‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 12 sur 41 · UNE JOURNÉE AUX RIVES DE LA SEINE · texte numérisé non relu

UNE JOURNÉE AUX RIVES DE LA SEINE

Si ¥iitai€tpUâde ratùnem mdmtiitU , edam, loY^MAi, Sat. 1.

meprêternan orciUeimpartiak, <cMit«»*

J'ai promis d'opposer au Tableau d*une Joùmie aux bords de rOrénoque* la peinture d'une Journée aux rives de la Seine, Je ne veui: pas laisser échapper Toccasion qui se présente <j[e tenir ma promesse aux dépe^ d'un bomme du monde qui sort de chez moi , et dans la conver*satijon duquel j'ai trouvé tous les rensei^gnemeps que j'avais besoin de réunir.

Cette fois , je ne pouvais me prendre moimême pour sujet de mon Discours. A mon âge , on compte encore les jours , mais comment les

♦ Voy. le premier volume âe VHermiie de la Guiane^ K» Vil , p. 87,

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mesurer ? Ils n'ont plus d'aurore , plus de midi ; c'est un crépuscule entre deux nuits , dont rhorloge seule marque encore les interyalles.

La vie humaine se compose de pensées et de mouyement : cette dernière faculté n'est plus y dans la yieillesse ^ qu'une oscillation mesurée d'un besoin à l'autre.

Prenons un exemple où layie soit tout entière: « Je ne sais ce que devient le tems à Paris ( me disait ce matin en entrant chez moi le jeune comte de Glaneuil , petit-neveu de M"* de Lorys ). Voilà quinze jours que je me propose de vous faire ma visite ; nous habitons la même maison ; je n'ai qu'une terrasse à traverser^ : eh bien ! d'honneur , j'ai cru que je mourrais sans trouver le moment de vous voir. — J'étais plus pressé que vous, M. le comte. On court risque de me faire perdre le plaisir qu'on me fait attendre. Mais, tout intérêt personnel à part, souffrez qae je vous demande comment iV se fait qu^indépendant comme vous l'êtes de toute espèce de devoirs , sans autres occupations que celles que vous jugez à propos de vous créer , libre de vos actions et maître absolu de votre tems , vous ne trouviez pas le moyen d'en régler l'emploi à votre*

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^ë ? — Pardonnez-moi , Je le règle le plus sagement da monde; mais il se trouve toujours te soir que je n'ai rien fait de ce que J'avais projeté le matin.

» Par exemple, voulez- vous connaître quelles étaient mes dispositions pour la journée d'hier ? Voici mes tablettes , lisez :

« A dix heures, chez M. l'Hermite... (vous *voycz ! c'est écrit ). — A onze heures précises , chez M"* de Berville , qui n'a que deux jours à passer à Paris, et que je ne veux pas manquer de voir. — A une heure , au Collège de France , aux cours de MM. Andrieux et Villemain. — A trois heures , chez mon notaire pour un arrangement de famille de la plus grande importance. — A quatre heures , chez moi; maître de

langues orientales (c'est une étude que je

veux suivre ). — A six heures , dîner au Marais , chez M"* Reimzey , avec quelques-uns des savans et des hommes de lettres les plus distingués de Paris. — Le soir , aux Français , où l'on joue Phèdre, — Après le spectacle , chez M"* de

Lorys : j'y verrai Je'suis décidé à ne plus

jouer ; je sortirai quand les parties commenceront. — Je serai rentré chez moi ayant minuit ;

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J6 lirai et )e travailkarai jftsqa'à tms heures iu ttatin M.

»> Tel était te projet ; mainteBant TOttIe&-y(ms connaitre l'exécatioii ?

» Je m'étais coschë irès-tard la^eSIIe ; il était iix heures «I demie quand laon yalet- dechambre entra chez moi : il fallnt encore, renoncer à TOUS voir ce fonr-là. A cela près , )^étais décidé à ne point ra'écarter de mon plan. Je devais être à onze hewes précises an &nbourg Saint-Germain ; il était près de midi quand j'arrivai chez M"' de Berviile; cette dame compte l'exactitude ao nombre des qualités qui la distingnewt. Auiiefi d'une bonne heure que î'asrais pu passer avec elle , en arrivant au moméat précis de son4dé)eâner , je ne pus jouir que pendant quelques «nnules du ptaistr de voir et d'entendre vn femme charmante , chez qui paraissent s'être réfugiés l'esprit qui manque à tant de sottes et la ra^on qui manque à tant de folles auxquelles la société est depuis quelques tems en proie.

M Pour m^imposer la punition de mon inexactitude ^ le basard voulut qu'en sortant de chez la lemme la pins spirituelle , la plus douce ^ la

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plas^mablede France , je reacontrasse le plus exte^yasant des hommes. M. d^'Aufaignac ( qai s'est fiiit mUUatre depuis que la faix est faite; qui se .crailt ffwtà historien et giafid politique parce qu'il fiajt par cœur les Cofiiuiaires de Chéurkmague et le Traiiê des Fiefs ) me put par le bras et ne me quitta pas qu'oïl ne m'eût emmené dë)eûner avec lui

» Poiir>qai jp^eut s'amuser long-tems du spec-> tacle .et des propos de la sottise en fureur et de la vanité en démence , une place au d^eùner de M. et de M"* d'Anbignac est véritablement à payer ! Je suis accoutumé , depuis long-tems , à -entendre déraisonner sur les affaires pnblÂqnes; fat pris mon parti sur cet esforU de vertige qm s'est emparé de tast de cervemix à l'en^ vers , et ^ me croyais au courant de iontes.ln folies, de êontesles exagérations, de toutes 1^ imperlinenceâ qai peuvent s'y loger et en sortir^ M. et M"*^ d'Âubignac m'ont appris que la dé- Ejtts&n n^a )point de bornes , et cette dernière s'est (cbargée de me convainere qu'il n'y a point de seAtina^nt humain que ne puisse détruire l'esprit de parti dans le cceur d'une femme qui n'«st pins accessible à d'antres passions. J'aù-.

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rais pu ëcooter, jusqu-au bout ., les absurcKtës politiques dont le mari fatiguait ma patience : \e ne fus pas le maître d'écouter de sang-froid les petites maximes atroces que sa femme débitait d'une voix aigre-douce , et qu'elle terminait par cette espèce de refrain : J'en suis fâchée , mais cela doit finir par-là, . . . . . Cela finit du moins par me rendre impoli. Je me levai brusquement , et je sortis de cette loge d'insensés , en me promettant bien de n'y point revenir.

» J'étais en chemin pour me rendre au Collège de France , où j'espérais que les leçons de deux célèbres professeurs dissiperaient les pensées sinistres dont le couple énergumène avait rempli mon ajine. J'arrivai à tems pour voir s'écouler la foule des auditeurs qui avaient as^sté à leurs savantes leçons. Pour échapper à l'huvofixïv dont j'étais possédé , j'entrai dians un jeu de paume ; -je. fus réduit à y faire la partie d'un, garçon , en présence de deux ou trois vieilles têtes à perruque de l'Estrapade. Je me sou- , vins que j'avais rendez- vous chez mon notaire. L'assemblée de famille que j'y trouvai réunie , et jdoiît chacun des membres avait amené avec lui son procureur , trouva le germe de cinq ou

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six . procès interminables , dans une af&ire qu'avec un peu de droiture et de bon sens on pouvait arranger en un quart d'heure.

» Les contrariétés de toute espèce que j'avais essuyées dans ta matinée m'avaient agité le sang ; l'oubliai le maître de langues orientales. J'allai me mettre au bain ; je demandai un livr« : on m'apporta les Lettres de Mylady Moniaigu , où )e trouvai une description des bains orientaux qui me fit sentir toute la mesquinerie des nôtres.

» Je rentrai chez moi pour y faire une toilette du soir. Ma mère voulait me retenir à diner ; m^s j'avais promis à M"^ de Reimsey, et pour rien au monde je n'aurais manqué à une invitation qui devait me procurer le plaisir de me trouver avec plusieurs hommes de lettres^ et plusieurs savans étrangers et français , que j'avais le plus grand désir de connaître.

» Malheureusement je passai devant le tafé Riche, sur la porte duquel quelques jeunes gens de mes amis étaient arrêtés , et regardaient un cheval qu'un palefrenier faisait courir sur le boulevart.

.» L'un d'eux mç reconnut , me fit signé de la main , et me pria de, descendre un moment de

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mon bocqoey ^ pour doaii«r mdn avis sur lé cbeysl doutai élaits«r k point Refaire fâcqoisi-i tion , et dont en lui demandait un prâ censidé^ rable. J^ëtais pressé; nMis, entre arais^il est des services qn'oB dirait man^se grftce à se re«fitser , sur^tont quan4 celni qfue Ton exige de TOUS est nne sorte d'iKuntnage^^en i^ns rend.

M J*ai la réputntîan d'hêtre grand connaissenr en fait de cheranx ^ je la somissencette circons^ tance , en dëconvrant à Tnii 4e9 pieds dn chenal em yenle me sêime qm se centinnait josqu^à la pince , et que Vmt avait h^Mlement dëgnsëe à Taîde 4l'nn edq>s ^grs^ et «nctnenK dont en ravaâtenddte.

» Les débats «mcqœk cette dfcomrerte donna lien entre lenaqaîgnev etmoi prirent beanceup de tems , et ia certitude d'arriver an second service dansla maison o& j'étaisaf teadnnie détermina à dtner avec mes amis chez le restanratenr.

» Le repas fiit broyant et ennuyeux. On traita sérieusement les plus insigniBantes bagatelles ; et , voulant éviter de se quereller en parlant politique , on trouva moyen de se disputer à pfo^ pos de candidats à l'Académie , du clieval le Régent^ des bateaux à vapeurs et de M^^Strina-

AUX Riy£S DE LA SEINE. jSg

Sacdii. Je m-esquiirai entre deux beufrîUcs et vin de Cliaiiipagiie.

j> Les deuK prcmiiens actes de Phèdre étaient joués qiKMd ^^^armSfti aux Français , et j'avais pepdii J'adtnirable 'scè&e de la déclaratbniqite M''* Dachesnois joue avec H»e sapërioritë de laieot à lafveUe ]'ai de la peine à croire que M^'" Clairoii et Dumesnil aient atteint ^lams le sràme rate, La saHe était ipleine ; fêtais mal placéau balcta, et je n^avais^p^s (a mofRdre eu- YÎe d'entendre le fnmvaudëtge ^ou n«us promettait pour seconde pièce. Je sortis , et feu-» trai à TOpéra : on y donnarit un yaudevîHe.

i'ftUai^tt VjMdeviUe , on y jouait une farce des Variétés, Je cmmis aui Varfélés , on y acfcerah wie ttaiiimifie parade , inlignedes derniers tréteawx 'd'une foire «de proviiice.

nJeinc tends ^ Avx heures »et écmie çheB îf"^ de Lorys ; j'opère xn*y dédommager de tout l^enira 7 de 4ou4;e5 les fribulatîpns d'iiM journée i»sipîdç et fatigante. Uu n»ot de M"* do Sesanne m'avait appris la veille qu'elle dcv^l f^tSMfc la tsbirée «hez sa tante. Je ne counaispas de plus grand bonheur au monde (jae de me troay^r avec M"^ de Sesaane ; mais elle ne

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Biblique jamais une représentation des Bouifei^ et je me croyais sûr d'arriver avant ellcr..

Nouveau désapointement ^ pins cruel que touâ les autres : M"* de Sesanne , qui n'avait vil qu'un acte du Mariage Secret , m'avait précédé d'une heure chez M™* de Lorys ; et , piquée ifi mon peu d'empressement, elle s'était nlacée à une table de reversi , de manière à ce qu'il me fût impossible d^approcber d'elle. Ce caprice , où la vanité me paraissait avoir plus de partque ie sentiment , me donna l'idée d'une petite vengeance dont je fus complètement dupe : j'allai m'ass^olr , à l'autre extrémité du salon , auprès d'une jeune dame à qui je m'efforçais dé dire avec mystère les choses les plus galantes. «Vous avez beau faire (me dit- elle avec un sourire malin , en jetant les yeux sur M""' de Sesanne ) , nous ne vous croyons ni l'une ni l'autre. » Je fus si décontenancé par cette repartie , que je ne jugeai pas à proposde soutenir la gageure . . . . Je sortis en quêtan^t un regard qu'il me fut impossible d'obtenir ; ;

» Le chevalier de GUyeuïse descendait l'escalier en même tems que moi.. « Vous partez de bien bonne heure ? me dit-ik — Oui , j'ai quelr

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ques lettres à écrire avant de me coucher. -^ A d'autres , mon cher comte ! vous boudez comme un enfant , et demain on se moquera de vous.

Voulez-vous m'en croire ? venez avec moi au cercle : je vous mets de nîôjtié dans^hion jeu ; nous gagnerons cinquante louis chacun , et ces dames apprendront que nous ne sommes pas à la merci d'un caprice. » Moitié vanité, moitié entraînement , j'eus encore la faiblesse de céder à ce conseil. J'entrai au cercle : je jouai ; je perdis troijs cents louis comme un sot , et je rentrai chez moi à trois heures du matin sans avoir soupe, mécontent de moi-Qiême, mécontent des autres , et réfléchissant avec amertume que ma vie se composait en grande partie de jour* nées semblables à celle dont je viens de vous rendre compte. >»

r4a Q4i;sfi4Uirs abus»

N« XXXIX. — 21 mars iSi6.

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