JEUNE FILLE
de pîrtà, un des cognoscenti, des dîlettanti An siècle, un des défenseurs du bon goût. »
Je me trouvai étourdi par .ce discours lardé de turc, d^espagnol, de latin et de français; mais à |)eine avais-je pu prononcer quelques mots qu'il reprit la parole.-
« Eh bien» me dit-il, les affairés politiques nous offrent une jolie perspective! On a fait de belle besogne aux dernières élections. C'est un pas vers Toli'garchie , vers la démocratie , vers la canaillocratie , si vous le voulez. On voudrait nous donner une république non libre , comme dit Montesquieu. Vous voyez ce que devient notre libertés C'est bien là cette libertas qui in çitium excidit. Les baïonnettes arrangeront tout oela. Mais voir que le résultat de nos élections, de nos rivalités, sont des dislocations de mem^ bres, des fractures, des lacérations, des amputations ! Au surplus , -c'est la même chose partout. Voyez les révolutions de France, de la Hollande et des colonies. Oiiprofànum pulgusi Ces orateurs démagogues empoisonnent l'esprit public , enivrent les cerveaux faibles avec la mousse de leurs discours; et, après ayoir en-
SORTANT DE PENSION. 12S flammé il pùpolaccio , ils rabandonnent au sentiment de sa. misère. C'est ainsi qne
Belle parole e cerli fatU Ingannano sapj e matti.
» A ptôpos, sans ces élections Londres serait un désert. Toutle quartier de TOuestsemble être un mémento mori^ un véritable rus in urbe^ L'herbe y croît dans les rues, et c'est un miracle que d'y Yoir un équipage. Vous voyez , dit-il en me montrant les divers objets qui étaient sur sa table ^ quels sont mes amusemens , mts travaux. La chimie, l'anatomie, la géologie, Thistoire. Su serndor; viva ustea machos an^ nos 9 dit-il à l'homme qui écrivait , et qui lui remit un papier avant de se retirer. C'est mon maître d'espagnol qui m'a préparé un thème , et voici un artiste italien qui travaille à mon buste. Ce crâne est celui, d'un thien qui était plein d'intelligence; je yeux en examiner la conformation. »
Ici son domestique lui apporta une lettre.
« Bien n'est plus stupide que ce drôle , me ditil; mais je le garde, parce que je fais sur lui une expérience* Il est sourd comme le roc Tarl^éien \ mais )e prétends le guérir par le magné-.
mC LA JEUNE FILLE
tisme ^trélectricilë. Vous permettez, mon ami, ajoata-t-il en décachetant sa lettre. Ah ! on me promet de me faire voir Texpërience de la pile de Volta. Cela doit être très-curieux. J'en connais le principe ; car il faut tout connaître , depuis la plus simple opération d'arithmétique jttsqu'au calcid des systèmes solaire et- lottaire. Mais^ en parlant de soleil, le prince y ya^ de main ferme ; le ministère emjMirte tout au parlement. Encore nn moment., et ces demi-dieux de ministres termineront leors ordres par : « Telle est notre yolonté.,» Ce sera €»f«9 ^friAiMrtf &A9. Que deviendra enfin notre jgrande charte ? Je n'en sais rien. Ce sera une <?arki pecora , une carte bhnche^ |e crois. Mais à^ropos, comme en est frappé de stupeur en France ! Il n y a plus de nerf. C'est une paralysie générale. »
Je l'interrompis ici ; car je craignais qu'il ne youlût faire le tour du mondo , et me prendre pour compagnon de voyage. J€ lui demandai quel plan de vie il comptait embrasser,
« Le voici , mon cher Monsieur, me tépon* dit-il : D'abord j'ai dessein de faire le tour de l'Europe , et de visiter les îles de la Grèce* Je me ferai recevoir membre , associé ou totrespon- 4ant de toutes les académies étrangères, afode
sobtant.de pension. 127
p<mTÔir remplir ime page de titres i la suite, de mcn nom. Mon iateÉtiosr t$i d'écrire ensuite la relatioadenton yopge , que je ferai imprimer sur beau papier, format iii-8^ , ai^ec mon por* trait en costume antique, gravé par quelque artiste étranger. Jiâ dédkKaicetourrage à quelque personnage éminent. J'y tnettr» deux épigra-* pbes'. Tune on gtec^ Tantre en kébreu ; et je ferai nne«prë£âce dans laqpielle je donnerai Us plus grands éloges aux JAumàlistes d'Edim-»
bourg ; je les pbrtesni usque^i sidem. J'en ferai faire trois éditions en même tems, et je donr nerai à dinar aux plus fameux libraires de Londres. Devenu célèbre par cet ouvrage, je taobérai de me faire nomme,r an parlement ; et une fois que j'aurai obtenu c^tèe distinction, je puis faire imprimer tnt ce que je voudrai. Je suis sûr de devenir un auteur à la mode. Renfermé dans mon 'Ihscttlum i je décmivrirai quelque nouveau systènote auquel on domMsra mon nom, et qui m'immortaUsera. Tout cela accompli, il sera ^ms de penser à
Duceré: sollieHm rmctufàa oÙUçia «5W.
Je me retirerai à la campagne , et j'y finirai ma carrière dans le sein des Muses. »
128 lA JEUNE FILLE, été.
Telle est la fin des projets dn jeune ambitienx. Mes lecteurs peuvent re^rder ce tableau comme charge ; mais je les assure qu'il est fidèle. Dans le cours d^une longue vie j bien des objets singuliers ont passé sons mes yeux , et j'ai trouvé plus d'un homme de là même tf^mpe. Il euste des fanatiques de toute espèce, en religion, en politique , en poésie et en métaphy^que ; ramour et lés beaux- a^ts comptent les leurs. Chacun connaît il Fanatico per la musica , et Ton pourrait iaire une assez bonne pièce sax il fanatico per ht scienza , en prenait pour modèle mon jeune ami.
l^ES JOUEUSES. 129