M. l'Hermite : eh bien, il est de votre intérêt et du leur de chercher à -me placer ; car , si je ne puis trouver à m'employer suivant mon goût et mes principes , je vou» préviens que je me déciderai à tourner mes talens contre celles que j'ai si loog-^ems et si bien servies. Je changerai de rôle , et^ de soubrette , je me ferai duègne. Qu'on y prenne garde ! j'ai, le secret du corps;

1Ï2 CO&RESPONDANCË.

et , après avoir été le fléau des maris dans ma jeunesse , je puis être dans Tâge mûr leur ange ttttélaire. '

Si vous faites quelque chose pour moi , je vous promets de vous révéler quelques anecdotes bien secrètes , bien piquantes , dont la moindre suffirait pour faire la fortune d^un roman.

Votre très-humble servante ,

Victoire Petit-Lion.

Paris, a6 février 1816.

J'ai recours'à vous , M. THermîte, qui regardez de si près et qui voyez de si loin , pour m'expliquer comment il se fait que deux personnes qui partent du même point , qui suivent la même route , qui marchent du même pas , qui se proposent le même but , non-seulement ne l'atteignent ^as ensemble, mais se trouvent, au moment où «liés s'arrêtent , à une grande distance l'une de l'autre.

Exemple : J'ai dix mffle francs de rente ; je suis venu à Paris avec un de mes camarades de collège, qui jouit tout juste de la mêine fortune et de la même considération que moi dans la.

ville de Périgueux^notae -patrie commune. Nous

COBRESPOÎÎDÀNCE.' Ii3

en sommes parfis avec des lettres de recommandation en blanc , qui devaient servir indistinctement à Tun on à Tautre.

Le )onr fixé poiir notre départ avec le conr-^ rier de la malle , mon ami accepta Toffire d^une place , à frais communs , dans une chaise de poste; ce qni n^empécha pas que nous ne fissions route ensemble : mais, en arrivant à Paris ^ f allai descendre , comme nous en étions convenus, à rhâtel de Nantes , rue des Yieux-Augustins , et mon anù se décida pour ThAtel du Tibre , rue du Helder , où s6n compagnon de voyage s'était fait conduire.

Je pris un logement de 60 fi:, par mois; c'était le prix que mon ami payait le sien; mais il n'avait que. deux pelj|»s chambres dans un^ pavillon au-dessus de Técurie , dans le fond de la cour , et j'avais quatre grandes pièces au premier sur le devant: ce qui ne l'empêchait pas de soutenir , sans pouvoir m'en convaincre , qu'il était beaucx^up mieux logé que moi.

Dans le partage de nos lettres de recommandation, nous consultâmes lei^ convenances des difFérens quartiers que nous habitions , en sorte qu'il eut peur sa part celles qui nous adressaient-

Il4 CORRESPOKDANCE,

à des banquiers de la Chaussëe-d'Antiii^ et que je me trouvai porteur de celles qui nous recom-* mandaient à un gros narchàBd de scne de la rue de la Ferronerie et au pl«s riche passementier de la rue des Boufdonaats.

Dès-lors nos habitudes , sans cesser d^ètre les mêmes, prirent une érection différente : tt vécut dans un monde briUant^ et moi dans Tintimité des sociétés bourgeoises. Nousfré^pentioiis tous deux les cafés , selon notre usage; inais il passait une partie de s» malîttée chez Tortoaii , et moi, }e déjeÂnais régulièreamt au café de kt Poste avec tout ce qu'il y a de mieux dans la rue Plâtrière.

Le m^ne ^oftt pour le ^lectacfe iMms comàiisak 4 des théâtres difiiffeiisv Cowne il mm piir. siôunteont la hon«e comédie et laboone nwsîr' que , il ne manquj^t pas un balle( de I! Opéra, pas une représentation de Sémiramidty èàiA il sait les paroles p2ff coeur. Moi , qui tiens po«r lé genre senfknenlal et palbétiqne , j'allais réguliè* rement soit kla GcHi, seitàrAjaUgu-Cami^uâ.

Nous avons, sur touaf les points, à^eu^pirès les mêmes objets de dépense : il a tnmfois par semaine un cabriolet et un jockey em livrée;

CORRESPONDANCE. lia

pour le même prix ye prends , tous les jours , une voiture de place , et je me bas servir par le dmnestique de Tti&tel. Ma garde- robe est tout atts^ bien moatée que la sienne; mais c^est Léger qui l'habille , et j'ai pour laiUeur il. Ma-ikieu , portier de la rue Verdelet.

De compte fait , nous dépensons Tun et l'autre notre revenu ; nous sommes da même âge , nous n'avons pas moins d'esprit l'un que l'autre; plusieurs dames qui s'y connaissent m'ont assuré que ma taille était mieux prise , et ma figure plus agréable que celle de mon ami : cependant il brille dans le monde , et je suis perdu dans la foule ; il est sur le point d'obtenir une place ' que mon père a Denplie avec honneur ^ et que je sollkîte ; enfin (ponr laîeux constater ton* les aieantages qu^l obtient sur m«i), dans la^ seule visite qn'il ait Êiite an riche miffchand de soie auquel j'ai été recommandé, il a &iit la conquête de sa fille, sur laquelle j'avais des^ Toes, qai me vopit avec pl»sir, et que son père m'aurait in&iiliblement accordée.

Vous m'avouerez, M. l'Hcrmite, qn'il est dur de manquer sa fortune, sa réputation et son mariage par la seule raison qu'on habite tel ou

Il6 CORRESPONBAKCÉ.

tel quartier, que Ton fréquente telle ou telle maison , également honnête , et que l'on préfère l'extravagant mélodrame du boulçvart du Temple au plat mélodrame du boulevart Italien. Je me recommande à vous pour m' expliquer , lorsque Toccasion s*en trouvera , la cause de ces étranges bizarreries.

Recevez mes sincères salutations.

Charles Dumarsak.

l^arîs, a8 fëTrîer 1816.

La jeune Solitaire de la Virginie au vieil Hermite de la Guiane.

DaIvs ce siècle d'incrédulité , vénérable anachorète , il est encore permis de croire à la charité d'un hermite comme toi , pour une pauvre petite, solitaire de ma figure et de mon âge. Tu sauras. donc (pardonne ce langage familier à une jeune fiile née sur les bords de rOhio , d'un père et d'une mère de la secte des Quakers); tu sauras, dis- je , qu'une suite d'événemens qui pourraient passer pour extraordinaires dans un autre tems, m'a conduite, à dixhuit ans, dans la ville du monde où l'on apprécie

le mieux les avantages que je possède et ceux qui me manquent; au nombre de ces derniers , celui de ne pas entendre \t français (je veux dire le français du grand monde ) est le preriiier dont j'ai senti la privation : juge du plaisir que m'a faitTannonce de ton Dictionnaire du beau langage^ * où tu nous as donné comme exemple la définition de quelques mots dont Templôi n^a rien de commun avec la signification grammaticale.

Grâce à toi, je sais déjà à quoi m'en tenir sur la valeur de certains mots : je sais ce que me veulent ceux qui me parlent sans ctsst d*amour; ce que j'ai à perdre avec ceux qui ont toujours l'honneur à la bouche; et la différence que je dois mettre entre ma bonté que l'on vante et mes bontés que l'on sollicite. Mais que de termes encore sur la vraie signification desquels il m'est impossible de me fixer , et que , de peur de méprise , je suis décidée à ne pas prononcer avant la publication de ton dictionnaire ! Je n'entends rien , par exemple , à la dispute de mon père et de ma mère sur le mot naissance :

* Voy. tome if« de VHerm, de la Guiane , page 338.

Il8 , COREESPONBANCE.

mon père veut que j'^ouse un homme de naissance , et se fâche quand ma mère répond qu^elïe se contenterait d'un gendre d'une honnêie nais-sance. Comment se fait^il qu'une semblable ëpîthète atténue la valeur du mot,' au point Q^honnite naissance et sans naissance soient pour mon père deux expressions absolument synonymes?

Je ne suis pas moins embarrassée quand il s'agit de réputation : il y a sans doute des gens qui en ont à revendre, car je ne vois dans ce pays que des hommes qui en achètent. Qnaift à celie des femmes , c'est un mystère que je ne m'explique pas encore; car, autant que j'en puis jug^ par quelques exemples , être en répubiHon eu aveir de la réputation sont pour une femme deux choses absolument difTérentes.

Je ne me fais pas non plus une idée bien nette du mot caprice: j'en demandais hier l'explkation à un bel esprit <le notre société, qui me fit une phrase à perte d'haleine et de comparaisons , d'où il résulterait que le caprice est un nuage , \m papillon j un prisme , nn départ, un retour, un ruban, une fleur, un oiseau, et finalement une femme.

CORRESPONDANCE. i ig

Adiea, bon Hermi te. J'entends quelquefois dire qn'on se prend par caprice; mais j'ëpronve , ea ce moment , qu'on peut se quitter par raison. J'espère bien n'avoir jamais de caprices; mais l'txempie est contagieux , et il ne faut jurer de rien à dix-huit ans. Quoi qu'il en soit, si je tombe jamais dans ce vilain défaut, tu en seras le premier instruit , et je sais comment je m'y prendrai pour trouver grâce à tes yeux.

La Solitaire de la Virginie. "■

Paris, le a mars 1816.

Monsieur l'Hermite, j'ai souvent entendu dire que Paris était la ville du monde où l'on trouvait le plus de savans et d'écrivains distingués dans tous les genres. Je dois le croire ; car je ne vais pas à un bal , à un spectacle , dans un lieu public ; je ne suis pas invité à une fête , à un grand dîner, que je n'y rencontre quelques- «ns de ces grands hommes , sur qui la postérité a déjà les yeux. Tout en les regardant avec cette admiration -que l'on d^it au génie , je me demsmde oomment ces ntessieurs font pour jconci-^ lier l'amour des plaisirs et celui de l'étude , les travaux 'du cabinet et les devoirs de la société ;

comment ils trouvent du tems pour leurs savantes élucubrations , en passant là matinée dans les antichambres , la soirée dans les spectacles , et une grande partie de la nuit dans les salons.

Leurs illustres devanciers, si je ne me trompe, menaient une vie plus sédentaire , et f ai dans ridé« qu'au siècle de Louis XIY on aurait perdu sa peine à chercher Corneille au bal , Molière dans une maison de jeu , Racine au billard. Ces gens-là s'imaginaient que le génie avait besoin de solitude pour enfanter des chefs-d'œuvre , et ils en donneraient pour preuve le Cid , Athalie , le Tartufe 9 comme si cela prouvait quelque chose 1

Grâces soient rendues aux coryphées actuels des sciences et its lettres I ils vont commodément à la gloire par les rians sentiers du plabir :

Ce sont petits chemins tout parsemés de roses.

Aussi la foule est là; tout le monde y court. La célébrité n'est plus qu'un jeu. C'est le moment que j'attendais pour me mettre de la partie; car je compte bien , tout comme un autre , arriver à la célébrité ; mais je voudrais y parvenir à moins de frais possible, et sMT-tout sans rien

CORR£SPONDAlfC£. lai^

déranger aux douces habitudes que )e me suis faites. Une petite place dans votre Correspondance est dëjà uji pas de fiait , mon vieil Her-*; mite , ^t j'espère que vous ne me la refuserez pas. BoijTROux,

Nantes y le 3 mars 1 8 iB.

Vous saurez, M. THermite, que je viens de terminer, après dix ans de travail assidu , un ouvrage sur lequel je puis fonder ma réputation et ma fortune , si je dois croire quelque^ amis à qui je Tai communiqué. Au moment de le mettre sous pressé, mon libraire me prévient que 1;^ succès de mon livre dépend entièrement de la manière dont l'annoncera certain journaliste qui dispense la gloire , sans y regarder de bien près , comntô on dépense le bien d'autrui.

Faites-^moi le plaisir de me faire savoir, M. THermite , si ce journaliste est un homme joufflu. Ce renseignement , le seul dont j'aie besoin sur ' son compte ,. me déterminera, sans autre considération, à publier mon ouvrage ou aie remettre en portefeuille. J'ai pour les hommes joufflus utae antipathie que vous n'appellereas pas une préçeniion , quand vous saurez que les malheurs que j'ai éprouvés dans ma vie ni'pi\|

fi2 caitaESPONxrANCïr.

été suscités par des hommes à grosses )oaes.

C*esî un grosjouffbi qui m'a miné dans lâ r^mlution , en me remboursanf en assignats une somme considérable que \t tui avais loyale-^ ment prêtée en bel et bon or.

C'est unprétre/oiij0b qui m'a marié avec une femme à grosses /oues, qui se fait, depuis quinze ans , une étude particulière dé me tourmenter.

C'est un gras jouffta d-'agent-de-change qui m^a fait aobeter cinq mille (rancs^ de rentes à la bausse, la veitle du jour où ks fbnds publieront éjprouvé nue busse considérable,

C^est un médecin joufflu qui m^â traité d^un fbmne, dont il a trouvé le. moyen dé faire uii catarrhe qui m'a mis aux portes db tombeau.

C'est un petit iouffu^ très-enclin à la déla^ tfoR, quiyi?nt tout récemment d'arriver de Pans* pour me supplanter dans un emplor que f exerçais depuis quinze ans avec honneur.

Je ne finirais pas-, M. THermfte, si je vou-* tais vous^ hîvn Ténumération de toutes les in-« iorfunes qui me sont adi^ertues par le blX ou par la faute: it gens à grosses joues.

Atnsr , quelque confiance que j'aie dans mon bnvrage et <hins le jugement d» mes amis y si

CaK&£5»OHDA1!ICK. £23

voua tt'asauDes qucha muscla faciavr Atjewr^ nalisle parbien pac les ébîbs dtaqu^je dëis pas* sef escUtnA lés iimtmiaw^ oréiaaîriS', jn sui^ 4iieasamé k,^Séien la piéluiaHAi de «Mm Imre jf(i0qWà oeipie caet Arbtas^jpuffltt ml morf ^ •Il jusqu'à! ce qu!H sait enterré. .. à l' Académie. J'ai riMn&elupeixL , Ck. Makebt.

' le y a ftnrgs-tfem^ que, sans m'en yanfer, H. PHermîtc , j'étudie , peut-être avec moins dé succès j mais avcic autant d'attention que TOUS , les moeurs et les ridicules de la capitale. Je fais mon bréviaire du tableau du néologue HTércier; ma biblit>t)ièqne se compose de tous tes oruvrages sur ITristoire de cette ville , depuis rhistoriograpbe Gilles Corrozet jusqu'au Cicârane parisien du capitaine de cavalerie Villicrs. n'y a point dfe modies nouvelles que je n'enregistre avec soin , de petites défectuosités dans les habitudes de cette grande ville dont je ne tienne note , pour composer dstns quelques annëes^ un ouvrage>qiii , à l'aide de quelques journalistes, se vendra sans doute comme beaucoup cl^utres qui ne valent pas mieux. -

124 COREESPONDANCE,

. Je ne pois malheureusement donner tout mon tems au travail, et je suis obligé d -en distribuer une partie entre mon bureau et mes distractions. Au nombre dé ces dernières , je mets au premier rang le plaisir de me promener surjes l^oulevarts, après mon diner, depuis la rue Dup^ot, où je suis logé , jusqu'au boulevart de TÀrsenal inclusivement. C'est là que , chemin £adsant, j'observe tous les différens tableaux qui se trouvent sur mon chemin , au ceux qui passent deyant mes yeux , quand , assis derrière la petite barrière du café des Princes , un tabouret sous mes pieds, ma canne entre les jambes, je trouve le moyen de faire durer une bouteille de bière et une deminlouzaine d -échaudés depuis sept heures du soir jusqu'à neuf et demie , heure où je rentre dans mon logement de garçon , au cinquième au-dessus de l'entresol. Une pièce de 20 soys suffit ordinairement à cette dépense , même en y joignant la taxe que mettent ^ sur l'^mour-propre des habitués du boulevart , ces baladins vagabonds dont l'importunité voiis arrache des aumône qu'ils enlèvent à des pau-yres plus intéressans.

En effet, M. l'Hennite, n'est-ce pas un

iscandale de voir cette foule de fainéans qui ne sortent le. soir des cabarets , oh. ils ont passé la journée , que pour gagner de quoi s'enivrer lé lendemain ? Mon humeur ne s'étend pourtant pas jusqu'à ces honnêtes Auvergnats , Satoyards ou Piémontais , qui , l'orgue de Barbarie sur le dos , sont en possession , de tems immémorial , de nous tenir au courant de toutes les com^ plaintes , romances et vaudevilles en vogue^ , Mais ne connaitriez-vous pas un moyen de nous débarrasser de ces impitoyables tourneuses .qui se fatiguent bien moins qu'elles ne fatiguent les spectateurs en pirouettant sur leurs pieds comme un sabot sur son axe ; de ce petit fainéant qui passe sa vie à parodier, de la manière la plus insupportable , le chant du rossignol et de la fauvette , dont^n serait tenté , en l'écoutant , de dire comme M. X***: Ohf la vilaine bête.

Connaissez-vous rien de plus insipide que ceâ deux. grandes niaises d'Allemandes qui croient s'accompagner .d'une mandoline en miaulant de mauvaises tyroliennes avec l'accent et le regard de la stupidité ? Enfin , ne seriez-vous pas, comme moi , tenté de fustiger ces petits .vagabonds qui précèdent les promeneurs en faisant

}26 €0RftESP01l]»AKC£.

Tiagt ou trente leis la roue sur leurs deszinras ? Le seal de tous ces mdufitrieiK ywama»

qfïi trouve grâceaHpr^tde moi, en faveur àe son élève ^ est Je propriétaÎM de oe tûpm jatmé 4pd lait des rouknieBs coauoe un tamboutHmaifare et tire un coup de fusil comme nn gacde-cbasse.

Convenez , M. rHermite , que ces artistes mendians , qui GnisseBt leurs concerts 4)u leurs expériences par tendre la main , ou par faire cimrir la soucoupe , softt un véritable fardeau pour un pauvre diable4>mp1oyé qui , paramour-{ir4Hpre , veut avoir l^air de récompenser les taleas ^ et dont la généresitis augmente ainsi la dépense journalière ^e ^uze mx quinae soiis^ lesqneh auraienl suffi à sa co^sonmatioB du iesdemaiai^

En attendant l'om^cage auquel je travaille ^ ne poiurriec-voufi pas donner place à imes «3hservations dans votre correspondance P Peut** être {MMirront-^efles nous débarrasser de quel^ quesHyMis de ces importuns. Je vious salue.

Xa V. Bousiufin^ ^mpl. des àamiaes.

Le MafiS| B mars i8il&.

M onsfEvn L'HfiRiHTE , je suis un deî plus anciens comédiens de France. Je compte cinquante ans de théâtre, et depuis douze ans

i^eulement j.'ai quitté la scène ,, où j'ai iébxiti stMis les auspices -du fameux Dufresne , eu xjSo. Je ne vous dirai pas que mon talent a e(&a^ Grandval. J'aime autant vous laisser croire ^ au7 jourd'hui « qu'il n'^étwt pa^ de jiaiure i briHerà la Comédie-Française. Désespérant d'y reraiplir l'emploi des premiers r^ôles , après y avoir étudié les l>ons modèles» j'ai pris le parti il'aller m'établir sur un bon théâtre de jU'ovince , où je me suis fait une réputation qui pourrait fort bien me survivre.

Ce n'est pas sans étonneuient que j'ai va se renouveler les anciennes querelles qui jadis et na^ères ont été faites aux comé^ens par MM. Palissot, Beaumarchais et Hofibian. A ' Dieu ne plaise que je veuille me déclarer ici le champion de ces-comédiens insolens dont la morgue est presque toujours en raison inverse da talent ; que je me déclare l'apologiste dexes airs de hauteur et ^e protection que iguelques-uns affectent envers les auteurs^ et que je partage leurs ridicules prétentions à la siqyériorité sut les gens de lettres ! L'homme qui crée sera tou-^ jours au-dessus de celui qui imite , et la Champ** mêlé n'a pas plus de droit k la gloire de Ra-

cine que le maitre maçon qui dirigea les travaux du Louvre n'en peut avoir à l'immortalité de Perrault ; ce qui n'erapéche pas que le talent du comédien , poussé à un certain degré de perfection, ne soit digne de Tadmiration qu'il excite , et que les grands acteurs ne soient au moins aussi rares que les bons auteurs. De leur vivant , auteurs et acteurs puissent d'une part de gloire à-peu-près égale ^ mais les revenus de ceux-ci sont viagers comme les produits de Tart qu'ils exercent , celui des antres est perpétuel comme les fruits du génie.

De cette espèce d'infériorité que Tamourpropre de coulisses ( le plus exigeant de tous les amours-propres ) peut avouer sans honte , on a voulu tirer cette conséquence , que les comédiens devraient être déshérités du droit de juger les pièces de théâtre qu'ils représeit^ tent , et que ce droit devrait être dévolu aux auteurs qui les composent. Quodnumen açertatl

Les défenseurs de cette opinion ont allégué le défaut d'instnïction des comédiens en général, et la difficulté d'arriver à leur comité. Il y a , sur ces deux points , distmction ou mauçaise * foi y comme dit Figaro.

COftn£SPOKDANC£. 12^

X Les comédiens qui ont du talent ( et c^st le plus grand nombre parmi ceux qui composent le comité.) ne Tout acquis , ce talent , qu'à force d'études ou d'habitude de l'art dramatique. On ne peut donc leur refuser les' connais-^ sances nécessaires pour juger le mérite d'un ouvrage , du moins sous le rapport le plus im% portant , celui de l'effet théâtral.

Quant à la difficulté d'arriver au comité , cette objection ne peut être produite que par des auteurs qui entrent dans la carrière ; et l'on conviendra qu'il y aurait quelque inconvénient à admettre sans choix aux honneurs de la lec^ ture cette foule de poursuivans sans titre , qui ne craindraient pas de faire perdre à les en-^ tendre le tems qu'ils ont perdu à composer leurs essais dramatiques. L'accueil que le public a fait à tant d'ouvrages refusés à la lecture , et mis au jour par leurs auteurs , a presque toujours confirmé le jugement des (iomédiens.

De tout ce que je viens de dire, ne puis-je pas conclure , M. THermite , que les comédiens sont les véritables juges en premier ressort des ouvrages dramatiques ; qu'une profession qui a compté parmi ses membres Baron , Monl^

l3o CORRESPOKDAKCE.

fleiiry , Hauteroche , iMomut , Dnhellojr^ et^ à la tête 4e ions^ le fpt'mce de nos |ioèltes coHiiqnes, peut fort bien Ik fas ae croire ébcoB^re. dans la répnUîqne dèskltites Penfin^ qaeramitié C0iistaiiil£ cpe les anleiirsimt fartée auK o»* médiens ( à ^fpAcfsts exceptîoBS|ir<às ) doit iaise prësiHiier qu% oui ^elqne confiance àams fear jugement, et qn'ilB ac népngnent fasii 5e canform^ à un nsa^ anqnel Radne ci Yollare ont cru pouvoir fie soumettre ?

J'ai rhonnônr de vmis safaer.

LAUFAiiXMiRE , çitux comidîen.

UNE JOURKEE , etCV ï 3 1

N*» xxxyni. — i4 mars 1816.

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