‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 25 sur 41 · II. lO · texte numérisé non relu

II. lO

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emploiera tout ce qu'il a d'esprit à la consoler sur Tapparition d'un cheyen blanc qu'il a découvert sur sa tête , à lui ra|>peler une époque éloignée qui équivaut à unextrait4e baptême. La dernière fois que nous nous trouvâmes ensemble chez ma nièce , oà il dinait avec un académicien élu de la veille, et très- heureux de l'être, il n'eut point de cesse qu'il ne lui eût prouvé , le plus honnêtement du monde , que les honneurs académiques étaient presque toujours le partage de ceux qui les méritent le moins. Il croirait flatter les vices i, ou adopter les erreurs de ceux à qui il parle , s'il ne leur en faisait /au moins indirectement , le reproche. Incapable de perdre l'occasion de dire ce qu'il croit la vérité, il ne sera jamais arrêté par la crainte de Messer un ami ou de se faire un ennemi mortel. Sans mesure dans l'éloge comme dans la criëque , et toujours 4'aussi bonne foi , il louera un homme en face de manière à le faire rou^r , et le déclarera sans rival en présence de tous ses rivaux.

» S'il arrive que Ton qualifie i'ùtsaciahMiié cette franchise désobligeante , il ne manque pas de répondre qu'il la préfère au commerce de

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faussetés que s'imposent les uns , et au silence stupide dans lequel se renferment les autres. Ce serait en vain qu'on essaierait de lui prouver qn'il y a , entre ces diffërens excès , un terme moyen ; que l'indulgence réciproque fait partie des devcnrs relatifs des hommes en société ; qu'il hni y srrm capituler aveic Tignorance , la, sottise et l'amour-^^propre , comme avec un ennemi supérieur en nombre ; il se tairait alors, et son silence ne serait pas moins désobligeant que ses paroles.

» Un des travers les pins insupportables de Volsange , c'est de croire qu'il n'y a de jolies femmes que celles à qui il a fait la cour, et d'é- Viénemens importans que ceux dans lesquels il a £ff§ré. Sa liaison avec^ M"* de *** et ses iwo- //ofi5 à l'assemblée constitutionnelle dont il était membre ^ smi les sujets intarissables de sa conversation. H y revient sans cesse , et , à quelque distance qwe vous le rejetiez , au moyen d'une dou;z;aine de transitions qu'il s'est faites , il se replace bientôt sur son terrain. On lui pardonnerait peut-être ce monopole de la conversation, qu'il n'exerce pas sans talent, s'il y employait dçs formes plus variées et moins tranchantes :

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mais il pérore d'un ton aussi magistral ; au lieu de TOUS dire une chose toute simple , il vous la déclare si solenneUenmit , qu'il vous donne toujours Tenvie d'être d'un autre avis que le sien , lors même que cet avis est le vôtre. Consent-il à vous faire une question , vous croyez pouvoir répondre ; mais il vous arrête à chaque mot pour en avoir l'explication , et triomphe de l'impatience qu'il vous cause. Si quelqu'un , à table , profitant de l'extinction de voix auquel il est heureusement sujet , parvient à fixer, par quelque récit intéressant , l'attention de la compagnie , il trouvera vingt moyens de la détourner, en parlant bas à ses voisins , et offirant à tous les convives l'un après l'autre un mets qu'il a devant lui et dont personne ne veut; il incidentera sur des noms propres , sur des dates , ou déjouera le narrateur, en émoussant le trait de son discours , ou en annonçant d'avance le dénouement de l'aventure qu'il raconte.

» Les défauts essentiels du caractère de M. de Volsange ne contribuent cependant pas autant à le rendre insupportable, qu'une foule de petits incodvéniens qu'il apporte dans le commerce de la vie habituelle, et dont chacun a sa part.

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Demandez à Cécile pourquoi elle ne peut le souffrir; elle vous dira qu'il vient toujours là prier à danser, et qu'il brouille toutes les contredanses , dont il ne sait pas une figure. Vrai flëau de concert , il ne manque jamais de saisir le moment où l'oreille, est le plus agréablement captivée pour ouvrir une porte, ou pour se promener dans le salon , en faisant crier le parquet sous ses pas. Vous avez consenti à lui donner une place dans votre loge , au théâtre ; attendez-vous à ne pouvoir rien écouter. Une scène vous intéresse ; il vous prouve qu'elle n'a' pas le sens commun. Talma vous fait frissonner, M"* Mars yon^ enckante, M"* Branchu vous ravit; il vous cite Lekain , M"* Contât^ M"* Saint-Huberti. L'émotion de la jeune personne près de laquelle il est assis va jusqu^aux larmes ; il s'occupe à détruire cette douce illusion , et la fait rougir de son attendrissement , en se moquant de l'objet qui l'excite. Pendant tout' le tems du spectacle il vous bourdonne à l'oreille les vers qtie l'on va dire , ou fredonne dans un autre ton Fair que l'on chante.

» Yolsange est , à tous égards , un homme de bonne compagnie ; néanmoins il a contracté

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