LES ETREKNE9 DE LA BIENFAISANCE
Cred€ mihi^ res est ingtniosa dare.
Ovin,, Elég., liv. II.
Croyei-moi, c'est un art qae de savoir donner.
J^ rendis ces jours derniers une visite à M"***, plus connue chez les pauvres que dans le monde. Elle était assise auprès d'une table , et occupée à compter de l'argent, qu'elle divisait ensuite en plusieurs parties. « Vous arrivez bien à propos ,
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me dit-elle , en me voyant entrer. Asseyez- vous , tenons conseil. Le jour teirrible approche; je songe aux ëtrennes que je dois donner à mes deux filles et à Jules. Voyons, quel est votre avis P Dirigez-moi dans mes emplettes. » M°' *** me disait tout cela d^un ton qui m'annonçait assez qu'elle attendait le jour terrible avec autant d'impatience que ses enfans. Je lisais dans ses regards , qu'animait la joie la pliis pure , qu'elle savourait d'avance tout le plaisir qu'elle devait bientôt leur procurer. Enfin, le cceur d'une mère était là, que puis- je dire de plus?
Ces premiers arrangemens terminés, M"* *** prit un air plus grave, et fit d'autres paquets contenant des sommes différentes. « Avez-vousdonc„ lui demandai-je en souriant, avez-vous d'autres enfans? » Un oui fort sec fut sa seule réponse ; mais, trahie bientôt par une émotion involontaire que je partageais, et voyant que j'avais pénétré tout le mystère : « Vous avez mon secret , me dit-elle ; au moins sachez le garder. Ce sont les itrennes des pauvres. Il faut bien, dans un jour où l'allégresse devrait être générale , adoucir quelques peines , essuyer quelques lar-
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mes. » Je fus beaucoup moins surpris que touché. Je savais, depub long-tems, que M"* *** s^ était fait use douce habitude de la bienfaisance , et que tous les indigens de son quartier ne pro« nonçaient jamais son nom qu^ayec attendrissement.
Ce sont les étrennes des pauçres. Voilà ce que j^ai entendu , ce que je ne puis plus oublier. Que de malheureux seraient secourus , si l'exemple que donne tous les ans M"* *** était plus suivi! Sa fortune n^est pas très- considérable; le bien qu^elle fait est immense. Ce sont les étrennes des pauvres. Ces mots me reviennent sans cesse. Je voudrais qu^ils retentissent dans tous les cœnrs. C'est surtout dans cette saison que les secours ordinaires ne suffisent plus pour combler Tabime creusé par la misère. Bien des travaux cessent; plus de maux se font sentir; plus de bras étant dans Tinaction, plus de familles sont sans soutien. Il est bien grand alors , le nombre des victimes du sort , de ces enfans que le hasard a déshérités, et qui attendent tout de la seule compassion qu'excite leur infortune !
C'est pour eux que je plaide aujourd'hui.
Cette cause est sacrée. Sans vouloir rien éter au sang, à Tamitië, je réclame pour le malheur, qui a aussi ses droits , une part dans ces prësens qu^un usage antique e\ touchant a consacrés. II ne me convient pas de la déterminer. Que chacun la proportionne à ses facultés. Si légère qu^elle soit, elle sera toujours très- utile. 11 faut si peu de chose pour soulager celui qui manque de tout ! Ce que coûte la moindre hagatelle , le prix du colifichet le plus inutile peut apaiser les cris d'une famille entière. Songez-y ; le moment me semble bien favorable. Les cœurs vont s'ouvrir aux douces émotions , aux senttmens généreux ; comment le plus noble de tous n'y trouverait-il pas un accès facile P
Cette bienfaisance , je Tinvoque autant pour rintérét des riches que pour celui des pauvres ; on peut même, en quelque sorte, la regarder comme une vertu de précaution ; car elle est aujourd'hui une des plus sûres garanties de la tran^ quillité publique et du respect qu*on doit aux pri^riétés. Vous ne doutes^ pas que la grande disproportion des fortunes n'excite très-souvent de sourds. blasphèmes , de dangereuses réclama-
tions. Or , est-ce par le raisonnement que vous prétendez les combattre? Raisonne-t-on avec la iaim ? Yieat-on à boiit de persuader ou de convaincre le désespoir ? Vos lois , même les plus sévères , sont insuffisantes. On les élude , on les brave ; la bienfaisance seule peut familiariser celui qui souffre avec ce désordre social , nécessaire, inévits^ble , j^en conviens, mais dont il est rinnocente victime. £Ue peut seule réconcilier Textréme misère avec Textréme opulence.
C'est son plus grand avaiitage. Il échappe peutêtre à une multitude irréfléchie; d^autres, an moins , seront saisis sans peine.
La bienfaisance répare souvent bien des torts. On voit surtout dans les troubles politiques s'élever des fortunes trop rapides , trop extraordinaires, pour que Tenvie puisse les pardonner. Si<, ce que je yeux pourtant ignorer , s^il en était aujourd'hui quelques-unes dont la voix publique accusât justement Torigine , voici, pour ceux qui les possèdent , un moyen sûr et facile de les réconcilier avec l'opinion, et d^iq>aiser les plaintes même légitimes ; que le malheur , qu^ls ont connu peut-être , trouve en eux un appui ; qu^ils
mettent de côté les ëtrenncs des pauvres ; la bienfaisance purifiera cet or qui n^est point sans ailiage. On ne songera plus à demander d'où il , provient lorsqu'on en verra une partie consacrée au soulagement de Thumanité souffrante. La récompense est grande pour nn sacrifice bien léger. Avant la révolution , un homnift , qu'on reconnaîtra aisément , était arrivé à ce degré d V pulence où la cupidité elle-même semble n'avoir plus de vœux à former. Je crois que , pour y parvenir, il ne s'était servi que de voies honorables. Mais la malignité jouait son râle accoutumé , semait le doute et le soupçon , cherchait enfin à faire prévaloir une opinion différente. Au comm»icement de l'année 17849 B*** ouvrit un asile à la douleur dans un des faubourgs de cette capitale. Aussitôt le bienfait étouffa les murmures, la reconnaissance cria plus haut que l'envie. Des ingrats enlevèrent 9 il y a quelques années , à cet hospice, le nom de son fondateur* La reconnaissance le lui fit rendre ; elle veut perpétuer avec honneur la mémoire d'un homme que. toutes ses richesses n'àurai^t pu sauver de l'oubli. Voilà ce qu'on gagne à donner les étren- II. 4
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nés des pairaHS^ La y^oûti trouve denc aussison compte dans içs oeûfres de la bieo&isffliceé Mais de plus puses, de phis douces jmibsaiices Um sdnl atta^kées.
CetÉi dMt je viens de parier éfnmrrait 4epaift long'-teit» le plus cruel destoonncBSt iasatîéti; il n'y af?a|l pins de plaisirs pirarfaii : il ëtait blasé sar tons» Il demandait vamement à son or ce ipe Tor ne peut donner. Pavvre ridie! Il désespàok d'éfne jan^is kennuic ; itle fiitlorsqu^il eut sa*couru tes malhenireHré Le btebeur qui avait fiai rhmnme client reviiit aJuprès de Thomnie smr sibk. Ainsi la bienâtisanoe paie avec usure, ainsi le plaisir s'accrotl m^e de ee»qQ''il.$enihfe qn!on Ittiâte. Les bons coeur» le savent, Tépronvient SUIS cesse ; mais leur secret n? est point assez di** vnlgttë : les pauvres ne reçoivent pas assèe sauarient teurs étrennes.
Un ^ leurs avocats se prësf^nta un jonr «i milieu d^une de ces réunions nombreuses et hruyanites , dont le commencement de< l'année est Foccasiett èrdinairev II y élaît inconsui^ mais son âge , sa figure et la^ncddessede 9ts lÉomièR^ imposaient le respect. On Ncoiita aveo intérêt.
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C*ëtait1ay€rlH qu'on croyait entendre t « Je ne » viens poînl^ , dit cet envoyé de la bienfaisance , >»>je ne viei» point tnmbler une ftle dont j'ap-« » prouve le metif. P^ix et délices- au coeurs {foi » savent aimer! Mais^ l^ondance est ici , et à » àéVBB, pas la misère portée à son combki Pen^ » dant qve vous vous- réjouisses , d^àntres sonf» ¥ frent , d^ autres pleurent à cAté de vous. N^ » ferez-vofts rien pour eus:? ils sont aussi de la » fanûlk. >> Une bourse était dans- sa main ;- elfe fdl: remplie en un- instant. Alors l^ange àtia charité s'inclina et sortit. Tons les aifs^^ à la* néme époque, les mêmes- persoimes se réunissent, et jamais elle» ne^ se^ séparent sans avoir pensé à ceux qui sont aussi de la fennlle. Ce souvenir , de leur propre aveu, augmente le charme de feur réunion. £a joie est pins vive^ pins franche : les expressiotts de Tàmitié plus tendres, les soo^ haits pltts^ ardens , pins- souvent répétés. Dtes» la cause que je défendis, je ne dois rien négliger; et , puisque le plaisir est le but d'un grand nom^ bre de nos actions, c'est par son attrail^que j'oX'-oite à* la bienfetsanee.
ST*****, dont' j*ai'parié ait' comtiiencei^iit'
de cet artide , ne parait que bien rarement dans ces cercles brillans que les agrémens de son esprit rendraient peut-être moins fastidieux. L^exer« cice habituel d'une vertu, qui chez elle est devenue une passion , répand sur son existence un bonheur qu^elle ne trouverait point dans la dis-^ sipation du monde. Visiter chaque jour quelquesuns de ses pensionnaires , deviner leurs besoins , donner à tous des se^cours et des consolations , voler enfin partout où le malheur Tappelle, voilà ses amusemens. Depuis qu^elle les connaît , tous le5 autres n!ont plus de prix à ses yeux. C'est à elle que j^ai entendu dire qu'une seule bonne action nous suivait partout, pour nous rendre heureux de souvenir. Chacun peut en faire Texpé* rience.
Bien des pièges, je Tavoue, sont tendus à la sensibilité ; c'est le malheur réel quUl est doux de soulager , et celui-là se cache , craint la lumière : on ne le rencontre pas souvent. Les pauvres qui ont le plus de droits à la compassion sont précisément icei^x qui cherchent le moins à Vémouvoir. Leur travail les nourrissait ; ce travail est interrompu ; ils soufi)reQt ; ils mourront avant
de se dégrader : il faut savoir respecter leur honorable pudeur. Les secours quMls rougiraient de mendier , il faut les leur porter. C^est , dans ce cas , au riche à faire les avances , à visiter le pauvre dans sa triste demeure. Qu'y verra-t-il? toutes les misères réunies dans un seul lieu et sur une seule famille ; une mère peut-être sur le point de remplir le devoir le plus auguste que là nature ait imposé à son sexe , une mère obligée de.pleurer sur sa fécondité ; près d'elle , ses énfans , trop nombreux, dont les cris, ces cris aigus de la faim , déchirent son cceur , ajoutent à ses souffrances.... Si ce tableau, dont à dessein je voile une partie, s'offrait plus souvent aux regards de l'opulence, il n'y aurait bientôt plus de malheureux , car c'est une justice à rendre au caractère d'une nation qu'on se plait trop à dénigrer : un Français n'approche jamais du malheur sans chercher à l'adoucir.
Mais la dissipation entraîne les uns ; d'autres sont retenus par une fausse délicatesse. Eh bien! les voilà tous avertis. Qu'ils s'adressent à ces trésorières des pauvres, à ces dames plus recommandâmes par leur vertu que parle rang qu'elles
jS LE PRSMKR JOUR B£ L^AN.
tienaeiit dans le .monde, dont tous les )oiirs, toates.Ies heures , 4oo& les insians sont consActés aux oeuvres de la bienfaisance. Quelques ^ias qu'elles prennent pour se dérober à nos regards, elles font irop de bien pour vivre ignorées. La reconnaissance a4ralii leur bumilité. Qa'on sV dresse donc à elles. Commeune charité d'habitude a, pour être utile, des secrets qu'elle seule peat connaître , les dons qui lenr sont confiés arriveat plus sûrement à leur destination. Si modiques qu'ils soient, elles les reçoivent avec une touchante sensibilité; elles savent q[n'uno goutte d'eau ranime le voyageur qne la soif tourmente dans le désert.
Serait-ce une illusion? je crob déjà voir les mères de famille en présence de leurs enfans, pour qui cette leçon ne sera point perdue , réserver, dans la distribution des prés^s .du premier jour de Tan, une part pour l'infortune ; elles disent, comme M"** ***, ce^ont les iirennes des pauvres , Chacune donne suivant &ts moyens : ici, un peu plus ; là, un peu moins ; partout quelque chose, et le malheur est consolé. Une femme, comme on a pu le voir, m'a fourni cette idée.
LE PBBHI^ JOUB. DB i'aN. 79
C'est dans le cœur de toutes les Temnies qne je la dépose; elle doit y fructifier. J'apprendrai peut-être dans quelques jours qu'on n^a point tout-à-fait oablië cens qui sont aussi de la famille.
8o IL A &EVÉ CELA.