‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 14 sur 41 · QUELQUES ABUS · texte numérisé non relu

QUELQUES ABUS

L£ PHILOSOPHE

, Il faut encore de l'adresse et du disceinement pour cette opération si simple , où il s's^t de distinguer Tabus de Tusage quekjaefois utile auquel il s'enlace de cent manières.

Uusage une fois vicié par Tabus vaut rare* ment. la peine d'être conservé. Faire Taumône est sans doute une cbose bien honorable en soi ; mais si cette vertu , exercée sans choix et sans mesure , a produit le fléau "fcruel de la mendicité ; la vénération qu'on doit avoir pour une source divine défend-elle de la purger du limon qui la corrompt dans son cours ? Connaissez-vous un ^buslpius révoltant que celui qui crense dans l'Etat un gouffre où viennent s'engloutir des générations entières , et citerez-vous une ville au^ monde où cette honteuse maladie du corps social soit plus endémique qu'elle ne l'est à Paris , et^'y montre sous des formes plus hideuses ?

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De vrais philosophes en ont trouvé le re* mède , et plus d'une expérience en constate l'efficacité. En 1776 , un homme de lettres

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( que cette seule ^Qlip^ justifie de bien de$ torts ) , Ung^jt , dans ses Annotes , proposa un prix en ,&yeiur du meilleur mémoire sur les moyens de détruire la mendicité; il en fit lui-même les fonds. ^Un seigneur bavarois , quelques années apr^ , consacra une grande partie de ^a fortune à délivrer de ce fléa^ la ville qu'il habitait; et, dans un temsbeaucoup plus voisin dé nous , M. de Pontécoulant, alors prifet jd'une des plus belles provinces de la Belgique , signala son active administration par un bienfait dont ce pays gardera long-jtems la mémoire : il en extirpa jusqu'au germe ^e k mendicité, dont une longue habitude avait fait une véritable profession. Ces •cures locales attestent la possibilité d'arrêter les progrès . de l'épidémie universelle , et l'on ne doit pas moins espérer , sur ce point , de la protection des lois et de la sollicitude des gouvernemens européens , que de la simple humanité des despotes orientaux : s'ils ont des esclaves , du moins ils les nourrissent.

En attendant que nous soyons aussi heureux et au^si sages que des Turcs, la mendicité nous

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assiège; et , aux progrès qn^elle fait, il est à craindre qa^àParts, comme à Rome, la moitié de la population ne demande bientât Taumône â Taulre.

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Vous vous trompez : ce mal diminue ; mais c'est encore là une» de ces plaies ^qu'il faut prendre garde de fermer sans précaution. La répression de la mendicité appartient à la police ; son extinction ne peut jamais être que l'ouvrage des. mœurs.

C'est au nom de celles-ci que je vous demanderai maintenant , mon cher philosophe , si vous verriez beaucoup d'inconvéniens à remédier à un désordre d'une autre espèce, dont le scandale public va toujours croissant , dans cette prétendue capitale du monde civilisé : ]e veux parler , avec toute la réserve qu'exige un pareil sujet , de ces courtisanes en plein vent, dont les essaims nocturnes s'emparent de la ville à la chute du jour.

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Je ne dirai pas , comme certain pauçre diable

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de y-otre connaissance , en parlant de ces de*moiselles : ^

. J*en fais assez de cas ;

Leur art est doux, et leur vie est joyeuse ;-

car je pense , au cojitraire ,« que leur art est odieux et leur vie très à plaindre; mais je mettrai cet abus-là au nombre de ceux qu'il faudrait bien se garder de détruire si Ton en avait les moyens , et cela , pour vingt raisons que vous voudrez bien me permettre d'abandonner à votre sagacité.

-l'h ERMITE.

H ne m'est pas encore bien démontré que tous ces accommodemens , toutes ces transactions que Ton fait avec le vice , sous prétexte d'en détourner ou d'en limiter la

' contagion , ne soient pas de la nature de ces traités que l'on fait avec les corsaires barbâresques , et qui ne servent qu'à perpétuer un système de piraterie dont on se délivrerait en Jes exterminant. Mais en admettant , sur le fait de. cette espèce de courtisanes , cette pï'opositiou singulière , que le respect des

- nftttârs néce$site le maintien d'un» ordre ou

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d'ua désordre de choses qui les outrage , il me semble que l>on pourrait mettre d'utiles conditions à cette condescendance : je voudrais qu'àTexemple de ce qui se passe dans plusieurs autres grandes villes , on leur assignât à Paris un quartier spécial dans*les limites duquel se trouverait restreint l'exercice de leuF privilège. Je voudrais qu'à Paris , comme autrefois à Nantes , à Bordeaux , leurs places fussent marquées au spectacle , et qu'une mère de famille ne fût pas exposée à se montrer avec sa fille dans une loge où la présence d'une de ces femmes appelle les regards d'une jeunesse effrontée.

LS PHILOSOPHE

Il resterait à^xamiuer si l'on n'augmente pas l'intensité du mal en éiaUisSiaHt un foyer de : comiptioo , ou si , comme je le pense , on l'af- E^lit en le disséminant.

On se trouve fort bien de rinstitiitîon des lâzâreths?

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Je le croîs; personne au-dehors n'est hi*ëressé à en violer la cenMgne , et Pott ré$isleia-

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cilement aux charmes de la pesie; Néanmoins ^ je suis entièrement dé votce^avis sur Les bienséances morales^ qui semblent fbire une loi d'à»-* signer aux théâtres une place particulière à des femmes qui n'en ont aucune dans la société.

t'HERMlTE.

Puisque je suis en train de votis signaler les abus qui m'ont choqué plus parlicnHèremcnl depuis mon retour en France, je yùns dirai qu'un de ceux auxquels j'at le plus de peine à m'accoufumer est cet étrange déplacement que je remarque d'ans hè occupations natnrelles^aut deux sexes. Est-ce bien chez les* Français , au pajs de la galanterie et de la politesse , que l'on voit des femmes journellement employées aux traiisp4)rt» des ptus lourds Ëirdeaitx ; qu'en e» rencontre d'autres attelées à des charteMes qn^elies traitent , en haletandi y d'un bost- de la xA\e à L'antre , tandis qu'c» jfitant les yeux dans lesr boutiques ^ yous les voye:^ reaqplÂes . é'hoHtmes dans la fosce de L'âge , occupas de travaux à Faigntlle ? Des hommes qui brodeni t des fiemmes qui labottrent ! ce contraste affligeant et honteux , j'ai sourrent eo occastoo de l'dbsetvei* sans sortir (tes barrière».

|5o QTJEtQUES ABUS.

LE PHILOSOPHE

J^en ^uis peut-être moins choqué que tous ,

en songeant qu'il est plus commun ici que par-

tout ailleurs de trouver des gens qui ne sont

pas de leur sexe.

l'hebmite.

On ne justifie pas un abus par un abus plus grand. Ainsi , vous auriez beau me dire que plus d'un marchand en détail enifreint les régl^nens de police en étalant en dehors de sa boutique , je ne me récrierais pas moins contre cette foule de revendeurs qui s'emparent , de tous cAtés , de la voie publique , où ils établissent, au grand détriment des marchands domiciliés , Lturcomptoirsar roulei te, etqu'oB porleà do* d^hommc.

Cet abus , qui , depuis quelques années , va croissant de jour en jour , est la source des plus gtaves inconvéniens : il tend, de vingt manières , à la ruine du commerce , en arrêtant le débit des marchands en boutique qui ne peuvent soutenir la concurrence avec des revendeurs qui ne paient* ni loyer ni patente; en ouvrant un débouché facile au négociant de mauvaise foi , pressé de vider à tout 4>rix ses

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magasins; en facilitant la yente des marchandises volées ; en offrant mille moyens de tromper impunément Tinexpérience des acheteurs. Un antre inconvénient fâcheux de cet abus est de donner l'apparence d'un, métier à une foule de vagabonds , qui s'en prévalent pour exercer im* punément leur funeste industrie.

LE PHILOSOPHE

On doit croire qu'un abus si commun n'a point échappé à l'active vigilance des magistrats ; mais toutes les circonstances ne sont pas également propres à faire le bien , ni même à réprimer le mal : il y a des tems où il faut que tout le monde vive , même lorsqu'on n'en çott

pas la raison,

Passons à des observations moins graves. Je ne puis voir sans humeur cqs affiches de toutes couleurs dont on bariole, dont on défigure à Pa~ ris Textérieur de nos monumens publics. J'ai dans l'idée que les- archontes d'Athènes n'auraient pas permis aux Laffedeur de ce tems-là d'afficher leur Rob anti-syphilitique sur les propylées , ou même sur les murs du Céramique ; sans compter que plusieurs de ces placards sont

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un véritable outrage à la pudeur publique. Où serait TiiK^onvënient que Tautorité désignât , eomrae elle le fait pour les placés de fiacre^ , les lieux où il serait permis d'affichei*, et qu'elle l-eléguât daks le quartier de Vémts Meretris ces pancartes indécentes qui salissent tous lés coins des rues PU' y aurait un autre avantage à adopter cette mesure : c'est au pays de la fièvre qu'il importe de faire connaître les propriétés da quinquina.

La propreté es.t une vertu dont je his si grand cas, qu'en faveur de cette seule vertu je bas grâce aitx Hollandais de beaucoup de qualités sociales qoi leur âianquent. C'est assez ' vous faire entendre à quel point je suis révolté des sales habitudes qu'on a laissé contracter aux dernières classes dtï peuple , et qii'an bon règlement de police , «évèremeAt exécuté pendant quelques mois , suffirait pour faire disp»rsât#é.

LE PIIILOSOPHÊ.

Je vois que nous nous sommes partagé en idée les fonctions des édîlés romaifts : vous vous êtes occupé des réformes à faille ; moi , je rêve aux établissemens ntiles que l'on pèiirrait former.

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Je voudrais que , profitant des découvertes faites , et dont un peuple voisin s'est le premier assuré l%s avantages, on, parvînt, en multipliant les pompes à feu , à distribuer à Paris , comme à Londres , Tèan delà rivière dans toutes les maisons ; qu'au moyen du phloscope on y perfectionnât l'éclairage ; que toutes les places publiques y fussent plantées d'arbres, et que les grandes rues en fussent bordées.

Je voudrais qu'on établit des bains publics aux frais de l'Etat , où le peuple fût admis sans la moindre rétribution.

Je voudrais que le» prisonniers condamnés à la simple détention fussent empl0yé$ , comiiia à Berne , aux travaux publics , au balayage des mes , aiî nétoiement des égouts.

Je voudrais .

jÊiflA philosophe André voulait tant de choses , ^fK& je trouverai, dans le seul exposé de ^$ vorax , U matière d'un autre Discours.

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