CONDITION ACTUELLE
que prodiguent aux hommes en place des ëcri^ vains faméliques que Ton peut comparer à ces mendi.ans qui demandent Tauméne aux voya-* geui;s sur la grande route en jetant des fleurs dans leur voiture ; une honorable indépendance était le partage exclusif des écrivains de cette époque , qui se piquaient également de bien àirt et de bien faire , ei dont la plupartn'étaient pas moins célèbres par leur caractère que par leur talent. Les noms de Thomas, d'Helvétins, de Dn^ clos, de Saint-Lambert, sont également chers aux amis de la vertu et aux amis des lettres; et ces nobles marques distinguent encore parmi nous ceux de leurs contemporains qui leur survivent. De tout tems les hommes qui ont travaillé avec le plus de zèle à l'instruction , et conséquemment à Tamélioration de la race humaine , sont ceux qui ont eu le plus à souffrir de Tinjustice de leurs compatriotes ; presque tous ont pu dire , comme le chancelier Bacon , dans son testament prophétique : « Je lègue mon nom et ma mémoire aux nations étrangères et aux siècles à venir.* »
f I leape my name and memory to fortign nations and to thg, n€xi agçs, "^
DES HOjaMËS DE lETlKES. igS
Aa€;uiie classe de la société n^a eu plus à souffrir que les gens de lettres de cette révolution que la plus insigne mauvaise foi les a si souvent accusés d^avoir faite : quels hommes ont plus à craindre , ont plus à perdre , dans un bovlevtrsement général , que ceux qui cultivent le domaine des .arts et des sciences , et dont les travaux ne peuvent être récompensés qu'au sein d'un Etat où régnent la paix /l'ordre et Tabondance ? Les hommes de lettres , que l'on appelait dèi^lors \t% philosophes, avaient sans doute- contrilHié de leurs écrits à des réformes que tous les bons esprits appelaient d'un bout de la France à l'antre , et que les progrès de la raison et des lumières avaient rendues indispensables. Presque tous réunis , comme ils le sont encore , dans le vœu d'une monarchie constitutionnelle, ils firent tète à l'orage , et opposèrent , de distance en distance , une faible digue au torrent révolutionnaire , où Bailly , Roucher , Lavoisier , Champfort , Çondorcet , et plusieurs autres , se virent successivement entraînés. Dans ces tems de crime et de malheur , un seul écrivain sauva sa vie aux dépens de son honneur, en faisant en mauvais vers l'apologie de ces odieuses