I^ JOURNEE A LÀ CAMPAGNE
y avait £adts, de la manière distinguée dont il recevait ses amis. J^allais être à portée d'en juger par moi-même.
Je me jetai dans une chaise de poste , et j'arrivai au château de Riverbank vers deux heures après midi. Je demandai tour à tour tous les maîtres du logis, mais je n^eu pus voir aucnn. Mylord était occupé à travailler , maiâ il ne tarderait pas à venir me joindre ; Mylady chassait le cerf; le jeune lord péchait à la ligne au bout du parc ; lady Anne , la fille aînée , était sortie avec le cocher qui lui apprenait à conduire un phaéton ; lady Elisabeth , la cadette , était ayec un sergent aux gardes, (jiii lui montrait T exercice et lui apprenait à marcher!
« Et lady Marie , demandai-je au domestique qui me donnait ces détails à mesure que je lui nommais quelqu'un des habitans du château ?
» — Elle est couchée , Monsieur. »
Voilà une famille singulièrement occupée , pensai-je. « Je me flatte que la maladie de lady Marie n'est pas sérieuse, lui dis-je.
» — Oh ! elle n'est pas malade , Monsieur ; elle se couche tous les jours une heure à plat sur
TJ1(£ JOURIÏEC A LA G\MPAGK£. 225
le plancher, par ordre de Mylady, pour se rerdresser la taille.
» — Et orù est la gouvemsmte , M"* Martin?
» — Elle valse avec un jeune officier qui est ici depuis quelques jours. »
Tout cela est asse/., original , pensai-je encore. Mais je n'eus p<^s le tems de faire de longues réflexions, car. les cinq plus jeunes enfans, apprenant mon arrivée, accoururent à moi, me tirèrent par Thabit, et ne me laissèrent de repos que lorsque j'eus consenti à jouer.au volant avec eux.
Enfin, après une heure d'attente, je vis arriver lord Riverbank dans un négligé qui justifiait , parfaitement ce nom , les mains sales , et tenant une tabatière ébauchée qu'il venait de commencer à tourner ; ce qui était son amusement favori. Après quelques excuses d'avoir tardé si long-tems à venir me joindre , il montra beaucoi^ d'empressement pour me faire voir ce qu'il appelait: son atelier^ ainsi que ses outils et ses ouvrages. Il voulut même travailler en ma présence y m'étourdit du bruit d'une roue y et me fit présent d'un i^tui à curedents
dont j'aairais pu i Londres, p^ur i;ix sons, avoîr le pareil, et beaucoup mieux fait. D voulut ensuite lîïè nioutrer tous tes cfcangemcns qu'il avait faits dans le parc ; ce qui employa deux bonnes beures et me &tigua beaucoup. D faUtft alors visiter b lasse-cour où j'eus rbonmèur de m'enfoncer jusqu'aux genoux dans le fumier pour aller voir ses cocbons , et l'avantage de gagner un fbume en m' arrêtant dans une laiterie très-fix)ide, après avoir inarcbë vîte et ïong-tems. Enfin nous fintmes par courir,aprës un cbeval qui s'était échappé dàiis le parc.
Pendant tout ce tems, îl se donna beaucaup^ d'éloges, vanta les améliorations -qu'il àyait faites, me parla de cefles qu'il comptait encore faire, et me fit stirses vacbes, sur ses moutons et sur le croisement àti races , une foule d*ebservations si intéressantes qu*îl ne m'en reste pas une dans la mémoire.
Nous rentrâmes nous babSlèr peur le dèier , et ^e trouvai toute U famiHe réunie. Lord Qreenthom avait pris trois gonj<ms et s'était piqué le doigt en amor^nt i^on Mmeçon. On fit comparaître tour à tour le 'sergent j- qui jura que
UÎÏE JOURKifi A LA CAMt»AGKK. ÎÎ27
lady Anne marchait âv€c autant de grâces qn'uà Tièux soldat) et le cocher qiii assura que dans très-peu de tf ms làdy Elièâbeth manierait le fouet ayeç la méâie aisabce que lui-même. La goùTemante ae r^dit pas un compte si favorable jde kdy Mairie ^ «tsê plaignit de ce qu'elle n'ëjtait pas. restée cinq minutes dé suite étendue âur le plancher ) dans la méiné position; sut jquoi la jdume fill< s'excusa en disant qu'il était bien4iffiGile de rester tranquille quand on voyait vali#r. Ldrd Riverbaiik donlia un petit c6up d'mitiësur la îoue de renfafit, et, se tournant yet% aiai, me dit : «« Bonne petite fille, mais ne voulant faire qu'à sa tête. » A ^uoi je répondis par EU signe d' approbation.
On nous servit un dtner somptueux ; mais un ton de roidé^r et d0 cérémonie en dtait à mes yeux irai le mérite. J'étais placé à côté de la maîtresse de la maison, qui, pendant tout le repas, Ile nft'entretbdi que des plaisirs et des datj;efs de la chasse. Daiis cette matinée, elle avak été deux fois dans Feau jusqu'à la sel^e, Àv^t mftnqué d'être renversée de cheval par un vieux tronc- d'arbre , et avait sauté par dessus
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de très-larges fossés. Son mari paria d'agriculture au ministre avec Tardeur d'un théoricien et rignorance d'un noyicé en pratiqua. Lady Anne et lady Elisabeth eurent ime longue querelle relativement à la garniture de leurs cobes. Le jeune officier ne s^ occupa que de M'^*^ J^artin. Lady Marie me fatigua de miUe questions sur les nouvelles de la capitale , sur les modes qui avaient paru depuis quinze jours, et me pria de lui envoyer quelques romans nouveaux. -
La bouteille, après le dîner , ne circula qi^^ar vec lenteur. Le ministre buvait deux coups contre un. Le militaire trempait son vm sous prétexte d'un mouvement de fièvre, et- il ne tarda pas à quitter la table pour aller se promeper dans le parc avec les jeunes demoiselles et I^ gouvernante qui les occupa à faire des courses pqur écouter plus librement les fleurettes du jeuiie officier.
^ Loi^d Riverbank me proposa une autre promenade ; mais je le remerciai , me trouvant assez fatigué de celle du matin. Je me rendis dans le salon, où je trouvai lady Riverbank assoupie sur un sopha. En face d'elle était miss Mac
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CUnt^ch , Ecossaise, âgëè de cinqdanté ans, à qiri je démode pardon de n'aVoirpas informé plus tôt mes lecteurs qu'elle était du nombre des con* yÎTes. Cette vieille: Calédonienne est la quintessence de tott ce qu'il y a de plus précieux parmi les vi^ilks filles. Elle est affectée au suprême degré, et a le plus grand désir de passer pour n avoir qiue la moitié dé son âge. Sa pruderie ya pourtant jusqu'à éviter de se placer à table près >d'un bokune , de peur qu'il ne la touche par hasard avec le genou.
Lorsque les promeneurs furent de retour, on proposa une partie dé cartes ; mais il fut impossible de composer une table. Miss Mac Clintach dit qn'il ne convenait pas aux jeunes personnes de )ouer , et que les cartes étaient les livres du malm esprit. D fut ensuite question de valser. Ladj Marie se mît au piano , et ses deux sœurs aînées se disputèrent à qui aurait la main du capitaine ; mais lady Anne fit valoir son droit d'ainesse , et la cadette les lamés aux yeux fiit obligée de valser avec sonfrère, tandb que-M"* Martin pâlissait de dé^t. On me ft faire un piquet avec kl mîmstre, et je perdis autant de cents
23t) L'KB JOtAsi£ A LA GAMPÀOmr.
que ]^n jouai. Lies enfàns s^âmosèrent k de pejtits jeux, auxquels miss Mac CKi|lach daigna prendre part pour se donner un |iir de jeunesse et d'innodence. Mais quand on tira les gages ^ le jeune Georges^ âgé d^environ douze ans, ayant reçu pour pénitence l'ordre de Tembrasser , elle se leira d'un air e£bré , ti s^éctik avec un accent À:ossais fortement prononcé : « Je tous déclare bien positirement que je n'y consentirai jamais . » Cette déclaration (ut smrie d'un éclat de rire général qui redoubla emcore lorsque Geiirges iu*^ sistant reçut un yigontcnx soufflet de la main sèche de la vieille Ecossaise.
Lord Riverbank, &tigué.des travaux auxquels il s'était liioié.dans son atelier pendant presque toute la matinée, s'endormit survie même sopha que sa femmes et jeproitai de ce sommeil Conjugal pour nm Ihstirer sans bruit dans ma chambre .
Le lendemain iiiatin,:je ]pris congé de mei hdtes ^ bien détenmné à ne pbis aller passer an four à la campagne , à moins de quelque afiaire ergote et pressée. Le domaine de lord Riverbankest ttës-èeaU) le château esigrand, meublé
€K£ JODRÏÏEË^ A LÀ <2AMPÀ6NE. sSi
avec luxe ; mais c^est le séjour de rennui. Quant aux améliorations , il en a encore beaucoup k &ire , à commencer par sa famille.
En retournant cbes moi , je ne pus m'empè»cher de penser qu il y. a beaucoup de rérité dans, celte remarque d'uti auteur français ; qu'il se tvouvtK 4ans la Tie bien dès cboses qui pa^ raissent mal , et qui ne sont qiie déplacées. Cette rëflexfOB'ttie remit' devant les yeux les goûts et les plMsirs de^la famille que )e renais de quitter. lis étaient p«rmîs et innecens en eux-mêmes ; et «^ils avaient eu le Infn esprit d'en changer entre eux , on n'aurait pu les blâmer sans afiicher une sévérité excessive.
& lord Riverbank avait chassé le cerf, que son épouse se fût amusée k pécher à la ligne ; si le jeune lord avait été confié aux soins du sergeirt ou du cocher; si lady Anne eût dansé au Keu de sa gouvernante; si lady Elisabeth et lady Marie eussent dessiné en fait lie la musique , tandis que M^** MarHn aurait brodé ou travaillé i Taigmlle, chacun aurattagi conformément À son âge i à son sexe et- à sa conditioii : quant i Tart du tourneur -tî du menuisier, on pouvait le réformer enttèrement.
Nous ayons entendu parler d^un roi q^i s^amusait du mëtier de serrurier, d'un autre qui faisait des boutons, d'un troisième qui brode à ravir (chose qu on fait auvent à la cour sans avoir besoin d'aiguille) : je crois pourtant que tous ces arts mécaniques ne conviennent pas à un homme bien ne , bien moins encore à un prince. La main qui tient le sceptre n'est pas faite pour manier la scie ou le marteau , et il ne £stutpas quitter Tëpëe pour prendre une aiguille et des ciseaux. Labsons aux ouvriers de profes^ sion des travaux convenables à leur état et .à leur éducation. L'homme que sa naisswce élève au dessus d'eux , se rabaisse à leur niveau quaiid il en fait son amusement , et soH de sa. sphère pour entrer dans une autre oà il ne peut trouver aucun honneur.
. U faut avoir l'esprit bien étr<»t,èlïe bien embarrassé de l'emploi de son tems, pour manier le rabot ou la lime quand on a devant les yeux le livre de la nature , ce registre des sciences ; quand on peut puiser les lûm^res dans une bibliothèque bien meublée , se rendre utile à sa patrie dans le cabinet ou dans les camps ! J'en demande pardon aux pers(mne« de qualité de ma
UKE JOURNÉE j)L I,A. CAMPAGNE. 233
connaissance; mais j'enverrais volontiers le$ lords tourneurs , menuiisiers ou serruriers , tenir compagnie aux nobles dames qui se piquent d'exceller dans Tart du cordonnier et du maréchal ferrant.
I»fflï|^
a34 VSilGSS KEUGiEUK A LOKtlR£5« USAGES RELIGIEUX A LONDRES.
/tfiVte /Minii a« /uvemum dtmsmmtur fmntrm. N^mffum Sae9» caput Pnstrpina fmgit.
BOAACB.
jLès itmics »t lu vienv, an fonj du momuncMt, PMc^miic enU$*^>y tombent confusément : 5«l »n crael l^loion ne cUrobe sa ttte.
Trttà. de Dabv.
L'usage obs^ri far \t% Romains de fermer les yeux aux morts est eiioot« Religieusement suivi en Angleterre. Ofl tent «ternie aussi des soins particttiter s :. quand iq^elqii'nn est mort , on lave le corps et on le pare pour la dernière fois. Le visage reste dëconvert jusqu'au moment où le cercueil doit le recevoir. Pendant cet intervalle, on appelle les visiteuses {^seaTchers') : ce sont des femmes particulièrement chargées de constater que le défunt n'est sorti de la vie qu'en subissant la loi de la nature. Cette formalité remplie , on place le corps sur
VMGES RELIGIEUX A LONBAtS. 2^5
un lit de parade. Alors les parens et les amis YÎeniient le co&teittpler pour la démise fois , ayant qu'il soit ravi pour jainaîs à leurs regards.
Le linceul n'est point , comme en France , de toile de lin, t&ais d'une ëtofie de laine, et ce confvnftëment à un bill du pariement rendu en 16G6.
Le soin de déposer le corps dans la bière est confié à Vaudertahier : c'est le nom commun de tous ceux qui se chargent de toutes les. dispositions relatives aux funérailles. Si le défunt doit être inhumé dans un des caveai^x de Tég^ise , le cercueil est de plomb ; s'il doit , au contraire , être enterré dans le cimetière , le cercueil est de bois.
U est cbes'les Anglais un «sage dont le pan-^ vre même ne pourrait S^ffranchir sans s'exposer à la sévère censuré de ses concitoyens ; c'est de garder chez eux pendant huit jours entiers toHtei dépoliiHtf mortelle après qu'elle a été renfermée dans le cercueil.. Rien de plus conforme sans doute à la piété filiale , k la tendresse paternelle et conjugale que d'éloigner autant qu'il est possible l'instant d'une douloureuse et éternelle séparation. Cependant la mison et la po-
riiS .USAGES RELIGIEUX A LONDRES, lice condamnenf égaliimeiit ime semblable coir^ tume. Combien de malheureux dans la classe do peuple n'ont qu^une seule chambre pour une famille entière , et simt réduits à la dure nëceâsité de préparer leurs alimens , de prendre leurs repas , et de coucher dans le même lieu où repose un cadavre ? Cet usage devrait donc être laissé aux seuls riches *
* Yoîcî y pour les lecteurs curieux cTapprëder le fasf e de la grandeur qui s*efrorce encore de paraître après Qu'elle n*est plus, le-de'taîl des fîine'railles du duc de Northumberland *,
« Le cortège partît vers une heure après mîdî de TLôtel de Nortliumberland ; les cloches de Fabbaye de Westminster et celles de Saint-Martin annoncèrent son départ. Six bedeaux ouvraient la marche ; au milieu d'eux ^tait le chef de» constables de Westminster ; yensiient ensuite quatre hommes à cheyal revêtus d*une riche livrée; trente-six pleureurs, également .ài. cheval, les suivaient sur quatre de front. Chaque troupe , ainsi divisée , s*avançait précédée d'une bannière. Cottes d*armesy banderoles , casques, boui^ârs, tout retraçait les tems de la chevalerie. Le plus remarquable Ats cavaliers était celui qui portait la couronne ducale ; son cheval, magnifiquement caparaçonné, était couvert dVcus-
* Ce seigneur, depuis 1» morl du duc de NorfoUk, était 1« pins riclic prApridiaire qu*il j eût eu en ' Angleterre. Ses retenus s'élevMent à 700^000 Ihf» sMrling , plas de '(6,9oo,,ooo de fnnios»
i;SAG£S HELIGIEUX A LO^BRES. 237
Pendant les trois premiers siècles du ehristianisme on n'enterrait point les morts autour des temples : les ckrétiens suivaient à cet ëgard Tusage des Juifs , des Grecs et des Romains ^.
sons. Le corbillard, était surmonté de douze superLes panaches noirs, et 'tiré par six chevaux décorés de la même manière. De chaque c6lé marchaient quatre ca* valîers avec des attributs analogues. Le cortège était fermé par huit voitures de deuil vides , attelées chacune de six cherau^i et chargées d'armoiries et d*écussons. Vivant , rhomme le plus puissant n'en peut occuper qu'une ; mort^ elles paraissent k sa suite. Quel faste ridicule !
Arrivée à Westminster , la dépouille du duc fut reçue par le doyen du chapitre. En ce moment disparurent tous les écussons qu'on avait si pompeusement étalés pendant la marche- Le cercueil ainsi dépouillé fut introduit dans le chœur; et lorsque les cérémonies du culte furent achevées, il fut définitivement renfermé dans une chapelle. »
Quoi qu'on fasse , la mémoire de ces hauts et puîssans seigneurs s'ensevelit pour tpuîours avec leurs cendres ; celle des grands hommes échappe à l'oubli. Vous , surtout , c]ui êtes animés du souffle du génie , ne redoutez point le néant (le la tombe ; l'immortalité vous y attend une courenne à la raatn.
* Ches les Roumains on inhumait quelquefois dans l'intérieur des villes les citoyens qui avaient rendu des services signalés à la patrie. De ce nombre furent Valérîus Publicola , Fabricius et Çicéron , dont les restes lurent déposés dans le Forum,
a38 USAGES BfiÛGISUX A LOKDKBS.
La coutume d inhumer daas les églises ne date que du huitième siècle» Ou commença d'abord par accorder Thonneur de la sépulture sous le portique des temples ; plus tard , des rob et des empereurs furent , comme les éyèques , enterrés dans Tintérieur même des églises. Par la suite , et dans le dessein d'exciter plus puissamment ia libéralité des fidèles , on décerna également cet honneur à ceux qui avaient fait construire des édifices consacrés au culte ou doté des églises. Enfin au moyen âge ^ Tusage prévalut d'enterrer les morts autour des églises. Londres Ta conservé , et les cimetières se trouvent dans le sein de la ville.
La population s' étant successivement augmentée , leur étendue ne s'est plus trouvée en rapport avec son accroissement progressif. Dès lors il a fallu, pour ne pas infecter les vivans en ouvrant trop \&i la demeure des morts, acheter de nouveaux terrains où l'on pût déposer les restes des victimes que. la mort frappe tous les jours. Voici la description d'un des cimetières de Londres, celui de Chelsea*,
* Chchea est un viHage situé à eaviroa deux milles de Londres. Dans un certain nombre d^années il se trou-
tJSAGES RELi&IZUX A. l^ONDRES. 2^9
C^est im carré long de cent cinqunle pas der langt^em: 3itr cent de largeitr. B est entouré d'iu^ muraille au pied de laquelle règne uiïe allée sablée. On a Usàté sur ce mur une série de numérofi. depuis i- jusqu'à 80 , placés entre deux raies blanches qui labsent entre elles une largeur proportionnée à l'espace de terrain nécessaire pour creuser une fosse. Ces numéros servent à indiquer à chaque famille la Hgne sur laquelle sont inhumés les êtres qui lui ont été ravis. Quant à la place où ils reposent , elle est facile à reconnaître par Tusage «à Ton est de placer verticalement une pierre en tête de W tombe. Cette tablette sépulcrale rappelle le nom et la date de la mort de celui qui y est inscrit. En Angleterre on a coutume de donner une grande profondeur aux tombes ; cette mesure devient iudi^peuiable puisque la même fosse doit recueillir la* même famille. Dès qu'un de ses^ membxt^ a cessé d'exister, son nom est placé suf la pierre fat^ à la suite des autres.
Ofk a éleivé dans te cimetière de Chelsea une. petite cbap^le au dessns de laquelle est la clo-
▼çra joint lout-à-fait à la capitale, comme il l'çst déjà «iir un autre point , Hoanc-^tneL
H^O USAGES RELIGIEUX A LOHDBES.
cfae fîinèbre. Elle sonne depuis rinstantoùle char va prendre le défunt jusqu'à celui où il est descendu dans son dernier asile. Lorsque le cercueil est arrivé à la porte du cimetière , ceux qui se vouent à ce triste ministire le sortent du corbillard, et vont le déposer dans la chapelle. Un ministre en surplis fait les prières accoutumées. Quand elles sont achevées, quatre employés aux pompes funèbres chargent le corps sur leurs épaules. Le voile mortuaire dont il est recouvert retombe de tous côtés et enveloppe presqu'entièrement les porteurs , qui ne le relèvent qu'autant qu'il est nécessaire pour assucer leur marclie. En cet é^at ils s'avancent lentement, suivis du prêtre et^es parens et amis da mort. Arrivés au lieu de l'étemel repos, les porteurs déposent la bière sur le bord de la tombe , pendant que le ministre , placé vis-à-vis dans une petite guérite port|itive , récite debout les | dernières prières. Lorsqu'il a cessé, on descend doucement Je cercueil dans l'humide demeure.
Aussitôt deux ou trois pelletées de terre occasionent un bruit sourd et lugubre en tombant sur la bière. Ce moment est pénible ; c'est celui où les parens et les amis s^approchent , s'in-
VSAGES RELIGIEUX A LONDRES. 2^t
dinent , et plongent la vue dans la sombre profondeur de la fosse, pour jeter un dernier regard sur Tobjet dont ils yont se séparer pour jamais.
n ne faut pas toujours ajouter une foi aveugle an contenu des ëpitaphes, autrement on cour-, rait le risque de se tromper étrangement sur le compte de ceux dont elles font Téloge. Tel qui ne fit pas une bonne action pendant sa vie , qu'aucune vertu , aucune qualité ne fit remarquer, est souvent représenté comme un modèle de bienfaisance, de philantropie. Mais il est de ces ^pitaphes dont le style est si simjple , Texpression si naïve , qui respirent une sensibilité si touchante, qu'on a de la peine à croire qu'elles ne rendent point la vérité.
Une de celles qui honorent le plus la mémoire d'une femme est celle que j'ai remarquée daos le cimetière de Sottenbam :
Praises on fomBs are tri/les painjy spent Tkis momaa's goodnamê is her monument.
« Graver des éloges snr sa tombe serait chose super-t flue ; nommer une telle femme » voilà s^ plus digne éloge. »