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Od bVpuisr dans une oiiense aciivîlé.
£n France, la folie n'agite ses grelots, au sein des provinces comme dans les cités , qu'à Tëpoque où la nature semble partout couverte d'un drap funèbre : c'est lorsque Thiver attriste la terre , c'est dans la saison des glaces et des frimas que la gaitë des Français se manifeste et triomphe. En dépit des rigueurs de la tem^ përature , leur vivacité et le goût des amusemens les replacent dans leur sphère naturelle , celle du mouvement et du plaisir. On voit alors les plus îndifférens courir se ranger à la table où Momus préside. Quelle vivacité brillante et que de saillies !
Les Anglais cèdent , au contraire , à Tin-
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fluence de la saison. La noblesse et la gentry s^endorment ou végètent au fond de leurs terres; il faut que le printems vienne les réveiller de leur engourdissement. Du reste, aussitôt que Tastre du jour chasse et dissipe les brouillards dont Londres est tristement couvert , on les voit de toules parts accourir dans la capitale *. On dirait que la déesse du bon ton a fait parve- '
* La fin cle décembre et le mois de janvier sont la saison de Taunte où la métropole des Etats britanniques est le plus exposée aux brouillards. Ceux de iSij i i8i5 et 1817 ont été très-remarquables : ils durèrent plusieurs jours, et Tobscurité fut si grande que tous les réverbères furent continuellement allumés , et que les faabitansde Londres ne pouvaient reconnaître leurs maisons qu^à l'aide de lanternes. Leur intensité s^accrut au point , dans les quartiers qui se trouvent à Test de South~ wark , le long de Kent-Road et dans le voisinage, qu'il se manifesta une alarme soudaine parmi les babitans. Dans les villages de Walv/orth et de Camberveîl ^ les voitures publiques furent obligées de s^arrèter. Au reste, quelle qu'ait été jusqu^à présent l'épaisseur des brouillards à Londres, aucun d'eux n'a été aussi extraordioaire que relui qui a eu lieu à Amsterdam , le 3i décembre 1790 : les habitans se heurtaient dans les rues, quoiqu'ils eussent des lanternes. Plus de deux cent cinquante personnes tombèrent dans les canaux et y périrent.
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nîrun ordre rapide snr chaqae point du royaume, et que tous s'empressent d'y déférer.
Ceux qui se dévouent au culte de cette divinité bizarre , sont libres de l'honorer à leur guise. Les uns donnent des parties de jeu , les autres des fêtes mêlées de musique et de danse. Ceux-ci des bals , et ceux-là des roui *. Les amis de la bonne chère donnent des festins , tandis que ceux qui prétendent au renom qu'on obtient par l'esprit et le goût , forment des cercles ** oà chacun s'empresse d'apporter son tribut.
Le lord-n)aire et les magistrats de la Cité ont aussi leurs jours d'étiquette et de splendeur ; il en est même dans lesquels ils éclipsent peut-être tout ce que le faste peut imaginer de plus imposant. Telle fut la fête donnée par le tordmaire à Mansion-House , dans la salle égyptienne 9 le lundi de Pâques 1786.
Jamais diner ne fut plus magnifique , jamais
* La plus brillante rouf eut lieu en 1817 chez Indy Ileatchote ; il s'y trouva près de mille personnes , et l'c'clat de cette fôtc fut rehausse par la présence du prince régent. Les ducs de Clarence et de Sussex y vinrent aussi.
** Ces cercles se terminent ordinairement par un somptueux souper.
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réunion ne fut plus nombreuse et plus brillante. Il y eut à table plus de deux mille conviés : des barons, des marquis , des évêques et des lords. Le bal qtti suivit parut une véritable féerie. La baguette de Circé n'aurait pas produit plus de métamorphoses.
Il existe à Londres une certaine classe de gens du bel air qui savent si bien se former aux manières du grand monde , et faire extérieurement parade d'une fortune considérable , qu'ils sont admis dans la société des personnes du plus haut parage ; ce sont lesfashionables.
Ce qu'il y a de remarquable à l'égard des routy c'est qu'on cite des ladys qui ne sont visibles que le jour qu'elles les donnent , c'est-àdire une ou deux fois par an.
« Après s'être tristement morfondu, dit l'auteur de VArmata , ouvrage attribué à lord Erskine 9 parmi une file innombrable de carrosses , on descend à la porte de l'hôtel. Quelques pas vous conduisent au pied d'un escalier magnifiquement éclairé ; mais combien ne faut- il pas de patience pour pénétrer jusqu'à l'entrée de l'appartement? A peine y touche-t-on qu'une vapeur 9 semblable à celle qui s'exhale d'une étuve
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TOUS contraint de vous arrêter. Les mains et les bras se trouvent dans une gêne si grande qu'H n'est pas même possible de les dégager pour s'essuyer le visage*. De jolies demoiselles , de belles dames richement parées , auxquelles on fait place pour qu'elles puissent entrer , feraient pourtant une agréable diversion à cet étrange mal aise , si la vue de personnes qui souffrent d'une aussi pénible position permettait de les contempler avec ridée riante du contentement. Tant de contrainte dégoûte quelquefois d'aller se perdre au milieu du tourbillon qui circule dans les appartemens, lorsqu'on songe surtout qu'il y a , dans la même nuit, cinq ou six fêtes semblables oà le bon ton fait un devoir de paraître. »
Les bals ne doivent pas être confondus avec ces assemblées de parade et d'étouifement. Ces fêtes, qui en méritent réellement le nom^ cornmencent d'ordinaire à onze heures et se prolongent jusqu'à cinq du matin.
J'étais, il y a quelques nuits, à la rout de
* Une dame de beaucoup d*esprit , à qui on demandait ce qu'elle pensait d'une /»&/, répondît : « Je pense qu'on ne peut pas se faire boxer en meilleure compagnie. »
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lady Modish. Gomoie i^ sortais du grand sa« loa y je rencontrai M. Bellamont. « Je serai bien charmé quand j'en $erai quitte, me dit-il, mais , en attendant , permettei^-moi de passer. Je ne yeux que saluer Milady, afin qu'elle el toute la ville puissent savoir que j'étais ici. Je yerrai mon nom demain matin dans tous les joumanx » pourvu que j'y fasse une apparition ; je n'y resterai pas deux minutes , car je suis harassé, fatigué à la mort. Il est deux heures du matin , et voilà la quatrième cohue où je me trouve de cette soirée. Mais où est donc lady Modish ? » Je la lui montrai ; il tâcha d^arriver à ellç ; mais il était pâle, semblait épuisé, et ce ne fut pas sans peine qu'il se fit jour à travers la foule.
La maîtresse de la maison était debout , plan*» téé comme un piquet près de la porte , de façon que chacun en arrivant passât près d'elle. Elle adressait la même révérehce , le même sourire et presque le même compliment à tous ceux qui entraient : « Votre visage me dispense de vous demander comment vous vous portez; mais n'arrivez- vous pas un peu tard ? Regarderez-vous walser , ou passerez -vous dans le salon de jeu l' » Je
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Tentendis rester cette phrase cinquante fois . Elle était considérablement échauffée , et après avoir fait ce métier pendant quatre heures suc-* cessives , elle semblait près de tomber d'épuisé- < ment. L'action d'agiter son éventail pour se rafraîchir devenait une nouvelle fatigue, et né produisait pas l'effet qu'elle en attendait. La compagnie arriva, sans discontinuer, depuis onze heures du soir jusqu'à quatre heures du matin. J'allai demander de sts nouvelles le lendemain, et j'appris qu'elle était obligée de garder le lit.
Je rentrai moi-même avec un accès de fièvre , car j'avais été horriblement serré entre deux rangées à*honorables et de trè$-bonorabtes^ . J'étais encore assourdi le lendemain du tapage qui régnait la veille dans les salons, et du bruit continuel que faisait le marteau de la porte. Les domestiques chargés d'annoncer en étaient enroués , et à peine à la fin pouvaient-ils se faire entendre, pour avoir prononcé le nom de tant de sectateurs zélés de la mode et du bon ton. Plusie^irs dames se trouvèrent mal par suite de
♦ TîlTc qu'on donne en Angteterre à la noblesse «•« lîlre'e.
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la chaleur, et lord C*** me dît qu'il avait lesflancs noirs et bleus, à cause des meurtrissures^ qu'y avaient faites les coudes de la compagnie , sans que, pendant tout le cours de la nuit, il eût pu pénétrer plus avant que le isecond salon. Bien des gens n'aperçurent pas même lady- Modish, qui n'est pas de la plus grande taille; mais le seul but de la plupart de ceux qui se trouvaient chez elle était de faire dire qu'ils s'y étaient trouvés, et de voir leur nom imprimé* le lendemain dans les colonnes des journaux à là mode. C'était là, bien plus encore que dans les appartemens somptueux de lady Modish , que ses nombreux amis désiraient être vus.
Et voilà ce qu'on appelle le plaisir! Courir dé maison en maison après minuit; dans l'une, manquer d'être étouffé par la chaleur ; dans l'autre , se trouver serré comme entre des tenaiP les ; ici , apercevoir le prince ; là , faire une révérence ou répéter une phrase banale à la mat-^' tresse de la maison ! Tout cela pour avoir l'agrément de répondre afBrmativement à la demande qu'on pourra vous faire , si vous avez été à telle ou telle assemblée où une miss en grasseyant et une comjtesse en minaudant vous di*
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tOAt que toui le monde s'y trouvait ; mais, par. dessus tout , pour voir votre nom cité dans les journaux ^ et devenir par là un homme à Ift mode,
U est certain que sans les journaux qu'on étale tous les matins sur la table des grands en leur servant le déjeuner , Texistence de bien des gens serait totalement ignorée : ce n'est quelà qu'ils vivent, ce n'est que là qu'ils trour vent leur célébrité , leur réputation. Ces feuilles contiennent souvent toute la biographie d'un homme du bon ton. On y voit les jours où il s'est montré dans toutes les grandes assemblées , celui où il a été présenté à la cour , où son cheval a fait une course à Newmark ou à Derby , où il a eu un nouvel équipage , où il a donné une somme énorme pour. un cheval beaucoup plus célèbre que celui qui l'achetait ; on y apprend le moment exact de son. arrivée à Londres , et celui où il en part (ce qui , soit dit en passant, n'est pas sans inconvénient ) ; il y reçoit des louanges , qu'il se donne lui-même ou qu'il se fait donner pour son argent, comme excellent chasseur, comme ayant abattu tant de pièces de gibier en
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un seul ]our; il y es! cité comme voyageant avec un homme titré : aucune circonstance de cette sorte n'y est oubliée. S'il peut figurer dans un procès pour cause d'adultère, il y devient fameux pour avoir déshonoré une femme et trahi un ami. On y annonce son départ pour le continent (prétexte utile pour écarter les créanciers ); enfin , on le retrouve quelquefois en petites lettres sous la rubrique des tribunaux, comme ayant été blanchi par quelque jugement. Et cependant telle est la soif du plaisir , tel est l'empire de la mode , qu'on brave fatigues , dépenses , ruine , déshonneur , tout enfin , pour parvenir au but de cette vaine et folle ambition.
La dernière mention qu'on y trouve de son existence est celle de sa mort , publicité dont ne )0uit point celui qui en est l'objet. Un novice dans cette courte carrière du bon ton sentirait son ardeur terriblement refroidie s'il donnait une pensée à ce dernier article ; et cependant les joyeux disciple^ du plaisir le lisent avec une indifférence qui annonce le calme des gens bien nés. « Lady Marie, qui croyez- vous qui soit mort ? — Lord Toppinton. — Ah! il n'avait
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que cinquante ans! — Oui, mais il avait marche grand train. » Tel est l'intérêt qae prend à cet événement le cercle léger de la mode.
Le lecteur du journal s'écrie d'un ton apathique: « Bon Dieu! qui l'aurait cru? il était avec moi , il y a quelques nuits, au bal de la marquise , oiï il y avait huit cents personnes ! u A un autre article : « Mistress Lively est divorcée? Oh! je savais que celaen viendrait là. • Sur un troisième : « C'est une affaire de galanterie qui a causé le duel dans lequel tel pair a été blessé. » Et mille antres choses aussi amusantes , et tout aussi morales.
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