‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement du (volume 2)Chapitre 38 sur 50 · II. la · texte numérisé non relu

II. la

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de lady Blandfield , j^allai voir mistress Heartly ,* jeune dame de ma comiaissance, qui n^est mariée que depuis deux ans, Son extërieur, ses ma^ nières, ses occupations habitùçUes , fonnaient un tel contraste avec la saVante dont je viens de parler, que je crois son portrait digne d*£tre mis sous les yeux de mes lectrices , et de fixer leur attention.

Mistress Heartly se met avec une élégance qui n'a rien d'aflecté. Elle n'est pas d'une haute taille , mais elle est faite à ravir , et Von ne trouve en elle aucun trait qui ne soit éminemment féminin. Son teint est brillant de fraicbeur, son sourire timide, mais le pins prévenant quel j'aie jamais vu ; elle est polie sans être cérémonieuse , et son accueil plein de douceur vous annonce qu elle peut vous accorder son estime , ' mais que tonte sa tendresse est résen^ée à soii époux.

Elle venait de donner le sein à sa fille quand* j'arrivai, et me fit ses excuses dem'avoir fait attendre. A vingt-dcnx atis elle continue encore à prendre des leçons de tous ses maîtres , afin d'augmenter ses moyens de plaire à son.

Aiari , et de se mettre en état d'instruire eHemême ses cnfans , quand ils seront plus avam ces en âge. Elle remplit tous les devoirs d'une maitresse de maison sans en faire parade , sans qu'on puisse s'apercevoir des soins qu'elle prend à cet égard. Elle trouve toujours le tems de recevoir ses amis avec aisance et cordialité , et d'accompagner son mari dans ses promenades du matin. Toujours soumise à ses moiftdi^ désirs , elle assure par sa complaisance son empire sur son cœur , et fortifie chaque jour des liens que le tems doit rendre indissolubles.

Elle s'élait levée à huit heures, avait déjeûné une heure après , avait fait une visite à son jardin et à sa volière , donné audience à une demidouzaine de pauvres femmes qui subsistent des secours qu'elle leur accorde , prodigué à sa fille tous les soins d'une bonne mère; elle attendait son mari pour aller avec lui faire le tour i'Hyde-Park , et de^it dans la soirée pincer de la harpe dans une assemblée choisie , et par conséquent peu Nombreuse.

Le contraste est si frappant qu'il est inutile de faire aucune observation pour le faire ressortir* Ces deix ttrtctères sont diamétralement

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opposes , et cependant chacune de ces femmes est conséquente dans ses principes et dans sa conduite. Je finirai par en esquisserun troisième; et j ^emploierai pour cela les propres expressioBS de mon jeune cousin à qui je suis redevable de ce tableau.

« Etant de garde samedi dernier, me- dit-il nn jour, je vis lady Gayficld passer en voiture à^Ln^Saint-JameS'Sireei , sans qu^il me fût possible de me dispenser de la saluer. Elle fit arrêter son équipage , me fit signe d'approcher, et m'invita à passer chez elle le lendemain à midi , attendu qu'elle avait quelque chose de très-particulier à me' dire. Je lui promis de n'y pas manquer , mais j'eus soin de n'y aller qu'à deni heures dans Vespoir qu'elle serait sortie , car lei visites du matin sont une corvée infernale, e j'aimerais autant aller au ........

Ici je l'interrompis. « Ne jurez pas , moi cher cousin! » *

'( Aller an fond de la Sibérie , continua-t-il que d'avoir un tête-à-tête aveé une femme ans; maussade que lady Gayfield , qui.n'est ni jeune ni jolie , ni galante.

» Blalheureiuement elle était chez eUe : c

LA FEMME SAVANTÏ. 269

me fit entrer ; je la trouvai à demi couchée sur un sopha et paraissant accablée d'un ennui que je trouvai contagieux. Elle me dit que son but en désirant de me voir était de sauver un de mes camarades d'une arrestation dont il était menacé , le hasard lui ayant appris que son procu reur était chargé d'obtenir un mandat d'arrêt contre lui à la requête d'un de ses créanciers. Je la remerciai beaucoup , et l'assurai que j'au^ rais grand soin que mon ami ne tombât point entre les mains des Philistins. Elle me dit alors qu'elle avait passé toute la nuit précédente à une assemblée ; qu'elle avait trouvé en rentrant des demandes si pressantes de dilTérens marchands, qu'elle n'avait pu fermer l'œil de la nuit , et qu'elle avait passé quatre heures de la matinée à leur écrire pour tâcher d*en obtenir du tems. Elle me montra une de ces lettres dans laquelle il y avait doua^ mensonges, et elle leur disait à tous qu'elle était à la campagne.

<> Elle eut une si forte attaque de nerfs qu'elle allait prendre de l'éther ou de l'opium selon son usage ; mais je lui conseillai le Madère comme un remède souverain contre les

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vapeurs : ce conseil n^ était pas dësintëressé , car je sentais que j'en avais besoin. Nous vidâmes une bouteille en mangeant une rôtie aux ancbois. Ma recette opéra à merveille ; elle reprit sa gaité, et me dit qu'elle ne penserait plus à ses créanciers, .le la quittai à trois heures , après lui avoir demandé comment elle comptait passer la journée. M Elle me dit qu^elle allait se coucher une couple d'heures , et que si ellç ne pouvait dormir elle se ferait Ure par sa femme de chambre un roman qui était sur son sopha. J'en parcourus quelques pages, et j'y trouvai une déclaration d'amour, un enlèvement, une trahison et un assassinat. Elle avait ensuite fait la partie d'allei avec un jeune officier de dragons entendre l'office du soir à Thospice de la Madeleine. Je n< savais trop s'il fallait attribuer ce projet à k piété ou à la curiosité , mais je sus à quoi m'ei tenir quand elle me dit qu'il était du bon ton d/ aller, et qu'on y entendait de très-belles voix Elle m'invita à l'y accompagner aussi , mais je 1 remerciai en prétextant un autre engagement.

J'appris depuis qu'elle avait dîné après l'ol fice , eiitre huit et neuf heures , et qu elk^avai

LA .FEMME SAVANTE. -Syi perdu au jeu une somme considérable. J'espère que ToîU an dimanche pa^é d'une manière bien édifiante ! Si elle avait fait quelqaes mensonges de moins , qu'elle fût restée chez elle , qu'elle n'eAl pas joué , cela aurait S3bs doute valu tout autant; mais chacun a son goût, el jamais je ne trouve à redire aux plaisirs de personne.

27> LE YALET CONFIOEUT.

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