‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement du (volume 2)Chapitre 34 sur 50 · II. II · texte numérisé non relu

II. II

94? I^SÀfG^SS RELIGIEUX A LONO&ES.

Pourquoi croirais -je, par exemple, que le* suivantes sont exagérées ou mensongères ?

« Il fut aime durant sa vie , et pleuré à sa mort. »

Le style a certainement le mérite de la précision;

Les vers de celle-ci , placés sur la tombe d'un

jpnFant qui fut tué d^une manière malheureuse*^

respirent , suivant moi , lesentimeift le plus pur :

O floti^er offiovers whtch »e s hall s ee no more ^ No hind relurning spring can ihce restore.

t< O la plus aimable des ficurs, je ne te verrai plusl JLe doux printems reviendra , mais tu ne renaîtras pas avec lui. »

En voici une autre qui est encore du même genre. C'est celle de Sara Jordan , morte dans sa dix'Septième année , le 8 mars 1 8 1 5 :

<« Hélas! elle n*est plus! Ainsi qu*une rose, elle s'est fanée au printems de son âge. Moissonnée dans sailcur, sa beauté n*a pu sVpanouir. »

Celle-ci , que j'ai lue , comme la précédente ,

• . ^-Lon d'une impute qui eut K«u le lo mai 1 76S dans les environs de la prison de King*sbenc.h , les troupe^

USAGES RELIGIEUX A J^OKDraSS. 243

dans le cimetière de Saifnt' Pancrace , se fait rc^ marquer par un tour original dans Texpression ;

Fida çiro , loMî carissîma graUçue natts Quos sua^ i9f/tffer morum ptetaiâ /opeêaf , Fit mina çuâ nusçuam melior nec fortior ulla OccidH, Fausia fuis , piû molliter ossa çui'escant Nottro dàm memori çiçet taa pectore pirtus i

« Fidèle à son époux , chérie de sa famille , adorée de ses enfans qu^elle se plut toujours à nourrir des leçons de ia sagesse et d^une aimable piété , la meilleure , la plus couragetiae ài'^% iommes n*est plus ! Gages pré-*cieux pour les tiens, que. tes pieuses reliques reposent doucement, tant que la mémoire de tes vertus yi^ra dans nos cœurs affligés ! »

Je regretterais de ne point rapporter la sni- Tante qui se distingue surtout par sa précision ; TibnUe, je crois /ne Taurait pas désavouée:

C'est une épouse qui , enlerée à la fleur de Tâge^

écossaiaes firent feu sMr la multilfti4*^*^iil&uin6 Allen^ enfant de doiixe ans» fut atteint d'usé balle dont il mourut. Cette émeute avait pour cause Temprisonne-ment de M. Wilkes que le peuple voulait mettre en liberté afin qu'il pût siéger ^ la chambre des cpmmmies dont il était ipcmbre» > .,

13lJ^^ VSkCiÈS BEIIGIEUX A JLOKDRËS.-

fait des vœax pour que les années dont elle n'a point joui soient ajoutées à celles de son mari :

Immaturaperi , seiiu felicior ahnos Vwe iuos , conjux opiime , »i^ meos,

«( J*ai péri avant le tems ; mais toi, cher époux plus beureux , -vis de longues années , accomplis ta carrière et celle de ta compagne. »

C^est dans le cimetière de Saint -Pancrace que sont enterrées grand nombre de personnes de la religion catholique romaine. On y remarque le tombeau de la baronne de Montalembert , et celui du célèbre Pascal de Paoli, mort en 1807, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.

On remarque en général parmi les personnes qui visitent les cimetières de Londres tout le recueillement et la piété qu^on doit aux morts ; et s'il est vrai , comme l'a fait observer un écri^ vain français, qu'en Angleterre leur cendre soit parfois profanée par le vice et la débauche , ce reproche ne peut s'adresser à la capitale ; ces exemples sont d'ailleurs fort rares *.

♦ M. le maréchal-de-ciam'p Pillet sVxprime ainsi : « Les bosquets, les lieux les pfus sombres, les plus écartés des parcs , les routes de trayerse , les champs ,

t^SAOES RELIÔIBUS: A LOKIÏREâ. ùJ^^

Les lois anglaises interdisent la sépulture ec-t clésiastjque à ceux qui se privent de la vie , et Tusage barbare d'outrager Jies, restés des suicides* est encore en vigueur. Leurs cadavres ,

•ont le rendex-tous et l'asile du mystère pour les de-* moîselles de haut parage ; maïs les filles au dessous du commun, les filles du peuple, ne vont pas chercher si loin le théâtre de leurs plaisirs ; elles ont moins dk tems k perdre : d'est le cimetière de la paroisse qui devient chaque soir le lieu de leurs rendes-vous. C^est là que plus d^une fille , par suite de son libertinage , est devenue mère à son tour sur la tombe de celle qui lui avait donné le jour. Cette profanation des cimetières., dans toute l'Angleterre , est une chose véritablement choquante pour un Français , lorsqull n'a connu ceqiays que par une course faite dans une chaise de poste , sur une de ces grandes routes qui conduisent du débarquementà la capitale : il est tenté d'applaudir à lapropreté, aux soins recherchés que l'on prodigue en Angleterre k l'asile des "morts. Cet asile sacré est généralement entouré, dans son pourtour intérieur , d'une allée de tilleuls , d'allées sablées, par lesquelles on passe pour se rendre à Féglbe construite au milieu du cnnetière , et complètement isolée de toute espèce de bâtimens. »

* On se rappelle encore le funeste sort réservé au ca* davre du peintre IV^onies. Cet infortuné fut élève du célèbre Raynolds et fit honneur à son maître. Accablé d!an^ , ^'infirmités et de misère , Monies mit fin à sa vie dans une maison publique du marché de Nt^falc^

^46 USAGÉS RELIGIl^X A LONDRK:^!

traverses d'un épieu , sent déposes dans un trou , •n deviennent , comme ceux des malfaitenrs , le partage des oiseaux de proie.

Les banquets funéraires sont fort en usage en Angleterre. On y fait d'abondantes libations aux mânes du défunt ; et afu milieu du choc des verres et des bouteilles , on y vante les hautes qualités çu'il avait en partage. On se rappelle encore l'espèce de solennité qui eut lieu, le 1 6 mai 1817^ aux orbsèques d'un riche bourgeois d'Ecosse.

On avait envoyé des invitations pour le banquet funéraire dans tous les comtés adjacens de celui qu'habitait le défunt ; le nombre des convives s'élevait à plus de trois cents. Les habitans de la paroisse furent les premiers invités. Avides d^honorer la mémoire du défunt, ils prirent une large part au régal du jour. Le vin et les liqueurs fortes coulèrent à grands flots. Un homme et deux femmes moururent des suites de leur intempérance^ A l'imitation des anciens , qui

Tous les outrages prescrits par la loi Turent exercés sur son corps , que Von jefa ensuite dans un trou. En 1817; deux jeunei timans qui s'étaient noyës j par suite d*ini9 passion malheureuse, dans New-lU^r^ furtnl pntitM) de i« sépulture. '

Croyaient honorer les morts en se livrant à des exercices de gymnastique et à des combats , plusieurs cpnyiyes se battirent à coups de poiiig , à coups de pierres et à coups de bâton *, Beaucoup de parens furent blessés.

Voici un fait qui eut lieu dans une même occasion , mais qui offre des particularités d'un genre différent et fort singulières :

Peu de tems avant de mourir, un individu nommé Stevenson fit tous les préparatifs nécessaires pour son enterrement et pour Torgie qui devait le suivre. Quoique né parmi la classe des artisa'ns , cet homme , par une originalité sans pareille , avait quitté sa profession pour exercer celle de mendiant. Il n^en eut point d'autre [Pendant les dernières années de sa vie. Une femme d'âge lui donna jusqu'au dernier moment tous les soins que son état de souffrance exigeait.

* Les dcfis à coups de bâton ont très-frëquemraent lieu en Angleterre , surtout parmi les paysans. Dans les luttes de ce genre , les conibattans ont la main ganché attachée le long du corps , et ils ne peuvent se serrir qii« de la droite. Celui qui le premier fait couler le sang de

son adversaire est déclaré vainqueur Queb diyer-

tifisemens pour un peuple civilisé ! . . . .

248 USACES RELIGIEUX A LONDRES.

Stevenson lui fit un legs convenable. LMnfirmlté dont il était attaqué lui causait de cruelles doukurs. Averti de sa fin prochaine par une crise violente , il fit venir un boulanger auquel il commanda douze douzaines de cakes * pour le jour de son inhumation, ainsi qu'une quantité considérable de biscuits. Les vins et les liqueurs ne furent point oubliés. Le jour suivant il envoya chercher un ébéniste , et fit emplette de la bière qui devait contenir s(ts restes. Il demanda ensuite un fossoyeur , convint avec lui que sa fosse serait faite dans le cimetière de Ricarton , et y choisit une place telle qu'on ne dût pas y troubler sa cendre.

Après avoir ainsi tout arrangé, Stevenson fit apporter la somme de neuf livres sterling, et déclara qu'elle était destinée pour les autres frais d'enterrement. Il conserva jusqu'au dernier moment l'usage de ses facultés , et expira quelques heures après.

Les scellés ayant été scrupuleusement mis partout, on découvrit en divers endroits, et parmi des chiffons et de vieux papiers , des pièces d'or

^ Sort« de gâteau danjS lequsl on œèle du Faiûav

tJSMGE^ RELIGIEUX A LONDRES. 249

et des billets de banque pour une somme trèsconsidérable.

La succession devant être partagée entre des parens qui demeuraient à une grande distance , il s'écoula quatre jours avant qu'on eût pu les rassembler tous. Lorsqu'ils furent arrivés Tinhumatîpiieut lieu. Au lieu d'y appeler des personnes choisies et nominativement désignées, on y invita des famnies entières appartenant à la dernière classe du peuple. Le cortège était composé de mendians et d'un grand nombre d' enfans des deux sexes qui étaient nu-pieds. Les plus âgés d'entre eux reçurent six pences , les plus jeunes en eurent trois.

Après l'inhumatioTi , les conviés se rendirent dans une vaste gràngé où Ton avait tout disposé pour le festin funérarre. Le lectevr me saura gré de lui épargner la description d'un repas où régna la plus crapuleuse confusion. Ce fut une orgie digne d'être comparée aux plus dégoûtantes bacchanales.

En Ecosse , T usage des banquets funéraires est aussi généralement mis en pratique ; seulement , ils ont lieu avant les obsèques. Le vin et les liqueurs sont offerts à la ronde à tous

à5o USAGSS HELIGIEUX A LOKBM^.

les invités , puis après le corfëge funèbre se met lentement en marche, précédé par les bedeaux et \t% pleureurs à gages ^y te, leurs bâtons. Ces pleureurs y ordinairement yétus de vestes noires et de bonnets de chasse ornés d'un crêpe , sont pour la plupart de très-vieilles gens qui seitiblent chanceler sur le bord de la tombe creusée pour celai qu'ils escortant

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