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y4 l^NE ÂSSXMBLEE DE BAS BLETJg.
comment s'était passée la soirée , quelles personnes elle y avait vues , et si c'était la compagnie ou le sujet de la conversation qui Tavait le jplus charmée.
« L'un et l'autre , me répondit-elle ; nouveauté , science, talent , tout s'y trouvait réum. Indépendamment du fonds ordinaire de la société, nous, avions sic Alexandre Alkali , un de nos premiers chimistes ; le peintre Vernis , qui arrivait de Rome ; sir Robert Euphony , savant Grec très-profond , qui nous donna une preuve de mémoire bien extraordinaire , en noys récitant trois cents vers de Sophocle sans hésiter une seule fois. Il est vrai que je n'y entendis rien , pas plus que les bas bleus ; mais cela n'en fit pas moins le plus grand plaisir, et je suis convaincue que c'était sublime.
M Nous avions aussi M. Architrave qui nous fit , avec tant de force et d'énergie , la description du fût d'une colonne renversée , qu'on ^Mrait cru l'avoir sous les yeux , et qu'il me sembla que je me trouvais au milieu des ruines d^HercuIanum,
M On y voyait encore M. Dactyle , le poète , )e devrais dire le barde , et ClKittoiiâr , l'imprar
rKE ASSEMBLEE DE BAS BLEUS. ^5
TÎsateiir, qui fit un charmant impromptu en qiutre vers sur le petit chien de lady Hardcastle. M. Dactyle est un homme délicieux , un vëritable Romain. Ses cheveux étaient taillés exactement sur le modèle de ceux de la statue de Brotus ; et sa cravate de fine batiste était assez ouverte pour permettre de voir un cou nerveux parfaitement semblable à celui du gladiateur. II est impossible de ne pas convenir qu'il a le cerveau un peu timbré , mais ses vers n en ont que plus d^éner^ et de hardiesse. Quels heureux écarts d'imagination dans son ode à la Lune , où il rappelle de la réflexion mère mélancolique l
» Le docteur Dabble s'y trouvait aussi. Vous sarez qa il a découvert un nouveau spécifique ccmtre les maladies hystériques : il ne faut pas que j'oublie Miss Fanny Fermor , la plus grande botaniste d'Angleterre. Elle nous récita d'excellens vers sur la monogynie et la polyandrie , et nous montra le plus beau rhododendron que j'aie jamais vn.
» Lord Gothique n'arriva que vers minuit.
C'^st n& disciple du célèbre Gall ; sa seigneurie fut prodigue de ses instructions. Il nons dé-^ montra très-clairement sur la tète 4'un enfant rorgaae de la tàéogcapbie.. U m'assiua fn'il
n'était pas surpris que j'eusse fait construire une maison , attendu qu'il n'avait jamais trouvé l'organe de la construction si prononcé que sur mon crâne ; celui de la destruction ne Tétait pas moins sur celui du feld-raaréchal allemand , le baron VonklinkenCattendundertromp. Mais il fit une bévue en voulant nous faire voir l'organe de l'invention sur la tête de lady Laura , parce que portant une perruque elle ne pouvait lui permettre d'y toucher.
» Lady Leamedlove nous fit voir de beaux bas-reliefs , un portefeuille d'estampes de choix , un superbe vase étrusque , et quelques ouvrages en mosaïque dont elle avait fait l'acquisition depuis peu. D'autres personnes nous montrèrent des médailles , des camées , des émaux et des miniatures : l'Italien en avait une charmante qu'il était chargé de vendre ; et le docteur avait une nouvelle tabatière de lave du mont Vésuve , montée très-élégamment.
» En un mot, le tcms s'écoula si rapidement, que deux heures sonnèrent quand je croyais qu'il était à peine minuit : je pris une oublie et un verre de limonade , et je demandai ma voiture. Le célèbre acteur Monologue m'of&it la main pour m'y conduire , et me promit de me
(aire faire la connaissance de la plus délicieuse de toutes les créatures , M. Flaxman , et de me présenter un M. M — J'ai oublié son nom ^ mais c'est ce savant qui écrit un nouveau système de physionomie , et qui compose un traité sur les nuages , de sorte que nous en saurons autant sur ce sujet que nous en savons déjà sui: les étoiles. O science , don divin , combien je té révère ainsi que ceux que tu inspires ! En-^ fin cette soirée est une des plus agréables que j'aie jamais passées ; et je me la rappellerai tou^ jours atec plaisir , comme ayant été la fête de la raison, les délices de Tame. »
Elle allait continuer quand le libraire lui présenta un livre , en la priant d'y accorder un moment d'attention. « juste ciel! s'écria-t-elle , prête k se pâmer d'admiration, quelles belles marges! » Je jetai les yeux sur le volume, et je vis quelques lignes assez bien imprimées au milieu de chaque page , avec lés plus grandes marges que j'eusse jamais vues. Mistress Marionville résolut aussitôt de Tacheter. Tout occupée
♦ M. Flaxman est un artiste distingué , un des premiers sculpteurs statuaires de Londres , membre d© Fiicadémie royale de peinture et sculpture.
à Texaminer et à en demander le prix , elle ne songea plus à moi, et je saisb cette occasion pour m'ëchapper.
£n retournant chez moi , je réfléchis sur le nombre de moyens qui existent pour faire sortir l'argent de la poche d^un homme, sans avoir recours aux dés, aux cartes, aux chiens, aux chevaux , et à des vices non moins ruineux. Les sommes dépensées, seulement pour les objets suivans , dans le cours d'une génération , sufliraient pour payer le capital de la dette nationale : la manie de construire, celle des tableaux , 'des médailles, des antiquités, et des arts en général ; la chimie , la physique , la bibliomanie. On pourrait y ajouter la rage d'acheter des chronomètres de toute espèce ; mais cette passion appartient presque exclusivement à un personnage d'un rang très-élevé. S'il peut y apprendre le prix du tems , il en retirera un profit considérable .
Il est assez singulier que les bibliomanes attachent de la valeur aux ouvrages qu'ils achettent, non d'après le mérite de l'auteur, mais d'après le livre seul , considéré matériellement ; de sorte que Pope n'avait pas tort de dire :
« Mylord est curieux en livres , et non en au-
tTNE ASSEMBLEE DE BAS BLEUS. 79 tetirs. » Un ouvrage imprimé sur vélin , en lettres dorées , orné d'enluminures . dont l'impression remonte au delà de telle date , quelque peu intéressant , quelque insipide même que soit le sujet dont il traite , aura tout le charme néee55aire , car on ne Tachette pas pour le lire , mais pour la regarder. Quant àmoi,j'aitoujours penséque ■ rtomme est l'élude qui convientàlltomme. »
Mais pour le connaître tel qu'il est réellement , )'ëtudie ses actions beaucoup plus que ses discours ; et c'est ce résultat des observations de bien des années que j'otTre maintenant à mes lecteurs.
8o LE VOISIN DE TABLE.
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