LA PRISON DE NEWGATE
OU
JÉLISA FENNING.
O oanas hominum mente*!
Q vfpité dei jagemeas des komme«!
Les méditations d'un philosophe ne Tattirent pas sans cesse vers les brillantes scènes du monde. J^aime à réfléchir quelquefois sur des sujets sévères, et le contraste, dans les impressions comme; dan^ les moçurs 9 cpaduit à des leçons profitables. Il n^y a pas long-tafi^ qu^au sortir d'un bal j'allai visiter la pris<m de Newgate; J'étais accompagné par un de mes amis; nous fûmes frappés l'un et Vautre de tant de luxe et de tant de misère , de tant de civilisation et de
ïgo EUSA FENNlNGr.
barbarie , chez le même peuple , dans la même ^ ville , à quelques pas de distanee. Heureux encore 91 le vice ne se rencontrait pas dans le monde, et la vertu dans ces terribles cachots!
Newgate * annonce sa destination par une architecture nue et triste. L'intérieur a quelque chose de sinistre et d'effrayant. La teinte lugubre des murailles noircies par la main du tems , les chaînes suspendues au-dessus des portes, impriment à cet édifice un air de douleur et d'austérité.
Je fus révolté d'y trouver les prisonniers confondus ensemble: on ne sépare que les sexes.
De jeunes filles de Tâge oii Ton rougit encore , sont mêlées avec ces créatures qui ont perdu tonte conscience et toute pudeur. Nous vîmes ensemble celles qui étaient jugées et celles qui ne Pétaient pas; celles qui devaient être rendues à leurs familles et celles*qui étaient condamnées au dernier supplice. « L'Angleterre , dis- je à mon compagnon , se glorifie d'avoir donné naissance à M. Howard ; jamais plus généreux
* En 1780, rink'rieur 6e celte prisoji fut réduit en cendrés par une pqpulace réyolle'e , qui eu avait franchi U$ murSk
iuSA FENNING. I91
jiliilantrope ne porta plas de constance et de désintéressement dans son amour da bien. Qa'étaient donc nos affreuses prisons avant qu'il eût porté les yeux du parlement sur cette partie de Fadministration publique ?»
Nous sortîmes et traversâmes rapidement la cour ; c'est là que les condamnés subissent leur sentence : on élève , près de la porte , un échafaud tendu de noir et entouré d'une double chaîne; le son d'une cloche annonce l'instant fatal. Les préparatifs inspirent la terreur ; le bourreau dis" pose lentement et avec précaution la corde au* tour du cou des p^tiens; ceux-ci, portant déjà instrument de leur supplice , écoutent les ex* hortations d'un ministre . On leur couvre le visage d'un bonnet noir ; des mesures sont employées pour leur dérober l'instant précis de la mort; quand il arrive , le prêtre se retire sans bruit de dessus la plaie-forme et va se ranger près des shérifs. Cette plate-forme s'écroule sous les pieds des criminels , et ils restent ainsi suspendus.
« Je ne puis revoir ce lieu , médit mon compa* gnon, sans me souvenir de la mort d'une jeune fille qui porta sur l'échafand toute la contenance d^une victime, injustement condamnée., et qui
iga ÉLÎSA FENJSING,
laissa cette opinion à un grand nombre des spectateurs qui se pressaient ici le. 25 août i8i6« Mous serions moins fiers de l'admirable institution de notre jury, si de pareils doutes s'éle-« vaient souvent sur les arrêts qu'il prononce. IL me semble , ajouta-t~il , que cette affaire peut présenter quelque sujet de réfléchir, et servir à l'instruction des jurisconsultes, et des juges. Je le . pressai de questions , il y répondit en ces termes : u Depuis quelque tems, M. Turner , notaire de Londres, avait pris à son service Ëiisa Fenning, fille d'un respectable artisan du comté de. Lancastre , que des revers de fortune avaient réduit à la nécessité de se séparer de sa fille bien* aimée.
^ » Elisa, âgée de vingt ans, joignait à une très-^jolie figure une candeur et une naïveté qui ajoutaient aux charmes extérieurs de sa personne. Elle apportait dans l'exercice d'une profession si étrangère à son éducation et aux premières années Je sa vie, une douceur et une prévenance si grandes , que ces qualités lui eurent bientôt mérité l'attachement et la bienveillance de ses maîtres. Chaque jour ils s'efforçaient de lui rendre moins pénible le far.r
ELIS A FENKING. 19)
deau de la servitude, et la mettaient à même d'aider , de secourir son vieux père , objet de toutes ses pensées et de tontes ses affections. Depuis ce tems , Elisa se trouvait plus heureuse ; mais que la durée de ce bonheur devait être courte!.'...
» Le 2i mars i8i5 , pendant le dtner , M. et M"* Turner , leur fils et leur belle-fille , éprouvent tout à coup de violentés coliques. Elisa Fenning ressent aussi les mêmes dpuleurs.
L'idée du poison s'offre à l'esprit de tous. On visite les vases dans lesquels le diner a'été préparé. Aucune trace de vert-de-gris ni de malpropreté ne s'y laisse voir. Cependant des médecins sont appelés , l'existence d'un poison violent est reconnue dans un des mets qui se trouvent sur la table. 0|i constate qu'un plat de dumplings* a été saupoudré d'arsenic . On s'aper^çoit aussi qu'un papier renfermant une certaine quantité de ce poison , et que par une négli* gence impardonnable M. Turner laissait depuis dix-huit mois dans un tiroir de l'étude oh travaillaient ses clercs, a disparu. L'autorité
^ Eipkct de puddiit^ irè$'inàl%esie et sur lequel on 'Sert une sauce.
1^4 KLlSk FENNING.
est avertie , et le soir même Eiisa est dans les fers....
» Le II avril i8i5, elle parut sur le banc des accuses. Sa contenance était calme ; sa phisionomie portait encore Tempreinte des souffrances qu'elle avait éprouvées par reffet du poison. Elle réponditavec sa naïveté accoutumée aux questions qu'on lui adressa, invoquant à chaque instant l'Etemel de venir à son aide.
Voici les faits qui furent portés contre elle par le recorder * :
M Le mets , dit ce magistrat , a été servi par l'accusée à ses maîtres ; elle reconnaît qu'elle seule l'a préparé. L'arsenic a été mêlé dans la pâte , et ce poison n'a été mis ni dans le lait , ni dans la farine, puisque deux des personnes qui ont mangé des dumplings sans sauce ont éprouvé les mêmes accidens. M"** ïurner assuré que personne n'est entré dans la cuisine pendant tout le tems de la préparation du dîner. Le crime ne peut donc être imputé qu'à la servante.
» Le recorder 2Î]0\ï\di devant les jurés que , par une insensibilité inouïe, l'accusée n'avait porté ^ucun secours à ses maîtres souffrant des atteintes du poison. En vain la malheureuse aller
* Ministère public
ÉLIS A FENNING. 19?
gua-t-elle qu'elle éprouvait elle-même en ce moment de cruelles douleurs.
» L'arocat de Taccusée , loin de la défendre , ne parut être présentau procès que pour la forme . Il quitta la cour dans le moment où le recorder se disposait à prendre la parole. L'infortunée Fenning, qui était pauvre, sans amis , sans pro* lecteurs, abandonnée de la sorte à elle-même , fut réduite à protester de son innocence/ « Je » ne suis point coupable du crime dont on m'ac- M cuse, répétait-elle; je suis innocente : en » vérité je le suis. J'aimais ma condition , mes M maîtres, et j'avais lieu d'en être satisfaite. » » Enfin, accablée sous le poids des préventions, après quelques minutes de délibération, Elisa fut déclarée coupable , et le recorder ^ro-nonça la peine de mort...
» Le père d'Elisa , à la première nonvelle^^ du fatal événement, était arrivé à Londres et s*était présenté à l'audience pour défendre sa fille : cette faveur lui fut refusée; mais cet infortuné était présent au moment de la condamnation ; il entendit l'arrêt fatal , et la salle d'audience offrit alors la scène la plus déchirante. L'accusée leya les yeux au ciel et s'écria : « Mon
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» Dieu ! aidez-moi , vous savez qi^e jis suis in- » Bocente. »
. » Un meurtre , suivant nos lois , vous le sa^ vez j ajouta mon ami en s'efforçant de cachet quelques larmes, ne peut exister s'il n^est pas prouvé que l'action a été commise méchamment. Convenait-il au recorder d'arguer de rinsensibilité de l'accusée , relativement à l'état de souffrance de ses maitres ? Tout homme de bon sens qui aurait entendu ce reproche en aurait induit que l'accusée était la seule personne de la maison qui n'eût pas ressenti les effets du poison. Cependant le contraire avait été attesté par la déclaration du chirurgien. En réfléchissant sur l'état de souffrance qu'elle avait çlle-même éprouvé , est t il concevable que le magistrat ait pu l^i faire un tel reproche ? Fenning avait tellemient. soi|Hert qu'elle n'était pas guérie lorsqu'elle parut , lie 23 mars , de-r vant le magis^at. Celui-ci, bien convaincu que le mauvais état de la santé de l'accusée exi« geait encore des soins, fit venir le geôlier de la prison de Bridefpell àYànt de décerner le mandat d'arrêt; afin de savoir de lui s'il ayait une chambre pouf uiiie malade.
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» Eatendit-on tous les témoins qui pouyaient éclairer les jurés ? je ne le crois pas. Le premier cUrurgien qui administra des secours aux malades ne fut point assigné. La famille Turner sembla même, dans ses dépositions, taire le nom
de cet officier, quoiqu^il lui eût donné des preuves de son zèle et de son expérience. Gadsden était-il le seul clerc de M. Turner qui dût être entendu comme témoin .'^ Etait-il constant que personne n'eût pu approcher de la pâte en Tabsence de Fenning? Cette fille n'avait qu'un seul moyen d'établir cette possibilité , c'était en prouvant qu'elle s'était trouvée dans l'obligation de s'éloigner de sa cuisine. Or , elle soutint constamment que le 21 mars, jour de l'empoisonnement , elle l'avait quittée pour recevoic une voiture de charbon ; elle ajoutait que , pendant ce tems , quelqu'un avait pu se glisser auprès du foyer, et semer une poudre sur la pâte. Telle fut la déclaration de l'accusée ; mais madame Turner affirma sur serment que le charbon n'avait pas été livré ce jour-là; une autre servante déposa comme sa maîtresse.
» Elisa déclara de plus qu'elle avait été longtems occupée dans la cour ; que durant tout ce tems, la farine et le levain étaient restés à décou-
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yert dans la cuisine. « Y étant rentrée , ajou- » tait-elle , j'y trouvai un clerc , Thomas Kin^ , n et je lui demandai ce qu'il y venait faire.
» Dieu me garde, ajonta-t-elle en rapportant n ce fait, de vouloir incriminer Thomas King; je » n'ai d'autre intention que de faire voir qu'on a » pu entrer dans la cuisine en mon absence. » Cette seule déclaration eût dû déterminer le /rcorderk entendre Thomas King çiDmme témoin.
» La conduite de ce magistrat ne fut aucunement celle que doit tenir un juge qui s'estimerait heureux de trouver un innocent au lieu d'un cou* pable : on en demeurera encore plus convaincu par quelques autres circonstances du procès.
» Le recorder refusa d'entendre quelques témoignages; il interdit la parole au père de l'accusée devant la cour ; il détourna M. Turner de signer le placet par lequel Elisa Fenning recourait à la clémence du prince-régent.
» Il y a plus : s'étant trouvé à cette époque chez M. Turner , il n'entendit qu'avec impatience la proposition que lui fit un chimiste de l'éclairer par quelques expériences essentielles.
» La réponse que fit ce magistrat aux observations de l'un des jurés, qui s'efforça d'oh- *enir un sursis , n'est pas moins remarquable :
« Je suis surpris , dit-il , qu'un seul indi- » vidu puisse présumer assez avantageusement » de lui-même pour opposer sa seule opinion » à celle de douze jurés et de deux à trois » juges. La raison pour laquelle on éprouvait » un si vif intérêt en faveur de Taccusée ne » provenait , ajouta-t-il , que de ce que Fenning » était une jolie fille ; mais pour lui , il se disait » si parfaitement convaincu de la culpabilité » d'Elisa , quMl n'entrevoyait aucun moyen » possible de différer l'exécution. »>
» Parmi les démarches qui furent faites auprès du chancelier , on ne doit pas omettre les détails qui furent donnés au sous-secrétaire d'état , en l'absence de ce ministre, par M. Gibson »
devant M. J. B. Sharp , M. Ogle , M. Blatwaite et M. Aberdour. Après avoir entendu le fait de la bouche de M. Gibson , M. Beckiet lui dit que la justice exigeait qu'il se rendit , le soir même , chez le recorder; il fut de plus convenu, avant de se quitter, qu'ils s'adjoindraient une autre personne. A huit heures, en effet, M. Gibson et M. J. B. Sharp se transportèrent au domicile de ce magistrat, chez lequel M. Beckiet les avait déj^ devancés. Voici, mot pour mot, la déclaration faite au recorder par M. Gibson :
aoo iuSA FENNING.
« A la fin du mois de septembre ou d'octobre, » autant que je puis m'en souvenir, M. Turner » le jeune vint chez moi ; il nous parut être » dans un état d'aliénation mentale. Frappé du » désordre de son esprit , je le priai de passer » dans une cbambre qui servait de comptoir ; » j'eus soin de l'y retenir jusqu'à ce qu'un autre » gentleman de la maison eût pu avoir le tems » de se transporter au domicile de M. Turner '> père. Durant cet intervalle , ajouta M. Gib- » son , le jeune Turner ne cessa de battre la » campagne ; ses discours étaient ceux d'un » furieux, Mon cher Gibson, disait-il , au nom » de Dieu , ne me quittez pas , ne me laissez » pas en liberté , car si j'en jouissais , je » me porterais à quelque attentat ; je me dé- ^ truirais moi-même aussi bien que ma femme, ' M Je dois trancher ma vie et la sienne ; je le » dois et je le ferai , à moins qu'on ne m'en àte M les moyens : ainsi donc, mon bon ami, assu* » rez-vous bien de ma personne. Il y a.quel- » que chose en moi qui l'emporte sur ma raiy son 9 et me dit que je dois faire cela. Je le » ferai , si l'on n'en prévient pas l'exécution. » M. Gibson assura le recorder qu'un témoin pouvait attester > comme lui , la vérité de cette
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ëtrange circonstance , et il insista sur la nécessité d'un sursis. Le recorder écouta tout , et douze heures après cette déclaration Ëlisa Fenning fut exécutée
» Depuis rinstant que cette infortunée fut arrêtée , jusqu'au dernier moment de sa vie , elle protesta constamment qu'elle était innocente du crime dont on l'accusait. Dans le placet qu'elle présenta au prince-régent pour obtenir sa grâce , Elisa disait en terminant : « La sup- » pliante , sur sa foi la plus sacrée , n'a rien » à confesser concernant l'accusation dirigée » contre elle ; elle est tout-à-fait innocente du » crime pour lequel elle est condamnée. »
» Dans la pétition qu'elle adressa au suprême chancelier delà Grande-Bretagne, elle s'exprimait ainsi : « Je proteste devant Dieu et de- » vaut les hommes que je ne suis pas coupa- » ble du crime dont on m'accuse , quoique » j'éprouve des difGcultés insurmontables pour M prouver mon innocence. »
» Lorsqu'elle vit, le 21 juillet, son nom compris parmi ceux qui composaient la liste fatale des condamnés qui devaient subir leur sentence, elle reçut ce coupavec fermeté. Le 26
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suivant , elle écrivit à son père , h ses frères , qu'elle était assassinée. Le ministre du culte l'ayant invitée à pardonner à ceux qui avaient déposé contre elle , elle répondit ; « Je leur par- » donne tout , hormis Toutrage qu'ils ont fait » à mon innocence. »
» La veille de son exécution , elle lut et pria depuis quatre heures du soir jusqu'à huit. A neuf, elle se coucha. Quelqu'un ayant témoigné le désir de la voir , le geôlier la trouva dormant d'un profond sommeil : elle ne s'éveilla qu'à quatre heures du matin.- Après qu'elle se fut habillée, on remarqua qu'elle remit sans trouble à chacune des femmes qui l'entouraient une boucle de ses cheveux , pour se conserver dans leur souvenir. Le ministre , sur l'invitation des shérifs , s'étant rendu auprès d'elle, elle lui parut complètement résignée .-l'ami qui , vers les six heures , vint pour la consoler et la fortifier dans ses derniers momens , la trouva plus abattue. Elle était assise sur un banc, le coude appuyé sur la table. Cet ami lut avec elle des passages de la Bible jusr]u'à sept heures. Son trouble parut s'accroître ; elle dit d'une voix altérée : « Ce qui se passe autour de moi me - » semble un rêye, »
» Son ami Tayant laissée seule pendant un peu de tems , elle mit les vêtemens avec lesquels elle devait souffrir le supplice. Aussitôt quMl fut rentré , ils prièrent de nouveau. Fenning le faisait avec ferveur et joignait les mains en levant les yeux vers le ciel. « Continuez de prier, n lui dit-elle ; quant à moi , il m* est impossible » de parler. Croyez, toutefois, que je m'unis » à vous de cœur. » Après quelques instans d'un profond recueillement, elle ajouta : « Je » quitte la vie sans regret ; mais il est cruel de » mourir innocente et si jeune. »
» Elle priait encore lorsque l'exécuteur vint frapper à la porte. « Ètes-vous prêt , lui de- » manda cette infortunée en souriant ^ » Aa moment qu'il s'en allait , elle ouvrit la croisée et dit adieu aux autres prisonniers qui étaient aux fenêtres, et leur envoya des baisers. Bientôt après la nature reprit son empire ; mais sa fermeté revint presque aussitôt. Toute apparence d'agitation avait disparu ; sa constance ne se démentit même pas à l'instant oii le bourreau lui attacha les mains. Aucune larme ne coula de ses yeux; on n'aperçut pas le plus léger tremblement sur ses lèvres, ni la moindre altération dans ses traits.
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» Le chapelain de la prison vint alors à elle et lui dit : « Je vous adjure , an nom du Qieu tout- » puissant devant lequel vous allez paraître , de » déclarer ce que vous savez sur le crime » pour lequel vous allez souiTrir. » D'une voix distincte et claire elle lui répondit : « Devant » Dieu,, je meurs innocente. »
. » Elle monta ensuite sur Téchafaud avec courage. Son pas était vif, mais non précipité. Après que le ministre se fut éloigné d'elle pour s'adresser aux autres patiens , on la supplia encore d'un ton touchant et amical de confesser son crime , si elle était coupable. Je suis inno^ cente , répliqua- 1- elle avec une surprenante énergie. L'exécuteur essaya de rabattre sur ses yeux plusieurs bonnets , qui se trouvèrent trop courts. Pour parer à ce contre- tems , il recourut à une cravate de mousseline ; mais s'apercevant
encore qu'elle ne remplissait pas ses vues^^ il tira de sa poche un mouchoir dont la malpropreté choqua vivement les yeux d'Ëlisa. « De grâce , » ne me mettez pas ce mouchoir , dit-elle. » Elle . conjura k ministre de lui obtenir cette faveur; il fallut se conformer à l'usage. La plateforme tomba presqu'au même moment; elle éleva ses bras, qui s'abaissèrent aussitôt , et elle mourut.
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u Le corps de Fennîng fut livré à san père ; ■nais rinforluaë vieillard ne l'obtînt qa'enpayant quatorse sbeltîngs et demi qu'il fut obligé d'emprunter. Le cadavre ayant éfé déposé dans sa maison pendant quelques jours , il fut enterré le 3 1 suivant dans le cimetière de Saint-Georgesle-Martyr. On remarqua qu'une foule de peuple s'était rassemblée pour assister à l'inbumatian. » Puisse cette fille un jour , dit en terminant mon compagnon , ne pas servir d'objet de comparaison à la célèbre et malheureuse servante de Palaiseau ! »
Nous sortîmes de Netvgate , en proie aux réflexions les plus tristes et les plus pénibles.
ioG LE PARC DU RÉGENT.