D UNE MÈRE A LA MODE
Petite hinc prœcepta , puella, OviDi.
JcuDM Tier|es, ëcouteices avis.
« Ma chère Julie , dît lady Toni^h à sa fille pendant que j^ëtais chez elle en visite du matin , j'ai étë scandalisée , hier soir, de vous voir sortir du bal d'Argyle-Rooras*,. pendue en
* Petite et jolie salle de spectacle où Ton donne , par souscription , des bals pare's , des concerts , des pièces françaises , et où Ton n^admet que la première noblesse. C'est sur ce the'âtre que parurent y les 19 et 26 juin 1818 , Talma et M*'* Georges , qui y récitèrent des scènes à^Athalie , d^Aniromaque y d '(Edipe y de Macbeih. Les soirées des deux artistes français attirèrent un concours prodigieux de spectateurs, 'parmi lesquels se trouvaient les princes et princesses de la famille royale.
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quelque sorte au bras du jeune Walsingham.
Votre bras était entièrement passé sous le sien ; vous vous penchiez en avant , et vous le regardiez en face avec un air de confiance et de satisfaction , comme sMl eût été votre, seul appui , votre seul espoir. J'en ai été pétrifiée. Lady Glibspeech l'a remarqué, et les trois miss Mortimer ont fait la même observation; car elles disaient à voix basse , les yeux fixés sur vous : « Un mariage , sans doute ! »
« — Mon Dieu, maman, dit Julie ingénument, si j'ai mal fait , c'est sans le vouloir ; j'ai accepté son bras, parce qu'il me l'avait offert obligeamment , et je m'appuyais , parce que j'étais fatiguée.
» — J'ai plus d'un avis à* vous donner , mon enfant, continua lady Tonish. Quand vous acceptée le bras d'un homme , vous ne devez le faire ni avec timidité , ni avec confiance , ni avec un air de dédain , ni avec l'apparence du plaisir : il ne faut jamais vous appuyer sur lui ; mais prendre son bras pour vous promener , ou sa main pour danser , comme une chose toute simple et à laquelle vous n'attachez aucune importance.
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» Lorsque vous accordez un sounre en re-* tour d*un salut ou d'un compliment , vous sou-* riez de tout cœur et scmblez faire passer votre ame sur vos lèvres et dans vos yeux; rien n'est pins commun. Votre sourire doit être moitié grave y moitiéenjouë; assez gçave pour montrer tine fierté convenable, assez enjoné pour embellir vos traits et leur prêter un nouveau charme.
» Riez- vous , on croirait que vous êtes dans un véritable enchantement ; ce qui est bourgeois à l'extrême. Le rire d'une femme de qua* lité doit toujours être modéré, comme si elle avait quelque honte que quelqu'un eût décou*» vert le secret de la faire rire.
M Dans la surprise, vous ouvrez vos grands yeux bleus de manière à ressembler à un portrait (Julie est chartnante quand sa physionomie prend cette expression). Je vous ai pourtant dit cent fois qu'une femme de bon ton ne s'étonne de rien, parce que rien n'est nouveau pour elle. »
Cette mère, pensai-je , veut faire de sa fille un joli composé d'hypocrisie et de dissimulation.
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« Vous avez aussi la mauvaise habitude de vous approcher du feu ; cela vous rend le vi- . sage et les bras rouges comme ceux d'une laitière , et vous gâte le teint pour toute la soirée. >»
Les roses et les lis artificiels dont les joues de la mère sont, parées ne doivent lui laisser aucune crainte pour elle-même à cet égard.
»> Quand on vous demande si vous êtes engagée à danser , vous vous écriez : Non ! avec la simplicité d'une paysanne , et vos yeux semblent dire : « J'aurai bien du plaisir à danser w avec vous. » C'est une inconséquence. Il faut baisser la tête , prendre une attitude agréable , avoir l'air de douter , de réfléchir, laisser quelques instans votre cavalier dans l'incertitude ; pour donner plus de prix à votre main et lui prouver que vous ne manquez pas d'invitations : ensuite, quand vous avez consenti à danser , il ne faut pas vous lever avec un air de plaisir et d'empressement pour courir vous mettre en place; il faut montrer un certain degré d'indifférence , et joindre les danseurs avec nonchar lance et même avec froideur.
» — Mais , ma chère maman , répliqua Julie , j'aime tant la danse !
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» — Et c'est jastement ce dont je me plains , répliqua sa mère ; vous ne devriez aimer que la mode, votre père et moi.
» — Et mes frères et sœurs ? dit Julie en baissant la tête.
» — Sans doute , et vos frères et sœurs. Mais pourquoi prononcer ces mots comme une idiote , .et baisser la tête en les prononçant? Je vous demande pardon , Monsieur , ajouta-t-elle en se tournant vers moi , de faire ainsi la leçon à jna fille devant vous ; mais vous êtes un ancien ami de la famille.
» — Oh ! Madame , ne vous gênez pas , lui dis-je, vos discours sont très-ëdifians.
» — Quand vous sortez à cheval avec un cavalier, continua-t-elle en s'adressant à sa fille , vous ne devez souffrir ni quMI se place à votre gauche , ni qu'il s'appuie sur le pommeau de votre selle. Si vous sortez à pied, qu'un laquais vous suive toujours; et surtout que jamais je ne vous voie en cabriolet avec le jeune Archer : en calèche et suivie de deux domestiques à cheval , à la bonne heure ; quand même ils seraient à un quart de mille par derrière , cela ne laisse aucune idée de tête à tête, et
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cela est du bon genre ; mais en cabriolet ^ cela est ignoble et a un air matrimonial *. »
Bien raisonné! me di&^je encore. Voilà ce ^ qui s'appelle savoir faire une distinction où il ne se trouve aucune différence , grâce à la dis* tance du quart de mille.
« Enfin , quand vous walsez , étendez tou* ^ jours les bras de manière à tenir votre cavalier k une certaine distance ; regardez vos pieds de tems en tems ; distribuez des sourires autour de vous ; mais ne les réservez pas pour lui , et ne souffrez pas que ses yeux rencontrent jamais les vôtres ; en un mot , Julie , ne me forcez plus à rougir pour vous à l'avenir.
» — Je tâcherai de profiter de vos leçons , maman » , dit Julie ; et elle se retira les larmes ai|X yeux.
^ La jeunesse des deux sexes jouit en Angleterre d*uiie * grande liberté. Les demoiselles bien nées, aussi bien que les filles du peuple , sortent , s'absentent , vont visiter , comme elles le disent , ou dans leurs familles , ou cbes . leurs amies; elles vont 2i de longues distances seules, avec une femme de chambre , avec une ou deux amies réunies, soit dans une chaise de poste , soit dans une de ces voitures publiques si généralement en usage sur toutes les routes en Angleterre.