LE VALET CONFIDENT
D*aB e«iiMttr de ptaitiri «t-je fort l*«Bco1arc? Et MaicarilU ut-il eniMmi de natur* ?
MoLikas.
« Il n'y a point de héros pour son yalet de chambre. » Ce qu^on raconte de la dissolution de notre cour sous le roi Charles II , et des roués du régent de jPnnce Philippe d'Orléans , ainsi que des voluptueux mystèreâ: du Parc aux
Cerfs et des petits appartemens de Louis XV ^ aurait donné lieu à cet, adage , quand même il ne serait pas d^une vérité de tous les tems et de tous les pays. Les princes et les grands ont toujours aimé à se dépouiller du masque de la puissance et de la dignité en présence de leurs domestiques et de leurs aflidés. Dans ces momens d'abandon , le besoin qu'ils éprouvent de se dédommager de la contrainte attachée à leur rang , les entraîne beaucoup t^rop loiii. Leurs
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passions et leurs faiblesses, exemptes des entraves qui modèrent les penchans vicieux des hommes privés , se montrent dans toute leur nudité ; et le grand de la terre, descendu de ses échasses, ne parait plus qu'un pygmée.
Les écrivains qui ont pris plaisir à retracer les désordres des trois époques que je viens de rappeler , ont fait voir quelle confiance illimitée les princes accordaient à des domestiques , ministres de leurs plaisirs. Ils les traitaient avec une familiarité qu'on ne doit point confondre avec la bonté, ni avec TaCE^bilité véritable. •Mais l'exemple attrayant de ce commode Uiisser aller ne fut malheureusement que trop suivi par les grands seigneurs , et même aussi par la noblesse d'un rang inférieur. De simples gentibhommes se faisaient honneur d'être en certaines choses lés singes du mattrr * et de ses courtisans.
Si du tems de Louis XIV le poëte'a pu dire :
Tout marquis veut avoir des pages ^* ,
en France, sous le neveu et sons Tarrière-petitfils de ce fier monarque , tout comte et baron ,
* Expression de La Fontaine.
** Vers du même.
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d'antique ou fraîche date, voulait trancher Je l'homme à intrigues amoureuses , et avcûr sa petite maison. On voyait alors , dans maint valet confident , des Mercures tout prêts à épargner à leur maître les démarches préliminaires d'un commerce galant , et des Mascaxilles toujours en fonds pour éconduîre poliment d'incommodes créanciers.
Mais bien qu'en Angleterre les limites de la subordination aient toujours été pins proCondément tracées que dans le joyenx et léger pap de France , on imt x^>eodant à Xondies plus d'un prodigue , plus d'un libertin titré , faire lenr confident d'un valet. C'est ntême pour eux une ,sorte de nécessité. On a des intrigues à cacher; il faut empêcher que le bruit de, ses dettes et de .ses galanteries n'arrive jusqu'aux oreilles d'un pire ou d'une épouse ; on est forcé de se rendre invisible à ceux qu'on ne veut pas recevoir ; il faut mentir à la porte et dans Tantichambre : voilà ce qni fait perdre le respect pour notre noblesse , dont les scandaleux secrets se trouvent ainsi divulgués dans toute la ville par le mercenaire infidèle ou mécontent qui fut le dépositaire de toutes les pensées déréglées de son maître ^
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lelëmoin et le complaisant de toutes ses passions basses et criminelles.
Ces réflexions me furent inspirées par une lettre qu'un hasard bien singulier fit tomber dltuemes maiils* Cette lettte était Abrite par un )ewi^ baj^VKt que j'avàiscreçuà ma campagne^ à;bir ftaUititaliDn d'un:de mes neveux qui avait (ait «es .étades avec lui. Mais , en Taccueillant Àamf saa.. modeste maison de plaisance , je ne doutais pas que rûnporliaeift'eii avait espéré mi .cfaiteau^fort cointi«"sës ^péancîers.
Vaine, précaution l II tétait dans Tappartement que 4e lui a^s assigné , et venailf'de terminer la nÎBsive en qiM^tion , q«and il entendit à la porte la Toix d^uu malencontreux fournisseur qui. l'avait suivi i la piste. Mon baronnet prit ralame , et ;, saxsdire adie«i i personne , s*en(uit par la petite porte de mon parc qui conduit dans les champs. Après un si brusque départ, je ne manquai pas de chapitrer d'importance mou neveu qui m'avait procuré un pareil hdte ; mai^ mon mécontentement redoubla lorsque, dans la chambre quVcc ipa't le 1 aronnet , je trouvai des papiers jetés jçà et là sur le plam-her , et particulièrement une lettre oMTore toute fraîchement
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écrite, et que je me crus, par la circonstance, autorisé à lire ; en voici le contenu :
« Mon cheu Thompson , .
» Je t'écris ces lignes à la hâte: pôitr 't'informer que je vais quitter la maison de FomIc de mon ami. U y fait maintenant trop ctiavd ptof moi. J'ai tout lieu de croire que mon fripon de joaillier m'y a dépisté. J'avais donné m fm* tier une couronne pour dise à tous cent qui me demanderaient que: j'étais à Ramsgate.; mais ces maudits campagnards ne savent pis meniiir comme on ment à la ville ; et ce rustaud l'a fait si maladroitement que mon coquin de créancier est convaincu que je suis ici , ce qui fait que 'je n'y puis rester. S'il se présente à ma porte à Londres, jure^ui que je suis allé passer qttl* ques mois en France. Tu seras charmé d'apprendre que je me suis débarrassé de ma jument pie. Elle était vicieuse en diable et m'au<rait cassé le cou. Je l'ai vendue à un Portugais cent cinquante livres, quoiqu'elle ne valût pas une demi-couronne ; mais elle faisait plaisir à \oir. Son poil était brillant comme une glace, grâce à l'antimoine et au soin que j'en ai pris.
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Apprends ci^tte ncmyelle à Bishop ; il aura peine à la croire; ' ■
» Si Marié Williams vient me tourmenter pour de l*ar^nt , donnè-Iui citiq litres , et dis^ lai ^lil «st imitile qu'elle m^importune davantage, attendu qpe je ne fe^t^i-rien de plus pour elle. Jure*l«i qile je suis en pays étranger. Je «uis las de cette fille, et je voudrais qu elle pût donner daiisTceil à quelqu'autre.
' » A propos , n'oublie pas de payer la lingère.. Son mémoire est ridiculement cher, mais n'importe. U y a dans sa boutique une jeune et jolie ouvrière à qui tu remettras le billet ci-joint. J'ai intention de lui faire du bien ( sans doute comme il en a fait à Marie Williams). Si ma lettre parait lui faire plaisir, cônfie-lui où je suis , et fournis-lui les moyens de venir me joindrev :Donne-lai de moi une bautè idée. Je te récompenserai généreusement»
» Je manque de vétemens , car je n*ai que douze paires de pantalons , vingt gilets , un babit noir, un bleu et un gris-mélë, outre mes deut redingotes. Celle qui est couleur olive me va abominablement. Elle me donne le teint jaune et bilieux d'un nabab. Je n ai fait que T essayer* Je vtmdrais qu'Allen la reprit. En la laissant
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deux ou trois jours dansiSa boutique, jen disant qu'elle a été faite pour tel ou tel lordf fît en jurant qu elle ira à ravir au premier. imibéçHe qui la vei;^a y il s'e^ débarrassf ra . aism^ntt fias^ cela il faudra que je.^a gardç i.quanl àl4 pi^er« c'est autre chose., Jie t'ai w/ofé pi^r 1^ voituce les deux dernières ipairfi» 4^ pantalon» que m'a faites mon tailleur allemand. Il faut qu'il y rcT touche. Tu sais que j'ai les genoux nn peu tourna en dedans : rieji, n'est (dns facile que de /cacher ce défaut ; il ne^s'agit qpe.^le savoir employer ]a ouate. Un tailleur n est qu'un âne quaiMl il m sait pas donner une-helle tail)e à Th^mm^ W pln$ contrefait. A propos,, comnaaqde pour moi im^ df^pti-douL^iat de corsets afin que je n €91 manqua pas quand ji^.retoumeraiàLondrcs. Il me faudra aussi dj^S'éperpns neufs ie chez Vincent. Le mér mpii^e (de; Lon^ ot bien le diable , mai« fe m'en console , car jamais il ne sera payé. Je ne vois pas autre chose à te dire , si ce n'est de tâcher d in^irer^es sentimens pacifiques à mes récal-* citranS;^t insupportables créanciers* »
'. •' ' Après la signature venait le posl-^scriptum
suivant :
« 'Le marchand qui m'a vendu le cheyd