‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement du (volume 2)Chapitre 42 sur 50 · N® LV · texte numérisé non relu

N® LV

Redderê pêrsênte scit €0iunmeatia emifëc.

D'an BooTtAQ personnage inTentet-vont l'îd^, Qa'es font arec «oi-nlme il m monure d'accerd.

BoilKAV.

J'ÉTAIS il y a quelques jours au bal pare de lady M***. Comme je ne suis plus un danseur, les bals n ont d'attrait pour moi qu'autant que je puis y étudier la nature et les caractères. Or, sous ce point de vue , un bal paré offre infiniment plus d'avantages qu'un bal masqué , parce qu'il en a tous les agrémens sans en avoir les inconvéniens. La liberté , ou pour mieux dire la licence que le masque favorise , en est exclue ; car, quelque personnage que mylord duc , oumylady comtesse , veuille représenter ,'' une feuille de carton ne met pas à l'abri de la responsabir

294 B khS PAK£S«

litë que doit faire encourir le manque de délicatesse et d'urbanité.

tJn grand d'Espagne peut y être galant, mais il doit être respectueux. Sa guitare peut rendre des sons amoureux , mais il ne doit pas sortir des bornes de la plus sévère décence. La gilanella^ ou danseuse espagnole, peut danser en agitant ses castagnettes , mais «lie ne doit déployer de légèreté que celle de ses pieds agiles : le masque ne cachera ni les charmes dont la nature Ta parée , ni les fautes qu^elle pourra commettre contre le 'décorum. Le roi et la reine de tragédie peuvent y déployer toute la pompe et toute la magnificence de leurs costumes, sans avoir i craindre d'être insultés par les plus obscurs de leurs sujets.

Dans un bal paré tout est , bu du moins tout doit être avoué par le goûtet Télégance. On doit prendre le caractère comme le costumé du personnage qu'on s'est chargé de représenter, danser la danse du pays, adopter Tair, le langage et le ton de la nation dont la belia signora f ou le hnssaM autrichien, ont pris rhabillement. On jouit ainsi de tout ce qu'un bal masqué peut

BALS PAR£S. 2g5

offrir de gracieux , sans en aroh* le bruit ni la confusion.

D'ailleurs , le ma sqne attire toujours une corn- ^gfrie mélangée , an lieu qa*un bal paré supposetenjours la beauté , le bon ton, le goût, et tine réuniim de talens variés. Yons ne voyez point dans ces fêtes de bruyans watchmen *, de matelots querelleurs , de sauvages d'Otaïti , de cbanteuses des rues , de ramoneurs de cheminées 9 de docteurs et dliommes de loi ne sachant faire que quelques observations banales ; enfin , de ces personnages , pris dans les dernières classes de la société, qui ne méritent pas d'être mis sous les yeux d'une compagnie choisie et distinguée. De tels rôles appartiens nent au caniaval , muis ne conviennent pas an salon doré, à Tappartement orné des chastes productions du cisoau grec ou dn pinceau brillant d*un Titien et d*un Corrige , où tout est classique , historique , emblématique.

* Officiers subalternes de police* chargés d*rveiller toutes les nuits ceux qui dorment , en aîant chaque deuii-keure T^ure qu*il est. La plupart sont des vieil* lard», et ils D*I^Mraulre arme qiruo bàtun.

^96 BALS PAUlis.

Là , les beautés de TËistoire et de la poësie doivent briller sur des modèles vivans et aimablés, comme sur la toile; et rien de^bas m de commun ne s'y doit présenter. L'ceil y chercha partout ce qui est élégant et de bon goût, et n^ doit jamais se reposer sur rien de vulgaire et df grossier.

A la fête dont je parle chacun mit le plus grand soin à soutenir le caractère dont il-ayai^ fait choix. Une femme charmante représentait .au na^ti]rel rinfortimée Afarie, reine d'Ecoss^i et faisait naître l'intérêt qu inspire toujours la beauté, intérêt qui devient plus puissant quand elle est malheureuse. Un noble marquis avait pris le costume brillant d'un grand d'Espagne , et jouait avec expression d^ charmans airs sur sa guitafe. Nous vimçs danser successivement un boléro par des Espagnols superbement vêtus ^ une valse par d^s dames hongroises et de jeunes Ipiiis^ sards parfaitement costumés , une contredanse par seize paysans et paysannes de dififérentes provinces de France, bien caractérisés parla diversité de Icurmise, dansant avec perfection^ et couronnés de fleurs et de feuilles 4iil||||;né , comiQ^

s'ils revenaient de vendanger ; et enfin- un pas de deux par des amateurs, presque aussi bien qu'à l'Opéra.

La richesse et la variété de tous ces costumes produisaient l'efTet le plus brillant. jKous.avions des sultans et des sultanes , des personnages de toutes les pièces de Shakespeare, des héros grecs; des impératrices romaines , des grâces , des nymphes, des sylphes, et toutes les divinités de l'Olympe.

Mais en parlant de costumes , il ne sera pas hors de propos d'ajouter ici quelques mots en faveur de mes lectrices, car c'est pour elles surtout que je trace cette esquisse. L'art de disposer convenablement une draperie exige aussi quelques soins ; il faudrait presque consulter pour cela les lois de la gravité et celles du mouvement. La robe large et flottante ^.qui vou3 donne un port majestueux , ne convient pas daii& les mêmes occasions que ceUe qui vous serre le. corps en en dessinant agréablement ks contours.- Il faut un ensemble , une sorte d*unité dans 1» parure ; il faut réfléchir avec soin sur.ce.qufoa peut montrer aux yeux, sur ceqtt'on-dm^laissan deviper y et sur ce qa il faut cacher soignense*-

3o2 RETOUR DE PARIS.

Page 1