GALERIES DE TABLEAUX
sont jolies? — Soit ; mais c^est dommage qu^ elles soient contrefaites. — Contrefaites ! Et vous osez le leur dire en face ? — Examinez la manière dont elles portent les ëpaules. >•
Je ne répondis rien , car \e ne suis pas assez bon avocat pour me charger d'une mauvaise cause. Vers trois heures , un Persan et deux Indiens arrivèrent , et dès-lors les tableaux cessèrent d'être un objet d attraction : on n'eut plu^ d'yeux que pour les étrangers. Le Persan, qui parlait anglais , fut assailli de toutes parts ; l'ignorance des Indiens leur servit de sauvegarde. On faisait cercle autour d'eux, on les suivait partout. Enfin, las de voir et d'être vus,, ils prirent le parli de se retirer. Une foule d'oisifs voulut les suivre ; mais ceux qui arrivaieni encore n'étant pas moins nombreux, il s'établit k la porte et sur l'escalier on flux et reflux dont la vue et les effets n'ofTraieivt rien d'agréable à l'œil. M C'est une reui en plein jour, » s'écria une dame p^ëe près de nous.
Effectivement , on se coudoySit , on se pressait , on se poussait; c'étaient deux torrens dont les eaux courant en sens inverse se choquaient avee violence. Hemreuscineiit nous étions placés de
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Aianiëre à pouvoir sortir des premiers de cette bagarre. Mais la curiosité nous retint à la porte près d'une demi-heure ; et pendant tout ce tems nous ne vîmes que des visages sillonnés de niis^ seaux de rouge et de blanc , des dents postiches tombées , des plumes cassées , des garnitures de robes déchirées , des bonnets et des chapeaux chiiTonnés et en pièces, des dandys obligés de faire couper les lacets de leurs corsets pour pouvoir respirer. Enfin nous vîmes sortir , suanl et à demi suffoqués , les trois babitans de TEst , cause innocente de ce tumulte.
« Vos dames ont plus de force , et vos hommes en ont moins qu'ils ne le paraissent , me dit mon ami. » Un étranger pouvait commettre cette erreur.
« Eh bien , répliquai-je , tandis que nous regardions avec dégoût le spectacle de désordre et de confusion qne nous avions sous les yeux , que pensez-vous' maintenant de votre projet . d'admettre gratisl| populace à nos expositions?
» — Je pense qu elle ne pourrait se comporte^ plus mal que vos gens comme il faut , et que probableknent elle se comporterait mieux. »
Je me. trouvai muet. Bien certainement si ,
GALEEIES SI ÏABLÏAUX. itS^ après une telle scÈne, M. Fawkes fermait sa porte au public , perspone ne pourrait le blâmer. J'espère que son aiqour pour les aits lui inspi-r rera de l'indulgence et de la patieuce. Nous sommes encore ncvices dans l'art des jouissances de cette nature , mais nous pouvons acquérir.
26o LA FEMME SAVANTE.