‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement duChapitre 39 sur 43 · N^ XXII · texte numérisé non relu

N^ XXII

L'ABBAYE DE WESTMINSTER

iVo mortshaU rouse thimfrom their lovli htâ.

GnAi's , Eleg.

II* ne sortiront plus de lear sombre demeure.

Je formai , il y a quelques jours , le projet d< visiter , avec un jeune Français de mes amis , récemment arrivé à Londres , les principaux monumens religieux que cette ville renferme, e1 surtout la célèbre abbaye de Westminster , qu'2 ma honte , je Tavoue ( et cet aveu est pénibli pour un Anglais ) , je n'avais pas encore vue. Le nombre des églises de Londres s'élève \ cent cinquante, et à chacune d'elles se rattacheni des faits curieux et des anecdotes intéressantes. Je me propose de consacrer , dans le cours de cet ouvrage , quelques chapitres à celles qui sont le plus remarquables sous le rapport de

L\\BBAYE de WESTMINSTER. 297

leur origine , de leur architecture et de leurs ornemens; cette fois, ]e me bornerai à celles qui excitèrent le plus vivement ma curiosité et celle de mon compagnon.

Nous visitâmes d'abord Saint-Paul, dont la fondation remonte au commencement du dixième siècle de l'ère chrétienne. L'aspect de cette église a quelque chose d'imposant. On est frappé d'admiration lorsqu'en arrivant par Ludgate on aperçoit le portique, le fronton, les deux tours, et le dôme immense qu'on voit s'élever derrière. Mais autant la majesté extérieure de cette basilique excite un vif désir d'en contempler l'intérieur, autant on s'en éloigne sans regret après l'avoir considéré. Les yeux ne sont frappés que de son accablante nudité. Les arcades du comble sont enrichies de boucliers , de festons, de chapelets; mais le mauvais goût de ces ornemens ne fait pas regretter qu'on s'en soit montré si avare.

L'église de Saint-Etienne de JFalbrook produit un effet tout contraire. L'intérieur de ce temple contraste si étonnamment avec celui de Saint-Paul, qu' on ne se lasse point de considérer l'harmonie qui règne dans ses proportions.

298 i/ABB\YE de WESTMINSTER.

On ne saurait trop louer la grâce et Tëlégane de son architecture. L'œil peut facilement toi embrasser à la fois , et l'observateur , apri avoir été charmé de la beauté de Tcnsemble peut ensuite en examiner les détails sans craindi de voir diminuer son admiration. On ne sait l'intérieur de cette église ne fait pas plus d'hoi ncur à la délicatesse du goût de Tarchitec Wreen , que la beauté extérieure de Saint-Pa n'en fait à son vaste génie.

Nous entrâmes, monami et moi , dansTégli de Chelsèa , qui n'a de remarquable que que qaes épitaphes curieuses. Une inscription L tine , entre autres , porte qu'une femme d'n intrépidité au dessus de son sexe , sœur du Ai teur Chamberlayn , et qui mourut le 3o ji 1790 , avait combattu , en habits d'homm pendant six heures , contre les Français , à bc d'un brûlot que son frère commandait.

Tout près de là nous vîmes , dans l'église Batersea , un ouvrage dû au ciseau de Roubill architecte français. C'est un monument élevé l'honneur du célèbre vicomte de Bolimbrokc de sa seconde femme , qui était nièce de n dame de Maintenon. On y remarque aussi c(

L^ABBAYE DE WESTMINSTER. 299

d'Edouard Winter. Suivant rinscription gravée sur ce monument , on y lit que cet officier, servant dans rinde , et se trouvant un jour au mi« lieu d'une forêt, y fut poursuivi par un lion. Il se retira sans perdre un moment sur le bord d'un ëtang , où il attendit le terrible animal : aussitôt qu'il fut à portée, sir Edouard le saisit entre ses bras , et se précipitant dans l'eau l'entraîna dans sa chute. Ayant réussi par son adresse et son courage à se débarrasser , il fut assez heureux pour se placer sur le dos de son ennemi, et parvint ainsi à le noyer. La même épitaphe porte que, par un exploit digne des tems fabuleux, Winter combattit seul, à pied, contre soixante cavaliers asiatiques, qu'il en blessa plusieurs et mit les autres en fuite.

Nous ne voulûmes pas passer devant Suint^ Gilles-Cripple-Gate sans aller saluer les cendres d'un des plus grands poètes des tems modernes. De son vivant. Mil ton , persécuté parles Stuarts, se vit réduit à chercher la sûreté de sa vie sous l'appareil même de la mort. Une inhumation simulée fut le moyen qu'il imagina pour se sous* traire à la vengeance de la cour et à la fureur de ^^$ ennemis. Sans ce stratagème, l'infortuné

3oO L^ ABBAYE DE WESTMINSTER.

poète n^eût jamais composé le chef-d^œuvre que les Anglais , dans leur enthousiasme , élèvent au dessus de toutes les compositions épiques £h bien ! ce même Milton , après sa mort , eu peine à trouver un tombeau. En vain prétendons-nous avoir érigé à sa mémoire un monument dans Westminster ; il est indigne de a granà homme. La maison dans laquelle il i cessé de vivre a disparu depuis trente ans, sam qu^on ait fait le moindre effort pour la conserver !....

Nous ne sortîmes pas de Saint-Gilles san nous être arrêtés un moment devant la tombe d^un des hommes les plus bienfaisans et les pluj misanthropes qu'on puisse citer : c'est (5elle d Henri Welby , qui résida durant quarante an; dans Chismll'Street , où il mourut le 1 6 octobre i636.

Welby avait vécu jusqu'à l'âge de quarantequatre ans dans le comté de Lincoln , honoré di ses voisins, chéri par ses amis et bénidespauvrei qu'il comblait de biens , lorsqu'un de ses frèrej entreprit de le tuer en lui tirant, peAdant qu'i se promenait sur son domaine , un coup de pis^ tolet dont l'amorce manqua. Welby , sans s^

l'abbaye de WESTMINSTER. 3oi

déconcerter , se précipita sur son meurtrier et le désarma. Resté maître du pistolet , il s'en retourna tranquillement chez lui ; mais ayant attentivement examiné Tarme demeurée entre ses mains, il trouva qu'elle était chargée de deux balles.

Cette découverte produisit une telle impres* sion sur lui , que prenant tout à coup le monde en horreur , il résolut de le fuir pour jamais. II n'imita point ces pieux atrabilaires qui allaient s'ensevelir dans les déserts de la ïhébaïde : ce fut au milieu de Londres qu'il voulut vivre seul et dans la plus profonde retraite.

Ayant loué une maison assez considérable près de Cripple-Gate pour loger sa famille , il ne conserva pour lui que trois chambres de plainpied. La première lui servait de salle à manger , la seconde de chambre à coucher, et la troisième de cabinet d'étude. Il ne voulut avoir d'autre domestique qu'une servante qui révérait la singularité de son maître, et le regardait comme un saint. Lorsqu'elle disposait la table à Theure des repas, il se retirait dans sa chambre à coucher ; lorsqu'elle nettoyait sa chambre , il se réfugiait dans son cabinet; de telle sorte qu'il

3o2 L* ABBAYE DE WESTMINSTER.

ëtâit toujours seul. Jamais sa fille, ni son gendre ni son petit-fils , ni son frère, ni sa sœur, n^earent accès dans aucune de ces trois pièces. Il i resta confiné pendant quarante ans , et n'ei sortit que pour être porté dans la tombe.

La fidèle Elisabeth , à laquelle il avait confii son ménage , le voyait rarement , excepté dan les cas d'une inévitable nécessité. La mort di cette servante précéda la sienne de huit jours

Jamais il ne mangea de poisson ni de viand< depuis le moment qu'il se fit hermite ; sa prin cipale nourriture était du gruau d'avoine ; il ; joignait de tems en tems , dans Tété , de la salade ou des légumes froids. S'il voulait se régaler , il mangeait le jaune d'un œuf, mais i s'abstenait du blanc. Quant au pain dont il s< nourrissait , il prenait toujours la partie du mi lieu et laissait la croûte. Sa boisson habituell était de la bière , et il ne buvait ni vin , ni aucune autre liqueur. Quelquefois il se faisait sei vir des confitures , lorsqu'il pensait que sa sant l'exigeait. Dans d'autres occasions , il buvait di lait aussitôt qu'il était trait : Elisabeth seul avait l'ordre de l'aller chercher.

Du reste, il s'imposait la plus rigide so

l'abbaye de WESTMINSTER. 3o3

briété ; il voulait que sa famille et ses domestiques fussent convenablement traités, et, en effet , ils vivaient dans une sorte d'abondance.

II consacrait une grande partie du jour à la lecture , et faisait acheter tous les livres nouveaux. On s'aperçut, cependant, après sa mort, qu'il n'avait lu aucun livre dogmatique ou de - controverse.

Aux époques de Noël , de Pâques ou de toute autre grande fête , il ordonnait que l'on couvrît sa table comme s'il eût dû traiter un grand nombre de convives. Aussitôt qu'on l'avait servi , il mettait une serviette et des bouts de manches ; puis , après avoir prié Dieu de bénir les viandes , il les découpait ; et le rôt , les oies, les chapons, tout, enfin, était envoyé par morceaux à ceux d'entre ses voisins dont la pauvreté lui était connue. Pour rendre sa libéralité complète, il y joignait du vin. C'est ainsi qu'il faisait consister son bonheur à procurer du contentement à un grand nombre d'infortunés. Les jours qui précédaient ces fêtes solennelles étaient employés à prendre des informations , par écrit , de l'état d'indigence des familles qui pouvaient avoir des droits à sa bienfaisance.

3o4 l'abbaye de Westminster;

Un dernier trait de ce singulier personnagi mérite d'être rapporté ; c'est qu'il avait laiss croitrQ ses cheveux et sa barbe au point que s^ eût paru en public, il eût été un objet de curie site pour la multitude.

INous sortîmes de Saint- Gilles , mon compa gnon et moi , et nous nous dirigeâmes vers l'ab baye de Westminster , où nous ne tardâmes pa à arriver. Il n'est pas d'édifice à Londres pin capable d'exciter l'intérêt et la curiosité qu< cette église , dont l'architecture gothique es remarquable par la légèreté de ses masses pyramidales , par la hardiesse et la bizarrerie di sa construction.

Ce ne fut pas sans peine que nous découvrîmes la sonnette du bedeau. Il accourut gaiement à notre rencontre. Ce geôlier de la mort, s'armant alors d'un énorme trousseau de clefs, nous ouvrit l'église confiée à sa garde. Un sentiment religieux s'empara de nous à l'aspect de ces vastes nefs destinées à réunir les cendres des rois et des grands hommes , à honorer du même hommage la puissance et le génie : notre pensée rappela à la vie tous les morts qui peuplaient cette enceinte , ces monarques heureux qui ont

L^ABBAYE DE WESTMINSTEB. 3o5

gouverné l'Angleterre, ces guerriers fameux qui Tout défendue, ces poètes célèbres qui Tont illustrée. Nous les groupâmes , pour ainsi dire , autour de nous ; notre émotion était si forte , notre recueillement si profond, que nous n'osions faire un pas dans la crainte de peser sur une cendre illustre. Nous nous approchâmes avec respect d'une pyramide sur laquelle étaient gravés les noms de Nicolas Bagueall ; ils étaient nouveaux pour moi, quoique Anglais. Je m'empressai de lire l'épitaphe de ce grand homme qui m'était inconnu ; nous apprîmes qu'il était mort à l'âge de deux mois, étouffé par sa nourrice. Une exclamation de surprise nous échappa malgré nous , et nous cherchions , mon ami et moi , à nous expliquer le motif de cette honorable distinction qui avait porté un enfant de deux mois dans le lieu destiné à la sépulture de nos rois , lorsque nos yeux s'arrêtèrent involontairen^ent à la vue d'un tombeau d'une élégante simplicité , sur lequel était écrit, en lettres d'or : Mary Hope, Je ne me rappelai pas l'illustration de ce nom , qui ne figure dans aucun des fastes glorieuxde l'Angleterre. L'épitaphe m'instruisit que Mary Hope était née à BrokaV

3o6 l'abbaye de Westminster.

le comté de Northampton , et qu^elle était moi à rage de vingt-cinq ans , fort regrettée p son mari, marchand de Londres, à qui elle av laissé trois fils , Charles , John et Willian Cette fécondité est un singulier titre à Tho neur de reposer à côté des dépouilles mortell de Shakespeare, deXhompsonoudePitt. Not surprise redoubla lorsque le bedeau, nous me trant du doigt le tombeau du directeur de Monnaie , Henri Purcell , celui de Técuyer Jd Conduct , et une grande quantité d'autres m numens qui couvraient de leur faste des cendx obscures , nous apprit que pour dix ou dou guinées tout le monde avait le droit de se fa enterrer à Westminster; que ce qui rendait < honneur-là si précieux n'était point le vois nage des morts célèbres, mais le prix de la i puUure , qui, dans cette abbaye royale, était double de celui des églises plébéiennes de Lo dres. « Le prestige de grandeur et de nobles dont jusqu'ici j'avais été environné, me \ mon compagnon , s'évanouit ; je ne vois pi qu'une vieille nef ornée de tombeaux de mari d'une médiocre exécution. Westminstern'esif à mes yeux plus respectable que Saint-Pieri

l'abbaye de WESTMINSTER. Soy

aux-Bœufs ou Notre-Dame-du-Haut-Pas , à Paris , et je mMndigne contre Voltaire qui , le premier, s^est si maladroitement avisé de faire honneur aux Anglais d'un sentiment si noble et si élevé pour la mémoire de leurs grands hommes. » Je fus un peu confus , je Tavoue , de cette boutade dirigée contre mon pays ; mais la justesse de cette observation me ferma la bouche. Nous parcourûmes alors Téglise avec autant de curiosité , mais avec moins de respect. Ce* pendant Taspect du tombeau de Shakespeare nous rendit une partie de not^-e admiration. La figure en pied de ce grand homme est pleine de vie ; il est représenté dans le moment de Tinspiration, etsemble rêver au monologue d'Hamlet : Tobe , not to be. C'est un des beaux ouvrages de Schœmakers , qui Ta exécuté d'après les dessins de Kent. Pope et le lord Burlington ont acquitté par ce monument la dette de leurs concitoyens. En Angleterre , le gouvernement reste presque toujours étranger à ces actes de reconnaissance nationale. La plupart des hommes célèbres enterrés à JVestminster ont obtenu des tombeaux de la piété de leurs amis. Les honneurs du mausolée sont une charge de plus que le prince

3o8 l'abbaye de WESTMINSTER.

laisse à ses sujets , et ce n^est pas celle qu acquittent avec moins (Inexactitude et de spl deur ; peut-être la vanité y entre-t-elle ai pour quelque chose : car le nom du fondât est souvent placé , sur la tombe , à côté du n de celui qu'elle renferme ; Tun des deux quelquefois gravé en lettres d'or , et ce n'est toujours au défunt que l'on accorde cette b lante distinction.

Nous payâmes un tribut d'admiration au bu de Mil ton, qu'on aperçoit à peine, qu'aucune i cription ne fait remarquer; aux mausolées d'i dison, de Prior, de Cowley, de Richardsi Mon ami reconnut avec plaisir, parmi tant grands génies, ce caustique Saint-Evremoi dont nousavons fait un lord, et qui vint chercl à la cour de Charles II des plaisirs qu'il ne tn vâit pas à celle de Louis XIV. Le bedeau v nous demander un scheling (six pences) p< nous expliquer tout ce que nous voyions; nous avait laissé le tems de voir, il fallut prc dre celui de l'entendre. La race des cicen est la même partout ; elle pullule en Angl terre. Il n'y a pas de pays au monde où chac sache mieux tirer parti de ce qu'il possède ;

l'abbaye de WESTMINSTER. 809

charlatanisme national attache un revenu considérable aux plus petits emplois.

Quelques personnes, attirées comme nous par la curiosité, se groupèrent autour du vieux bedeau, qui nous récita tout le nécrologe anglais avec rimperturbablc assurance qu^il avait acquise par quarante années d'habitude pratique. Lés tombes royales sont séparées des tombes des grands hommes : celles-ci , confondues avec d'autres, garnissent la nef; celles-là sont ren«* fermées dans des chapelles particulières autour de la partie supérieure de Téglise. Chaque chapelle est fermée par une grille , ce qui donne au concierge Toccasion de lever à chacune d'elles un nouvel impôt sur la curiosité des étrangers. Je ne ferai pas la description de ces tombes si illustres jadis, aujourd'hui si inconnues; de toutes ces épitaphes fastueuses de tant de seigneurs et dames de la cour, l'honneur et l'ornement de l'Angleterre il y a six cents ans; dont le tems , après avoir détruit la valeur et les grâces, use maintenant les éloges sur le marbre, d'où ils commencent à s'effacer; mais je ne puis passer sous silence un monument singulier qui se trouve dans la chapelle de Saint-Erasme :

3lO l'abbaye DE WESTMINSTER.

c'est le tombeau d^un comte d'Ëxeter, chevalic de Tordre de la Jarretière et conseiller privé i roi Jacques. Ce noble seigneur, marié deu fois , avait fait construire un vaste mausol^ pour réunir sa dépouille mortelle à celles de si deux épouses. La première, Dorothée Nevnl fut enterrée à la droite de son mari , qui 9 quel ques années après son second mariage, vint oc cuperle milieu du sarcophage. La dernière plac restait libre ; mais la seconde comtesse d^Exc ter, Françoise Bridger, de Tillustre famille d Chandor, ne voulut jamais consentir à prendr la gauche dans sa dernière demeure ; elle aim mieux se faire enterrer dans une église plu modeste ; mais en même tems elle exigea , poo sa satisfaction personnelle, que son respec pour rétiquette fût consigné sur le marbre C'est , en efiTet , une des i'erius comprises dan réloge qui surcharge sa tombe.

Un grand nombre de chapelles offrent , h côt des souvenirslesplus glorieux pourl' Angleterre des contrastes dont les monumens anglais pré sentent de fréquens exemples. Le burlesqu touche au sublime , et à côté d'un mot spiri tuel le hasard a placé plus d'une niaiserie

l'abbaye de WESTMINSTER. 3l I

Grands et petits sont tourmentés de l'orgueil de survivre dans la mémoire des hommes ; les uns veulent perpétuer le souvenir du rang quMls ont occupé , les autres semblent fiers d'attester sur leur tombe l'inutilité de leur vie et l'obscurité de leur naissance. Quelques-unes de ces inscriptions sont remarquables par leur singularité , telles que celles-ci :

Vanathême prononcé contre Jérusalem

ne s'est jamais accompli pour moi ^

car tu vois ici pierre sur Pierre,

Quoique jeune ,

sa jeunesse n'a pu le protéger contre la mort,

La pie est une toile d'araignée ,

et la mort un balai qui nous enlève tous,

La tombe d'un marin porte cette épitaphe :

Quoique les vents et les vagues

m'aient balotté dans tous les sens ^

en dépit deux je suis entré au port:

mais quoique je sois ici à Cancre avec beaucoup dautres

de notre flotte ,

j'espère la lever un jour et rejoindre

mon amiral Jésus-Christ,

Dans la chapelle de Henri V, le tombeau de

3 1 2 l'abbaye de WESTMINSTER.

ce prince est orne du casque et de Vépée qu portait à la bataille d'Azincourt; ils sont di posés en forme de trophée. Les yeux de mi ami se fixèrent avec une sorte d^efîroi sur cel épée si fatale aux Français , lorsque le bedeai poursuivant son office de cicérone , vint no tirer des plaines d^Azincourt et du quinzièi siècle pour nous montrer , dans un coin de chapelle , de petits modèles de charpente \ Pinvention de Wreen , exécutés pour la coupo d^une halle aux blés. [Notre respect pour Tal baye de Westminster ne put tenir contre une pi reille bizarrerie. Pourquoi et comment ce mi dèle se trouvait-il dans la chapelle de Henri ^ quel rapport peut-il exister entre Wreen et vainqueur d^Azincourt ? çntre un tombeau

une coupole? Des singularités du mén

genre devaient bientôt se reproduire en pli grand nombre.

Les Anglais ont un goût particulier pour l représentations de figures de cire; ils regardei ce moyen de conserver et de perpétuer la physii nomie d'un personnage célèbre comme Tund plus certains. Les chapelles de Westminster soi remplies de ces sortes de curiosités, renfermé

L^ABBATE DE WESTMINSTER. 3 là

dans de grandes cages vitrées où la poussière et la fumée , pénétrant de tous côtés, viennent .décolorer les traits et faner les atours de la reine Elisabeth , de la reine Anne et du roi Guillaume. Auprès des tombeaux de nos rois, la vanitéa élevé une succursale enfumée de Cur tins. Une réunion de ces modèles de cire , que nous nommons waxfiguwcs , se trouve dans la chapelle de Saint- Jean*Baptistei Parmi les personnages curieux .de cette collection , on distingue lord Chattam , revêtu de sa robe de parlement , et coiffé d'une large perruque poudrée à blanc. Ce grand ministre , ainsi costumé , approche de 1^ caricature. Le même ridicule s'est attaché à la statue du général Monk. Mais ce qui passe toute espèce de bornes en ce genre , c'est la figure de cire d'une duchesse de llichmond, dame d'honneur de la reine Anne , qui , non contente de se faire représenter dans ses'habits de cérémonie , en brocart d'or , a exigé que Ton fit percher sur l'index de sa main gauche un perroquet empaillé, objet de ses affections particulières. La magnifique chapelle de Henri VU, que les Anglais regardent comme une des merveilles du monde, est à la gauche du chœur: c'est un monu*

3 1 4 l'abbaye de WESTMINSTER.

ment admirable d^architecture gothique; la voûl est sculptée avec une finesse d^exécution et un variété de dessins au-dessus de tout éloge : é croirait voir une dentelle du travail le plus difi ciie. Vingt degrés de marbre conduisent à ce d veau , dont l'entrée est fermée par une grille d la plus grande richesse; le tombeau de Hesi et d'Elisabeth son épouse s'élève au centre d l'édifice. Ce monument est entouré d'une balai trade de cuivre dont la ciselure est très-soignél Parmi plusieurs autres tombeaux qui enviroi nent celui de Henri VII , et qui sont placés dai les chapelles ou bas-côtés , on remarque ced d'Edouard VI ; de Louis Stuart , duc de Rich mond ; de Jean Scheffield , duc de Bucking ham. Au nord de l'église , on aperçoit la sta tue de la reine Elisabeth et celle de l'infortuné Marie Stuart. La mort a réuni ses deux reines que la jalousie avait séparées pendant leur vii A peu- de distance sont les restes de la rein Marie. Jacques I®% Charles II , Guillaume III la reine Anne , Georges II , reposent aussi daa cette chapelle. Le général Monk a sa place dan la sépulture des rois. Les deux côtés de la cha pelle sont garnis de stalles de fer sculpté , sut montées des bannières et des armes des cheva*

L^ ABBAYE DE WESTMINSTER. 3l5

Hers de l'ordre du Bain. C'est là que se tiennent

les grands chapitres de cet ordre , et qu'on pro«

cède à la réception des chevaliers. A l'éclat mo-»

derne d'une de ses armures , à la fraîcheur d'une

de ces bannières sur laquelle on reconnaît les couleurs et les armoiries du duc de Wellington ^

k la place qu'elles occupent dans la chapelle , DU s'aperçoit que la réception du noble duc est la dernière qui ait été faite.

Si l'on ajoute aux objets que je viens de signaler le fauteuil vermoulu dans lequel se placent Ie4 rois d'Angleterre le jour de leur sacre , fauteuil qui servait autrefois au couronnement des rois d'Ecosse t et que le peuple regardait comme le palladium de cet ancien royaume , on aura une idée de ce que renferme de plus curieux l'abbaye de Westminster. Il faut pourtant y ajouter deux monumens. L'un , plus fastueux que noble , fut érigé à la mimoire de Williams Pitt par le par-» lement; la simplicité en est un peu orgueilleuse : le corps de ce ministre fameux est déposé sous une des dalles du pavé de la nef; il n'est distingué de la foule que par les lettres W. P. , qu'on découvre à peine. L'autre a été élevé , par les soins du roi Georges III j à l'infortuné major André , qui périt dans une hazarious enterprise.

3i6 l'abbaye de westminsteb.

Je savais qu'à sa mort l'amiral Nelson , 1^ des plus grands bommes de la moderne Ang terre , avait témoigné le désir d'être renfen dans le mât de son vaisseau , et enterré dl l'abbaye de Westminster ; nous fimes plnsiei fois le lourde l'église , et n'y pûmes dëcouvril tombeau de l'amiral. Le bedeau, qui s'apc çut de notre embarras , le fit cesser en nousi nonçant que l'on n'a point tenu compte des di nitres volontés du vainqueur de Trafalg L'amiral Nelson a été exilé de la demeure sépi craie des rois. Le gouvernement qu'il défea cinquante ans, le pays quis'bonoredelecomp parmi les héros qui l'ont le plus illustré , Vi qui lui doit une partie desa jeune gloire , ont a connu le vœu du grand homme : ils ont porté cendres dans l'immense solitude de Saint~Pa

LE CLUB DES NABABS. 3lJ

^/%/^%/V% %/>tVK^/\ %/%,•%/%/*/% X^WV\ %^%^V% X/%/VW%%%'VW% %/%>%/%/V^^/^^/\/%^

Page 1