I^ES FUNERAILLES
qoi donne son noA à ce pieux enclos , une eha* pelle fnhèbre^ dont la destination religieuse et Taspect pkforesqae sur la hauteur qui domine et couronne le cimetière ^ ajonteraient le seul ornement convenable à la majesté du lieu. Il est à craindre que ce monument n^existe pendant plusieurs siècles que dans les dessins déposés à l'Hôtel-de-Ville.
Pour transformer en jardin public le cimetière du P, Lachaise , il suffirait d'en diriger les in* humatioi\3 dans les alignemens qui avaient été tracés , et qu'on ne suit déjà plus ; d'y construire deux fontaines jaillissantes, et d'y faire quelques plantations d'arbres dans Us différentes directions que le seul aspect du terrain indique. Il serait nécessaire que l'administration municipale y entretint un conservateur et plusieurs garçons jardiniers, à qui je voudrais que l'on ôtât ce vilain nom de fossoyeurs. Le conserva* tenr , choisi parmi les artistes , se chargerait de faire exécuter, ou du moins de surveiller l'exécution des monumens funèbres; et , grâces à ses soins , les arts n'auraient plus à rougir de cette foule de constructions mesquines , bizarres et
2^8o LEJS FDNERAILI^ES.
sottvent ridicules, de ces ëpitaphes impertinentes et puériles , où la raison y la langue et le goût sont également blessés , et qui font trop souvent rire aux dépens des morts , en nous montrant le ridicule assis sur la pierre des tom^ beaux.
MACEDOIKE. 281
N^ Li. — \Zjuin 1816.
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Vallëe de Chamounî , le 4 juin 1816.
Moi9 joyeux Réyërend, jlacîièye âne promenade intéressante dans la v^Uée dt Chamouni. Vous connaissez cette Tallé&i,sans doute; dans tous les cas, )e me garderai bien de voua en faire la description : vous vouis aies trop fortement prononcé contre le genre descriptif. Ce que vous ignorez , c'est que sur le registre de TA^iel de Londres^ où les voyageurs ont coutume de consigner l'expression des sensations qu'ils ont éprouvées en parcourant les glaciers , un de vos lecteurs s'est permis de blâmer le voeu que vous avez formé dans un de vos premier»
Discours , pour qu'un littérateur recueillît y dans les Album qu'il aurait occasion de lire , le»
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pensées spirituelles ou philosophiques qu^on y enterre ^.ei dont cet Aristarque est foFl mécontent ; ce qui ne Ta pas empêché de faire tomme les autres , et de nous transmettre son opinion en récrivant sur V Album de Chamouni.
Pour savoir jusqu'à quel point sa critique était motivée , j'ai lu en entier ce registre curieux , où sans doute il y a beaucoup de choses puériles et insignifiantes; mais il renferme aussi its inscriptions qu^on ite lit pas sans plaisir. C'est d'abord une chose assez originale que cette réottîon de pensées et de citations , les unes religieuses f les autres grivoises ; que ces senten* ces , mélancoliques ou bouffonnes , écrites dans toutes les langues. C'est une chose j»« quante que de voir la signature de beaucoup de gens célèbres de tons les pays, à cAté it$ noms les plus obscurs. Je n'ai pu lire sans une sorte d'émotion deux lignes qui /à très-peu de pages de distance , rappellent que , dans le me» deste réduit où j'étais, -deux femmes qui ont essiyé le même tr4ne sont venues séjourner une nuit dans ce même gtte. Que de réflexions ce seul rapprochement peut faire naître i Mais mille traits s'offrent pour justifier le vœu que
macIdoike^. 283
ymts atea forme. Je ym ea citer quelquesuns.
. Un affieier français a dessine un soleil éclair rant ub touraesol , 3oat la fleur suit son cours radieux ; au bas on lit cette devise : Inferius nil sequor. Cet emblème ingénieux est digne d'un amant de la gloire.
Près de ce dessiii poétique est vne inscription très-remarquable; la voici : Si les passions n'anéantissaient la sensibilité du cœur, on verrait les hommes s* abstenir de choses impures et que le sentie ment réprouve. Mais rame inclinée vers sa per-' feetion ne saurait composer avec ses principes et jefer dans ia vie tme autre vie qui conduirait à un avenir sam avenir. Cette phrase mystérieuse avait -elle bes<Hn d'être signée Staël de Hol^ STEIN , le 26 juillet i8i5 ?
Vient, ensuite cet avis donni aux voyageurs par un homme qui n'a signé que ses initiales , mais qui me semble avoir fait ses études au yauéeville :
N'9)lez pas longuement v«nter ce qui vous plaitl C^est louer assez bien que garder le sUence.
On parle quand le cœur se tait ,
On se tait lorsque k cœur pens*.
2^4 MÀCKDOÎKË. i
L'antear de ce quatfaîii a es la prétentioit |
d^étre profond , et croit sans doute avoir riytié
antre chose qu'une yéritë de M. dé la Palisse. ,
Il y a plus de sens daiis l^épigramme suivante :
Sur ces rocs décharnés , où la nature expire , J*égarc ayec transports mes pensers et mes pas } '
J*y marche librement , librement f y respire y £t ma femme n*y viendra pas !
Vonlez-vons de la gâité ?
Un jour trois bons ^iyans, à la fleur de leur âge , Au sommet du Mont-Blanc youlaient porter leurs pas î Le» guides , la saison , Ieur*b6urse et leur courage , Tout leur manque à-la^-fois .... Ils sont restés en bas.
Un voyageur fatigué de ta course des gla-ciers, et encore effrayé des dangers quHl a couras , exprime ainsi ce qu'il éprouve :
Quaud on a d*aussi haut contemplé la nature p On sent au fond du cœur une volupté pure :
C'est celle d'obtenir, pour derniers résultats , • - De ne s'être cassé cuisses , jambes ni bras.
Tous ces vers n'ont pas été du goût d'un littérateur sévère , qui , après lés avoir lus , prit la plume pour les censurer de cette manière :
O que la nature- est immense \ '
O que les hommes sont petit» t « ^
dbyGoOgk
MAGl^DÔIKE. 285
DiiQs cas vastes tableaux'quii de magaificence !
Que die sottise en ces écrits !
L'un pense être Delille , alors qu'en sts re'cits ,
Tout gonflé de sxns iblehiç^
Sur des cailloux il s'extasie , '
Pëcrit chaque brin d^herbe « et transporte en ses vers .
Tous les glaçons du Mont-Envers.
Méconnaissant lauteur de ces travaux sublimes ,
Et se croyant uq Spimosa , L'autre dit gravement: « Que prouve tout cela ? » Tandis que celui-ci, dans ses petites rimes ,
Fier créateur d*un quolibet , Apporte sur ses bords ses lourdes épigramraes , Ses triolets, rebut de \Almanach des Dames, L'esprit des boulevarts et le sel de Brunet.
Quelle avalanche de bêtises !
Quel débordement de fadeurs!
Dans leurs quatrains que de longueurs !
Dans leurs décisions que de lourdes méprises ! JVîves de TArve, adieu ! Quand de tes fr^is vaUciir
A regret nous nous éloignons ^ Du Dieu de Vuniyers adinirant la puissance ,
Du fond de mon cœur je redis :
O que la nature fest immense !