LE ROMAN
Quelle est cette belle, ^ l'air tendre, ta matntiea
gracieux et lan|aissaiil ? Ah! mon cceur, mon
pauvre cœur , prends garde \ toi.
Yonne.
J* AVAIS souvent remarque deux jolies sœurs descendre d'un bel équipage dans Hyde-Park , entrer dans les jardins de Kensingion * , y passer
* Ces jardins prennent leur nom d^un village situe' à deux milles de Londres. Le plan en a été tracé par Len6tre. Ils ne sont remarquables par aucune beauté particulière ; mais leur étendue , le soin avec lequel ils sont entretenus, et surtout leur proximité des plus beaux quartiers de Londres , y attirent une foule sans cesse renaissante. Delille les a célébrés dans son poëme des Jardms-:
De Kensington tout cherche la montagne.
Le hardi cavalier qui, pins prompt que la foudre, Part , vole, disparait dans des torrens de poudre ; Les rapides wiskis, les magnifiques chars ; Ces essaias de beautés dont les groupes épars,
Io6 L£ ROMAN.
trois OU quatre heures, faire rester leur voiture pour les attendre , et venir ensuite la rejoindre avec un air* de mélancolie et d'accablement. Ce qui me paraissait le plus extraordinaire , c'est que depuis le moment où elles entraient dans les jardins /jusqu'à celui où elles en sortaient, on ne les voyait nulle part. Je m'y promenais quelquefois des heures entières sans jamais les rencontrer.
Un jour , je résolus de les guetter de plus près; je les suivis lorsqu'elles entrèrent dans les jardins , et je les vis s'enfoncer dans le plus épais du bois , où elles disparurenh bientôt à mes yeux. Je m'assis alors dans un cabinet de verdure , et réfléchis sur les divers motifs qui pouvaient leur faire chercher une solitude si
Tels que, àtats VtXjtét , it travers les bocages , Des fantômes légers , glissaat sous les ombrages , D'un long et blanc tissu rasent le vert gacon ; Venfant, emblème beureux de la jeune saison , Qui, gai comme Z^pbirc et frais comme l'Aurore, Des roses du printems en jouant se colore ; Le vieillard dont le cceur se sent épanouir, Et d'un beau jour encor se b&te de jouir ; La jeunesse en sa fleur, et la santë riante, £t la conv^lascence à lsi marche tremblante , Qui p&le et faible encor , vient sous un ciel vermeil P.unr la première fois saluer le soleil