UM£ MEEE A LA MOD
« Elle est si novice , me dit alors la mère , que j'en perds patience.
>• — Et que voudriez-yoas qu'elle fût à seize ans , m'écriai-je ? n'est-elle pas aussi ingénue , aussi attrayante que peut l'être une jeune fille ?
» — C'est une enfant, dit lady Tonish qui est jalouse de sa fille; elle est tout au plus passable.
» — Mais ne serait-il pas aussi prudent , et beaucoup plus simple, lui dis-je, de lui recommander de ne sortir à pied , à cheval ou en voiture qu'avec vous ou quelque parente, et de ne vralser qu'avec son frère ou avec une personne de son sexe ?
» — Quelle folie! me rëpondit-elle; c'est mon devoir de donner de bons avis à mes enfans; mais je ne puis avoir toujours une grande fille pendue à ma ceinture. Autant vaudrait m'enfermer dans une prison ; cela nuirait à tous mes engagemens. Je désire que mes filles deviennent des femmes i la mode ; mais je ne puis me charger de conduire un ours dans les rues.
» — Je vous comprends parfaitement, lui
dis'je » ; et ayant changé de sujet de conversation, je ne tardai pas à prendre congé d'elle.
l88 UNE HÈRE A LA MODE.
Lady Tonish désirait réprimer la vivacité naturelle de ses filles; en faire , comme elle le disait , des femmes à la mode , mais prudentes , choses difficiles à concilier ; et tout cela sans renoncer à aucun plaisir, sans se donner ni peine, ni embarras; surtout sans risquer de voie ses charmes imaginaires s'éclipser devant elles. Si tels doivent être les principes d'une mère , ce ne seront jamais les nùens.
ÉLIS\ FENNING. 189