‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement du (volume 2)Chapitre 43 sur 50 · RETOUR DE PARIS · texte numérisé non relu

RETOUR DE PARIS

Qui ■*• p«s T« S^viNe ii*a rie» tu.

Lb ShOM. , Gil'Btas.

Vt forçoat poiat noire talent , |loa* n# ferions rien artc frAce.

La. FoNTAina.

Un de mes amis Tenait dTârriyer , avec sa famille 9 de la capitale de la France. 11 y avait passé six semaines. Ses filles,' avant ce voyage, étaient les jeunes personnes les plus simples , les moins à prétentions que j'eusse jamais vues : mon intimité avec Leurs parens et mon âge leur permettaient de me traiter comme un père; elles me tourmentaient, jooaie nt avec moi , s'as^ seyaient môme sur jmes genoux. Mistress Ormwood se mettait avec simplicité , et d'une manière convenable à son âge. Quelle différence à leur retour !

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. La mère me parla en mauTais français qn^elle croyait excellent. Elle avait sur son chapeau assez de fleurs pour remplir les deux paniers entre lesquels est assise sur son Ane la paysanne qui en porte au marché ; sa tête en forme de melon et son double menton étaient perdus dans ce qu'elle appelait une guimpe ; et lorsqu'elle descendit habillée pour le dtner , elle était coiffée en cheveux dont les tresses bien lisses étaient arrêtées par des peignes de toutes grandeurs et de toutes espèces.

Tout ce qu'elle portait était français ; le bas de sa robe était tellement chargé de garnitures que les boufians de satin et les froncis de dentelles , qui se succédaient altemativement )usqu^à une très-grande hauteur, semblaient autant de degrés pour monter ii la taille qui était défendue par un corset seroé comme une cotte de mailles Y et protégée par deux bastions qui servaient d'ouvrages avancés; son jupon, retenu i une distance respectnense de ses jambes , à force de garnitures empesées, paraissait un entonrage de chevaux de frise destinés à défendre l'approche des piliers qui soutenaient cet édifice grotesque; sa taille avait la rotondité d'un

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tonneau de brasseur , et d'entre ses ëpaule$^«n peu basanées partait une saillie qui rejetait sa robe en arrière en lui découvrant le dos • de sorte qu'il n'eit pas été facile d'approcher de très-près de cette tour ambulante.

Ses bras cramoisis étaient couverts de gants couleur de rose , et ses pieds étaient comprimés, dans des souliers de satin jponceau qui semblaient près d'éclater ;. un ridicule en réseau était suspendu à son bras; et elle portait un petit chien de mauvaise humeur qui montrait les dents en grondant.

Les deux filles étaient vêtues à peu près de la même manière, si ce n'est que leur costume paraissait un peu moins jeune que celui de leur mère ; elles avaient sur la tête des touffes de toumeâ;ols , d'amarantes , de soucis et de roses de Damas, couleurs admirablement assorties.

La. plus. jeune y avait ajouté la fleur de la pas-*, sion. Elle aurait mieux convenu à la mère qui n'était jamais sans en avoir quelqu'une : celle de la toilette était alors la dominante.. Elles avaient mis à contribution pour leur parure toutes.lês boutiques les plus élégantes du Palais^ Hopl yiet elles en avaient même capporté l'air

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avec les marchandises. De riches bourses sus-

pendues à leur ceinlure auraient pu faire croire qu^eliçs Tenaient de. faire une quite dansL quelque église ; et Tune d'elles>portait un bonnet dont la forme était presque semblable à une.

mitre ; toutesdeux penchaient le corps en avant, marchaient fort vite, mais à petits pas, et avaient adopté une manière de parler enfantine qui sembl^ât les remettre ia^ns les bras de leurs nourrices.

, Je fus enchanté de voir que mon ancien ami , leur père, i^'avait rien.ch^qgé à sa mise. Au lieu de tirer vanité de sa courte excursion , il me dit qu^elle Tavait à demi ruiné à cause de toutes les babioles dispendieuses que sa famille avait achetées à Paris , des bijoux de toute es-« pèce , des écharpes de soie pour toutes leurs connaissances , des grosses de paires de ganls , de çouliers et de bas de soie dont une bonne partie avait été saisie à la douane de Douvres , des montres et des pendules de Bréguet, des bourses, des bonbonnières, enfin tout ce qu^il est possible de s'imaginer. Il était désolé du ton affecté de sa femme et de ses filles. Sa table , ma

dit*rB, étm çojpune un Jbal masqué; mn b>

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paraissait qae déguisé : pins de viandes bouillies, tti rMies; on n^y royaif que des sonpes à la jalienne, des vol-au-vent, des côtelettes i la Soubise , des poulets à -la sauce piqaante et des fricassées de vingt espèces. drfTérentes. Ses filles méprisaient les danses anglaises, et n'avaient plus de goût qae pour languir ef isoupirer dans une valse, ou déployer des attitudes tbéâtrales dans nue contredanse; enfin, elles regardaient avec hauteur et dédain leurs anciennes amies, parce qu'elles n'avaient pas l'assurance et le suprême bon ton qu'on acquiert indubitablement en respirant pendant un mois l'air de Paris.

Voulant écarter ce sujet de conversation , je lui demandai ce qu'il pensait de la situation actuelle de la France.

M Je crois , me dit-il , que j'en ^ais un peu moins snir ce sujet que je n'en savais avant mon voyage. Nos journaux nous donnent une idée de ce qui s'y passe; mais tout ce que vous entendes en France ne fait que vous jeter dans le doute et l'incertitude ; et vous seriez peut-être mieux instruit si vous en étiez à cinq cents lieues. Un jour que j'étais assis dans le jardin des Tnileries, j'entrai sttCc6$aSveinflR! en con^

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Yersation avec deux bommes d'un caractère bien oppose. Le premier, âgé d'environ qua* rante ans , robuste , vigoureux, le regard hardi, Tair important, les traits communs, décoré de trois ordres , mais assez mal mis , me dit : « II fut un teras où ie bruit du canon , où des courriers arrivant en ce palais de tons les points de TEurope , annonçaient à la France des victoires et des conquêtes ; tout était pompe et splendeur militaire. A quoi songe-t-on maintenant ? On boit et Ton mange. Nous sommes dans un état d'enfance ou de décrépitaée ; les vieillards sont nsés , et les jeunes gens sont 'paralysés par le paroxisme du moment, n Le second , couvert de cheveux blancs, vêtu avec soin, en grand deuil , et ne portant qa'un senl ordre , celui de Saint- Louis, me dit en levant les épaules :

« Nous sommes a&iblis par une fièvre de vingtcinq ans; trop d'indulgence et de bonté encourage la licence des révolutionnaires; nous sommes perdus , nous sommes ruinés ; nous dormons sur le bord d'un précipice. «

« Jugez d'après cela quel jugement on peut porter sur l'état d'un pays, surtout quand «bacun parait y avoir la langue liée , ne parl^

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qa'avec mystère, ei^rûoe d'une manière ou d'une autre le regret et le mécontentemeut.

VoîU tout ce que j'ai appris dansnn vojage qui m'a. coûté mille guindés , et qui a gilé ma femme et mesfiUes. »

Eh bien, dis-je en le quittant, il ne faut donc pas me repentir d'être resté à Londres.

LA FILLE NATUaBLL£. 809

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