‹ L'hermite du Faubourg Saint-GermainChapitre 27 sur 54 · LETTRE A M. FABRE-D'OLIVET · texte numérisé non relu

LETTRE A M. FABRE-D'OLIVET

J^appheuds , Monsieur, avec indignation que rincrëdulité s'inscrit en £inx contre ie prodige que vous avez opéré en Egivenr de Rodolpbe Grivel , mon ncien camarade : elle sontient que ce sourd et muet , que vous avez fiiit entendre et parler, a toujours entendu et parlé, ei ose vous accuser de charlatanisme. Vous ne manquez pas sans doute de témoignages qui vous serviront i imposer silence aux calomniateurs ; mais je pense que le mien ne peut pas vous être inutile. Grivel était'sourd et muet de naissance ; jamais aucun fait ne fut mieux constaté. Ccmfié, ainsi que moi , aux soins de M. Tabbé Sicard , il a donné, pendant plusieurs années, des preuves multipliées

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d^une rare intelligences, il brillait toujours au milieu de nous lorsque , dans ces exercices publics, qui ne sont jamais préparés la veille, nions étonnons,' par nos réponses et par de soudaines illuminations, les plus profonds, je veux dire les pins obscurs métaphysiciens. Mais, malgré cette vive intelligence , malgré son assiduité aux le<çons de M. Tabbé, jamais on n^ avait pu le faire entendre et parler ; seulement quand on lui pinçait le bras un peu trop fort , il disait : Aïe ! et quand on appuyait le pouce sur son larynx , il criait : Oh! Voilà, Monsieur, les seuls dis-cours qu^il ait prononcés dans les six années qu'il passa à Finsiitution. Il est bien vrai que sMI y fût resté plus long-tems, le médecin de Tinsti^ tution, homme trës-recommandable, avait promis , non de lui donner la parole , mais de lui en expliquer le mécanisme; et cVùt été une grande consolation pour ce cher camarade de savoir au moins pourquoi il était muet. Vous avez &it plus pour lui. Monsieur; grâce à vos soins, à rheureux procédé que vous avez découvert , Rodolphe Grivel est entièrement rendu à la société ; il a parlé, et a £aiit entendre* à sa II. ^ 6

m^e ces douces expressions que dictent aux enfans Tamonr filial et la reconnaissance. U n^y a anfoordlrai que la mauraîse foi qui puisse nier ce bienfait^ et calomnier tos intentions, liais &ï resterez-YOusU, Monsieur? Rodo^plie Grâvel sera-t-il Tunique objet de votne ^licitnde ? Il me semble que j^y aurais biçn aussi quelques droits* J^ëtais le meilleur ami de votre ëlère ; je partageais tous ses jeux; il me traitait en frère ; et jamais il ne m*a dit avec les doigts un seul mot désagréable. Au nom de cette liaison que la ressemblance parfaite de nos caractères avait £ait naître, et <qu'un malheur commun Cmttifiait encore^ je vous conjure d^exercer sur moi le talent admirable que vous tenez de la EVovidence : ne me croyez pas indigne de vos soins ; ma docilité et monintelligaice vons répondent du succès. Grivel vous dira ^ puisqu'il ^le maintenant , que je ae reste jamais court dans nos exercices : il ne m'a fallu que vingt^q^lre heures pour apprendre la dactylolahe et la chimlatie ; je fais tout «ce que je veux <de mes deîgts \ je les agite «avec une souplesse exlraorylmaîre : on dirait quel^pK&is que j'en ai dix à chaque uiain.

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jtbis font ceh ne suffit ^s^f^prou^ uneTm dëmsageaisMi d^coÉimdre et de pnter; étc^est de vous y Measieiir, ^e jîe réclame ce douUe inenfak.

Dë)à h plus tendi» des aèreS) daas une lettré touchante qu'elle a eu rhonneur de vims adresser, a imflati vos bens offices pour ma sœur et pour moi. Bépôsant sb. doukar dans votre sein , eHe vous a .supplié d'y mettre un âèrme^ en faisant jôttk sses devK enfaiis d^une iacuké que b ^latnre lemr a refiisée. Je connais votre réponse , que vous venez de rendre puUiqne *• Il parait que le spectacle d'une mère désolée et de dénx en^ jansinfioiiunés'ne vcniva point ^am« Auxaccens décUrans dn sa dMlemr, vous n'opposes 4)ue les imds calculs du raîftonnementj ma tmàne &'a^ dressait là votre ieoénr, et, f^nnetteznmoi devenir le dire , ce coMUCt tetfté tna^n^ible au cH da désespdr, ne lui a point r^ndn: C^e^ mai 9 IHanistetur,' qni Confire le fié» d'un refais msA cruel.; car té>t:ou tacd ma sceaar piarjeraji nne {^eime:fiUe

* Nouons sur le sens de Vouîe en général^ et en par- Heutier sur la guérison de Rodolphe Geipel^ sourd eVmnet de naissant€^ ei ime séfie de httrts.

ne peut pas toujours rester muette. Ainsi donc, voyant que vous aimez à discuter ce qui devrait être senti , j^ai pris le parti de vous écrire, persuadé que y si je venais à bout de vaincre vos raisonnemens, vous consentiriez à entreprendre ma guérison.

On croirait d^abord , à vous entendre , que vos nombreux travaux absorbent vos instans, et ne vous permettent pas de vous occuper des sourds et muets. Une étude opiniâtre mi* a livré la langue de Moïse , perdue depuis vingt-cinq siècles; je vois r hébreu sous un nouveau Jour; je travaille sans relâche à le restituer; Je compose une gram^ maire, un dictionnaire; Je rétablis la cosmogonie de Moïse, etc. , etc. Vous parlez de vos occupations : croyez- vous, Monsieur, que l'illustre instituteur qui nous donne ses soins n'ait pas encore le loisir de se livrer à d'illustres travaux ? Sa Grammaire générale, son Traité des Signes , qui ( preuve incontestable de son mérite ) vient d^étre couronné par le jury décennal , peuvent vous donner une idée de l'immensité de sts recherches et du tems qu'il y a consacré. Et les devoirs que sa religion et son ministère lui près-

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çriteiit , croyez- vous qu'il les néglige? Lfis sermons qu'il a composés et débités se sont^ils fait tons sentir ? Ne puis-je pas supposer que, malgré tant et de si graves occupations, il a encore du teins à perdre, puisqu'il va souvent à l'académie? Vous voyez donc, Monsieur, que, sans renoncer à vos élucubrations chinoises , parsiques^ brahmigues^ égyptiennes, vous pourriez encore être utile à l'humanité ; rien ne vous empêcherait de faire marcher de front l'étude de la cosmographie de Moïse et la guérison des sourds et muets. Ce qui confirme cette opinion , c'est Teffet rapide de vos moyens curatifs. Que vous a coûté la guérison de Rodolphe Grivel? Le remède que vous lui aviez administré les q, ^ et l'i janvier avait disposé son organe auditif à recevoir Vimpression. Le ii , vers le soir^ on prit une grande casserole de cuivre , et^au moment oà Rodolphe s'jr attendait le moins, on la frappa derrière lui, en la tenant par le manche , avec une baguette grossie par le bout/ L'impression quHl en ressentit fut aussi forte que vous l'aviez prévue; il chancela , sa vue s* obscurcit ; il tomba évanoui dans les bras de sa mère , qui eut besoin de recourir au vi-

foQ L£TTa£

^ig^ P^^ k^e avenir à kà. Ab! Monsietr, je vous ea sapplie, procwez-moi cet feuFcvs évanoiiisMSieHt ! Il yott&a peut-être Jalhi: t»^ ai^ de lrav«ax peur re t r ea ve g hkmgagJi Mdhe, pe$âm depuis vmgl sHédês; trois \aar8^ revs* s«fBsaieni pour trourer la.mmne. Au: nom de rimmanttë , faites jiouir te» les sourds et muets d'une faeubé de»t la latnre , utaràtre cruelle ^ les a privée

Je ne suis pas méittia ^ dites-vous. Je te saxs

Mtn, puisque Tousguërissea Tosiuakdes: c'est

précIsëniMit pour cette rabon que je m'afèresse

à vous». Ou dira çàfms i^ifmàértt me guide. Soyez

tcaaquUk, Mousieur, uia pauvreté tous mettra

à Tabri .d^uu tel reprocbe. Vous ue rece?rez de

moi que des actions de grices : le premier usage

que je ferai de la parok sera de cbant^ vos

kmaagas et de câéi«er votre biesEât. Maêspith-

sez-ç4ws çàe ib surdité soii le seul maSkeur dont

Vhumanitd sçît affligée ? Sans compter la- cieiti\

et tanf^ d\autres matofdies physigues^ çtte Oiep-pous

de la cécité ei de Ia surdité maràûs? Peme»^ous

que tant de prétend uhhws çui ai^ sord atteints

n'aient pas besoin de remèdes ? Voilà , Monsieur,

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et y ta rottgis pour vovs^ r«ilà ce qur i^ovs ëcriviex à mie mère afBîgée : eile ^otfê dem^oide la g^aëitson de ses enfaas , .et vous lui pariez de ia eé£Ùé et de la suriUi maraks; va4s' faites iti épigranmes sur les prétmdm suifom qni pèsent saiume et ses saUUiiesr et ne sapent pas calculer htifie é^ un moucheron. Vous aves beaucoup d^esprit , Monsieur ; mais )e crains que la cosma-gomcèe Moïse u'ait endurci votre cœur. Vous avouerez, du moinS) que le malbenr, réclamant vos secouss, avait droit d'espérer ne antre ré^ ponse : rirone , dans cette civcoKtâmce , me semble fort déplacée. Les aveugles softl à plain*dre, sans doute; mais le seront-ils 'mcmu^ parce que nms resterons sawids. et maclss? &ném9a^ potts. Monsieur, un aslre tronvieiai peut-étse dans les antiquités ekànùes^ paniquesrei' bmdknuques le secret de gnésir les aveugles. Quaiit aux piéièndus savons aitnuts^ de Im cécUé ei ie la stariité. maraks , vous ont -ils appelé pom* les traiter? Vous savez hèeit, è'aâleursv qo^ils sont inoiraUes ; un seul de ces Aocteui» vous doihneraît plus d^embarras^cpie tonte Vinstilultandes sourds et mueis,-

Votre secret , Monsieur , ne vous appartient plus lorsque Thamanité le réclame. Mais, objectez-vous , si un homme sans fortune parvient t à force de peines et de traçaux d'esprit , à ramasser un bien considérable^ doii^il de bonne foi le dis-ir&uer à ceux, qui , croupissant dans Vignorance et t oisiveté^ n* ont fait aucune espèce d* efforts pour sortir de leur état ? Les personnes qui prétendent me forcer à leur livrer le fruit de mes connaissances ne ressemblent pas mal à ces pauvres qui , sans vouloir travailler^ prétendent néanmoins à ta dé" pouille de ceux qui travaillent. Permettez-moi de vous le. dire, Monsieur; un homme. qui se livre tout entier à la philosophie antique devrait raisonner un peu mieux. Le possesseur d^une grande fortune, fruit de ses longs et pénibles tcavaux , peut dire à l'indigent paresseux qui voudrait Ten dépouiller : << Fais comme moi , travaille ; je ne 9 suis point obligé d'abandonner à Foisiveté ce » qui m'a coûté tant de sueurs. » Mais me tiendrez -vous ce langage à moi, pauvre sourd et muet ? Me direz-vous durement : « Etudie , fain néant, étudie ; fouille les sa!d€pàtés parsiques^ M égypiiermes et brahmiques; tu y découvriras le

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