IL II
242 USAGES RELIGIEUX A LOliBBBS.
Pourquoi croirais -je, par exemple, que les suivantes sont exagérées ou mensongère» ?
« Il fut aîmé durant sa vie , et plejiré k sa mort. »
Le style a certaliiement te mérite de la précision.
Les vers de celle-ci , placés snr la tombe d'rni
enfant qui (îit tué d'une manière matlienrease*,
respirent , suivant moi , le sentiment le plus pur :
.0 fiover cf /lover s which ve shallseâ ao more^ So kind returning spn'ng can thee reslore.
. « O la plus aimable des fleors , je ne te y^tr^x plus ! jLe do«z ■■ prîntems reviendra , œaSs tu ne renahras pas arec lui. »
En voici une autre qui est encore du nsême genre. C'est celle de Sara Jordan , morte dans m dix-sq>tième année , le 8 mars i8i 5 :
« Hélas! elle n^est plus! Ainsi qu'une rose, elle s*est 6aëe au printems de son âge. Moissonnée dans sa fie ur, sa beauté n'a pu s*épanouir. »
Celle-ci , que j'ai lue , comme la précédente ,
f Xors 4'iwè énetite qui eut lieu le to W aï 1 768' dans les environs de la prison de King'sbench, les Iràopes
USAGES I^ELIGIEUX A LONDRES. 24.3 dans le chnetière de Saint' Pancrace , se fait remanier par ttn tonr original dans T expression :
Fida viro , soboU earissima grdtaqae natis Qu0s suapi semper morum pietate fàçebat y Ftemina quâ nusquam meh'or nec fortior alla Occidît, Fausia tais, pîa moUiierossa quiescaai Nostro dkm memùrivhet tua peciore firtus •'
« Fidèle à son ëpoux , chérie de sa famille , adorée <Ie ses enfans qu'elle se plut toujours à nourrir des ie-* çons de la sagesse et d*UDe aimable piété, la meilleure, la pks coHragèuse des femmes m*est plus ! Gages précieux .pour les tiens , q«e tes pieuses reliques reposent doucgxienft>, tant que ia mémoire de tes vertus vivra dans nos cœurs afQigés ! »
Je regretterais de ne peint rapporter la sui- , vante qni se distingue surtout par sa précision ; Tibulle, je crois, ne raurait pas désavouée. C'est une épouse qui , enlevée à la fleur de Tâge ,
écossaises firent feu «ur la multitude. Guillaume Allen , enfant de douze ans, fut atteint d*une baUe dont il mourut. Cette émfiiite avait pour c^nse Temprisonnement de M. Wilkes que le peuple voulait mettre en liberté' a^a qu*ilj^t«i^rà bi42baiaBèredticonMnvnes dont il était m<{ag|bi\e«.
244 USAGES RELIGIEUX A LONDRES, fait des vœux pour que les aoiiées .dont elle n a point joui soient ajoutées à celles de son mari:
rjtnaiura péri f sed (a felicior annos Vice iuos f conjux optime , eipe meos.
« J*ai péri avant le lems ; mais toi , cher époux plus heureux, vis de longues années ^ accomplb ta carrière et celle de ta cpmpagne. »
C^est dans le cimetière de Saint -Pancrace ' que sont enterrées grand nombre de personnes dç la religion catholique romaine. On y remarque le tombeau de la baronne de Montalembert y et celui du célèbre Pascal de Paoli , mort en 1 807, à rage de quatre-vingt-deux ans.
On remarque en général parmi les personnes qui visitent les cimetières de Londres tout le recueillement et la piété qu'on doit aux morts ; et s'il est vrai , coiiime Ta iait observer un écrivain français, qn'en Angleterre leur cendre soit parfois profanée par le vice et la débauche , ce reproche ne peut s'adresser à la capitale ; ces exemples sont d'ailleurs fort rares *,
* M. le marédut-dc-canip fî^let s'exprime ainsi : « Les bosquets, les Kem les plus sombres » les plus ^cartes des parcs y les route» de traTerse , les cbaiaps ,
l^âÀGES REtIGIEUJt A tOKDRES. 24^
. hés lois anglaises interdisent la sépulture ecclësiastiqae à ceux qui se privant de la vie ^ et Tusage barbare d* outrager les restes des suicides* est encore en vigueur. Leurs cadavres,
sont le rendes-vous et l'asile da mystère pour les demoiselles de haut parage ; maïs les filles au dessous du commun, les filles du peuple, ne iront pas chercher si loin le théâtre de leurs plaisirs ; elles ont moins de tems à perdre : c*eit le cimetière de la paroisse c^ui de- Tient chaque soir le lieu de leurs rendes-vousw C'est 13i que plus d'une fille,, par suite de son libertinage , est devenue mère à son tour sur la tombe de celle qui lui avait donné le jour. Cette profanation des cimetières , dans toute l'Angleterre , est une chose véritablement choquante pour un Français , lorsqult n'a connu ce pays que par une course faite dans une chaise de poste , sur une de ces grandes routes qui conduisent du débarquement à la capitale : il est tenté d^applaudir à la propreté, aux soins recherchés que l'on prodigue en Angleterre à l'asile des morts. Cet asile sacré est généralement en-tourë, dans son pourtour intérieur, d'une allée de tilleuls , d'allées sablées, par lesquelles on passe pour se rendre à l'église construite au milieu du cimetière , et complètement isolée de toute espèce de bâtimens. »
* On se rappelle encore le funeste sort réservé au cadavre du peintre Monîes. Cet infortuné fut élève eu célèbre Raynolds et fit honneur à son maître. Accablé d'ans , d'infirmités et de misère , Monies mit fin à sa vie dans une maison publique du marché de Ht9§aU^
346 USAGES RELIGIEUX À LONDBBS.
traverses d^an ëpiett , sont déposer dans un Iran , oa deviennenr , comme ceni des malfaiteors, le partage des oiseaux de proie.
Les banquets funéraires sont fort en usage en Angleterre. On y fait d^abondantes libations aux mânes du défunt ; et au milieu du choc des verres et des bonteiUes, on y vante les hantes qualités quMl avait en partage. On se rappelle encore Tespèce de solennité qui eut lieu, le 1 6 mai 1817^ aux obsèques d'un, riche bourgeois d'Ecosse, On avait envoyé des invitations pour le banquet funéraire dans tous les comtés àdjacens de celui qu'habitait le défunt ; le nombre des convives s'élevait à plus de trois, cents. Les habitans de. hi paroisse furent les premiers invités. Avides d'honorer la mémoire du défaut, ils prirent une large part au régal du jour. Le vin et les liqueurs fort^ coulèrent à grands flots. Un homme et deux femmes moururent des suites de leur intempérance. A Timitation des anciens , qui
To>iis les outrages preserits par Ift loi furent exerces sur son corps , que Ton jeta ensuite cUas un trou. £0 tSj 7, deus jeunes amans qui s'ëiaient noyës , par suite dkine passion malheurcoije , dans i^nv^^i^^?^, fureni pvîtés 4e la sépulture.
USè^ûES B£LIi^I£UX k LOKDBES. 2^^
croyaient hoBorer h$ morts ea $t lÎTiaitt à des exercices 4e gymnastique et à des combats , plasiettr& convives se battirent à cMps de poing , i coups dq pÙBirres et à cov^ de bâton *. Beau* coup de pai^eHs forent bkssës.
Voici jm fait qui:ettt Itén dans use même oc*casion j mais qni offire des pactici^itës d'un genre diffàrent et fort singulières :
Peu de. feras avant de mourir^ un individu niMiuDë Stevenson fit tous ks préparatifs nëcas** saires pour smi enterrement et pour Torgie qui devait le suivre. Quoique né parmi la^ classe des artisans , cet komme ^ par une originalité sans pareille , avait quitté sa profession pour exercer celle de mendiant. U n'en eut point d'aiitre pieudantles dcsrnikes années de sa vie. Une femme d'â^ lui .^onna jn^qu'a^u dernier moment tous les soins que son état de souffrance ei^geait.
* Les défis à coups de bâton ont très-fréquemment Heu en Angleterre , surfont parmi les paysans. Dans les lutte$' de ce genre , les combattans ont ia main*gatielié attaçhe'e le long du corps , et ils ne peuvent se sertir quf de la droite. 'Celui qui le' premier fait couler le sang de
son adversaire est de'clarë vainqueur Quels tliver-
ti^seii^ens pour vn peuple civilisé ! . . . .
248 USAGES RELIGIEUX A LQKBBES.
Stevenson lui fit un legs convenable. L'infirmité dont il était attaqué Ini causait de cruelles douleurs. Averti de sa Ea prochaine par une crise violente , il fit venir nn boulanger auquel il commanda douze douzaines de cakes * pour le )onr de son inhumation , ainsi qu'une quantité considérable de biscuits. Les vins et les liqueurs ne forent point oubliés. Le jour suivant il envoya chercher un ébéniste , et fit emplette de la bière qui devait contenir ses restes. Il demanda ensuite un fossoyeur , convint avec lui que sa fosse serait faite dans le cimetière de Bicarton , et j choisit une place telle qu'on ne dût pas y troubler sa cendre.
Après avoir ainsi tout arrangé, Stevenson fit apporter la somme de neuf livres sterling, et déclara qu'elle était destinée pour les autres frais d'enterrement. Il conserva jusqu'au dernier moment l'usage de sts facultés , et expira quelques heures après.
Les scellés ayant été scrupuleusement mis par tout, on découvrit en divers endroits , et pami des chiffons et de vieux papiers , des pièces d'or
* Sorte de gâteau dans lequel pn mêle du raiftia.
rSAGES RELIGiEUX A LONDRES. 249
et des billets de banque pour une somme trèsconsidérable.
La succession devant être partagée entre des parens qai demeuraient à une grande distance , il s'écoala quatre jours avant qu^on eût pu les rassembler tous. LorsquMls furent arrivés Knhumationeut lieu. Au lieu d^y appeler des personnes choisies et nominativement désignées, on y invita des familles entières appartenant à la dernière classe du peuple. Le' cortège était composé de mendians et d*un grand nombre d'enfans des deux sexes qui étaient nu-pieds. Les plus âgés d'entre eux reçurent six pences , les plus jeunes en eurent trois.
Après Finhumation y les conviés se rendirent dans une vaste grange où Ton avait tout dispo^ pour' le festin fiinéraire. Le lecteur me saura gré de lui épargner la description d'un repas oii régna la plus crapuleuse confusion. Ce fut une orgie digne d'être comparée j^ux plus dégoûtantes bacchanales.
En Ecosse , l'usage des banquets funéraires est aussi généralement mis en pratique ; seulement , ils ont lieu avant les obsèques. Le vin et les liqueurs sont ofierts à la ronde à tous
25o USAGES KELXGIEUX A LOK0KES,
les inyitës , puis après le cortège fîiaèbre se met lentement en marche, précédé par les bedeaux et les pleureursà gages arec leurs bât«BA« C<s pleureurs , ordinairement yétus de restes noires et' de bonnets de chasse ornés d'un crêpe,- sont pour la plupart de très-vieilles gens qui seoAlent chanceler sur lé bord de la tombe creusée pour celui qu'ils escortent.
GALEaiïS BZ TABUEAITX: 25x — M» Ll. —