LA JEUNE FILLE
du thëâtre, quoiqu'elle n'ait pas les falens nécessaires pour y briller.
A cette esquisse d'un tableau malheareusement trop vrai , peut-être le lecteur me saurat-il jgré4e joindra la peinture d'un antre ridicule dont la société n'offre que trop d'exemples.
J'appris ces jours derniers que le fils de mon ancien ami , le docteur Drudge , était atjn^é à Londres : j'allai lui rendre visite. J'estimais infiniment le père , qui était un homme plein d^honpeur et d'intelligence, et je désirais témoigner jau fils tous les égards qui étiaiept en mon pouvoir.
A force de travail et de soins , le docteur avait amassé une fortune assez considérable , et depuis à peu près un an la mort en avait mis son fils en possession; car jamais il n'avait eu d'autre enfant , et il avait perdu.sa femme depuis bien des années. Aimant passionnément ce fils , il n'avait rien épargné pour lui donner une éducation brillante. Il désirait qu'il pût acquérir des connaissances générales ; et Frédéric avait une soif d'apprendre qui s'accordait parfaitement avec les désirs de son père ; mais il avait une telle versatilité de caractère qu'à peine ayait-il pffleuré
SOftTANT 0E PENSION. 121 me science ou im art , il voulait passer à quelqu autre, d'où il résultait qu'il croyait tout.sa^ voir, et qu'il ne savait rien. *
n arrive souvent que le fils d'un savant n*est qu'un sot, de même que celui d'un avare est us prodigue ; mais ici le père et le fils étaient animés des mêmes sentimens , et je crob même que Frédéric étaii encore plus jaloux de briller comme homm'e de lettres , comme savant , que les vœux les plus ardens du docteurne pouvaient le désirer; II avait fini ses études depuis dix-huit jours seulement, et avait quitté le collège après avoir pris le degré de bachelier. Bien diflférent des jeunes gens à la mode qui n'apprennent à Oxford ou à^ Cambridge qu'à monter à cheval, à boire , à jouer et à filer une intrig;ue , Frédéric n'avait fait toute sa vie que lire et étudier; mais il n avait mis ni choix dans ses lectures, ni mé-thode dans ses études ; il connaissait superficiellement toutes les sciences, toutes les langues, tous les arts ; mais rien n'était classé ni ordonné dans sa tête, et il y régnait le même désordre qu'à la tour de Babel après la confusion de$ langues. Si l'on ajoute à cela ]in grand fonds de suffisance , d'amour-propre et de pédantism^i; n. 6
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on pourra se faire une idée da caractère ée ce feime homme, et Toa conviendra qu'il estasses étrange.
Son ambition est de devenir membre du parkment, orateur, auteur, poète; de découvrir une nouvelle théorie, en un mot d'être cité comme un des hommes les plus savans de notre fi&cle. Je laisse à mes lecteurs le soin de juger s'il en a les moyens , et s'il est probable qu'il y réussisse ; je me bornerai à leur rendre compte de l'entrevue que j'eus avec lui : elle le peindra mieux que ne pourrait le Ëûre un volume de des^ criptions, de raisonnemens , d'argumens et de conséquences. ^ .
Je le trouvai dans son eabinet^ assis. devant une grande table, ayant d'un cété uni( grammaire espagnole, de l'autre le ecâne d'un chi^n. Autour de lui on voyait des règles, des compas et des instmmens de mathématiques, des foies et des cseusets, des liivres imprimés et dies papiers manuscrits. Il tenait un ouvrage intitulé : DesçripHon de ta Petsi., Dans deux coins dn l'appartement étaient deux étrangers.^ l'on oc-î cupé i éoriin.,' l'autre, à nmdel6r:ua. buste en ^gile.
SORTANT DE PEKSION. 123
Use leva avec empressement dès qa'il m'aper-' çat, me salua, et s'^eria en souriant : «-Salam ! salami mim. cher Monsieur, digne et ancien ami^ de mon pire ; je ne trouve pas d'expressions pour TOUS peindre combien je suis ravi i% v^us voir. Seseda, Signor. Asseyez-vous, s'il vous plaît ; prcnés place près du jeune homme qui se stiuvient avec reconnaissance d^avoir été bercé sur vos"genoux dans Tourore de la vie. Comment vous portez- vous ? Comment va le genre nerveux ?
Point d'affections hypocon^aqties, j'espère?
Point: de dyspepsie ï Tcmt est bien dans les ré-gions {Hilmonaises? Les viseères sont en bon état, ainsi que F économie dea muselés? Oh ! oui, sass^ doute:. Le physi<}ue est aussi sainte aussi vigoureux chez TOUS que chex bn jeune homme devingt ans», et: lie moral n^esl pas mmns. par&it* Menssava in earpore smm. Eb bien-, dites-moi ^ quid a^î QaeUea s«nt vos^ occupations actuelles ? La philosophie théorique eu pratique, la zoJ9logie,.la.minéi(alogie, la géologie, lamé-* taphysique , la moradia , FaaMÉbmie , la philologie ,• les. belles^lettreï? l'ai entendu pader de vous. Jevsaift que yons; êteaiai sauaxt t un homme ^