‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 50 sur 63 · LE VALET CONFIDENT · texte numérisé non relu

LE VALET CONFIDENT

passions et le^rs faiblesses, exemptes des entraves ^oi modèrent les penchans vicieux des hommes . privés y se montrent dans toute leur nudité ; et le grand de la terre, descendu de se^ écbasses, ae parait phs qu'un pjgmée.

Les écrivains qui ont pris plaisir à retracer ks désordres '^es trois époques que je viens de rappeler , ont fait voir quelle confiance illimitée les princes accordaient à des domestiques , ministres de leurs plaisirs. Us les traitaient avec une familiarité qu'on ne doit point confondre avec la bonté,, ni avec l!lifiabilité véritable. 19(ais^l!€xemple attrapnt de ce .commode kissgr alk^: ne. fut malheuteusement que trop suivi par les grands seigneurs , et. même aussi par la noblesse d- un rang inférieur. De simples gentilshommes: se faisaient bonnem: d'être. en certaines ÙLQs^hssiBffssdumaUre^ çt de ses courtisans.

Si. du tems de Louis XIY le poëte a pu dire :

TjOttt marquis v€Ut avoir des pages **i

en France, sous le neveu et sous Tanière -petitfils de' ce fier monarque , tout comte et baroii ,

* Enfirêision de La Fontaine.

*» Vers duméme*

274 li» VALBT COKFlDftH'ft d'antique on 6tikbe dite, voulant trasdMr ie rhomme à istrigaes amoorevMs , et airotr. sa pefUe maison. On yoy«t alors, daas maint vakt confident , des Mercnres tout prêta à épa-gner à lenr mattre les démarches: prâiminaiRS d'm commerce gakmt , et des Mascariiles toofonis an fonds ponr ëcondniie poKment d'incoinBodes créanciers.

^Mais bien qn^en Angleterre les limites de b subordination aient toujours été pins profendimetit tracées que dans le joyeux et léger pays de France , on voit cependant à Londres plus ^l'nnprodigtte , pins d'un libertin titré , bire l^r ' confident d'un valet. C'est même pour tu\ une sorte d.e nécessité. On a des intrigoes à cacber ; il faut empêcher que le bruit de ses dettes et de ses galanteries n'arrive jusqu'aux oreilles d'un père ou d'une ipouse ; on est forcé de se cendre invisible à «eux qu'on ne vent pas cecevoîs ; il faut mentir à -la piurte et dans Tantidiambre : vqilà ce qui kit perdre le» respect pour noire ncidesse , d<mt les scandaleux secr^a se trouvât ainsi divulgués dans toute la ville par le mercenaire infidèle ou méccâil^it qui fut le dépositaire ie tontes les pensées déréglées de son mattre ,

U& TAXSV COKFIBENf. âyS

le témèm et le cùmfbiamik de toutes ses passion^ basses et crnaÎBeBeft.

Ces réflexions me forent inspirées {iar une lettre qu'un hasard bien singulier fit tomber entre mes mains. Cette lettre était écrite par un )emM baronnet qne favais Yêçv i ma eâmpagne , à is. adticitation d'un de mos neveux ^i avait £ait ses études avec lui. Mais , en raccueillant dana ma^modeste maison de plaisance , je w me doutatsf as qtie l'importinent en avait espéré faife un château fort contre ses créanciers.

Yailé précaution! Il était dans Tappartement. qne )e lui avais assigné , et venait dcsterminer la ttiasive en question v q^and il entendit à la porte la von;' d'un malencontreux fournisseur qui t'aivalt suivi à la^ piste. Mon baronnet prit Takimie ^ et , sans dire adieu i peisonàe , s'enfuit parla petiA porte de mon parc qui conduit dan^ les dftmps. Après un si briisqtae départ ^ je ne manqiâtf pas de chapitrer d'ûnportancè iiiion neveu qui m'avait procuré un pateil hAte ; mais mon mécontentement rf boubla lorsque , dans la chambre qu'occupait te baronnet , )e trouvai des papiers jetés ^ et là sur le pl«tacher , à particulièrement i|ne lettre eifcore toute fratchemeni

276 L^E VALU» CONFJtOSMTV

écrite, et que je ne cms, par la eiscoBsSaàce^ autorisé à lire ; en yoiçi le conteaa v

, « Mon cher Thompson f.

» Je t'écris fes li^aes à la hâte pour fisfonaer q«e je vais ^tter fat maison de Toiiclé de mananû. S y fait Hiaiiileaaiit^rop ckaud pour mot. J'ai tout lieu de cr(nre<iiie mm fripmi dé joaillier m'y a dé|Msté. J'avab doimé an por« tier uae .^sauroime pour dite à tous ceu; qui me ^demaadevaieiit que j'étais à Ramsgale ; mais ces maudits campagnards ne savent pas muntir comme on ment à la rille ; et ce mstand l'a fait si maladroitement que mon co<pt|n de créanci^ est conyaiacn que je suis ici ^ ce qoi fait qve je n'y pois rester. S'il se présente à ma porte i Londres Y jnre-lui que je sois allé passer ^1qnes ipois en France. Tu seras charmé d'ap* prendre que je me suis débarrassé de ma fument pie. £Ue était vicieuse en diaUe et m'aurait cassé le cou. Je Tai Y^ue à un Portugais cent cinquante livres, quoiqu'elle ne valet pas une demi-'Couroiine ; mais elle faisait plaisir à voir. Son poil était brillant comme une glace, grâce à Tantimoine et an soin que j'en ai pris.

M TALET CONFIDENT. 2^^

Appoeads c«He BouyeHe à Bish<^ ; il aura peine k la cniire.

» Si Marie Williams yieid me tourmenter pour .de.rargênt, domie-lui cinq livres, et dis-hn qn-il est iMitiie qn'eUe m'importune dayan-^ tagey attemda qne je ne ferai rien de pins pour elk. Jmre^hû que je suis en pays étranger. Je suis las de cette ille, et je voadrais qu'elle pût doaaer dansTceil à quelqn'autre.

» A propos 9 n oublie pas de payer la lingire. Son mémoire est ridiculement cher, mais n'inqporte. Il y a dans sa boutique une ^une et jolie outnère à qui tu remettras le billet ci-joint. Jai intention de lui faire du bien (sans doute a>mme il en a fait à Marie Williams). Si ma kttre parait Ini faire plaisir» confie4ui où je suis « et ioumifi^lm les moyens de venir me joindre^ Doone-Ièi de moi unehauté idée. Je te recoin»peaseiai généreusement.

» Jemanqtte de vétemens, car je nai que dbnse paires de. pantalons , vingt gilets , un habit noir, un bien etnn gris«raèlé, outre mes deujp redingotes; Celle qui est couleur olive me va abominablement. Elle me donne le teint jaune et bilieux d'un pabab. Je n'ai fait que l'essayer* Je Ytmdrais qu'Allea la reprit. En la laissant

278 IiE VALET COHFIDElSn

deux ou trob jours dans s« kMÉMpe^ en dbal qu'elle a été faite pour tel ou tel lord , et.eu ]vl^ lant qu'elle ira à ratir au pfeuder imbëcBe qui la verra, il s'en dëbarsassera aîsténeniç aaai cei4 il faudra que je la gaide : qomit i la.payer.^ ^'est aufre chose. Je t'ai envoyé ^i la vçitnit les deux dernières paires de pantatais que nt'a (lattes mon tailleur allemand, U fini qu'il y ie-!> touche. Tusaisque j'ai les genoux unpen tonmis en dedans. Rieu n'est plus facile que.de .cacher ce défaut. Il ne s'agit que de savoir employer la euatev Un tailleur n'est qu'un âne quaniJl ne sait pas douner une belle taille à l'homme le plus contrefait. A propos , commande pour moi une demi-douzaine de corsets afinque je n'en manque pa&quand je retournerai à Londres. 11 me Candra Mssi des éperons neufs de chez Vincent. Le mé* iRpire de Long est bien le diable, mab je m'en console , car jamais il ne sera payé. Je ne vois pas antre diose à te dire« si ce n'est de tâcher d'inspirer des sentimens padfiqoes i mes récai^ citrans ^ insupportables crémiciera. »

Après la signature venait le posi-scriptum suivant :

« Le marchand qui m'a^vendu te dieval

%M Valet toNrioEH*. 279

Inm^e tst un coquin. U 9l tmme fiiifr , mais îesois eiicore plus fia qae lui. J'ai rerendu cette Mte i UH fclaiic-4»ec/ sortant da collège , et j'y aî^gsë soficamte gakiëés; Dis à Bishop que j*ài remétï eînqoAiite livi^ me» deux chiens ^'arrét. J'avais achète Tim ée sir Georges pour la moitié éù cette somme, Tantre m'avait coûté trob gtfînées €t ne valait pas une couronne. Ce n'est donc ^as un mauvais marché. Je t'enverrai de Fargent dans quelques jours. »

' O faut convenir qne Thompson' doit avmrune jolie opinion de son mattre. Celui-ci: lui écrit une épttre familière , où le compte qu'il lui rend de lui-même se borne à peu près à dire qu il a des dettes, qu'il est amoureux , et qu'il trompe tons ceux avec lesquels il fait des affaires. Il se montre à son valet non-seuleibent comme un extravagant, mais coifimeun hèvime sans principes et sans homieur. Son am^r n'est autre chose qu'un vil système de séduction. Dans les ventes dont il]pàrie il jone le rMe'd^un fripon , et celui d'un écetvelé dans toat ce qui a rapport i sa toilette. Libertinage , mensonge, mauvaise foi , voilà ce qu'on trouve dans le détail que ce jeune baronnet fait avec le plus grand sangfroid, d'un tan de confiance et dé satisfaction ,

2&) LE VALET COUFID-E^T.

et avec, autant d'aisance que s'iY deonait des ordres pour amëlîorer un domaine , pour secourir les indigens , ou tout autre motif honorable. Thompson a vraiment wk )oli maitre , et MM. Long, Allen, Vincent, le joaillier anglais et le tailleur allemand, doivent bien s'applaudir d'avoir sa pratique. Mon cœur saigne quand je pense à la pauvre Marie Williams.

Quant à la jolie lingère , je me propose de lui donner des conseils qui la garantiront des pièges où Ton vent l'entraîner. Enfin, j'ai fait jurer à mon neveu qu'il ne reverrait jamais de la vie un ami si méprisable.

VH BAL- MASQUÉ; 281

' — îl*.LIV. —

« . . Velui itgp somaia ^ 9ûn»

f^t^tm^^r *pt€i*s, . ^

HoftACB.

Gomme «n fantin* vain qv'niT 6i\in produit»

« J'irai pent-ttre cette nuit au bal masqué; dit un jour lord Foppington à sa femme en déjeunant avec elle. — J'aurais quelque envie de vous y accompagner, répondît celle-ci: — ^Oh f pas possible. Je n'y vais que par complaisance pour accompagner sir Cbarles Gréenhom, qui n'a jamais rien vu de semblable; n'ayant encore que dix-huit ans, et paraissant à peine dans le monde. Quant à moi , )e déteste ce genre d'amusement. — ^ Vous n'en manquez pourtant pas un, reprit sa' femme avec quelque cbaleur. — Il est possible qu'un motif ou mi autre m'y entraiiie , mais je n'y vais jamais qu'à contK-*

aSa T7K BAL masqua;

ccrar. Les bals masqués sont bien .tombés depuis quelque tems. La, compagnie y esl fort mëlaugéci; et jamais une femme .4'hi^ ceiiaûn .mig ne devrait s'y montrer. ^— En ce cas , reprit lady Foppington assez ^chenUat^ je cfois qu'un homme de condition n^y est pas moins déplacé. — C'est ce dont je suis en état de juger moimême , Mylady , répondit son mari d'un air firoid et hautain. — J'irai ponifant ^ dit-elle d'an ton décidé , j'y suis déterminée. — En ce eas , Madame , vous perdrez mon estime et vous déso-* béirez à mes ordres. — A yos ordres , Mylord ? — Epoux croel et ingrat ! » Et prenant son liour cboir, elle en essuya des yeux que pas une lannc «e mouillait, espérant que ce stcatagjbie céusrr sirait. « Ma chèi« Fanny^ s'écria Iocd.F<^p^ pington en l'embrassant avec une apparence de tendresse à laquelle son cœiir était étcanfer , le soin de votre réputation et devotre saoaté est le seul motif qui me fasse parler ainsi. L'une et l'autre pourraient souffrir si vous aUièz à ce baL Permettez-moi donc de vous supplier de rester chez vous. r-rEn parlant ainsi, d^ lady Foppington, vous obtiendrez toujours de moi tout ce qu'il vous plaira.... *— Du diablf si j'e^

VN BAL MASQI^E. 383

croîs vn notî^pensa- son mari. — Je coderai tmifoord aux |)riè|%s et à la donceur , continna^ t-^He ^ mais une anfprité tyrannîqae m^est in-* supportable. — Fort bien Fanny. » Et s' étant encore embrasses , ils se séparèrent pour passer la matinée comme chacnn de son côté le Jugerait conrenable.

A sept heures ils dfnèrent téte-à-tète , ce qd ne leur était pas arrivé depms près d^nn an. Ils étaient de fort bonne fanmenr, dirent qnMls nV- Taiettt jamais fait nn dîner pins agréable , et se rendxrcfttt compte de la manière dont ils devaient passerlr^frirée. LadyFoppington iraità FOpéra, et assura qu'elle serait rentrée ht minuit. Soft mari avait promis d'aller un instant à une con^ çersazione , et irait ensuite prendre te jeune ba-^ Tonnet tians un club , poar se rendre avec lài aà bal mascfoé.

« Comment serez-vous mis ? lai demanda lady Foppington d'un air assez indifférent. — En domino , ma chère. Mais pourquoi cette question? — Je rignofé moi -même; pour dire quelque chose. Que m'importe P» Il lui importait pourtant de le savoir , et elle avait bieà résolu de ne pas Fignorer ; car son projet était d'i^r non pas à l'Opéra, mais aa bal masqué ^

Page 1