‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement duChapitre 16 sur 43 · DE SE&VICE POUR LA PREMIERE FOIS · texte numérisé non relu

DE SE&VICE POUR LA PREMIERE FOIS

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Oderit campum , patiens puh'trù atquê solis.

HoR.

Ce jeane $yb*rit«, qui craint le chAnp de M«r*, la pooifftre et le solei?.

*' HoFFMAN , VOUS m' éveillerez demain à six heures ; je ne serai jamais à tems pour ma garde ; et vous me préparerez les dernières bottes que Hoby m'a faites. Songez bien que ce ne sont pas celles à la Wellington , ni mes bottes de parure , ni aucune des six paires qui sont dans le cabinet ; ce sont les dernières, celles dont les talons sont garnis en cuivre. Vous aurez soin de les frotter avec la cire luisante faite suivant la recette de lord B*** , qui coûte si cher, dans laquelle il entre du marasquin , de Tessence de lavande , et qui produit un si beau vernis.

«yS l'officier AUX GAKDES.

» Ecoutez ! vous irez chercher mon uniforme chez Scott , et vous verrez s'il est bien ouaté sur la poitrine et sur les épaules ; cela donne un air de vigueur et de force qui convient à un militaire. Vous prendrez aussi dans la commode les pantalons qui m'ont été faits par le tailleur allemand que protège le prince Vanstinkerstein : n'allez pas les confondre avec ceux que m'ont fournis mes trois tailleurs anglais ou mon faiseur de culottes de peau.

» Ecoutez ! vous mettrez dans la poche de mon uniforme deux mouchoirs , un de batiste et un de Barcelonne. Qu'ils soient bien parfumés surtout ; vous y mettrez aussi une tabatière d'or, non pas celle dont le dessus est ciselé , ni celle dont la forme est antique , ni celle que j'ai achetée au Palais-Royal à Paris , ni celle qui n'est que d'argent doré ; je veux celle qui porte une miniature représentant la Belle au bois dormant , et que cet Italien m^a vendue si cher.

» Ecoutez! je prendrai mon cabriolet pour me rendre à la [arade , car si j'y allais à pied je risquerais d'avoir de la poussière sur mes bottes ) d'être coudoyé par quelque ramoneur , quelque porteur de charbon, qui souillerait mon beau drap écarlate français ; et puis on a Tair

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si ëchaufTë , les cheveux si en désordre , après avoir fait une telle course depuis Harley-Streetl il vaut mieux arriver frais sur le champ de bataille.

» Ecoutez! je prendrai ma chaîne d'or de vingt guinées avec ma lorgnette , et vous n'oublierez pas de m'apporter dans la soirëe ma robe de chambre de soie et mes pantoufles brodées de Turqnie , afin de jeter de la poudre aux yeux de mes camarades. Il me faudra aussi mon trictrac pour passer le tems , et mon chien barbet pour m'amuser. Vous pourrez prendre un fiacre , et vous m'apporterez encore mon violoncelle pour me distraire , et mon pupitre afin que j'écrive quelques billets doux datés du corps-de-garde ; cela adoucira la rigueur des armes. Vous y joindrez aussi ma boite à cigares , mon tube d'or , du tabac parfumé dans mon sac d'AU lemagne, et ma pipe d'écume de mer. Cela me fera passer une heure , et rien ne donne Tair militaire comme de fumer.

» Ecoutez! à l'heure delà toilette, il me faudra une chemise de percale à collet bien haut et bien empesé , avec mon grand uniforme , celui fait par Scotf , qui se termine si bien en queue de pigeon. Vous m'apporterez pour le diner

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ma tabatière organisée, et vous y mettrez du tabac du prince - régent. Je commencerai ma toilette à cinq heures et demie , afin de la faire à loisir, car il fait trop chaud pour se presser. Il me faudra mes bottes légères en maroquin, dont les semelles sont minces comme du papier , mes brosses à x:heVeux , trois serviettes de damas , de Teau de rose pour mes yeux , toutes mes espèces de savon ,. de la cire blanche pour mes ongles , et mon beau nécessaire oii tout est marqué de mes armes.

M Ecoutez ! . , . Non ; vous pouvez vous retirer , mais ne manquez pas de m' éveiller à six heures précises... Quel embarras que d'être de garde! »

Tels étaient les ordres que donnait un de mes jeunes cousins à son domestique la veille du jour oi!i il devait monter la garde pour la première fois ; et quoique ce fût pour lui un grand embarras , il eût été bien fâché de ne pas Vavoir , car il était enchanté de ce début , et complètement épris de son brillant uniforme.

Voici le compte qu'il me rendit ensuite de la manière dont il passa cette journée mémorable.

« Je fis quarante-quatre fois le tour de Saini- James Street et de PallMalL J'envoyai mon

L^OFFICIER AUX GAEDES. Si

domestique chercher ma montre à secondes , et je calculai le teras qu'il faut pour aller de chez Hoby au palais de^ Saint- James*, J'entrai chez Parslow, et je perdis quelque argentan billard: la main me tremblait comme. le diable. Je bus quelques verres de liqueur et je pris trois glaces pour me rafraîchir. Je parlai à vingt - deux jolies femmes , et je saluai cinquante et un équipages. J'y gagnai un torticolis. Je causai vingt minutes avec lady Marie , appuyé sur la portière de sa voiture , devant «la porte du café de White, ce qui me rendit l'objet de l'envie universelle. Je jouai un air de violoncelle , et je passai une heure à apprendre à mon chien l'exercice et à fumer une pipe , afin de lui donner une éducation militaire. Je lus le calendrier des courses et le calcul des probabilités, ou l'art de

* Des murs massifs et des créheaux donnent à ce palais Vapparence d'une forteresse. Depuisrincendiedc Whiie" Ilall^ en 1698, les rois d'Angleterre y ont fixé leur résidence. Cependant ce palais est presque abaiidcuné aujourd'hui pour Th^tel de Buckingham {ihe Queens-Palacé) Les appartemens de Saint-James sont ornés avec une magnificence qui contraste avec Tassemblage gothique et dépourvu de toute espèce d'architecture du palais destiné à la demeure d'un souverain au milieu d'une capi* ftale riche et florissante. %

8'2 l'officier aux gardes.

parier avec avantage. J'entrai à Horse-Guards ♦; j'y trouvai un coquin de créancier qui était venu relancer mon ami Bellamour ; nous le jetâmes à la porte. Je fis une partie de trictrac , et je régalai de quelques liqueurs mes camarades de gardé^. Nous dînâmes ensemble très-gaîment. Etant entre deux vins, nous entrâmes dans quelques maisons de jeu. J'y perdis dix guinées : heureux d'en être quitte h si bon marché , car une fois j'en perdis cent. Je rencontrai lord Somerfield et Dick-Dandy entre les mains des watchmen; je mis bravement l'épée à la main , et je dispersai cette canaille. Je vis dans le parc de Saînl-James\t lever du soleil. Beau spectacle ^ de par Jupiter! J'écrivis une douzaine de billets doux , je donnai autant de rendez-vous , à la moitié desquels je ne me trouverai pas; je bivouaquai une heure sur trois chaises , et je fumai une pipe qui ne me convint pas. On me releva de

* Hi^tel des gardes à cheval. Lorsque le roi est à Saint- James , deux gardes à cheval sont en faction sous des arcades pratiquées dans deux pavillons, de ciiaque côté de la porte d'entrée. Cette porte conduite une troisième arcade qui mène au parc de Saint-James, C'est celle par laquelle le roi se rend à la chambre des pairs et en revient.

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garde , je rentrai chez moi , et je dormis jus-< qu'à l'heure du diner. »

Il n est pas nécessaire de faire un commentaire sur la vie utile de mon jeûne cousin , et sur la nature active d(B son service. Il a cependant un excellent cœur , mais il est fort jeune , et malheureusement aussi beau garçon qu'il est plein de vanité. J'ai iait fouice qui était en mon pouvoir pour le corriger d'une fatuité portée à l'excès , mais tout a été inutile. Il fait peu dQ cas de la génération qui va disparaître ; il rit de ce qu'il appelle la vieille éctfle , et de moi plus que de qui que ce soit.

Je cherchai à lui démontrer qu'il avait futilement employé son tems, et que, même en étant de garde , on peut le passer d'une manière plus utile et plus agréable. Je lui représentai qu'on pouvait en pareil cas lire des ouvrages instruc* tifs , dessiner , jouer de quelque instrument, apprendre une langue ; qu'on donnerait un excellent exemple en lisant des livres de tactique , de maihéma'.iques , des histoires de campagnes.

Mais mon élégant cousin sembla croire que tout cela était impossible à Londres , et fort au dessous d'un officier aux gardes. U ajouta que les gardes se comportaient en campagne aussi bien

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que quelque autre troupe que ce fût ; qu'il ëtaît assez tems d'étudier quand on était en service actif , et qu'il était plus content de sa première garde que s'il était revenu du champ de bataille couvert de gloire.

Il se regarde maintenant comme complètement lancé dans le grand monde , comme ayant été frappé du dernim: sceau de la mode par son grade d'officier aux gardes. Il m'assura que ses camarades le regardaient comme une recrue promettant beaucoup, comme un excellent compagnon ; qu'ils disaient qu'il ne sentait pas le vert , qu'il portait l'uniforme aussi bien que s'il y eût été habitué depuis un an ; qu'ils avaient trouvé ses liqueurs excellentes ; qu'on lui avait offert un cheval de selle pour sa pipe d'Allemagne , qui est magnifique , et qu'il a achetée soixante guinées du fameux M. Hudson ; qu'il avait donné à une douzaine d'entre eux la recette du vernis dont il se servait pour ses bottes ; qu'on avait universellement admiré son goût ; que son chien avait été regardé comme le cédant de bien peu à Munito ; enfin , qu'il avait reçu une foule d'invitations , et que son admission devait être proposée dans les premiers lubs delà yille.

l'officier aux gardes. 85 Tout cela veut dire , en bon anglais, que mon pauvre cousin est enrôla sous les hannîÈres de la mode , qu'il est devenu une recrue du plaisir, un aspirant à imiter les grands ; qu'il verra la fin d'une fortune bonnéte , qu'il sera la dupe des joueurs , en un mot , qu'il est sur le grand chemin de sa ruine La paix est une circonstance malheureuse pour lui un emploi militaire en pays étranger les années et 1 expérience , seraient le meilleur remède à la fièvre de briller qui le tourmente , et le seul moyen d'arrêter son extravagance puisqu il ne veut pas éconter mes représentations

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avec ses cheveux, lui écrivait tous les jours i quoiquMI ne s'en passât aucun sans qu^elIe le vit deux fols ; enfin elle s'afficha dans toute la ville comme son amante.

Le père ie mon jeune ami était fort riche , n'avait que ce seul fils, et ne se souciait pas de lui donner pour épouse la fille d'un pauvre baronnet qui avait cinq enfans. Mais Topposition ne fit que fournir de nouveaux alimens à leur flamme , car la contrainte et lès défenses ne manquent jamais de donner une activité plus vive au feu de l'amour. Je devins le confident du jeune homme et de son aimable maîtresse , et je fus chargé de jouer le rôle de médiateur entre les deux familles.

Le jeune homme assura son père qu'il se tuerait si on ne lui accordait pas sa bien- aimée. Caroline dit au sien qu'elle avait fait vœu de célibat si elle n'épousait pas Tamant de son choix. J'employai quelques autres argumens qui n'étaient peut-être pas pércraptoires , mais enfin ils réussirent ; les parens donnèrent leur consentement , et l'heureux couple fut uni par les nœuds de l'hymen.

Immédiatement après leur mariage , ils par-

tirent en chaise de poste pour le Devonshire , où ils passèrent le mois de miel , le premier mois du mariage. Chemin faisant , ils m'écrivirent une lettre dans laquelle ils me nommaient le meilleur de leurs amis , Fauteur de leur félicité , un bienfaiteur à qui ils ne pourraient jamais témoigner assez de reconnaissance.

A peine la mariée àyait-elle alors seize ans , le mari n'en avait que vingt-deux. Un an après , le père de celui-ci paya sa dette à la nature , et laissa son fils héritier d'une fortune brillante ; seule chose qui parût manquer à la félicité du jeune couple.

Comment se fit-il qu'ils me perdirent de vue, moi 9 le meilleur de leurs amis , plus que leur père ^ c'est ce qu'il est difficile d'expliquer. Mais ils passèrent une année dans un heureux tête-à-tête dans le Devonshire, et voyagèrent ensuite pendant plus de trois ans dans plusieurs parties du continent. J'avais appris qu'ijs avaient plusieurs enfans , et je frappai à leur porte avec confiance , persuadé que j'allais voir le tahleau du bonheur conjugal.

Le domestique qui vint m' ouvrir était au service de son maître depuis dix ans. Il me re-

connut sur-k-champ. « Ah ! Monsieur , s'ëcriat-il en m'aperceyant , quel plaisir mon maître et ma maîtresse auront à vous revoir ! » Et il monta les escaliers quatre à quatre pour m'annoncer ; la joie brillait dans ses yeux.

Je trouvai le couple amoureux assis devant une table en acajou , Tun tourne à droite , Tautre à gauche , sans cependant avoir Tair de se fuir ni de bouder. La dame dessinait un patron de broderie pour une garniture , et le mari lisait un journal déployé sur la table , et sur le coin de laquelle il avait le coude appuyé.

Cinq années n'avaient fait que donner aux charmes de Caroline Téclat de la maturité , et ce tems n'avait produit aucune altération dans les traits de son époux, qui était et qui est encore un fort bel homme. Mais je ne trouvai plus dans la physionomie de chacun d'eux l'expression que j'y avais remarquée autrefois. Caroline était alors gaie , vive , maligne , tendre et passionnée , et je ne lui voyais maintenant qu'un air pensif et intéressant. Elle inspirait jadis le désir et Tadmiration; aujourd'hui , elle ne faisait éprouver que la compassion et le rei;ret. Son mari respirait alors le dévouement ,

l'enthousiasme , la fureur de Tamour ; et je n'apercevais en lui à présent que des traces d'humeur , de mécontentement et d'ennui.

« Quel changement! pensai-je , et quelle peut en être la cause ?. »

Aux pieds de sa mère, un enfant d'environ trois ans jouait avec des fleurs, et un autre plus jeune , dans les bras de sa nourrice , placé devant une glace , souriait à son image et semblait vouloir la caresser de sa petite main.

<« Quoi! c'est vous, notre ancien ami! s'écria le mari d'un ton qui annonçait la surprise plutôt que l'émotion d'une joie bien vive.

» — Comment vous portez-vous ? me dît Caroline en se levant à la hâte et en m'offirant la main. » Ses yeux brillèrent un instant , ses joues changèrent de couleur plusieurs fois, et ses lèvres tremblèrent comme si elle avait lutté contre quelque sentiment intérieur qu'elle ne pouvait vaincre. « Je suis ravie de vous voir , continua-t-ellc ; » mais il était facile de juger que sa joie était modérée.

« Eh bien ! me dit le tendre époux , vous le voyez , me voilà un vieux mari , avec tous les soucis du monde , et un tas de marmots au-

gîi CINQ ANS DE MARIAGE.

tour de moi ; vous ne voyez ici que la moitié de mes petite monstres.

« — Monstres ! m'écriai-je en baisant le front de Tainé, qui se trouvait près de moi. Charmantes créatures ! je ne crois pas avoir jamais vu de si jolis enfans!

>» — // ne pense pas ainsi , dit Caroline en appuyant sur ce mot // comme si elle eût voulu me dire : Vous voyez comme il est ingrat et injuste.

» — Non, certainement, reprit-il, et mon ami penserait comme moi , s'il savait combien ils sontbruyans, tourmentans, insupportables.

» — Ils n'en ressemblent que mieux à une certaine personne , dit Caroline. »

Ici le plus jeune des enfans brisa d'un coup de clef une belle glace devant laquelle il se trouvait.

« Au diable l'enfant! s'écria le mari ; il fait toujours quelque malheur; emportez -le , nourrice, »

Le petit Henri , qui était près de la table , se mit à courir pour aller voir la glace cassée , mais dans sa précipitation il renversa une écritoire, et l'encre se répandant sur la table , coula

CINQ ANS DE MARIAGE. gS

SUT des papiers qui s'y trouyaient , et tacha un mouchoir de belle jnousseline blanche.

« Emmenez aussi ce petit démon ! » cria le père à la nourrice.

« Ainsi que sa mère , dit Caroline. Traiter ainsi vos enfans ! Je suis surprise que vous ne nous jetiez pas tous par la fenêtre. »

A ces mots elle fondit en larmes , et se tournant vers moi : « Je vous demande pardon , me dit-elle , de vous recevoir ainsi après une si longue séparation , mais ce n'est pas ma faute. Vous m'avez connue heureuse ; mais , à présent.... Il y a des hommes qui ne méritent pas d'avoir des enfans... » La voix lui manqua , et elle sortit de l'appartement.

Mes yeux ne purent s'empêcher d'adresser un reproche au mari , et je lui dis avec un ton de sévérité qui ne m'est pas habituel : « Je suiis très-fâché de m' être trouvé à une pareille scène, Monsieur. »

Il me comprit parfaitement, et me dit d'un air confus et chagrin : « En vérité , mon cher ami , je regrette de m'être emporté ainsi ; car j'aime mes enfans, et ma femme aussi, ajouta-t-il d'un ton moins assuré et qui permettait le doute ;

mab ils sont si importuns , elle est si extravagante , si folie de plaisirs , que véritablement cela me tourne Tesprit. Voyez tons ces mémoires! dit-il en me montrant quelques papiers qui étaient sur la table.

» — Et vous , lui dis-je d'un ton moitié amical , moitié courroucé , vous êtes si impétueux , que vous forcez Caroline à fuir votre présence. Comment voulez-vous qu'elle vous conserve sa confiance , qu'elle n'aille pas chercher ailleurs «les plaisirs coûteux ? C'est ainsi que le tems , l'amour et l'argent s'envolent à la fois. »

Alors , changeant de conversation , je lui fis quelques questions indifférentes ; je lui demandai depuis quand il était à Londres , où était la famille de sa femme. Puis prenant la broderie de Caroline , je saisis cette occasion pour faire réloge de son ouvrage.

« Pas mal , me dit-il ; mais c'est pour sa parure , elle ne songe qu'à cela. Ses marchandes de modes , ses couturières et ses marchands de dentelles me ruinent. Quand un homme , continua-t-il en prenant un ton de prédicateur , ne cherche que la beauté en se mariant , il embrasse une ombre quand il croit tenir une substance. »

CINQ ANS D£ M\aiAGEi qS

Ma patience était à bout. Regardant à ma montre , je lui dis que j'étais obligé de le quitter , et qne j'espérais qu'il effacerait par sa tendresse la fâcheuse impression que le cœur de son épouse devait avoir reçue , et qu'à ma prochaine visite je ne trouverais chez lui qu'harmonie et bonheur.

Je voyais clair dans toute cette affaire. La possession d'une réunion de charmes avait été le seul but de ce Roland furieux et'amoureux. Maintenant que l'attrait de la nouveauté n'existait plus , son caractère naturel avait repris son empire. D'une autre part , sa femme , négligée par son mari , avait contracté le goût de la parure et de la dissipation , et il lui manquait un ami sincère , un tendre époux , pour la délivrer de la chaîne de& plaisirs ^ et lui inspirer le goût des devoirs d'une mère de famille. Si je n'avais été déjà bien déterminé à* ne jamais me charger des liens du mariage , cette scène aurait suffi pour me condamner à jamais au célibat.

q6 il n y a personne.

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