‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 47 sur 63 · LA FEMME SAVANTE · texte numérisé non relu

LA FEMME SAVANTE

Que TOUS }«acB «a monde nn petit pcrsomu^c D* TOUS claf ■•■wrcr mm cIkims du menas» •

A ât plvs IwvU objets AeTes tm déeirs , Soa^t* Il prendre «n goât des plus nobles plaisirs ;- Et , ttaitant de mépris les sens et la n»lière, A l'esprit comme nous doanei-^ovs tout entière.

■oufenn.

Lady Blandfield est fille unique d'un ministre fort instruit qui se donna des peines extraordinaires pour son éducation , et qui , noyant que cet objet en vue , réussit à en faire une femme savante. Comme il ne possédait d'autre revenu que celui qu'il tirait de sa cure , et qui devait s'éteindre avec lui, il-sabit avec empressement l'occasion qui se présenta de lui faire faire un mariage d^intérét , et il lui donna pour époux

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sir James Blandfield, riche baronnet âgé de soîxante-dix ans, dans la société conjugale duquel elle n'eut à passer que trois, ans.

La froideur réciproque des deux époux ne troubla pas leur bonne intelligence. Lady Blandfield ne fut pas dans le cas de négliger ses occupations scientifiques pour se livrer aux soins de la maternité ; elle ne fut épouse que pour la forme et pour présider à la maison de son mari. Délivrée des liens du mariage qui avaient toujours révolté son ame fière et indépendante, elle, résolut de ne plus se courber sons ce joug.

Elle refusa depuis ce . tems deux ou trois offres intéressées qui lui furent Élites ; et son air grave, son austérité rigide, firent enfin qu'elle ne se trouva plus exposée 4 de s^blables importunités. Jouissant d'une belle fortune qu'elle doit à la libéralité de son mari , elle consacre le reste de ses jours à la littérature ; son ambition est de passer pour uii esprit fort , et spu orgueil d'être regardée comme un des bas Heus les plus marquans.

Son extérieur est assez agréable, mais son air glacial et son front imposant mettraient en déjroute en un instant toi^s les Amours et toutes

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les Gtâces. EUe a la voix et la démarche d^nn honae , et son air d'ifidépendalice annonce an sexe mascnlm qu'elle n'a besoin m de ses secours , ni de son appni. EUe alfecte dans sa mise une simpHeité qni va jusqu'à la négligence.

Quand elle parle , elle s'exprime avec confiance et d'un air qui n'admet pas de réplique ; quand elle r^ni lire , elle prend des lunettes et fronce le sourcil. Les roses de la saaité briHent sur ses )omes\ mais eHe parle tant de son excellente constiintion , fait de si longues dissertations sur l'uëlité de la tempérance, affiche un si profond mépris pour les femnMs à vapeurs qui se' plaignent de leurs neifs , que c'en serait assez pour proscrire la santé parmi les gens à la mode.

£n un mot, sçn exemple présente quelque chosede simascuym, queses connaissances scien- .tifiques en perdent beaucoup de leur prix. Je l'ai souvent entendue dire qu'elle détestait Ift société des femmes , et que si un merveiReux Tenait lui frire la cour et l'ennuyer de ses assiduités fatigantes , elle le terrasserait d'un coup de poing. Mon âge et mon caractère me mettent il l'abri de ce danger ; mais je ne sais pourquoi cette déclaration de ^ haute puissance ra'tns^

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^re BÂe sorte de oramte tespectnense (jai (ait qae fe ne suis jimiis très à men aise en ^ pi;é^ sence.

Fartent «ù on la voit elle est entoura, d'au^ tous , de^ libraires , de crît»(ae$ , d'écrivains pécie^H^es ; en dépit ée toute sa pÙiosophie, eUe^st dupe de lenrs complimens , et son cœur est aussi accessible à leurs flatteries qne celui de la ftepart des femmes 1- est aux donceurs d'une avAtt espèce. Ëlk ne peut souffrir ni les enfans , ni la musique , ce -qui me £aiit croire que la na* tute a foimé son cerveau mx dépens de S6n coenr ; ifae t'éducatioii , en cultivant les ta^ kns de sta esprit , n'a pas sot^é à développer ies qualités de -son ,ame, et qu'ainsi nn sel qui anrait pu devenir fintile a été frappé de stërililé feule de cidtnre. Il est tncoâcevable pour moi que ia voix attendrissaifte de Tinno* cence , que les sons enchanteurs de Tharmonie y se fesseut entendre à l'oreille sams émouvoir le cœvr : et eependant My fiiandfield tefîrde les en&ns comme insupportables , comme des êtres qu'il faut: tenir anfermés^dâns la chambre d'une bonne jusqu'à oe qu'ils aient atteint la maturité Boa<^e|ilefflent4e 1-âge ^ mais des connaissances

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tntellectaelles. Quant à la mnsiqiie, elle la condamae comme n'étant propre qu^à ezdter tes passions , comme tont ce qu'on peut imaginer de plus dangereux et de pins déraisonnable.

Pour donner une idée. de larmanière dentelle passera vie, je n'ai que quelques lignes à ajooter^ et )e la laisserai alors se livrer tranquilleuienti rétudedans son cabinet, invulnérable pour notre sexe , et aussi terrible que sévère à Tégard du sien. Un matin qu'elle m'honora d'une visite , ^lle s^était levée à six heures , avait pris un bain froid, et déjeuné i hnit heures avec du lait et des fruits. A{«ès avoir h quatre heures dans sa bibliothèque,, elle avait donné audiiaice à un architecte pour lui remettre un plan dessiné par •dle-méme pour se faire constmire une maison de campagne, ^le reçut ensuite la visite d'un auteur qui vmiait lui demander la permission de lui dédier un ouvrage. Enfin, elle régla les comptes de son intendant , qu'elle exaimne tonjours scrupuleusement , et elle le chargea de doimer congé à deux de ses fermiers en retard de paiement ; car elle est rigide pour les autres comme pour elle-même , et elle ne vent ni decvoir ni faire crédit. Elle yint alors me prendie

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