LA VENUS HOTTENTOTE A SON COUSIN
Lc5 babitant de Paris sont d'nn« coriMÏté qui Ta josqn^à l'vxiravagaocc. Lorsqti* j'arrivai , je fus rrgar4ée comme ai j'avais iii enTOyë* d« ciel. Vieillards, femmes, eafaas, tous ▼ovlaieot me Toir .« . Cbosc admirAbie ! je trovvais de mes p ortrails partout ; je ne TOjais multiplia d^ns tovtes les bontiques , sur toutes les chtmioéct , tam on crai|ttait de ne m'a voir pas asseï vue.
SIoMTBsftouo , L4itrts ptruuus.
Mon ami 9 je me plais ici autant qne je m^ennuyais à Londres. L'aii de Paris convient aux femmes aimables. Je n^ai excite nulle part une aussi vive curiosité. On acconrt de tous c6tës pour voir Sartjée. Ces gens-là ne sont pas dégoûtés! mais leurs questions, car ils ne cessent
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de m^en faire , m'embarrassaient fort dans leâ premiers jours. Le hottentot n'est pas très-cul*^ tiyë à Paris, et je ne savais pas un mot de leur jargon. Il était donc asse^ difficile de nous entendre. A présent j'écorche passablement le français. On prétend même que certaines dames de haut parage ne s'expriment pas avec plus d'élégance que la Vénus hottentote. Je n'ai cependant eu d'autre maître que mon cornac. C'est le nom qu'on donne ici au savant qui m'y a amenée.
Grâce à ses leçons, je puis aujourd'hui con* verser avec les curieux qui paient pour me voir et que j'observe pour leur argent ; mais , plus libre avec elles , ce sont surtout les personnes de mon sexe que j'ahne à entretenir. En général , les Françaises parlent peu : c'est un défaut qu'on leur reprocke depuis l<mg-tems. Ma qualité d'étrangère les rdnd moins silencieuses ; elles m'apprennent mille choses que j'ignorais, mille secrets hnportans qu^elle n'ont jamais révélés qu'à moi seule. Je dois cette confiance au vif intérêt q«e je leur inspire ; car elles «ont, entre elles , d'une discrétion à toute épreuve. Je me flatte de les bien coonattre. Tu sais à quel degré je pos^
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sède Tesprit d^observation : on ne me trooipe pas aisément.
Mon ami , sans les Hottentotes les Françaises seraient les plus jolies femmes de la terre ; mais , par modestie, elles ne veulent pas qu^on le sache. Leur manière de se vêtir cache ce qu^ elles ont de plus agréable. Les modes les plus bizarres, les moins propres à relever Téclat de leurs charmes, sont toujours celles qu^ elles préfèrent. Honteuses de plaire , et craig;nant d^exciter des désirs , elles se parent de ce qui les enlaidit : c^est pousser la modestie un peu loin ; mais voilà comme elles sont. Jamais on ne viendra à bout de leur faire sentir les avantages de la coquetterie. Le mot seul les effraie. Elles portent aujourd'hui des chapeaux si hauts, quHl faut se lever sur la pointe des pieds pour atteindre k Textrémité ; mais ceci tient à une circonstance que je veux te faire connaître.
Quelques Anglaises arrivèrent ici il y a deux mois ; elles étaient coiffées à la manière de leur pays, avec des chapeaux très-bas. D'abord on s'en moqua : c'est toujours par là que Ton commence en France ; puis on invita poliment les voisines à vouloir bien , par déférence , porter
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des chapeaux un peu plus élevés : on ne leur de* mandait que deux pouces de plus. Les voisines , très-entétées sous leurs petits chapeaux , tinrent bon , et jurèrent qu^ elles ne quitteraient pas leurs galettes. Outrées de cette obstination , les Françaises commandèrent aussitôt des chapeaux encore plus élevés que ceux qu'elles avaient portés jusqu'alors. Par esprit de contradiction , les Anglaises firent baisser les leurs d'un bon pouce. Ainsi , c'était à qui , par esprit national , s'enlaidirait le plus ; et on craignit un instant que cette guerre des chapeaux ne devint la cause d'une guerre plus sérieuse entre les deux peuples ; mais leurs gouvememens furent assez sages pour ne point entrer dans cette querelle. Toujours est-il vrai que les plus jolies femmes de la terre y après les Hottentotes , se coiffent aujourd'hui à faire peur pour mieux proi^v^ leur patriotisme. Il a même été décidé dans un comité , présidé par une marchande de modes très-célèbre, nommée monsieur Leroy, que cette coifiure bizarre serait portée tout l'hiver, ce qu'il faut regarder comme un phénomène extraordinaire dans les fastes de la toilette. La mode change ici comme le vent, et cependant elle
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compte une foule d'adoratents; chose bien dîfS-^ cile à expliquer, car les Françaises n'ont point de caprices : je les ai assez étudiées pour m'en convaincre.
Elles s'habillaient, Tannée dernière, à la chinoise , et il n'y avait rien de plus ridicule. J'ai conseillé à toutes celles que j'ai eu occasion de voir, de s'habiller celte année à la hottentote, ce qui serait de très-bon goût. Elles m'ont répondu , avec une ingénuité charmante , que nos modes étaient trop naturelles et ne cachaient presque rien. Quelle modestie ! mais aussi quel préjugé! M'avons-nous pas un tablier qui des* cçnd presque jusqu'aux genoux , et qui siérait à merveille à ces dames, surtout avec leurs chapeaux en pyramides? Elles pourraient, d'ailleurs, si elles le. trouvaient trop court , l'allonger un peu; mais je n'en sens pas la nécessité. Tel que nous le portons , c'est un vêtement fort décent ; et il faut y regarder de très-près pour voir quelque chose. Le principal est donc sauvé. Quant aux accessoires , ils n'exigent pas la même surveillance.
Tu sais , au reste , mon ami, par ta propre expérience, que, si naturelles que soient nos
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modes, elles n^àteat rien à la sévérité de nos mœurs. Avant que. lès vieillards de notre hraal m'eussent accordé la permission de porter des anneaux *, tu n'obtins de moi que des espérances. Jusqu'à cette époque , une jeune Hottentote» bien née, ne donne pas davantage.
Pourtant je t'aimab bien, et tu as dû t'en apercevoir lorsque j'eus mes anneaux. J'espère au moins que tu ne doutes pas de ma fidélité. Il est vrai qu'une femme honnête , qui voyage pour son instruction, pour agrandir le cercle de ses idées , court plus df risques qu'une autre. On en cite plusieurs exemples. Mais, quoi qu'il puisse m'arriver, rassure-toi , mon ami , monccour est ton bien; je te le garde. Ces Anglais que je quitte l'auraient payé bien cher; je n'ai pas voulu le leur laisser. Encore une fois, je te le garde.
En France aussi je fais des conquêtes, et ma résistance a d'autant plus de mérite , que les moyens de séduction sont plus dangereux. Der-
* Celte permission de porter des anneaux n*est accordée aux Hottentotes que lorsqu'elles sont nubiles.
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niërement, dois- je conter cela à mon cousin? nn jeune homme très-aimable , mais bien inconsidéré 9 me fit une proposition dont ma Tertu ne put s'empêcher d'être révoltée. Cet imprudent parlait très-haut, et la salle était remplie de curieux. Ma réponse \e désespéra , et il sortit en jurant qu^il allait se jeter à la rivière. Je fiis affligée de sa résolution. Les Hottentotes sont sensibles; mais qu'y^ pouvais- je faire? il y avait tant de monde dans cette salle ! Je croyais donc le pauvre garçon bien noyé, lorsque je le trouvai quelques jours après dans un bal auquel j'avais été invitée.
C'est déjà une chose fort bonne à savoir que^ dans ce pays-ci, la danse calme le désespoir de tous les amans malheureux. Je fis, dans la même soirée, une autre observation qui ne me causa pas moins de surprise. Les Françaises dansent avec grâce, mais sans passion, sans vivacité. Il est facile de voir que ce genre de divertissement n'est pas de leur goût, et qu'elles ne s'y prêtent que par complaisance. Aussi se font-elles toujours prier pour danser. Leurs danses d'ailleurs sont très-monotones. Ah! cousin, vivent les nâ-
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très , et surtout celle du singe et du babouin , que nous dansons à quatre pâtes avec une si grande vérité d'imitation , et surtout avec tant de décence, sans déranger notre tablier, au moins par devant , c^est le principal. Les danses bdSùrçaises ne la valent pas à beaucoup près.
Pendant que ces dames dansaient, je m'entretenais avec mes voisins. On ne sait causer qu'en France. Le plus souvent, ce qu'on y entend n'a pas le sens commun ; mais il est impossible de donner à des sottises une tournure plus agréable et de déraisonner avec plus de grâce. En vérité , ces Français sont bien séduisans. Mais ne crains rien, mon ami , ce n'est pas ici qu'une femme apprend à être infidèle. Les mœurs y sont aussi sévères que chez nous. Tu vas en juger.
Un mari poursuivit , il y a quelques années , sa femme en justice pour cause d'adultère. Cette accusation causa un grand scandale : elle était inouie. Tout Paris aussitôt prit parti contre Tac*^ cusateur ; on le regarda comme im monstre. Peu s'eu fallut qu'il ne fût lapidé. Les plaidoieries s'ouvrirent ; il y assista, et quoique sa figure
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vint à Tappui de sa plainte , les avocats, après lui avoir reproché toute Uhorreur de sa conduite, et lui avoir fait sentir combien il méritait peu la femme vertueuse et impeccable qu^il calomniait, demandèrent qu il (ùt mis bors de cour, vu Timpossibilité du cas.
Le tribunal faisant droit , ouies les raisons et les injures des avocats, le débouta de sa demande , et le condamna aux frais , avec injonction d'être moins jaloux et plus confiant à Tavenir. Nos vieillards n'auraient pas mieux jugé. Depuis sa condamnation, le mari débouté n'ose plus se montrer , et il fait bien : les femmes lui arracheraient les yeux pour venger l'honneur de leur sexe. Cette fureur et toutes les circonstances du procès prouvent évidemment qu'une pareille accusation répugne aux mœurs générales f qui éloignent ici jusqu'au soupçon d'une infidélité. Mais en France , comme ailleurs , les apparences sont trompeuses ; aussi les gens raisonnables ne s'y fient pas , et , pour être plus sûrs de leur fait, refusent de croire même ce qu'ils voient.
Appelé l'autre jour par une très-grande dame
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qui désirait me voir, je me rendis à son hôtel , accompagnée de mon cornac , qui ne me quitte guère. Elle n'était pas seule : un jeune homme lui tenait compagnie , et prenait avec elle les plus douces familiarités conjugales. Nos baisers n^étaient pas plus tendres le jour où je portai des anneaux pour la première fois. Je &is enchantée de trouver deux époux si bkn unis. Le tableau d'un hoa ménage fait toujours plaisir à voir. Mais , lorsqu'en sortant , je fis part de cette ob-» servati<m k mon conducteur, il éclata de rire et osa me soutenir que le mari était en ce moment à près de deux cents lieues de Paris. Garde-toi bien, au moins, d*en rien croire. Mon cornac est une mauvaise langue. Je gagerais mon tablier qu'à a menti , ou que cette dame n'est pas Française.
'On a dit , mon cousin, beaucoup trop de mal des Français. Plus on vit avec eux , plus on apprend à les estimer; mais je ne voudrais pas que cette nation fût voisine de notre kraal : elle ne nous laisserait certainement pas fumer en paix. Cette douce inaction, si chère aux Hottentots et aux marmotes , lui est insupportable ; elle s'agite
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sans cesse , et , dans ce mouvement perpétuel ^ il est bien difficile qu^elIe ne coudoie pas un peu ses voisins. Belliqueuse avant tout, un jour de bataille est pour ses jeunes guerriers un jour de fête ; ils s'inquiètent peu de mourir ; ce qui leur importe, c'est de vaincre; et avoir comme ces enragés courent au feu , on dirait que c'est la vie qui leur fait peur, et qu'ils craignept seulement de ne point mourir assez tAt. Ils se battaient hier ; ennuyés de ne pas se battre aujourd'hui,. ils demandent si demain, au moins, il y aura quelque chose à faire : têtes folles, qui ne mûrissent que lorsqu'on les casse.
Mais comme , si bien qu'on s'y prenne, on ne peut accorder à tous cette insigne faveur , ceux qui en reviennent se croient les plus malheureux. Ils accusent le canon de leur avoir Ëiit un passedroit ; ils reprochent aux bombes de s'être détournées à dessein de nuire à leur avancement. Amoureux des dangers , deux ou trois blessures ne font que les affriander; et, sont-ils mutilés , ils se plaignent moins du bras qu'ils ont perdu que de celui qui leur reste, et dont ils espèr^^t ^ bien se défaire à la première occasion. £n at-
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tendant , ils veulent an moins qu'une décoration ostensible, juste et honorable récompense de leur bravoure , atteste à tous les regards que , s'ils vivent encore, ce n'est pas leur faute, et qu'ils se sont assez bien conduits pour mériter de mourir. Tu avoueras qu'avec de tels soldats, qu'admirent même ceux qui sont le plus dispensés de les aimer , on peut tout oser et tout exécuter ; mais, le croirais-tu? le chef de ces braves, l'homme que leur courage et la fortune avaient élevé au plus haut point de gloire et de puis^ sauce, parait avoir plus de philosophie. II a perdu le plus bel empire du monde, et il se porte à merveille. Le cas qu'il a fait de la vie , dans une pareille circonstance , a bien étonné des gens si habitués à mépriser la mort.
Je veux maintenant te faire part des rensei^ gnemens que j'ai reçus sur des braves d'une au-* tre espèce , encore plus nombreux que les premiers ; mais heureusement moins redoutables , parce que les armes dont ils se servent sont moins dangereuses. Ce sont les guerriers-discoureurs, ou les nouvellistes, qui parlent lorsque les autres agissent. Au premier signal , ils entrent en campagne , et prennent dans les cafés des positions
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respectables , d^où il n'est pas facile de les dé-* busquer. C'est de là qu'un journal à la main, ils dirigent toutes les opérations militaires , tracent aux généraux les plans qu'ils doivent suivre , et ne leur permettent point de s'en écarter. Rien ne se fait qu'ils ne l'aient prévu. Leur coup d'œil est si sûr! leur pénétration si grande!
Leurs relations sont d'ailleurs trës-éteadues, et ils sont si bien servis par leurs correspondans, que leurs courriers précèdent toujours de vingtquatre heures ceux du gouvernement ; ils savent qu'un choc est inévitable et qu'il sera terrible. Ils font aussitôt les dispositions convenables, rangent l'armée en bataille , avancent , attaquent avec impétuosité , jonchent la terre dç cadavres et sont fort embarrassés de leurs prisonniers, tant le nombre est considérable. On apprend le lendemain que , là où ils ont combattu , il n^y avait point de combattans , et que les troupes qu'ils ont fatiguées n'ont point quitté leurs cantonnemens. Mais ils n'en veulent rien croire , et soutiennent que le silence qu'on garde sur cette grande journée est un calcul de la politique , et que les puissances belligérantes sont convenues de détruire leurs années sans en dire un mot à
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personne. Quant à Tarmée des nouvellistes , elle est toujours au complet. Ymlà vingt ans qu^fls font la guerre y exécutent les manœuvres les plus savantes autour du poêle qui les réunit , et tournent Fennemi en prenant leur demi-tasse ; mais si vive que soit la mêlée, tous les soirs, à la même heure , ils se retirent en bon ordre , sans avoir éprouvé aucun accident fâcheux. Les guerriers-discoureurs sont invulnérables.
Aussi ce jeu leur plaisait fort ; mais voilà , qu^au moment où ils s*y attendaient le moins j une paix générale , conclue sans leur participation , rend inutiles et leur bravoure et tous les plans de campagne qu^ils avaient préparés pour Tannée prochaine. Plus de sièges à faire , plus de combats à livrer , plus d^ennemis à mettre en déroute complète , k poursuivre sans relâche ; enfin, plus de carnage : Thiver sera bien triste! De quoi causeront-ils? et qui voudra les écouter? Déjà ils s'aperçoivent qu'on n'a plus pour eux cette considération qu'ils devaient surtout aux bonnes et sûres nouvelles dont ils étaient toli- )0urs si bien approvisionnés , et à Thabileté avec laquelle ils faisaient manœuvrer de grandes armées sur un petit terrain. Très-estimés pendant
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la guerre , on les regarde à peine depuis que la paix est faite. Aussi sont-ils très-mëcontens ; mais ils espèrent que cet état de choses ne durera pas long'tems , et qu'au premier jour FEurope entière sera en feu. Ils croient Thonneur de la France compromis , s'ils n'ont plus rien à dire et plus de combats à décrire. Enfin, tout est perdu , si on ne se tue pas, pour leur donner le plaisir de compter les morts.
Leur mauvaise humeur s'adoucirait cependant s'ils étaient mieux payés de leurs travaux , et si le prix de la valeur était accordé à leurs vives instances ; car on sait, à n'en pas douter, que plusieurs d'entre eux, atteints de la maladie rër gnànte, ont aussi demandé la décoration des braves ; mais c'est en vain qu'ils ont adressé au ministre l'état de leurs services , duement constatés par tous les habitués de cafés où ils ont &it la guerre. Leurs mémoires sont restés sans réponse ; et lorsqu'ils s'informent dans les bureaux du point où est leur affaire , les commis , qui aiment à rire , en attendant quatre heures , les prient de dire à quelle bataille ils ont été blessés. Voilà donc vingt campagnes perdues pour eux. Incessamment on aura besoin de leurs
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conseils et de leurs lainières , mais ils ne mon^ treront plus la même complaisance : car ils sont très-mécontens : ils le disent très-haut partout, et ne cesseront de le répéter.
Lé moyen de les empêcher! Ceux dont je t'ai parlé en commençant cette lettre , qui regrettent tant de n'être point encore enterrés , s'habitueront peu à peu à la paix^ et, après quelques façons , consentiront à vivre ; mais les autres ne consentiront jamais à se taire, et peut-être n'en serSent-ils pas les maîtres. Cela tient plus qu'on ne pense à leur organisation physique et morale. Nous autres Hottentots, esprits méditatifs, nous fumerions des mois entiers sans dire un mot. An contraire , un Français taciturne , ou qui ne parle qu'à propos, donne de très-vives inquiétudes sur sa santé ; et, dès qu'il refléchit, les médecins en désespèrent et se retirent. Il faut donc, quoi qu'on en ait, permettre ici de causer f puisque la vie en dépend.
On croit cette permission dangereuse , et on a bien tort; car c'est presque toujours sur it$ sujets assez frivoles que les Français exercent leur malignité. Si quelquefois ils oublient letir légèreté naturelle : si , raisonnables par boa-
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tade, ils s'avisent de vouloir se mêler de leurs affaires , laissez-les dire et fronder ; ils crieront , mais ils paieront; ils se débattront de toutes foices , mais vous finirez par les lier : c'est vraiment un bon peuple, et celui de tous que j'aimerais le mieux à gouverner. Il est vif, irascible ; mais sa rancune ne tient pas et ses vengeances ne sont pas cruelles.
A mon arrivée dans ce pays, on en voulait beaucoup à certains individus qui avaient un peu trop abusé du privilège qu'ont les hommes puissans d'opprimer et de nuire. Ailleurs, ces honnêtes gens auraient eu tout à craindre de l'exaspération des esprits. Ici, ils en ont été quittes pour la honte, châtiment bien doux pour ceux qui, depuis long-tems, s'étaient défaits fort avantageusement de leur honneur. De petites images, appelées caricatures, dans lesquelles ils figuraient d'une manière assez plaisante , des couplets satiriques, quelques épigrammes qui, encore, n'étaient pas toutes très-bonnes , voilà tout ce qu'ont produit de trop justes ressentimens. On a ri , et on s'est cm vengé. Ce seul trait suffirait pour te faire connaître une nation dont on dirait beaucoup plus de bien si on
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s^attachait plus à peindre ses beareuses qualités que ses Iravers.
Bonsoir, cousin. Voici l'heure ofk les curieux viennent me visiter ; je ne puis pas les faire attendre. Bonsoir donc. Penses toujours àSartjëe. Mon cornac te fait ses complimens.
Pour copie conroeme :
l'hESMITE du PAUBOUHG SAINT'GEBHAIN.
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