‹ L'Hermite de Londres: ou, Observations sur les mœurs et usages des Anglais au commencement duChapitre 40 sur 43 · N** XXIII · texte numérisé non relu

N** XXIII

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lU n'ont d'antres affaires qnetle manger ) ils sont nés pour la digestion.

Lk. Bnoïkni.

Comme je descendais un jour Saint^James'^

Street , j'y rencontrai un de mes amis qui avait

fait dans Tlnde ce qu'on appelle une fortune

monstrueuse. Sa personne ne Test pas moins ,

quant à Tembonpoint ; sa face of&e la couleur

d'une guinée , et ses lèvres sont bleu-de-ciel.

« Avez-vous è té dans l'Inde ? me demanda-t-il .

— Jamais y rëpondis-je , étonné de cette ques*

tion. — C'est bien dommage! — Pas du tout: je

n'ai ni perdu mon tems , ni gagné une maladie de

foie. — N'importe , c'est grand dommage. Vous

auriez pu être élu membre du club des Mababs,

et il n'en existe pas un pareil dans Londres, *•

* On donne, à Londres, le nom de «aâaSs à tous ceux qui ont fait fortune 4aiii rinde.

3l6 LE CLUB DES NABABS.

Je le priai de me donner quelques détails s\ cette société unique. « Ce club , me dit-il , i compose d'hommes riches qui ont été dai rinde. On y fait des diners consistant en toi ce qu'on peut trouver de plus rare et de pli recherché , et où tout est apprêté à Tindienni

— La cuisine anglaise et française me suffi

— Nous ayons quatre cuisiniers. — Un seuil serait--il pas assez ? — Non , vraiment. L'un e pour la tortue , l'autre pour la soupe nommi malacaiaçpney , le troisième pour les ragoûts i €unj , et le dernier pour le surplus. »

Alors il me parla de houkars ', de chillum et de beaucoup d'autres choses aussi inutih pour moi qu'elles m'étaient inconnues , pui; qu'elles avaient rapport à l'art de fumer, que ; ne pratique jamais , comme je le lui dis. « Tai pis ! me répondit-il. Notre sallfs à mangi est entièrement ornée de vues de l'Inde. — j ne porte pas les miennes si loin. — Noi ne sommes servis que par des domestiques ne grçs. — J'en aimerais autant de blancs, et] les préférerais même pendant les chaleurs. - Toute la magnificence orientale y est déployë<

— Le luxe a peu d'attraits pour moi. — - Mai la compagnie la plus choisie. -^ Ah ! cel

LE CLUB DES NABVBS. Sig

doit certainement être pris en considération. » J^appris alors , en le questionnant , que cette société se composait de vieux épicuriens , brûlés dans les Indes , et dont le goût était difficile en proportion que leur palais était usé ; que chaque dîner coûtait cinq guinées par tête ; qu'on y mangeait en silence , et qu'après le repas on dormait une heure ou deux pour calmer TefTet des nombreuses libations *. Monami m'engagea à devenir membre de ce club , dans lequel il me dit qu'il était question de recevoir des associés honoraires i ajoutant que dans la prochaine

* Dans aucun pays du monde on ne sacrifie à Bacchus aTec autant de ferveur qu*en Angleterre. Les premières classes ne le cèdent, à cet égard , aucunement aux dasses inférieures. £n janvier 1814 » le prince-re'gent fit au duc de Portland Thonncur d^étre lotparrain d*un de ses fils. Il y eut , à cette occasion , un grand festin au château de Bellepaire. La maison contenait plu|deaoo personnes qui prirent part aux rc jouissances. Une citerne de punch fut dressée dans une des pièces du château. Bientôt toutes les iisnes de cette résidence présentèrent Vimage d*un fort pris d*assaut. La plupart des couTives tombèrent dans tous les passages, et ne commencèrent â donner des signes de vie que le lendemain. Les appartemens et les antichambresoHraientle tableau de la pi us dégoûtante orgie. Un écrivain françab, quia vécu long-temsen Angleterre , a fait en ces termes le tableau d*un vice plus particu-

Sao LE CLUB DES NABABS.

séance on devait proposer l'admission d'un grand voyageur , c'est-à-dire d'un grand bro* deur d'histoires, d'un homme doué d'une imagination fertile , ajmnt l'art d'emheliir considéra^ blement les faits qu'il raconte. Sa réception paraissait devoir souffrir d'autant moins de difficulté j que l'amusement qu'il procurerait âni convives par ses récits faciliterait considérablement la digestion.

Que de plaisirs réunis à la fois ! un dlnei coûteux , une société silencieuse , un bouffon |

lier aux Anglais qu^à tout autre peuple : « L^ivrognerîe es presque crige'e en vertu en Angleterre; îlseraît difficile di calculer à quel degré cette intempérance vicie les xnœart de la nation , à la dépravation desquelles la manière rea serrée dont vivent les familles dans leur intérieur vien encore ajouter sa funeste influence. Depuis la classe I plus misérable jusqu^au «marchand , la famille^ toujouf! très-nombreuse, n*a qu*une cbambre à coucher : dnqoi six personnes , quoiqye de sexe différent , reposent ordi nairement dans le même lit ; les plus jeunes avec le pèn et la mère. Là, aucune espèce de décence n'est observée le chef de la famille , toujours ivre le dimanche , et souvent plusieurs jours de la semaine, donne à ses enfan Texemple du cynisme le plus effronté. »

Ce tableau est outré; on trouve en Angleterre, comnH en tout autre pays, au sein d'un grand nombre de familles respectables, des exemples de toutes les vertu privées et sociales.

des nègres poar vous servir , des vues de TlnJe pour vous récréer les yeux , une épaisse fumée de tabac et un sommeil paisible ! Dan3 la bonne ville de Londres , il suflit qu'une chose soit étrangère pour qu'elle plaise ; un club oriental , une société transatlantique , une ta-^ bagie allemande , la Vénus hottentote et les jongleurs indiens , tout ce qui est coûteux, tout ce qui vient de loin , est sûr d'y réussir. Mais de tous les cbâtimens qu'on pourrait m'infliger , celui que je regarderais comme le plus terrible serait d'être condamné à dîner à grands frais et silencieusement dans une atmosphère de fumée. Il est certain que les sujets de conversation doivent y être en très-petit nombre, et d'un intérêt encore moindre : peut-être quelques détails secs et arides sur un voyage fait sous un soleil brûlant à Bénarès ou à Bencolen , ou une grave discussion sur certaines matières de cuisine; le tout entremêlé de phrases semblables à celles-ci : « Gouverneur , encore un peu de calipash , s'il vous plaît. — Encore un verre de punch à l'arack. — Lé curry n'est pas assez chaud. — Le vin n'est pas assez frais. — La pipe du nabab est vide. — La cravate du com-

missaire-gënëral est si serrée qu'elle I'étral^ glera si vous ne réveillez. »

Les clubs , composés d'une classe d'homme* particulière , ne devraient pas avoir d'associé étrangers : la place des hommes du monde n'es point dans ces assemblées , et cependant nou voyons des jeunes gens à prétentions , de grand enfans , s'empresser de faire partie d'un clul asiatique ou africain, et se rendre malades pour l plaisir de fumer d'une manière nouvelle et de si gorger de mets étrangers. D'où vient ce goû pour les objets de luxe de l'Orient , de l'Occi dent et des autres parties du globe ? c'est qu'il sont rares 9 qu'ils viennent de loin, et qu'bl ne peut se les procurer qu'à grands frais.

Les réunions où l'on prétend avoir un secret et où il n'en existe aucun qui mérite d'être connu , sont encore un moyen d'attraper l'argeni de jeunes fous qui , avec un peu plus de goû et de jugement , pourraient devenir membrei de sociétés littéraires, savantes, philosophiques de celles dont le but est d*encourager la vertu la morale , qui perfectionnent en nous le goûl de la poésie , de la musique ; qui nous fortifient dans la connaissance des langues , et , par dessus

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tout, qainatisinspireQl la bienveillance et nous font conaaiire les règles du savoir-vivre. De telles réunions , même quand elles sont accompagnées d'un diner , ont an but utile. Hais que peut-on gagner avec le tyran ou l'esclave de rinile ou de l'Afrique ? son argent ? Il n'en est nullement prodigue.

Quant à moi , je me déclare philanthrope , cosmopolite , ami de l'faumanitë , citoyen de l'univers; l'Europe civilisée est mon club. La société de tout homme honnête et instruit , n'imporle quel pays l'a vu naître , est celle que l'on doit préférer.

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