‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 46 sur 63 · GALERIES DE TABLEAUX · texte numérisé non relu

GALERIES DE TABLEAUX

Ob B*eateiid que ëtt cris poussas confufément; Dira, pow 9*7 Uin o^îr, towunit nistmcnt.

Boite 4V.

M Pourquoi toute TOtse noblesse n imite-t-ellé pas cet exemple libéral y » me cKt un jour un FraA^s avec qui je 'sortais de la gâterie de sir Johu Leicester , dôBt nous ^aions d'admiier les beaux tableauit P Cette ofasemtbn était motiyéç; car voyant mon ami mettre la main à l^, poche pour y prendre quelque argent , je Tavais arr£té en l'assurant qu'il n'y avait rien à payer. « Et par quel hasard , me dit-il ? J'ai payé pour voir les tableaux de lord A"***, de sir Benjamin B***, de M. C*^*^; pourquoi nous reçoit-on iei gratis ? — P^ce que m John n'ouvre sa maison que poiir eni^ourager les sffts , et pour procurer k cens qui les aimeigit le pl^di^ir d'en

itàn GAIiKBlES BE TABIEÀI».

admirer les productions. — Et pourquoi foii9 vos nobles n^en fontHlls pas autant f — J'espère qu^avec le tems ils suivront cet exemple* B est certain que la taxe qu'il {ant payer à leurs portiers, à leuis domestiques, pour.itre admis dans leurs galeries, est vraiment une honte pour notre nation. — Puisque vous en convenez , je me permettrai d'ajouter qu'il n^st pas moins honteux pour un peuple éclairé, qu^on ne puisse voir sans payer, ses palais, ^s églises, ses monumens , ses collections publiques et particulières. Cest ce que vous ne trouverez dans aucune autre capitale en Europe. »

Le Français, entrant alors dans des détaib plus circonstanciés , appuya les reproches qu'il nous Élisait de preuves si palpables , que }e ne .puis me résoudre à les rapporter toutes ; car la moitié est phis que suffisante pour humilier un Anglais qui a été en France, et qui ne peut s'empêcher de reconnattre qu'il existe plus* de libéralité dai^s ce pays.

« En prenant quelque peine et en dépensant quelque argent, ajoutar-t-il , je siûs par-, venu à voir uti certain nombre de vos églises ; . mais vos hospice , tels <pie ceux pour les sourds

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et muets, pour les ay^ugles, pour les eufans trouyés, je les ai trouvés hermétiquement fiermëff. Point d'exception en faveur des étrangers y point de jours où le public y soit admis. — Vous pouvez pourtant les voir, me dit-on. — De gueUe manière ? — En vous procurant un billet d'entrée. — A qui le demander? — A un des gouverneurs. — Où les trouver.^ — Voyez la liste imprimée.-^ Et si je n'en.«onnais aucun? — Je ne saurais qu'y faire. »

Parmi d'autres remarques que me fit cet int^gent étranger, il en est une qui me frappa^ C'est qu'en Angleterre- les classes* inférieures partagent toutes nos peines^ pais sont exclues de tous nos plaisirs ; et il en résulte que le bas peuple^ qui y reçoit une meilleure éducation ei plusde principes de saine morale que dans aucun , autre pays de l'Europe, y tA pourtant moins civilisé, et y a moins de goût que partout ail« leurs.

« Et pourquoi, me demanda*t41 encore,* ne pas Im ouvrir vos expositions annuelles de. tableaux? Les derniers rangs du peuple ont un libre accès à la sup^be galerie du Louvre. » •

« Les Français ont un goût naturel pour les belles choses, lui répondis-je , et ib savent les

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respecter. — Les Anglais annàteat les mâmes qualités si ou leur fournissait les moyens de les acquérir. — Mais^ eu attendant ^'ils les eussent acquises , ib commettraient bien du dégât. *-* Ecoutez-moi. Supposez qu'on ouwe gratis nn^ fois par seiHaine « we fms tou» les quinne jours, les salles de vos expositions dans PaU-MaU t Spriag-Gardens et Sommeneir Hanse; qu on placé un surveillant dans .«Jiaqne ^alle ^ ^'on aficke sur toutes les po^es un règlement imprimé} que des sentinelles n'y laissent entrer enmAme tems qu'autant de personnes que les salles pen* vent raisonnablement en contenir ; je commis bien peu le caractère du peuple anglais si ,,Satté du désir qu'on montiier&it de Tainuser et de rinstruire, et de la confiance qu'on t^nuMgnerait en sa bonne conduite, il ne se c<»|iik>r^ pas aussi bien qu&le font en France les gens de la même classe, Gs^ système libéral vous assu^ rerait les mêmes avantages qu'il a- produits pour nous; il donnerait du ressort à rintérét ^ue chacun doit prendre aux arts qui honorent son pays; il ferait nattre le génie, exciterait l'ému^ lation, éclairerait l'espnt , et polirait insensible* ment les nianières. »

Je n'y ajrab jamais songé aupara^rant , mais

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y y ai réfléchi bieii souvent depuis cette conversatioii ; et je me suis rappelé combien de fois ' 1 -ai été smlâîs et chsrraé du tact et du discernement que montrent les gens du plus bas ordre dans les musées de France. Les classes inférieures en Angleterre n'ont pas moins d'infelligence ; mais nous leur refusons les moyens de la cultirer et d'en donner dts preuves. Tou!^i les capitales, excepté lÉMtre», associent à leurs fêtes tous les rangs du peuple , et en donnent même qui lui sont spécialement destinées : nous seuls , nous en faisons pour une seule caste privilégiée, entièrement distincte et séparée. Si les grands ont la petitesse de vouloir conserver pour eux et leurs amis la jouissance exclusive des trésors des arts qu'ils ont accumulés à grands frais ^ que la nation s# montre plusKbérale; qu'efle ouvre les portes de S&mmersetHouse ♦ ; c'est une honte qîie cette exposition ne soit pas gratuite. &, l'on ne veut pas renoncer à quelques misérables shillings qu'on y reçoit à la forte poHT droit d'entrée, qu'tm fixe au -moins des' jeurs où elle soit libre : ils ne diminueront pas

* Où se fait Texposition annuelle des peintures et sculptures de Te'cole anglaise.

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la recette , car, grice à Forgneil âè nos gens comme il faut, ils préféreront toujours y aller les jours où il faudra payer, afin d'être sûrs de ne pas s'encanailler.

J'allai une autre fois avec le m£me Français voir la galerie de M. Fawkes.

« Je retrouve ici avec plaisir, me dit-il, le même système de libéralité que^hez sir John Leicester. Vous fûtes Itfèllement des progrès , ajouta-t-il en souriant. »

Il était de bonne heure. Les gens du bon ton étaient encore chez eux, ou du moins n'étaient pas arrivés , de sorte que nous eûmes le tems d'examiner tout à notre aise la superbe collection de tableaux qui s'y trouve. Vers deux heures la foule augmenta; et, voulant varier nos amusemens, nous nous tînmes stationnâmes fihs de la porte pour admirer les beautés de la nature , après nous être rassasiés de celles* de l'art. Le nombre en augmentait à chaque instant.

« C'est une nouveUe variété dans les peintures, » dit mon ami. Mathews dirait, en imitant l'accent français : « Toutes les dames an* glaises sont artistes , car toutes se peignent le visage. — Vous conviendrez du'mdns qu'elles

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sont jolies? — Soit ; mais c'est domiqage qa'eUes soient contrefaites. — Contrefaites ! Et vous osez le leur dire en iace ? — Examinez la manière dont elles portent les épauIes^. >•

Je ne répondis rien., car je ne suis pas assez bon ayocat pour n;ie charger d'une mauvaise cause. Yers^trob heures, unt Persan et deux Indiens arrivèrent, et dès-lors les tableaux cessèrent d'être nn objet d'attraction. On n'eut plus d'yeux que pour les étrangers. Le Persaûi qui parlait anglais , fut assailli de toutes piurts ; rignorance des Indiens leur servit de sauvegarde. On faisait cercle autour d'eux, on les suivait partout. Enfin, las de voir et d'être vus^ ils prirent le parti de se retirer^ Une foule d'oi-. sifs voulut les suivre ; mais ceux qui arrivaient encore n'étant pas moins nombreux, il s'établit à la porte et sur l'escalier un flux et reflux, dont la vue et les effets n'offraient rien d'agréable à l'œil. <* C'est une roui en plein jour 9 » s'écria une dame placée près de nous. Effectivement , on se coudoyait, on se pressait ,^ ^^ on se poussait; c'étaient deux torrens dont les eaux courant en sens inverse se choquaient avec violence. Heureusement nous étions placés do

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nuoière à pouvoir scnrtir des premiers de celtes bagarre. Mais la curiosité nous retint à la porte près d^une demi-heure ; et poidaat tout ce lemSi nous ne vîmes que des visages siUoiuiës Je mis^ seaux de rouge et de blanc ^ des dents postiches tombées^ des plumes cassées^ des garnituve&de robes déchirées, des bonnets et deschâpems»

chiffonnés et en pièces, des dandys obligés de . faire couper les lacc^ts de leurs corsets pour pou- * voir respirer. Enfin nous ^mes sortir, suant et à demi suffoqués , les troôs habitans de TEst ,• cause innocente de ce tumulte.

« Vos dames ont plus de force , et vo6 hommes en ont moins qu'ils ne I^ paraissent, me dit mon aai« » Un étranger pouvait commettra cette erreur.

« Eh bi^n , répUquai-^je ^ tandis que noi|s regardions avec dégcKftl le spectade de désordre et de confusion que nous, avions, sous les yeux , que pensez-vous mabiléiitant de voire projet d'admettre gratis la populace ânes exportions?

» «^ Je pense quelle ne pourinitse comporter plus mal que vos gens comme il faut, et que pro^ bablement elle se comporterait mieux. ».

J^ me trouvai muet. Bien certainement si î

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