DE L'ABBÉ GALIANI
(StpUmbre 1818.) *'•
Vers i 760, un jeune secrétaire de Tambassade de Naples fut présenté à Louis XY. La cour, en le voyant , ne put s^ empêcher de rire de la petitesse de sa taille, quoiqu^il eût pour le moins un bon pied de plus que le nain de Stanislas. Mais le monarque , qui ayait de la dignité dans toutes les occasions où elle était nécessaire, garda son sérieux, et aussitôt les courtisans re-
* Comme il m*est souvent arrivé d'intervertir Tordre dans lequel les divers articles de ce genre ont été publiés dans la Gazette de France^ j'ai cru nécessaire d'indi* quer i*époque à laquelle chacun de ces articles a paru.
{Note de r Editeur,)
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prirent le leur, désespérés d^avoir ri si vite. Le jeune étranger s'en tira par une de ces saillies qui lui étaient familières : « Sire , dit-il , vous voyez à présent Téchantillon du secrétaire ; le secrétaire vient après. » Le roi sourit , et , le lendemain, il ne (iit bruit dans tous les cercles de la capitale que du petit secrétaire d'ambassade.
On désira d'abord de le comiaitre ; et i peine fut -il connu qu'il n'y eut plus moyen de pouvoir s'en passer : sa petite taille avait amusé la cour, son mérite intéressa la ville. Ce diplomate, de quatre pieds environ , offrait un phénomène asses rare. Il avait beaucoup de savoir sans pédanterie ; il était érudit et point ennuyeux. Que dis- je? jamais on n'avait vu un étranger plus aimable ; et on savait alors ce que c'était que l'amabilité. Il étincelait d'esprit : les reparties les plus vives, les plus ingénieuses ; les traits les plus malins lui coûtaient moins que les sottises ne coûtaient à d'autres. Aussi fut-il bientôt recherché avec un empressement égal par la borne et par la mauvaise société ; et on lui doit cette justice , qu'il ne négligea ni l'une ni l'autre.
Une pareille acquisition était importante ; les
philosopbes ne tardèrent pas à en sentie tout le fiàx, Cétait pourtant un abbé, et ce cpi'ils pat* donnaient moins encoure , un abbé miiré^ Mais* c^était un de €e& abbé& de bonne composition, abbés seulement pour posséder des abbayes, mais qui vivaient de Tautel , sams même s'in£brmer du nom de la rue où révise, élaife située , et qui ,. dans l'occasion , s'égayaient arec grâce sur le Dieu qui les nourrissait; or, les philosopbes aimaient beaucoup ces abbés^-là. Non-seulement ils leur permettaient, par une dispense spéciale , de conserver leurs bén^k^s, mais ils trouvaient encore le moyen , tant alors ott était imprévoyante de leur en procurer de plas considérables : c'était, dans leur nGiniâre de vonr, autant de pris siur rennemi.
Lisez leurs Mémoires et kiurs Gornspondan-^ ces; vous verrez, qu'ils parlent de nota abbé avec une sorte d'admiralion. INoa qu'il approuvât, sans exception, leurs tbéories souvent yai*nés et creuses , en politique et en admnisiiatÎDn* Au contraire, il prenait même qnelqpieCbis la liberté de les combattre, tantôt avec l'avme d» raisonnement , tantôt avec celle de l'iironie. Mai» le moyen de se fâcber contre un petit abbé pas
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plus haut que sa mitre, si spirituel, si gai, et qui d^ailleurs, point capital, ne croyait presque à rien; le moyen de se fâcher contre un adversaire qui , lorsque la discussion tournait au tra-' gique et que Diderot (iirieux jetait pour la troisième fois sa perruque à Textrëmité du salon, disait si plaisamment : « Oui , j^ai tort ; la perruque le prouve. Cette vilaine Europe tombe en pourriture. Partes tous pour rAmérique , c^est la terre de promission; mais j^aurai la douleur de ne pas vous y accompagner, car vous savez qu'il n'y a point d'abbayes. » Ils lui pardonnèrent donc la force de ses argumens en faveur de l'agrëment de ses plaisanteries et de la piquante naïveté de ses conclusions.
On n'eut point de secrets pour lui ; il fut admis aux premiers grades; et, ce qui le flatta davantage , il participa aux sacrés banquets ; il dîna une fois par semaine chez le baron d'Holbach , le maitre-d'hôtel de la philosophie , et ne fit pas moins admirer la vigueur de son appétit que la vivacité de son esprit; car, afin que vous le sachiez, le petit abbé était fort gourmand, ce qui , au reste , ne gÂte rien chez un philosophe.
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Certaines femmes de bon ton en raffolèrent.
Elles le troayaient charmant; il nous apprend
nëanmoins qn^elles le traitaient de monstre ; mais
elles ne l'en aimaient pas moins, et peut-être Ten aimait-on davantage. Ces dames , en vérité ,
' étaient trop bonnes , trop généreuses , car'l'ingrat soupait chez les filles , auxquelles il accordait une préférence marquée et très-malhonnête . Vous ne serez pas surpris d'apprendre que sa conversation s'en ressentait; qu'il était d'une
**' énergie.)...; qu'il se servait quelquefois d'expressions épouvantables; mais, heureuse-