‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 32 sur 41 · LES FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

LES FUNÉRAILLES

Fix rûdiciôu tniàsê HUU êtefieit; Sâd/aât êsse tmi^mSUm su^tr^ mêtmi ipM, NêÊ rtaUmi smtû m ^ra/«r4» €t^v lAc, ^ Vmàiettt. Locs., \ir. m.

II 7 a bien peu d[*lMm»cs q«> coas«Bl«at ^ «oonr lottt «Aticrt-; oa «vat mIomt ^«elfift chotc d$ la vie «t Tcmi^ier «v«c toi ^ et Foa • itt la peine à «'affranchir de ce corps que le trépas r^ltoe.

Ei« entrant hier matin dans la chambre de M'"* de Lorys, je la trouvai tont en larmes. Je rinterrogeai snr la cause de son chagrin. Elle me montra, dans la GmféÊk ic.Fnaue qu'elle tenait à la main , la lettre ée M. de R**^> dont la lecture lui rappelaii^i|ie jeune femme distingaëe par toutes les grâces et par toutes les vertus , qui ne vivait plus que dans le coeur de son excel-

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teilt p^e et dans ia mémoire inconsolaUe de ses anus.

Le s0iiTeint des donleurs sur lesquelles a passé le tcms a je ne sais quel charme oà se complaisent les âmes tendres. M""' de Lorys trouva , dans l'attention avec laquelle )e Técou* tais y un prétexte , qu'elle saisit ayidement , de me parler de M"* de Brion , avec qui elle avait autrefois iait connaissance dans une terre aut environs de Creil , chez une autre de ses amies non moins aimable , non moins bonne , et que la mort avait également moissonnée à la fleur de rage.

Ces tristes récits nous avaient conduits k de sages réflexions sur le terme inévitable vers le-^ quel nous nous acheminons tous d'un pas iné^ gai ; et nous tombions d^accord que mesdames de B**** et de Saint-J****, en quittant la vie , avaient éprouvé une bien douce consolation dans la pensée que Tamitié resterait fidèle à leur mémoire , et qu^on dirait dex:hacttne d^ellesce que Cicéron disait de sa chère TuUia : EteMe ftliâ sera encore aimée. (Extincia amabUur.)

Cet entretien, qui n'était pour moi qu'une préparation aux événemens de cette journée ,

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fut coupé plutôt quMnterfompu par une lettre de faire part ^ qui ra'mvitait à assister auar ^00- 9oi et enterrement du très^haut et très-puissant seigneur Charles- Emmanuel ^Rodolphe cx>iit£ DS Sergis, etc. Je n'avais pas eu à me'louer de cet arrière--petit-cousin , * dont les bontés pour moi , depuis âob éléTation , se bornèrent à me permettj^e d'aller lui faire ma cour , sans invitation spéciale ^ une fois par seniâine après son dtner. Je n'étais pas d'humeur à user de la permission, et quelque intérêt jpie je prisse & son aimable femme, je ne pus me déterminer à passer par toutes les épreuves qu'il fallait subir pour arriver jusqu'à elle. La mort de M. de Sergis m'affligea cependant plus encore qu'elle ne me surprit ; je n'avais jamais douté qu'avec une santé aussi faible il ne succombât sous le fardeau qu'il s'était imposé du seul aveu de son ambition, sans consulter ni ses moyens ni ses forces.

Si j'avais cru pouvoir me dispenser de me mettre dans la foule des adorateurs de sa fortune , je n'en regardai pas môiUs comme un devoir de contribuer à lui rendre' les derniers

* Voyez ^ dans le i«' volume de VHermiie de la Ouiane , le w» xvii ( V Ambitieux ).

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bonnears , les seuls dont oa ne pii^se calom^ nifr l'intention.

. Je me rendis an domicile du défunt , d'où Ton avait éloigné son épouse et sa fille. Un in«^' tendant, habile à profiter, pour la dernière fois, de la yanité de son maître , s'était chargé dt ror4pnitance des obsèques , où il avait eu soin de déployer Thumiliant appareil de la plus fastueuse mortalité.

Bien que )e ne m'attendisse pas à trouver , à Tenterrement dlun homme en place , autant de. monde .que j'en avais vn à sea. audiences, \€ fus néanmoins choqué du petit nombre de personnes qui s'étaient rendues à cette invitation mortuaire.. J'en fis la remarque à l'intendant : * J'avais prévu le cas , me dit-il ; j'ai fait pré- » venir et habiller tous les fournisseurs, de L'hô- 9 tel : ils suivront dans les voitures de deuil. »

En attendant le moment du départ, je me promenais tristement dans ces appartemens somptueux, dont le possesseur de la veille ne dev^t emporter qu'un linceul ; je m'arrêtais dans son cabinet à contempler son portrait , oit il était peint en grand costume , rédigeant une dépêche et le regard arrêté sur un buste du car-

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dmal JKaziXxn» Là, sts.pux xnis de èéààm ; animes d^une orgueilleuse espéianee , conser-* taieut dn moii» quelque ch«se de la yie éosi le modèle élatt eniièie«iit pcivé. •

De eooibien de réSeiîms amères les objets dont )^élais eutouré yemàtnl assaillir nur pensée ! Cettii pendule qat novchut encore » cet AlmaaachBtoyal oorert sur la cberaiiiée , à k page mèole où se trouvait le nom du comte, lequd s^^fsH , de sa uaiu j aqosÉé en marge un de ses tilres qu'atait oublié Tédifeeur ; cette fettre laissée sur sos bureau ^ dout il n'ayail pu tracer qua ces premières Ugnes :

tt 3e ne pourrai , mon cher marquis , m'oc-^ » cnper du projet en question aTant deux cm » trois ans ; mai» aussi pourquoi tant nous prèsp S0V p. Grâce au Cie^l , nous aTons dutems de- » Tant nous » '

Et il n'a pas eu* celui d'acbe^ier s<m luilett!

(hi vint me prévenir que le cortège se mettait en march^;: je montai dans celle des vingt*quatre- voitures de deuil qui suivait inimédiatement le cbar funéraire , qu^on aurait pu pren-

dre pâur un ohâr de trionàplie , au laie des ornemeiis , des broderies el des tropkées dont il ëtail-eoHvert.

Après une longue sfarfion à Tëglise de Id pa» roisse du dëfunt , où ) 'aurai désire qu'au lieu de prières psalmodiées un des ministres de la religion nous eût fait entendre , à propos de la mort , un bon sermon sur Yimmorlaliié de lame , nous acheminâmes vers le cimetière du P, La^ chake. Air moment^où nous y arrivions , deux autres convois ^ qui s'y rendaient par des che^ rains diffërens , se trourèreni à-peu-près- en même tems que nous à la. porte principale. Je vis le moment où nous allions nous disputer ,

. . . • Dans ce triste passage,

De$ vains honneurs du pas le frivole avantage.

Les deux, chars qui se présentaient en concurrence avec celui de M. de Sergis y à l'entrée de la funèbre carrière, étaient ceux du commissaireordonnateur Marchand et du poète Mille^ye,

Le premier , connu par d'honorables services , étiât- iMibë dans une de ces embuscades dressées çà el là sur le ehemin de la vie , pour

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assurer à la mort le çUoit fatal qu'elle pe]:çoif sur tous les Âges : cet administrateur, que le> travaux et les fatigues de la guerre avaient respecté peadant treute ans , s'était noyé daiqs une promenade sur la Seine.

L'autre , dont les Muses déplorent vivement, la perte , est tombé dans la force de l'Âge et du talent. M. de MiUevoye avait été particulièrement connu de la personne avec laquelle je faisais ce triste voyage ; }e l'interrogeais $ur quelques circonstances de la vie et de la mort de ce jeune poète; elle se contenta de me réciter ces vers prophétiques , qui terminent une de ses meilleures élégies ( le Poète mourfint ) :

Compagnons dispersés de mon irîste -voyage ,

(3 mes amis î ô vous qui me fûtes si chers !

De mes chants imparfaits recueillez Thëritage ,

Et sauvez de Tou^^Ii cjuelfiues-uns.de mes vers.

El vous f par cjui je meurs , vous h qui je pardonne ,

Femmes ! vos traits encore à mon oeil iocertaiti

S'offrent comme un ray-on d'automne f

Ou comme un songe du malin.

Doux fantômes , venez ! mon ombre vous demande Un dernier souvenir de douleur et d*amour.

An pied 'de mon cyprès èiftuiJief pour •JiràiMk

Les roses, qui viyenl ani|Mir. . . : , , » v.

Ï.ES FUNÉKAILLES. 277

Le cérémonial réglé ^ nous entrâmes au séjour de l'oubli , dans uH» ordre tout-à-fait convenable ; rhomme. d'état passa le premier : A tout seigneur tout honneur ; le citoyen laborieux et utile suivit d'un peu loin^, et l'homme de lettres resta en' arrière. Les rentes de M. de Sergis forent déposés au bas de la coUine^où se trouve la maison du P. Lachaése , dans une vaste enceinte , «ur laquelle était déjà tracé le monument somptueux qu'on ' se propose d'y construire. Après avoir rendu les derniers devoirs à «celui que , dans Tordre de la nature , j'aurais dû précéder au tombeau ; après l'avoir vu descendre dans sa froide demeure, et avoir entendu retentir avec effroi , sur son cercueil , la pelletée de terre <]ue m'avait présentée le directeur des funérailles, j'errai quelque tems sur cette terre des morts , en m'étonnant d'en habiter encore la surface. •

Qu'elles sont profonde^ , qu'elles sont sages les réflexions qu'un pareil lieu , que de pareils objets inspirent ! Avec quel dédain on regarde. duihaut de la mort , si j'ose parler ainsi , cesiH^i^es vanités , ces fî^\^ grandeurs , oes gra-

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yes riens , à la poarsoite desquels neas coiistt«tiaons notre yic ! Da point de rue oà je me troayais alors , que TamUtieux me paraissait béte ! que le courtisan me paraissaît.yil ! que le persécuteur me semblait ' odieux et insensé f Si je fuis juger des^ autres d'après moi -même , une heure de promenade dans on cimetière réyèle plus de rérités utiles , plus de sentimens yrais , plus d'idées religieuses à Fesprit et au coenr de 1-homme , qu'il ne peut en puiser dans tous les liyres de morale.

CeUe réflexion me conduit à former le yoeu de yoir un jour nos cimetières transicNrraés , conmie cbez les Orientaux, en promedades publiques. Ce projet , sur TutiKlé duquel je regrette de ne pouyoîr m'étendreence Aioment, serait d'une exécution plus facile au cimefière du P. Lachahe que partout ailleurs : le terrain est heureusement choisi ; les distribirtions en<Hit été faites par un architecte habile ( M. Brongniart ) , dont il serait à souhaiter que le plan reçût son exécution tout entière. Il àyait fait adopter l'idée tôiichati'te et ingénieuse d'^ver , sur les ruines de la maisfou d^ célèbre 'jésuile

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