‹ L'hermite du Faubourg Saint-GermainChapitre 26 sur 54 · CORRESPONDANCE INÉDITE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE INÉDITE

On lit, on dérore la Correspondance de Grimm; elle amuse les uns , elle insfrait les antres ; et si yons exceptez quelques lionpnies de lettres que le baron a un peu maltraités, tout le mimde est content. Je le suis plus que personne , mais je laisse k de meilleurs juges ^ à des critiques plus judicieux et plus éclairés que moi , le soin d'anadyser cet ouvrage , et de rechercher les causes de son succès ; je n^en parle ici que pour trou-* ver l'occasion d'inviter tous les possesseurs de semblables manuscrits k vouloir bien en faire présent an public : il en existe , je le sais , un très*grand nombre.

Vers la fin du siècle dernier, tons les souverains *de PEurope , et même beaucoup de princes

non souverains , avaient à Paris des correspondant chargés de les insfralrê de ctr que la conr et la ville pouvaient' offrir de'plns piquant à la curiosité des étrangers/ Un tableau fidète de nos mœurs et de notre littérature , la religion et la musique, \^ politique et les dap^^s de .^qnde , tout , enfin , devait entrer dans ce bulletin , auquel la seule esquisse de nos travers et de nos ridicules aurait pu fournir un étemel aliment. Chaque correspondant conservait deux ou trois copies des lettre^ qu'il adressait ^ boa. prince ; que sontrelles dieveniies^? Fauçlrart-il^pui; que ces annales, qni foiw^t tt«,$ia|Pt^éiQeAt.piéGe$'saire à Thistoire 4e jiotteit^m$ )< sQii^ pei^di^^. pour nos desc^itdaiis ? Non» L^ n^tligiiM pu^^iue exige qu'dle» sortent de^^portelejoilk^ Wi| le& recalent, et vraiment il si^i^ odi^W> c^ ^^ P^i^M satis&ire. Pénétré d^ la vépté dei^piçi^çipe ., et voulant précbeir 'd':ei^mp)^ ^ je ni'4^|^<^se d'annoncer que je- vaia HvreC; à rif9|içe5fiÎ6p la Cemspondanct sccriée y palMf^ui^fÇfiMU^k^^e.

j'ai entretenue pendant pluiie^sfiaoné^ a^^^^s grand prince dont les bontés ip^-^i^^ftpttjojJi-^; chères. Mai» afin éerrpff^vmi^ mfi$ rjQg^çs.^n ma faveaur, je d«i$ leur appi^ftnà^e.pap qi^e) beureu:;:

co&ak»QK£iAjNC£ iiijKaia:s« 1 1 1

hasard je me troiwai'charg;é de cette importante siissioii^ et quels ëtaientt me» titres pour justifier la* confiance dont il:voii)att;bicai m'bo- Aorar; je dirai ensuite daiB^ qiiel esjprit cette correspondance est •écrite.

' En 17 , 4e roi d'Yvetot vint à Paris, où

le strict incognitO'qu^il jugea à propoB de garder l'empêcha d^étre refiarquë. 11 avait par-^ eonru tonte Tltalie , et s'y était fait remarquer par la vivacité de son esprit et retendue de ses connaissances. On n'a point encore oublié qa'en voyant la fumée du Vésuve , il dil aux personnes de sa suite : « C'est ici qu'il faudrait placer le temple de la Renommée. >» Un mot si profend , qui aurait (ait la fortune d^ Alexandre , est sorti de la bouche dn roi d' Yvetot. Ce prince , pen-^ iaskt le* court séjour qu'it^fit^à Paris, reobereha la société des gens de lettre»; leur- conversation rintéressait. U. aurait bien voubi assister à la séance publique de l'académie ; raaftenrense-' ment il lui fut impossible d'avoir un billet d'en* trée. Tout ce qu'il voyait , toul ce qu'il entendait , le rendait amoureux de notre littérature , et avant de prendre la diligence de Rouen, pour retourner dans la capitale de ses états», il

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ordonna à son capitaine des gardes de lui chercher un correspondant' Le poste était beau , mais s2ms ëmolumens, de sorte que je me présentai seul pour Tobtenir. L'argent me touchait , peu , et je me croyais assez récompensé par rhonneur de servir un prince qui avait si bien placé le temple de la Renommée. H y avait, d^ailleurs , beaucoup d'étoffe dans ce jeune roi , et , à Taide de certaines réflexions , adroitement glissées dans mes lettres, j'espérais en faire 'quelque chose.

J'étais, quoique assez jeune encore, trèsrépandu dans la société des. gens de lettres. M. de Voltake, à qui j'adressai un quatrain lors de son voyage à Paris, m'avait écrit une lettre charmante que je portais toujours sur moi, et que je montrais à tout le monde. Je n'avais pu voir M. Rousseau de Genève. Ce philosophe , dont ]ts jmmhtes étaient peu engageantes , avait repoussé mes avances , je veux dire qu'il m'avait fort brutalement fermé la porte au nez. Pour mé^ consoler de ce petit désagrément, j'eus le bon esprit de me rabattre sur M. Rousseau de Toulouse , moins célèbre , peut- être , mais beaucoup plus poli que son homonyme. Mé Rousseau

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de Toulouse joignait à un talent littéraire, qui n^ëtait pas mince , du savoir-vivre et de Tama-^ bilitë ; il était en outre grand nouvelKste : ses relations dans les cafés étaient immenses ; aussi ina correspondance lui doit- elle une bonne partie de son intérêt. M. Rousseau de Genève, avec tout son génie, son humeur noire et son habit d^ Arménien , ne m^aurait pas si bien servi. M. Diderot avait des bontés pour moi. 11 est vrai que , sur l'athéisme et sur quelques misères semblables, ma manière de voir différait un peu de la sienne ; mais comme il était bon , généreux et tolérant , il avait consenti à me laisser , ainsi qu'à sa femme , les petits préjugés de notre enfance. « C'est leur marotte, disait-il à ses amis; elle lés aHpse, je ne veux pas la leur ôter. » Sa conversation m'ëlectrisait. Quelle énergie ! quel feu ! Dans ses momens de verve , il saisissait sa perruque et la jetait à dix pas de lui. Craignant que le chien de la maison ne la profanât, en jouant avec elle , je me hâtais de la raàiasser, et je la replaçais avec respect sur le chef encore fumant de cet homme inspiré. On a imprimé quelque part, pour me faice niche, que c'était M. Naigeon qui rendait ce léger set"

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vice à DiA^rot. Voilà connue Jesbonaes tra«iilions 5ç perdant! yoilà comme pn^crit Thi^ire ! Si racadémie ft^nçaise ae^e comptait paft.aa nombre denses membres, c^é^ait hiçn sa^ Tante, et non.la.^eime. Plusieurs fois ^^^vais- brigué cetboan^ur en fai$ant les yisit€L& d^us^ge ; mais , tantâtsous un prétexte, tantôt sous 119. autre, on .m'avait très-poliment éconduit. Le Mmie femeux , ëtabU rue Daupbine, et. hmg-tems présidé par M» Cailhava4e TËstandoux , s'était montré moins difficile. Comm^ je n'avais point encore publié- ces ouvrages qui. m'cmt acquis, depui^., une si briUaate.réputatiw, M. de la Dixiiterie , dont la parolq valait le jeu , avïiit bien voulu répondf^demQs taiens. Cet écrivsuu jonissait alors 4''une grande^fij^^iritii • on assv^ qu'il en a déjàpeiîdpt l^^pi^lea^e. partie. Après cela ,• on peut tout ciroir)e« - Serait-il donc, vr^i que le* briiittque.fait un aujLeiir pofidantsa vie , n'est point un gage certain de son immortalité? Homère devrait bien, nousi apprendra oomment il s'y est pris «p<^ur arriver ^squ'à nou^Oiaque siècle Semble' rajeunir cet ilbi|»tre aveugle ,. tandis qAe M. ^*1^ et moi, qui ^à plus de .soixante an$ , Ukfm enÇsOre s^tfis lunette^ de. i^, jolis

coaa^siioiœ^CiB i:^ÉQiT£^ 1 1 5

iBddrigaBx V sens sétoius pevit-r&tre oaUiës ayant d^étre e]itérFéâ#<£n: vérité , oB: àeosaM plufr au- |oiird»'Itui sai>:qàoi compter.

' J&'yivats.faknrave& tout le niaiide^ bien «^e^ les économistes, bien avec leurs. aévfifsaires.; i 'àmais^méme troEivé uii moyen de* les rapprochée, en prouvant, dans une petite brocbure, cette grande vérité 9 que le pain était* nue tîfaOse superflue , dont on pouvait fort bien se paçscx, et ^^il Pliait le supprimer; Cette idée sittfAe , newe peurtant, conciliait ies^deux partis; elle terminait toutes les disputes , et c'était précisément ce qae personne ne voulait ; ausai ma brochure^ f«(-eUe' étouffée , et Ton porta an nues )e ne 'sats quels Dialogues- de Tabbé Gagliapi , qui s'était bien gardé d'aborder la question aussi franchement que moi.

Je gardai la même neutralité dans la grande qnerelle sur la musique. Ce n'est pas moi <pû ai menacé Marmontel de lui couper les or^illôs s'il publiait son poème contre les Gluclûstes. J'aimais Marmontel, et ses orrilies.ne m^incommodaient' point; je Int av^MS seulement conseillé d'être léger, vi(.et p^ntat, si toutefois cela ne

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dérangeait pas ses projets. Ce poëme , au reste, ne fut point acbeyë. Pourquoi faiit*-il que Thumeur guerrière d^un académicien nous en ait privés? Pourquoi aussi ce Marmontel tenait-il tant à ses oreilles ?

Enfin , il ne manquait à ma célébrité que d'avoir dîné chez M*"' G***. C'était une femme selon mon cœur ; son cuisinier était irréprochable , et si Ton médisait à sa table , ce que jMgnore , du moins n'y mangeait-on pas son prochain sur du pain sec. Lorsque je me présentai pour y être admis, toutes les placés étaient prises; on m'objecta, de plus, que j'étais encore bien jeune, et que je pouvais attendre.

Cependant une voix intérieure me disait qu'aux âmes bien nées

L^appëtil n'attend pas le nombre des années.

Quoi qu'il en soit , je voyais très-souvent un des convives les plus exacts , de sorte que , sauf le dtner que d'autres mangeaient sans moi , je ne perdais aucun des avantages de cette intéressante réunion. Il âiut conclure de tout ce qui précède, que mes liaisons m^ facilitaient les

GO&&£SPONB\NCE INEDITE. 1 1 7

moyens d^entretenir avec succès la correspondance dont je venais de me clfiurger. Je ne me trouvais pas, il est vrai, à la tété de la littëra-' tare , mab , de son c6té , 1er roi dTvetot n^ était pas une puissance du premier ordre ; ainsi nous nous c<mvenions parfaitement.

Quant aux nouvelles de la cour, je les avais, î^ose le dire, de la première main. J^ étais Tami intime de M. ♦♦♦, médecin ordinaire de M*"* **♦, jeune et jolie actrice du Théâtre-Françab. Cette enfant gâtée , beaucoup trop gâtée de Thalie , recevait le soir à souper les seigneurs les plus aimables , etn'avait rien de caché pour son docteur. Je puis donc assurer que de tous les sou» verains de T Europe , S. M. le roi dTvetot était le mieux informé des anecdotes de la cour de France.

Je faisais un jour remarquer à RidUère que tout éloge était bien &de. « Pourquoi louer? » me répondit le bonhomme. Ce mot, plein de naïveté , renferme une excellente lefon dont je crob avoir fait mon profit. Vous craignez peutêtre qu'ayant beaucoup vécu avec les philosophes, je ne me sob cru obligé d'en parier avec

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quelques ménageaMBs. Bornes amts! sassusez-* vous; ils élaifiit mes anus , nais je D^ais pas promis d'en dire ^ du bien. Je dinais aves eux, et mdn^ qadqae&ris chez eux ; mais un diner^ suivi de cinquante antres 2, est-ce li nn. engagemait? J'avais d'ailleurs un prince à désenirayer. Quant aux écrivains du parti contraire , vous devinez sans peine qu'ils sont Sort maltraités dans cette correspondance : ils étaient les ennemis de mes amis , de gens avec lesquels je |ias~ sais ma vie ; po«tvais-je , en eonscience^.me dispenser d'en dire dur mal ? £n deux mots , je n'ai loué personne; n'est'^epas le moyen de contenter tous mes lecteurs ?

J'hais d'abord consenti à ce que ct% iettns ne fussent publiées^qu'aprèsmamorl,^ et lorsque toutes les parties intéressées auraient disparu ; mais des considérations' très -^puissantes m'ont fait changer d'avis. J'ai craint d'être moins beu^ reux que le baron de Gtinm, etde tomber sous les ciseau^ d'un éditeur 'moâns s^^ et mains éclairé que M. ***; en second lieu , la gloire posthume me tente fort peu ^ et si , comme j'ai lieu de Pe^érer, cette^corves^ndance doit ang-

COaRESPOND&HCE INEDITE. 1 19 menter ma réputation , je ne snis pas fâché de -

jonir , dès aujourd'hui , de ce petit bénéfice. ' N'imprime pas , i* me dit l'intérêt d'autroi ; « imprime , » me dit mon amour-propre. J'imprimerai ; qu'on ne m'en parle pins.

Ce ne fut qu'en 1792 que je'cessai'dé tatlespondre avec le roi d'Yvetot. A cette époque, les habitans du pays -de Cam le regardèrent comme un abus , et le supprimèrent. Je sai« encore à recevoir de ses nouvelles.

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