‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement duChapitre 21 sur 43 · LIS, ROMAN · texte numérisé non relu

LIS, ROMAN

cherchaient la solitude , de les avoir exposées à perdre un moucIu)ir et. un livre où elles pui^ saient Tamusement ou Finstruction. Je réflër chis que partout où elles me rencontreraient^ elles auraient le droit de me regarder au moins comme un indiscret , et que , comme elles ne connaîtraient jamais la pureté des motifs qui m'avaient engagé à m'approcher d'elles , elles pourraient en douter , et même m'en attribuer de moins honorables. La marque du mouchoir pouvait peut-être me donner quelque indice sur leur nom; il pouvait même se trouver écrit avec leur adresse sur la première page du livre ; mais quand même celaserait, devrais- je leur renvoyer ces deux objets ? Je pouvais leur attirer quelques désagrémens , leur occasioner des reproches de leurs parens , peut-être les exposer à d'injustes soupçons.

Quelque ridicule que cela puisse paraître i je me trouvai dans une incertitude pénible sur ce que je devais faire. « Les femmes , me dis- je , mettent toujours les hommes dans l'embarras.

Un vieux garçon , un soi - disant hermite , ne peut même échappera leurs sorcelleries. Qu'avais- je besoin de me mêler d'épier des beautés

IIO LE ROMAN.

de cet âge , ou quelque beanfë que ce fût ? Je voudrais, pour bien des choses, ne pas me trouver en possession de ce mouchoir et de ce livre ; et , cependant , si je les. laisse ici , ils tomberont entre les mains de quelque autre , et je ne sais pas ce qui peut en résulter. Plût avt ciel qu'il n'existât pas de femmes au monde pour tourmepter les hommes ! Perché , m'ëcriai-je en me rappelant le tems où j'avais lu pour la première fois V Orlando furioso , et en réfléchissant à Feffet qu'il avait produit alors sur mon jeune cœur,

Perche Jatio no ha Valmà natura

Che scnza te polesse nascer Puorno ,

Corne s' inesta per umana cura^

Vun sopra taltro^ ilpero^ il sorho ^.e'i pomo^ ?

Une seconde citation me suggéra la réponse à ma question : « Pourquoi l'homme n'a-t-îl pas l'œil microscopique? Parla même raison qu'il n'est pas une mouche. »

Je me contentai donc d'appartenir à ta partie du genre animal qui est douée d'intelligence ,

* Pourquoi la nature n^a-t-elle pas fait que rhomme puisse naître sans toi , ainsi que par les soins de Phomme on greffe Fun sur Tautre la poire, la sorbe , la pomme?

LE BOMAN. III

et je demandai mentalement pardon aux femmes des complimens peu flatteurs que je venais de leur adresser.

Je me mis alors à examiner le mouchoir et le livre. Le premieV ne portait d'autre nom que celui de Séraphine , tracé tout entier en beaux cheveux noirs , et suivi d'un cœur. Le livre ne contenait aucun nom; mais une adresse collée sur la couverture indiquait qu'il appartenait à un cabinet de lecture des environs de Port^ land'Place, C'était un roman des plus romanesques , contenant une relation d'amoors et d'aventures bizarres, de constance héroïque , de cruelles souffrances , et le tout finissait par la mort de l'un des deux amans et par la perte de la raison de Tautre.

La page qui contenait cette faneste catastrophe était encore humide des larmes des deux sœurs, et en difîérens endroits du livre on trouvait des remarques au crayon , d'une écriture de femme. A la fin de l'ouvrage , l'une de. mes belles lectrices avait écrit les deux vers suivans :

Bienheureux les amans qui meurent pour Tamour ! Ils doivent être unis dans on autre séjour.

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