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liais àijk du dîner donnant Pbeartnx signal , La cloche du château rappelle les convives.
£nteodez-vous leurs pas sous ces voûtes massives ?
POFB.
Les grands dîners , à moins qu ils n'aient pour but (jUîilque objet d'intérêt général, comme une réunion ministérielle , un repas à donner à des électeurs , ou une association de bienfaisance , sont des assemblées où tout est lourd , ennuyeux et guindé. Dans le premier cas , on ne perd pas de vue un seul instant Tobjet qu'on se propose ; toute la conversation se dirige vers le point en question ; le convive sait qu'il remplit un devoir en s'y rendant , et il se trouve bien soulagé quand il . lui est permis de quitter la table : Tuniformité des toasts le fatigue, mais l'intérêt
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Fappelle invariablement à ces réunions , et le fauteuil du président y est toujours bien rempli. L^ ennui règne encore davantage dans les repas civiques , dans les festins des aldermens et des nababs ; aussi j'ai toujours grand soin de les éviter. On peut trouver la tortue, la venaison , sur toutes les tables de la noblesse, et Ton n'y entend pas discuter les affaires d'une paroisse , ni le mérite de tel ou tel plat , sujets qui n'ont aucun intérêt pour moi ; car quoique le feu duc de Norfolk prétendit qu'un bon dlaer ne peut durer trop long-tems , et qu'un mauvais ne saurait finir trop vite , je pense , avec l'avare de Molière , que les mots , // faut manger pour vivre , et non pas vivre pour manger , devraient être écrits en lettres d'or. Mais nos gras enfans de Thémis et de l'Eglise , vêtus de robes de pourpre et d'écarlate, sont d'un avis différent.
Dans les premiers cercles de la société , on trouve toujours dans un grand diner donné pour un objet d'intérêt général , bonne compagnie , bon ton et bonne chère. Le premier de ces avantages est sans contredit le plus désirable ; et avec une hôte et une hôtesse aiqiables qui
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savent faire avec grâce les honneurs de leur table, nous sommes charmés de rencontrer quelque homme instruit et spirituel qui fasse une partie des frais de la conversation. Mais un agréable voisin de table est , par dessus tout , le grand charme de la société : si le premier est un trésor pour le moment présent , et est apprécié par fous ceux qui , comme moi , ont plu»
d'envie d'écouter que de parler, le second ajoute un anneau à la chaîne sociale et devient souvent votre ami pour l'avenir. On admire l'un, mais on éprouve pour l'autre un sentiment d'in* térétet d'amitié.
Malheureux celui qui se trouve placé h table près d'une belle dont la langue est liée par l'orgueil ou l'ignorance ; d'une douairière sourde que des raisons de bienséance ou de parenté ont fait inviter ; d'une vieille fille bavarde qui parle continuellement sans rien dire, ou d'un cynique froid et taciturne , ayant dies prétentions douteuses en littérature , et un crédit qui n'est pas plus sûr dans le parlement ! Quel contraste digne d'envie si vous êtes à côté d'une femme séduisante et enjouée, dont l'aisance , les
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grâces Tamabilité , embellissent les heures que vous avez à passer dans sa société ; ou d'un homme qui a voyagé , dont Tesprit orné et instruit n est étranger à aucun sujet de conversation, mais qui est assez poli pour vous parler de ceux qu il sait être à votre portée , qui ont fait le principal objet de vos études y au Heu de chercher à faire parade de ses connaissances supérieures , et de ne vous entretenir que du sujet qui peut le faire briller davantage !
Un grand inconvénient à table , c'est d'avoir pour voisine une jeune et jolie femme qui par vanité veut sans cesse causer arec votre voisin qui est plus jeune que vous , plus riche , ou d'un rang plus distingué ; qui croit vous faire une faveur en se penchant devant vous à chaque instant pour lui parler , au lieu de vous tourner le dos ; et qui, tout occupée de Tadmiration qu'inspirent ses charmes, n'a pas une seule pensée pour vous. Peut-être consentira-t-elle à boire avec vous un verre de vin * ; mais cher-
* Usage anglais. Quand on buit un verre de vin pendant le diner , on invite presque toujours une personne
cher à fixer un instant son attention, c^est une entreprise dans laquelle vous ne pouvez réussir ; et si votre voisin de Tautre côté est un homme silencieux, un homme qui n'ait la tête remplie que de fadaises dont il fait des sujets import'ans, ou qui cherche maladroitement à s'emparer de la conversation par des remarques banales, par des saillies usées , vous pouvez vous regarder comme un être isolé au milieu du cercle le plus brillant.
Vous pouvez être tiré pour un moment de cette situation humiliante par l'attention du maître ou de la maîtresse de la maison qui vous offre un verre de vin , ou vous adresse quelques mots qui vous font prendre part un instant à la conversation'; mais ce qui peut vous arriver de
de la compagnie d*en prendre un avec soi. On envoie un domestique porter cette invitation à Pautre bout de la table, et il est de Ja politesse de ne pas refuser. Cette marque d^attention, trop souvent répétée, pourrait devenir fatigante, mais heureusement le bon ton qui vous oblige à accepter le verre de vin ne vous force point à le boire ,' et vous pouvez le laisser plein sur la table , en vous contentant d'y moufijer vos lèvres.
plus heureux, c'est d'être remarqué par une de ces personnes dont les yeux sont le mïroîr de l'âme , et qui , placée en face de vous , vous adresse quelque chose d'agréable qui vous tire de votre état de nullité , qui vous place sous un jour avantageux, qui vous donne occasion de parler d'un sujet qu'elle sait vous être familier. C'est un véritable trait d'amitié , peut-être un de ceux dont on doit savoir le plus de gré ; un acte dont nous sentons en ce moment tout le le mérite, qui nous inspire une juste reconnaissance ; c'est presque une vertu , car
/Lat nature nous dit : Soyez humain et bon.
C'est là son premier cri , sa meilleure leçon.
Combien d'étrangers dans une compagnie nombreuse , se trouvant placés loin du maître ou de la maîtresse de la maison, tombent dans un abattement momentané quand tout est sourire et gaîté autour d'eux , et ressemblent à un pauvre parent à qui jamais on n'a accordé le moindre encouragement!
L'hâte et 1 hôtesse, par leurs attentions pour tous ceux qui se trouvent à leur table , sont le
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soleil qui répand autour de lui la lumière etja chaleur ; mais votre voisin de table est Tastre qui vous guide pendant la nuit, T étoile bienfaisante d'après laquelle vous dirigez votre course , et qui devient votre principal point d'attraction.
Un homme d'un certain âge obtient un tel bonheur moins facilement qu'un jeune homme , parce que la galanterie ne convient pas à la vieillesse, et ne peut-être remplacée que par de délicates attentions. Aussi doit-on juger favorablement du cœur d'une femme jeune , jolie et et recherchée , qui écoute avec complaisance la garrulité d'un vieillard , et qui partage son attention entre lui et ses nombreux admirateurs ; de même que de celui d'un homme doué d'un extérieur agréable , ayant reçu une bonne éducation , jouissant de quelque influence et de quelque célébrité, qui va se placer près d'une personne négligée on se défiant d'elle-même , ou qui semble oublier le cercle joyeux dont il est en-* touré , pour entretenir une voisine qui n'est plus jeune ou qui n'est pas jolie.
Je me souviens d'avoir vu un capitaine de
cavalerie , fort bel homme , et recherché dans toutes les sociétés dont il faisait les délices , consacrer se& soins à nne jeune personne disgraciée par la nature , et dont la fortune n'avait même pu lui procurer un admirateur par spéculation. Il était mon intime ami, et jamais je ne le vis se montrer avec plus d'avantage. Aussi, quoique plus d'une femme lançât des regards de surprise sur lui , et des coups d'œil d'envie sur sa voisine , il obtint l'approbation générde , et se concilia tous les coeurs.
11 n'eut pourtant pas à se repentir d'avoir cédé auxmouvemens d'une généreuse pitié ; car, indépendamment du plaisir qu'on trouve à faire un sacrifice à rhumanilé , il reconnut que cette jeune personne était pleine d'esprit et de connaissances ; et il n'éprouva pas un moment de vide en s'entretenant avec elle. 11 est inutile d'ajouter 4f<f il lui inspira im sentiment de reconnaissance et d'estime qu'elle lui conserva toujours. Mais pour être susceptible de cette générosité désintéressée , il faut avoir des sentîmens élevés : heureux celui ou celle à qui la nature les a accordés !
Mais lorsque les trois heures qu'exigent los
trois services se sont écoulées , et que les daines^ ont quitté la table *, il faut faire entrer en calcul une autre considération", le caractère et la tournure d'esprit des personnes qui composent la compagnie. Lorsqu'on n'a plus sous les yeux les sourires et les attraits des grâces , la conversation change , et roule ordinairement sur un sujet particulier, quelque poli , quelque attentif que puisse être le maître de la maison. Si la majeure partie des convives sont des membres du parlement , on parlera des affaires publiques , et vous pourrez apprendre quelque chose * si les gens savans et instruits se trouvent en plii^ grand nombre j. vous y gagnerez encore davantage.
Malheureusement, il arrive trop souvent qu'après les premiers verres de vin , la conversation prenne une tournure qui ne vous promet ni instruction, ni intérêt, ni amusement. Les bruits du jour occuperont la médisance ; on parlera de la jolie figure de miss Lucie , de la belle taille de lady B*** ; on fera des obser-
* Après le premier verre bu, el lorsque la table est garnie de bouteilles c[ul (loivent tourner^ les dames se retirent.
.▼ations sur telle assemblée où l'on se trouvait si pressé, sur telle fête qui était si bien ordonnée ; on vous fera voyager d'Epsom à Newmarket, de Thôlel de Long chez Fattersall; les chiens , les chevaux, les gageures, le gain et la perte, seront mis tour à tour sur le tapis ; et l'entretien d'un salon doré , rempli de la société la plus distinguée , deviendra digne de l'écurie et du chenil. D ailleurs on se permet trop généralement de passer les bornes de la . tempérance ,^ quoique le merveilleux et Thomme véritablement comme il faut se renferment avec soin dans celles de la modération.
II faut dire aussi que les insectes sont attirés partout où se trouve la lumière ; et il arrive quelquefois que des sujets de conversation encore plus bas et plus dégradans occupent le tems et l'attention, et font le plaisir de ce qu'il y a de plus distingué dans la noblesse du royaume. C'est un devoir alors pour tout homme pensant bien d'aller rejoindre les dames ou de se retirer tout-à-fait ; car, avant que l'entretien arrive à ce degré d'avilissement , il a entendu asse^ de fadaises , et il ne peut espérer qu'il prenne une tournure plus intéressante. « Quelle bpnne affaire lord Georges a faite aux courses
de Derby ! Tous les connaisseurs ont été pinces : a a vendu le cheval qui a gagné^^le prix le double de sa valeur, » Ou quelque chose d'aussi instructif, d'aussi raisonnable, w Colonel, puisje vous demander combien vons avez payé votre cheval noir ? il est beau , bien dressé , a un poitrail superbe , mais je crob qu^il a peu d'haleine; il semblait &tigué en finissant sa course. » Notez que celni qui parle ainsi a le désir de Tache^ ter. Ou bien , « Sir Henri , je vous vendrai ces deux chiens cent guinées , ou je vous les donnerai en échange de votre cheval de chasse et soixante guinées de retour , ou de votre jument et de votre fusil à deux coups. »
De pareils sujets de conversation ne sontils pas indignes d'nn homme du monde doué d'un peu de bon sens , et surtout d'un homme d'un certain âge ? Ils ne valent pas mieux qu'une dispute sur la race d'un cheval , sur le mérite d'un chien, on sur le gain d'une -gageure, objets importans qui ne pourront être décidés que par un jugement rendu en dernier ressort par le club des jockeys. ^ Combien ont-ils donc
* Le club ainsi nommé est composé dliommes de qualité qui se piquent de leurs connaissances en chevaux^ de leurs talens comme cochers , etc»
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raison , ceux qui , prenant plus d'intërét à la beauté qu'à la bouteille , vont retrouver dans le salon une compagnie plus douce et plus agréable, ott qui , pour remplir une multitude d'autres engagemens , pour assister au dernier acte du ballet , on pour méuager leur tête , ont eu la sage précaution de demander leur voiture à onze heures, et s échappent avant que la fin de la séance de table ait complètement échauffé les têtes !
Mais, en dépit de ces défauts qu'on peut re-procher à notre nation, je sens mon cœur battre quand je songe au nombre d'amis que je me suis faits pour avoir été leur voisin de table ,, qui ont jeté pendant un repas les fondemens sur lesquels Texpérience a élevé ensuite l'édifice d'une affection solide. Douce sensibilité ! chaque pas dans la vie nous offre tes bienfaits ! le regard de sympathie qui nous encourage, qui nous invite à une connaissance plus particulière j. un sourire de bienveillance « une inclination de tête de politesse, une main offerte, un simple coup d'oeil, une pensée fugitive aperçue » une place cédée , une préférence montrée , l'humilité qui se retire pour vous laisser pas- ^eVi la bonté qui vous appelle ; ce sont des
rieiu , mais ces riens sont les anneaux de cetle grande chaîne qui unit des noads enchanteurs de l'amour et de l'amitiii tous les babitans de la tsrre ; qui établit entre eux les relations les plus étroites et les plus délicieuses ; en un mot, qui fait notre bodheur et notre consolation pendant le voyage de la vie ; qui assure tout ce qui peut contribuer à la félicité sur la terre , et nous procurer ces innocentes jouissances dont aime à se repaître mon imagination.