‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 24 sur 41 · L'HOMME INSUPPORTABLE · texte numérisé non relu

L'HOMME INSUPPORTABLE

Avec des talens , de l'esprit et des Tertqs, 0B.;ie rend insupportable dans la société par des défauts légers , mais qui se font sentir ^ tout moment.

VOLTAIHB.

Comme j'entrais hier, vers deux heures, ebe^ M°** de Lorys, elle disait à son portier , qu'elle avait fait uionler : « Ne vous avàis-je pas dit , Martinet, de mettre sur la liste des personnes que .}e ne reçois pas le matin, M. de Yolsange ï — Pardonnei^-moi , Madame. — Il est monté cependant ? -^ Ce n'est pas ma faute. Je lui ai dit, comme de raison , que Madame n'était pas au logis. « Propos de suisse , m'a~t-il répondu sans s'arrêter ; on y est toujours pour moi». — Allez , Martinet ; une autre fois il vous croira. <>; « Quel, e3t , dis-je à M"** de Lorys , ce Mon-s siour de Yolsange que yous^ consignaz^ si inl^u^^ mainj^ment? -— C'e^t un hqmme die quaUté ,

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plein d'esprit , de talent , et , qui plus est , de vertus. — C'est donc pour ne pas humilier les autres que vous éloignez celui-ci ? ^^-Non; c'est qu'il a un défaut qui détruit toutes ses bonnes qualités : il est insupportable. — Avec des vertus , des talens et de Tesprit P Dans tonte autre bouche que la vôtre , Madame , un pareil reproche ne ferait pas la satire de celui à qui il s'adresse. — Dans l'espèce de solitude où vous avezTvécn , mon cher Hermite, vous vous êtes occupé à^eser les hommes ui| à un ; vous ne cherchez en eux qu'une valeur intrinsèque , et vous faites peut-être trop peu de cas de ce qu^on peut appeler leur iftrtu rtiatiçe. Tout sauvage que vous avez été, ou peut-être parce que v#ùs l'avez étév, vous convenez de bonne foi que l^ofmne né avec le germe îles qttali<tés sorialés ne peut trouver que dans l'état de société tout le bonheur dont sa condition est susceptible. La nature n'y conserve de ses droits quef ceux qui peuvent se mettre en commun et s'accorder avec tes-'devèirs que la société imposée. Vonlez-vous être heùè-eux , je req^ l'être atissi ; nous le vtfuhms totts'^ <jt cette voloiité commune nous rend instfpportaMe celui que nous tronyons totqours

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arme , fàt-ce même de ses vertus , contre notre amouT-j>ropre et nos pUisirs. — Voilà , Madame , une déinition de l'homme insuppotU^U qui figu^érsât' à merveille dans un ckapitre de Condillac , mais d'après laquelle , en juge impartial , î'hësiterais encore s'il fallait prononcer entre Itti et ses accusateurs ^ toujours en supposant que vous ne fussiez pas du nombre. — Un portrait fidèle vous ramènera plus sûrement à notre avis , qu'une discussion métaphysique oà vous auriez sur moi trop d^avantage. .

» M. de y<>lsange , que la nature semble avoir mis tout e^Êprès âu» monde jpour y être incommode 9 trouve dans ses avantages mêmes un moyen de remplir sa destinatieil. Sa taîUe , démesurënveal grande., rapëtii^. tout ce <pii l'entoure ; et il serait plus facile à une femine de se pendre- à don bras qtae de s^y «ppuyer. Ses traits âe manquent ;ni de régularise ^ ni de noblesM ; mais chacun est si invariablement attaché à la place qu^l occu|re dans sa figure >, que kt joie ou les chagrins des autres n'y predùisent jamais la plus légère ailératioo. }1 vous l^uit des yeux , et jimiais de la pensée ; c'est un portrait qui veuft re|[ai4e sans vous voir. Loia <|u'oi|

2l6 l'homme IKSUPPO&TABIiE* {misse lui reprocher d'être fier du beau nom qu'il porte , il a pour maxime habituelle <« que tout homme est fils de ses œuvres ; » il répète à qui Teut f entendre qu>il est plus.glmeux du moindre talent qu'il s'est donné que de la naissance qu'il a reçue. Ce texte éminenmient philosophique , qu'il brode à tout propos, jet prin* cipalement en présence de ceux qui sont plus personnellement intéressés à défendre la seule prérogative qu'ils possèdent , n'est certainement pas fait pour lui concilier lear bienTeillance; aussi disent-ils, avec quelque. raison , qu'il a an plus haut degré l'cNTgueil de n'être pas orgueilleux.

» A cet égard sa.raodestie est telle , qu'il n'a pas dédaigné, après la mort de çi premère femme , de rendre hommage auX'S^tratts et aux vertus de sa femme-^-de-^haÉibre ; et comme celle-ei a 014 la sagesse ou la prvdence da ne point écouter les offires un peu moins honorables qu^il avait d'abord hasardées, il a cru devoir épouser cette Paméla , pour que sa yertu ne restât poiiit sans récompense. r

yi L'ostentation avec laquelle il «èravé un de éês préjugés utiles, dont l'oubli lot4 aurait

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pour la société de si funestes conséquences , l'a mis dans une position tout-à-fait fausse , dans le grand monde où il tient à vivre : il a fait de vains efforts pour y présenter sa femme , et j'ai tout lieu de croire que ce dédain, dont il aurait dû la venger , a fini par influer sur leur bonheur domestique.

» Il y a deux manières de se rendre insupportable : par des défauts qui tiennent au caractère ;' par des inconréniens qui résultent des /habitudes. Volsange les réunit : par suite de ce même orgueil , ou de cette même modestie dont je parlais tont-à-l'heure ^ il veut toujours traiter d'égal à égal avec ses supérieurs comme avec ses inférieurs ; ce qui lui doniie , auprès des uns et des autres, une attitude à-la-fois gênante et gênée, dont oti cherche, en l'évitant , à lui épargner la fatigue.

» La sincérité est sans doute une aimable vertu ; Yolsange a trouvé le moyen d'en faire qudque chose de pisqu^un vice. Sans méchanceté , sans impolitesse , il est aux petits soins pour dire à chacun ce qui peut lui déplaire davantage. Se trouve-t-il avec une femme assez belle encore pour faire illusion sur son âge , il

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