GALERIES DE TABLEAUX
On n'entend que des cris ponss^s confusément; Dicn, pour s'y faire ovïr, loaoerait Taiaenent.
BolLtAO.
« Pourquoi toute votre noblesse n imite- t-el le pas cet exemple libéral, » me dit un jour un Français avec qui je sortais de la galerie de sir John Leicester , dont nous venions d'admirer Ici beaux tableaux P Cette observation ëfait motivée ; car voyant mon ami mettre la main à U poche pour y prendre quelque argent, je Tavais arrêté en l'assurant quil n'y avait rien à payer. « Et par quel hasard , me dit-il P J'ai payé pour voir les tableaux de lord A***, de sir Benjamin B***, de M. C***; pourquoi nous reçoit-on ici gratis ? — Parce que sir John n'ouvro. sa maison que pour encourager les arts, et pour procurer à ceux qui les aiment le plaisir d'eu
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admirer les productions. — Et pourquoi tou^ Tos nobles n'en font-ils pas autant ? — J'espère qu'avec le tems ils suivront cet exemple. Il est certain que la taxe qu'il faut payer à leurs portiers, à leurs domestiques, pour être admis dan^ leurs galeries, est vraiment une honte pour notre nation. — Puisque vous en convenez, je me permettrai d'ajouter qu'il n'est pas moins honteux pour un peuple éclairé, qu'on ne puisse voir sans payer , ses palais , ses églises, ses monumens , ses collections publiques et particulières. C'est ce que vous ne trouverez dans» aucune autre capitale en Europe. »
Le Français , entrant alors dans des détails plus circonstanciés, appuya les reproches qu'il nous faisait de preuves si palpables, que je ne puis me résoudre à les rapporter toutes ; car la moitié est plus que suffisante pour humilier un Anglais qui a été en France , et qui ne peut s'empêcher de reconnaître qu il existe plus de libéralité dans ce pays.
« En prenant quelque peine et en dépensant quelque argent, ajouta-t-il, je suis parvenu à voir un certain nombre de vos églises ;. mais vos hospices , tels que ceux pour les sourds
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et muets,, pour les aveugles, pour les enfans trouvas , je les ai trouvés hermétiquement fermés. Point d'exception en faveur des étrangers; point de jours où le public y soit admis. — Vous pouvez pourtant les voir, me dit-on. -—De quelle manière ? — En vous procurant un billet d'entrée. — A qui le demander? — A un des gouverneurs . — Où les trouver ? — Voyez la liste imprimée. — Et si je n'en connais aucun? — Je ne saurais qu'y faire. »
Parmi d'autres remarques que me fit cet intelligent étranger, il en est une qui me frappa. C'est qu'en Angleterre les classes inférieures partagent toutes nos peines, mais sont exclues de tous nos plaisirs; et il en résulte que le bas peuple, qui y reçoit une meilleure éducation et plus de principes de saine morale que dans aucun autre pays de l'Europe, y est pourtant moins civilisé , et y a moins de goût que partout ailleurs.
« Et pourquoi, me demanda -t-il encore, ne pas lui ouvrir vos expositions annuelles de tableaux? Les derniers rangs du peuple ont un libre accès à la superbe galerie du Louvre. »
« Les Français ont un goût naturel pour les belles choses, lui rëpondis-je , et ils savent les
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respecter. — Les Anglais auraient les ménic^ qualités si on leur fournissait les moyens de les acquérir. — Mais en attendant qu'ils les eussent acquises , ils commettraient bien du dégât. —^ Ecoutez-moi. Supposez qu'on ouvre gratis une fois par semaine , une fois tous les quinze jours:, les salles de vos expositions dans Pall-Mall^ Spring-Gardens et Sommerset-House; qu'on place un surveillant dans chaque salle ; qu'on afliche sur toutes les portes un règlement imprimé ; que des sentinelles n'y laissent entrer en même tems qu'autant de personnes que les salles peuvent raisonnablement en contenir : je connais bien peu le caractère du peuple anglais si , flatté du désir qu'on montrerait de l'amuser et de l'instruire, et de la confiance qu'on témoignerait en sa bonne conduite , il ne se comportait pas aussi bien que le font en France les gens de la même classe. Ce système libéral vous assurerait les mêmes avantages qu'il a produits pour nous; il donnerait du ressort à l'intérêt que chacun doit prendre aux arts qui honorent son pays ; il ferait naître le génie , exciterait l'émulation, éclairerait l'esprit, et polirait insensible* ment les manières. » ^
Je n'y avais jamais songé auparavant , mail
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j'y ai réfléchi bi^n souvent depuis cette conversation ; et je me suis rappelé combien de fois* j'ai été surpris et charmé du tact et du discernement que montrent les gens du plus bas ordre dans les musées de France. Les classes inférieures en Angleterre n'ont pas moins d'inlelliggnce ; mais nous leur refusons les moyens de la cultiver et d'en donner des preuves. Toutes les capitales , excepté la nôtre , associent k leurs fêtes tous les rangs du peuple , et en donnent même qui lui sont spécialement destinées : nous seuls , nous en faisons pour une seule caste privilégiée, entièrement distincte et séparée. Si les grands ont la petitesse de vouloir conserver pour eux et leurs amis la jouissance exclusive des trésors des arts qu'ils ont accumulés à grands frais, que la nation se montre plus libérale ; qu'elle ouvre les portes de Sommerset-House ♦ : c'est une honte que cette exposition ne soit pas gratuite. Si l'on ne veut pas renoncer à quelques misérables shillings qu'on y reçoit à la porte pour droit d'entrée, qu'on fixe au moins des jours où elle soit libre : ils ne diminueront pas
* Où se fait rexposition annuelle des fv'mtureâ et sculptures de Ncole angtaûse.
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la recette , car , grâce à Forgueil de nos gens comme il faut, ils préféreront toujours y aller les jours où il faudra payer, afin d'être sûrs de ne pas s'encanailler.
J'allai une autre fois avec le même Français^ voir la galerie de M. Fawkes.
« Je retrouve ici avec plaisir, me dit-il, j^ même système de libéralité que chez sir John Leicester. Vous faites réellement des progrès , ajouta-t-il en souriant. »
Il était de bonne heure. Les gens du bon ton étaient encore chez eux , ou du moins n'étaient pas arrivés , de sorte que nous eûmes le tem& d'examiner tout à notre aise la superbe collée tion de tableaux qui s'y trouve. Vers deux heures la foule augmenta; et, voulant varier nos amusemens , nous nous tînmes stationnaires; près de la porte pour admirer les beautés de la nature, après nous être rassasiés de celles de l'art. Le nombre en augmentait à chaque instant.
« C'est une nouvelle variété dans les peintures, » dit mon ami. Mathews dirait, en imitant Taccent français : « Toutes les dames anglaises sont artistes , car toutes se peignent le visage. — ^ Vous conviendrez du moins qu'elles