POURQUOI SE FAIRE ATTENDRE
qai fera avec le plus de grâce des excuses pitoyables et ridicules qui n ont d'autre base que la folie et le mensonge ; et ce mal ne fera qu'augmenter, tant que les gens sur qui le ton de la société se modèle ne donneront pas un; exemple contraire.
Rencontrez-vous au Parc unhommeàlamode, il fera un tour ou deux de promenade avec vous. Tout -à -coup il tire sa montre, paraît surpris qu'il soit si tard , prétexte une affaire , un rendez-vous, et vous quitte subitement. Vous le prenez pour un bomme ponctuel qui craint de se faire attendre , point du tout. Quelques mijiutes après , vous le voyez se promener tranquillement avec une autre connaissance qu'il quittera de la même manière , et il en fera autant avec une troisième et une quatrième. S il peut accoster un personnage de quelque importance , Il passera près de vous sans vous accorder la moindre attention , ou il inclinera légèrement la tête d'un air de protection.
Quant à moi , j'avoue que j'aime la ponctualité ; et , sans l'empire de la mode , je serais Vhomme le plus exact qu'on pût voir. Mais un
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laquais , en me regardant d'un air étonné qui semble dire «c qui êtes-vous donc ponr arriver de si bonne heure P » m'a si souvent fait entrer à six heures et demie dans la bibliothèque , en me montrant une table couverte de romans et de brochures nouvelles pour m'aider à passer le tems ; j'ai si souvent attendu une heure dans un salon sans autre compagnie qu'un journal que î'ayais déj.à lu , et un laquais qui venait de tems en tems attiser le feu, en me regardant d'un air de mépris pour être arrivé sitôt ; j'ai si souvent vu le maître de la maison descendre de cheval et aller feîre È9. toilette , une demi-heure après que j'étais arrivé comptant dtner dans ^ix lâiniites ; enfin » un valet-de chambre m'a si souvent dit 4' un air d'importance qu'il croyait que son maître ou sa maitresse ne tarderaient pas à descendre, que j'ai pris le parti de suivre l'usage général, et de n'arriver jamais qu'uûe heure après celle qui m'a été indiquée.
J'approuve et j'estime pourtant infiniment les pyrincipes et le plan de conduite de l'immortel lord Nelson, qui regardait la promptitude et l'exactitude en toutes choses comme des qualités
ro4 POtrâQuoi se faire attendre?-
essentielles. Un jour qu^il recommandait à an marchand de lui envoyer le lendemain à siic heures du matin quelque objet qu'ail venait de lui acheter , le marchand lui ayant répondu : « Oui , mylord , j'aurai Thonneur de vous te porter mcM-méme à six heures. — Ce n'est pas cela , lui dit Nelson d'un air significatif en laf frappant doucement s.ur F épaule , il&ut que vous arriviez un quart -d'heure plus tôt. — Comme il vous plaira, mylord, répondit le marchand 4'iin air étonné , je serai chez vous au quart avant «ix henries. — ¥ott bien, reprit Tamiral ; c'est "à ce quart d'avance que je dois tout ce que j'ai lait de bien dans ma vie. »
Phis on réfléchira sur ce mot , plus on le com- "parera avec le caractère actif et décidé de notre héros, plus on le trouvera admirable. Mais mes •lecteurs sauront l'apprécier sans que j'aie besoin d'y joindre un commentaire ; j'en reviens donc i mes moutons, et je dis que si l'on i)Ouvait obtenir des autres de ne plus se faire attendre, on ne m'accuserait jamais de manquer d'exactitude.
r^AUTOMKE A LONDRES. Io5 — N° XXXVII. —