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Une mode a ^ peine dëlrnit nne antre mode qu clic
est abolie par irae pins nouvelle , qui doit c^der ï une
fuivantr, qui ne sera pas la dernière. Telle eat notre
l^gërelë.
La Baoviai.
« L^HABiTAi^T de la ville de province , grande ou petite , la plus enfoncée dans Tintérieur , Vhàbitant même du village , a dit récemment un écrivain français observateur de nos mœurs , ne diffèrent en rien par le costume ou les habitudes du citadin de Londres. Partout on retrouve similitude de mœurs , uniformité de mise ; tout se confond dans un même système , dans une même couleur , et déjà les différens idiomes , les nuances dans la prononciation qui distinguaient le provincial de Touest de celui du nord , s'effacent; ils sont au moment de disparaître. La femme du cordonnier, du boucher, celle de
PARITRE DES DAMES.
Tartisan d'une paroisse de campagne, sont, comme celles de Londres, des ladys ; on les voit , le dimanche , habillées de mousseline brodée qu^un œil exercé peut à peine distinguer des étoffes portées par les dames des squares , si ce n'est par de légères différences qui ne sont même pas à ravantage de ces dernières. La différence qu'offre la toilette des femmes de gtni" kmen, des ladys, consiste dans plus de négligence, leur fortune leur permettant de renouveler plus souvent leur parure.
» La gaucherie dans la tenue et la manière de se présenter étant les mêmes, on aurait tort, de cherclier à reconnaître les classes , les rangs de la société, dans les manières nobles ou aisées. Généralement les femmes anglaises ^ n'im* porte leur condition, sont dépourvues de grâce, de goût , de ton ; on peut dire à la lettre qu'uae femme anglaise a deux mains gauches. Une cou* turière, une petite ouvrière à la journée sont, comme la fille d'un baronnet ou d'un lord , vêtues de blanc , la tête couverte d'iin chapeau paille ou de velours posé sans grâce , orné , ot plutôt rattaché par un ruban étroit 9 et disposé avec beaucoup d'économie : toutes ont Tair d'êtrt '
de la même famille, lorsqii^on les voit dans une promenade le dimanche. Il en est de même de la mise des hommes; elle est généralement simple , et depuis que tout le monde porte les chevenx coupés , depuis qu^une coiffure plus élé« gante et plus soignée ne distingue plus Thomme d'un certain goût, d'un certain rang, il faut bien connaître les habitans pour ne pas commettre de méprises , pour distinguer , à la première vue, le lord, Thomme riche, de Tartisan. Cette espèce d'égalité sociale n'est peutêtre pas un mal , quoiqu'en disent les orgueilleux partisans de l'ancienne étiquette. Pour mon compte, je ne serais pas fâché de voir-ia même chose en France. La distinction des rangs eiïa* cée par une mise simple qui n'humilie , qui ne choque personne , qui donne à tous l'air de Tabance , de la propreté et de l'honnêteté , donne au bas peuple plus d'estime pour lui-même, l'attache à sa famille, qu'il peut présenter sans rougir. Si , comme je l'ai dit , tout le monde en Angleterre a* l'air d'être de la même famille à réglise ou à la promenade , il n'en est pas toutà-fait ainsi dans les salons; l'orgueil des nobles s'y est réfugié avec plus de véritable tenue peut*-
4tre que chez nous , quand ce sont toutefois d6 simples assemblées ou des visités , et non pas des après^dinëes , encore moins des rouf. Dans ; les salons anglais règne un véritable luxe , \ùi <« luxe biea entendu. A Londres , la tenue des salons caractérise Téducation des personnes bien nées. Les habits des hommes sont toujours de ; la plus grande fraîcheur : des bas , des culottes v de soie , jamais de bottes , de très-beau linge , ; quelques bijoux , distinguent Thomme comme \ il faut* Lés dentelles de France , la batiste , la | soierie , quelques diamans en petite quantité^ . annoncent la femme riche ; l'esprit parcimo* i nieux ^ naturel à cette nation , lui fait préférer \ des revenus à Torgeilleux emploi de capitaux sacrifiés à de pareilles bagatelles.
» Le luxe des maisons riches d'Angleterre 1 n'excite aucune envie dans la basse classe; elle ne i le voit jamais, et ce luxe ne fait pas , ainsi que je l'ai remarqué ailleurs , la ruine des gens de ^ la classe aisée , qui pour satisfaire leur amour^ propre ercelui de leurs femmes , pour les faire ^ paraître de grandes dames , sont enchantés de , les voir affublées de ridicules pierrailles qu'oit devrait rougir de porter. Si les Anglaises ne
l^eraportent pas sur nous pour Télégance dans la coupe des habits , dans la disposition de leurs vÊtemens , si nous jouissons avec unç sorte d'or-* gueil de notre meilleur goût dans ce genre , qui . est la première et la plus forte passion d'une > femme , la vérité doit obliger tous ceux de nos compatriotes qui ont long-tems vécu en An-gleterre , de convenir que le peuple anglais est, à rœil du voyageur ., plus proprement, plus richement vêtu que le nôtre , quoiqu'en réalité il soit bien plus pauvre en habits et en linge. Les plus élégantes femmes de chambre anglaises peuvent emporter tout leur avoir dans un petit carton sous le bras , tandis que la plus mince de nos servantes ne change pas de condition sans se faire suivre par des coffres , ojl tout n'est pas magnifique , si Ton veut , mais où Ton ne laisse pas de trouver des croix , des boucles d'oreilles d'or , des chemises d'une toile grossière, mais en quantité ; des jupes, desdésha-» billes d'été , d'hiver , etc. , etc. ; tandis que l'inventaire d'une jolie miss anglaise se compose , presque toujours, d'une chemise sur elle et d'une seconde dans le carton , de deux jupes de . bdsin , de deux paires de bas de coton , de deux
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petites robes , une blanche et l'autre de toile ' peinte , de trois fichus servant alternativement ' de mouchoir de poche et de cou , de quelques ■ chifTons de mousseline , de quatre tresses de cheveux , d'un petit chapeau qui se renouvelle > quand il est sale ou use , et d'une seule paire ■ de souliers aux pieds , que Tusage de porter des* latins préserve de Thumidité comme de la mal- '' propreté. Avec ce léger inventaire, je préfère » ]t ne balance pas à le déclarer , la mise d'une jeune fille anglaise k la grossière surabondance des vétemens de iro$ filles du commun. II n'est pas, en Angleterre , jusqu'à la fille de basse-conr de la campagne la plus reculée , qui ne vienne, les jours de marché , apporter son beurre et ses œufs élégamment vêtue , comme l'est la fille de ses maîtres, la t^te parée d'un petit chapeau, les mains proprement gantées , la jambe couverte d^un bas de coton toujours parfaitement blanc. >*
- En repassan-t 4ans mon esprit cette esquisse fidèle de nos imsurs tracée par un Français, je regrettais qu'il n'eAt pjas terminé son sujet par le ridicule tableau de la parure de nos grandes dames , dont milady L**** offre à Londres le
PARURE IHLS DAM£S. 287
modèle le plus parfait. J'eus le bonheur de la rencontrer un jour à la promenade. Qu'on se figure une très-petite femme , d'un embonpoint si excessif qu'elle ressemblait à un baril mouvant plutôt qu'à une créature humaine. Elle était suivie par un laquais d'une taille gigantesque : c'était un colosse accom^ pagnant un pygmée.
Son costume était si mal choisi , qu'il la défi-
gurait complètement. Il était à la mode , mais si
ridicule , que si elle eût cherché les moyens de
faire rire à ses dépens , elle n'aurait pu mieux
réussir. Sa grosse face était enterrée sous un cha«
peau comparable à la couverture d'un chariot
qui aurait pu contenir des vivres pour une se*
maine , et dans lequel la dame aurait pu entrer
tout entière. D'un côté de cette énorme ma-^
chine , car je ne sais quel autre nom lui donner,
s'élevait et retombait très-bas une inmiense
touffe de lilas qu'on aurait pu prendre pour un
arbre tout entier suspendn à une enseigne. Sa
tête était en outre chargée de gaze, de rubans
et d'autres ornemens en trop grand nombre
posr que je puisse en faire la description.
Autour de son cou était une collerette si
ample et si empesée qu'elle ^'avançait circulaire- ]
ment à environ dix-huit pouces de distance, et
garnie de tant de dentelles et de broderies qu'on '
l'aurait prise de loin pour une rangée de beaux ]
choufleurs. La projection de son sein, augmentée par le corset serré qui pressait son estomac , { semblait un ouvrage avancé destiné à protéger i la place , et qui ne permettait pas d'en approcher à plus de deux pieds , tandis que la courbure latérale de son chapeau ne laissait aperce* voir qu'en perspective son visage de pleine lune. Un voile de dentelle couvrait sa poitrine et ses épaules, et lui donnait l'air d'un poisson inconnu pris dans un filet. A un pouce de sa taille commençait une série de plis , de froncis et de gar- nitures qui se succédaient les unes aux autres , comme les cercles dont un tonneau est relié , et ' qui ne descendaient pas plus bas que le gras de la jambe.
Elle portait des souliers si étroits, qu'on voyait qu'elle sDuflrait beaucoup en marchant , et ils étaient attachés par des rubans de^soie se ' croisant sur ses jambes , mais qu'on voyait à peine , parce que la chair rebelle, indignée de ces liens , semblait vouloir les cacher par de gros
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bourrelets qu'elle formait tout autour. Elle tenait à la main un ridicule en réseau , semblable au sac de nos facteurs de la poste aux lettres , et elle était accompagnée d'un petit chien bien gros , bien gras , bien rebondi , et qui , trottant à ses côtés dans Saint-James-street , semblait la caricature de sa maîtresse. Elle avait au bas des reins le coussin à la mode , et comme si la nature ne Payait pas déjà faite assez petite, assez ramassée , elle avait les épaules voûtées et la tête baissée en avant.
Qui peut avoir déterminé cette femme à se \^figurer ainsi P me demandai-)e. Ce ne peut être que la mode ; et voilà encore une conspi-* ration , celle des couturières et des marchandes de modes , pour s'amuser aux dépens de leurs pratiques dans le double sens qu'on peut donner à cette expression. De même que les tailleurs , elles inventent chaque jour de nouveaux costumes ; elles font venir du continent les gravures des modes nouvelles , de manière que , les trois quarts du tems , une femme de qualité qui veut suivre le torrent n'a qu'à choisir entre les caprices de son pays et les fantaisies des contrées étrangères , et contracte des dettes en
changeant de parure au moins une fois par | maîne.
Pour donner un attrait plus puissant à nouvelles parures, on a inventé un dictionna tout entier de mots étrangers. Nous avons i robes à la Joconde et à la turque , des coifTurc la Caroline , à la çictime , à la Ninon ; des dés billes du matin et de voyage ; des chapeau l égyptienne et à la Homberg , et je ne sais co bien d'autres choses. Tout cela fait de Lond un véritable bal masqué , et rend les salons se blables à un théâtre où paraissent des actri portant des costumes divers , et jouant différ rôles , sans autre but apparent que d'enric des couturières et des marchandes de modes
Mais si cette bigarrure donne un air de c naval à nos salons , à nos assemblées , à nos sp tacles ; si la ruine de beaucoup de maris en es suite infaillible, il en résulte pareillement i * nos belles ne consultent pas même leurs ii rets , car la mode qu'elles suivent est toujo la plus nouvelle , mais non pas celle qui 1 convient le mieux.
Dans un instant où , mettant en pratique étrange paradoxe , on prétendait s'habiller s
se vétir , de pauvres créatures sèches et maigres étaient si chétivement couvertes qu'on frisson* nait en les regardant : elles étalaient aux regards des omoplates saillantes , des clavicules pointues , des côtes paraissant prêtes à percer la peau ; c'étaient des squelettes ambulans sur lesquels un chirurgien aurait pu faire un cours d'ostéologie. Aujourd'hui , il faut de l'embonpoint à nos élégantes : celles à qui la nature n'en a point ac* cordé ont recours à l'art pour s'en procurer. Elles sont surchargéesde garnitures et de falbalas bouflans. Une femme à la mode , dans sa vaste rotondité , parait un buste qui sort d'un tonneau ; et des jupons qui ne tombent qu'à mi-jambes diminuent encore la stature de la petite partie du corps qui reste entré le buste et le piédestal.
Mais tout en déplorant la fureur que mes belles concitoyennes ont de se défigurer ainsi , tout en condamnant l'aveuglement avec lequel elles se soumettent à toutes les absurdités du bon ton , i tous les caprices de la mode , je ne rejette pas entièrement sur elles la faute qu'elles font en ne consultant j pour se parer , ni leur âge , ni leur rang, ni leur taille, ni leur figure. Ce n'est
pas seulement l'envie d'imiter lady une telle qui leur fait commettre de telles bëvues ; ce n'esl pas le détail des modes qu'elles lisent dans lea journaux qui les décide à les adopter sans réflexion , ce sont principalement les artifices des marchandes de modes qui les font donner dam le piège.
Une des ruses qui leur réussit le mieux est d'avoir parmi leurs filles de boutique une jeune ei jolie personne à qui rien ne peut aller mal , ei qui , essayant toutes les modes qu'elle présente . prête un charme enchanteur à l'objet le plui hideux. Une femme dont le cœur est ouvert i la vanité , s'imagine aisément qu'en [se paran du même costume elle se trouvera embellie de mêmes grâces; elle achète une robe de bergère et quand elle l'a revêtue , c'est une vieill duègne que chacun reconnaît en elle. Une autn voit un bonnet , un chapeau , un turban qui siei à ravir sur une jolie tête; elle achète à quelqu) prix que ce soit, et elle ne pense pas qu'il n< fera que rendre plus remarquables des trait grossiers ou une figure commune. Cependant la marchande et la fille de boutique avec une impertinente volubilité de langue
PARURE DES DAMES. SgS
vantent, recommandent et portent aux nues l'objet qu'elles présentent , jusqu'à ce que la raison de celle qui les écoute ait succombf sous l'influence de leur babil.
Le goût, bien plus que la mode, devrait diriger dans le choix des couleurs, et c'est pourtant un d^s points sur lesquels les femmes du bon ton se laissent le plus souvent tromper : la marchande de modes ou la lingère , qui n'a d'autre intérêt que de vendre , sait les déterminer à choisir celle précisément qui doit leur être la plus désavantageuse. Ainsi nous voyons la grosse femme d'un alderman , sur le front de laquelle les roses ont établi leur trône en laissant apercevoir quelques boutons d'un rouge vif sur le reste de son visage, prendre des rubans de couleur orange ou coquelicot , qui , ombrageant une figure bourgconnée , en font un véritable épouvantail ; tandis que la dame de qualité, au teint pâle et cuivré , et dont les cheveux sont couleur de chanvre , orne de lis sa chevelure , et choisit une robe citron clair.
Ainsi , la douairière qui , par suite de conseils perfides ou intéressés, a acheté une robe décolletée , se place maladroitement à table à côté d'une
296 l'abbaye de westmincteh.