‹ L'hermite de Londres: ou Observations sur les moeurs et usages des anglais au commencement duChapitre 52 sur 63 · BALS PARÉS · texte numérisé non relu

BALS PARÉS

Rêddenpe sartm scU sSnvententia euique.

D*nn aout^cau personaa^ iaventci-vous l*idc«, Qa'ta tant arec soi-même il se moatra d*accoP^

J^ETAis il y a quelques joinrs au bal pare de lady M***. Comme je ne suis plus un danseur, les bals n^ont d'attrait pour moi qu'autant que je puis y étudier la nature et les caractères. Or, sous ce. point de vue , un bal paré offre infiniment plus d'avantages qu'un bal masqué, parc« qu'il en a tous les agrémens sans en avoir les inconvéniens. La liberté , ou pour mieux dire la licence que le masque favorise , en est exclue ; car, quelque personnage que mylord duc , oumylady comtesse, veuille représenter , une feuille de carton ne met pas à Tabri de la responsabi-

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Htë que doit faire encourir le manque de délicatesse et d'urbanité.

Un grand d'Espagne peut y être gakmt, mais il doit être respectueux. Sa guitare peut rendre des sons amoureux , mais il ne doit pas sortir des bornes de la plus séyère décence. La gitanella^ ou danseuse espagnole, peut danser en agitant ses castagnettes , mais elle m doit déployer de légèreté que celle de ses pieds agiles : le masque né cacbera ni les cbarmes dont la nature l'a parée, ni les tîntes qu'elle pourra commettre contre le décorum. Le roi et la reine de tragédie peuvent y déployer timtt h pompe et toote la magttificience de leors cbstvnes, sans aveirà eraindfié d'être iiisultéi^ pat les plus obscurs ^ leufs sKjets.

- Dabs un bal paré tmit est , ou du raonis to«t d4(it être armé par le gor^t et l'élégance. Oa doit prendre k caractère cmnine le costume du personnage qu*oii s'est chargé de représeifter, danser la danse du pays, adopter Tair, le hm* gage et le ton de la nation dont la bella signQiûf ou le hussard autrichien, ont pris rhabiliement. On jouit ainsi de tout ce qu'un bal masqué peut

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ofijôr de gracieux , sans en avoir le bruit ni la confîisitfD.

D'ailleun, le masque attife toujours une compagme mélangée , au lieu qu*un bal paré suppse toaf o^rs la beauté , le bon ton , le goût, et taéxéaaifm ie talens variés. Vous ne voyez point dans ces fêtes de bruyans watchmen *^ de ma<^ Idots querelleurs , dé sauvages d'Otaïti , de chamteuses des^ rues 5 de ramoneurs de chemi->nées , de docteurs et d'bmnmes de loi ne sapbasi faire que quelques observations banales ; enfin , de ces persennages , pris dans les dcrtaktçs classes de la société^ qui ne méritent pas d'itre mis -sous les yeux d'une compagnie cboi^e et distinguée. De tels rôles appartiennent au camavat, mais ne conviennent pas au sdon doré ., à Tapparlement orné des cbastes prodttcttbns du ciseau grec ou du pinceau brillant d'ua Titien et d'un Corrège , où fout est classique , hist<»:iqne , emblématique.

* Officiers subalternes de ppUce chargés d'ëyeîller toutes les nuits ceux qui dorment , en criant chaque demi-heure ITieure qu*il est. La plupart sont des vieillards f et il» n*oiit d'autre arme qu'an bâton.

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Là y les béantes de Thistoire et de la poésie doivent briller snr des modèles yivans et aiauH blés , comme snr la toile ; et rien de bas m de commun ne s'y doit présenter. L'oeil y cherche partout ce qui est élégant et de bon goût, et ii« doit jamais se reposer sur rien de Yulgaire et de grossier.

A la fête dont )e paile chacun mit le plus grand soin à soutenir le caractère dont il avait fait choix. Une femme charmante représentait au naturel Tinfortunée Marie, reine dTcasse^ et faisait naître Tiçtérét qu inspire . tonJQiurs.la beauté , intérêt qui devient plus puissant quand elle est malheureuse. Un noble ^marquis avait pris le costume brillant d'un grand d'Espagne , et. jouait avec expression de cbarmans airs sur sa ^itare. Nous vîmes danser successivement ub .bokra par des Espagnols superbement vêtus, m» valse par des dames hongroises et.de jeunes hii;^ sards parfaitement costumés , une contred^k&e par seize paysans et paysannes^ de différentes prp* vinces de France, bien caractérisés parla diversité de leur mise, dansant avec perfection, et cou* ronnés de fleurs et de feuilles de vigne , comi9|

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s'ils' revenaient de vendanger; et enfin un pas de deux par des amateurs, presque aussi bien qu'à l'Opéra.

La richesse et la variété de tous ces costumes produisaient l'eiftt le plus brillant. Nous avions des sultajis et des sultanes, des personnages.de toutes les pièces de Shakespeare, des héros grecs, des impératrices romaines, des grâces, des nymphes , des sylphes , et toutes les divinités de roiytnpe.

'■ Mais en parlant de costumes, il ne. sera pas hors: de propos d'ajouter ici quelques mots en bvenr de mes lectrices, car c^est pour eljes^ siirtont que je trace cette esquisse. L'art .de disposer convenablement une draperie exige aussi quelques soins ; il faudrait presque consulter pour cela les lois de la gravité et celles du mouvement. La robe large et flottante , qui vous donne lin port majestueux, ne convient pas dans les mêmes occasions que celle qui vous serre le corps en en des«nant agréablemept les contours. Qfaut un ensemble ^ une sorte d'unité dans la parure ; il faut réfléchir avec soin sur ce qu'on peut montrer aux yeux, sur ce qu'on doit lai^er deviner, et sur ce qu'il faut cacher .soigneuse-: v

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mettt. Les draperies èes anciens imitaient dans leurs plis cevx que peuvent former nos pins bdles roonsselines ; nos beautés modernes ne manquent donc pas de modèles de perfection qn^ elles peutent imiter.

Aucun de des soins n'avait été négligé par les dames dont la présence embellisssût cette assem* blée ; elles n'avaient pas oublié d- avoir une coiffiire, un maintien, une tournure, en nn mot un extérieur parfaitement analogue au costume qu'elles avaient adopté. Nous entendîmes successivement la harpe , la lyre , le luth , et d'antres insirumens placés dans les mains de femmes qm , d'après le personnage qu'elles représentaient, devaient naturellement en jooer. Après le souper nous eimes (fe la musique vocale, chansons , ariettes y duo , tiio et choeurs y en dîffiéréiltes langues , car chacun Jfait en élat de par* 1er eelle du pays dont il avait pris rhabittemeai: aussi n'y voyaif*on pas, comme dans la plupart de nos bals masqués, un hiAilgn muet &nte de savoir l'espagnol ; une danseuse itahennè sau-^ l«iut en àilence parce qu'elle ignore cette langue ; un AHemand ^ APtussien^ un Rv^e on unlfel-landais, s^exprimant 4n mauvais firiaiçais, ou

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parlant un j^gon de. sa composition quand il se ttouse forcé de r^ondre à nne question qa^on lai adresse dans une langue qui est censée la sienne , et qu'il ne connaît pas.

Ces erreurs de costume sont des fautes, même dans un>bal masqué; mais elles deviennent im« pardonnables dans un bal paré. Elles y soniaussi ridicules qu'un Arlequin goutteux , une Y énus douairière, un Français graye et silencieux, un moine jouant le râle de bouffon. A cet égard , je n^ai jamais trouvé le moindre esprit à tirer un moine ou une religieuse de la xéclusion du cloir tre, popr l'exposer à la dérision dans un baL II est iaiq;>ossible que de pareils personnages y pa» laissent jamais ; ejt cela suffit pour qu' on ne jpuisse prendre aucun intérêt à ceux qui se chargent de les représenta. Qud plaisir peut-on éprouver à leurs &des plaisanteries ? Ceux qui s'amusent à aviUv ks principes et les sentimens religieux d'un culte quelconque, ne pewent être que des sauvages incivilbés, on des libertins méprisables.

Un dernier atvantage du bal paré sur le bal masqué , c'est que. le dernier cache souvent la beauté sons un déguisement hideux, au beu ({ne

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dans le premier chacun cherche à adopter le costume qui lui convient le mieux , se charge du rAle pour lequel il se sent le plus de dispositions , et auquel son extérieur le rend le plus propre. Sous le masque bien des gens craignent d^étre reconnus ; dans un bal pare chacim désire être distingué. Dans le premier, on se met Tesprit à la torture pour trouver un déguiseiaenf impénétijible aux regards les plus ckirvoyans ; dans le second*, on ne consulte que le goût pour imaginer quelque chose de nouveau, d'éléganl et de convenable.

Un homme qu^on avait refiïsé d'admettre dans un club , et qui , l>our cette raison, désirait de ne pas être reconnu à un bal masqué oà il devait aller, consiiltait un de 'ses amis pour, savoir quel déguisement il devait prendre pour garder un inviolable incognito. « Prenez Tuniforme du club , lui répondit celui-ci , bien cerlaûnement personne ne vous reconnaîtra. »

Au c(mtr4ire ,■ dans ces fêtes élégantes , où le costume que chacun chobit est une preuve de son goût» chacun est jaloux de paraître ce qu'il doit , ou du moins ce qu'il veut être. Aussi vayait-on. dans celle dont je parle un nombre^

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considérable de grâces, d^amours, de guerriers , de héros , presque tous les personnages célèbres de Tantiquité ; et la plupart de ces rôlea furent parfaitement joues. Moi -même je fis à loisir mes observations sêusia robe d'imbermite; et je trouvai le spectacle que j'avais devant les yeux fait pour éveiller les idées les plus agréables dans Tesprit du spectateur.

Soi EETOVR tn PAU s.

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