‹ L'hermite du Faubourg Saint-GermainChapitre 30 sur 54 · IL · texte numérisé non relu

IL

ment, on avait alors de larges éventails qui ^^ étaient d'un secours merveilleux dans toutes les !^ occasions où il convenait de paraître épou^»

vantée.

^'^ Et d'ailleurs on ne s'épouvantait déjà plus si

facilement. De graves moralistes venaient de '^' décider que les femmes les plus honnêtes étaient ^^ celles que les contes graveleux scandalisaient le ^^' moins. En conséquence , on ne demandait qu'à T donner publiquement une preuve si décisive et ^^ si péremptoire de son honnêteté. Enfin, l'hypo- ^ crisie était regardée comme un vice si odieux, ^^^ que , dans la crainte d'en être soupçminé , et par

l42 CO&a£iSPOKDÂ)IC£

sci ^ Bytc j 0A lui sacrifiait la psécnr et quelque chose de pi». Le siècte marcliait.

Ce sccsétaire ^ambassade que Naples nous envoya à une ëpeque qui semblait faite exprès pour lui, pour se& qualités aiinadlleset mène pour ses vices , ce jovial abbé , tant féti , tant caressé pendant dix ans qu'il tésida à Paris , et qui laissa des regrets si vifs à ses amis et à tons ceux qui Tavaient connu, qu'ils ne rappelèrent fkas depuis que Vinipafuble abbé , cVitaît , vous Tavez dé)à deviné , Tabbé <7aliani i dent on pn* blie aujourd'hui ia coirespondance.

Encore une ccnespondsuice ! ya-t-on s'ëcrier avec huneur. Celle-là, du moins, n'est pas d'une longneur effrayante , elle ne - forme que deux volumes , et vous savez qu'on ne tous a pas toujours tenus quittes à si bon marché. Ce baron Grimm en iBnissait-il? Je soupçonne qu'il a une noovdie livraison à vons fournir ; méfies* votts-ea.

Encore une correspondance , et jetant beau* coup de médisances, de câilomnies peut-être; beancoiip de particnlarités honteuses exposées an grand jour, Im-sque, au contraire, elles devaient rester étentellem^nt ignorées. Je conyiens

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qu'en effet ces révélations postlmnie^ nuisent touîeurs un peu plus, un peu inoins k la mérmoire du dëfimt^ et que même aUes éclaboussent quelquefois des vivans SotX iMMUiétes ; mais qu'y pouvons-nous faire ? S'il nous fallait soigner toutes les mémoires de ce tems-là , il en est qui nous donneraîent une rude besoe;ae. Mais je connais mon abbé ; c'est un étrange défunt. Il serait homme à nous dire : « De quoi vous mélez-votts? ce sont mes affaires. Je sais mieux qne vous ce qm convient à ma .mémoire ; imprimer idonc; publier; i^véle^; n'oubliez même pns de donner mon adresse : rue Froidnaanteau, an quatrième^ sur le derrière, chez la aom^ niée...... fUle majeure. »

Rien ne se lait donc ici, et rien ne s'est bit JBsqa'à>présent que de l'aveu et même par exprès commandement des parties Jes plus intéres* séeS'i, dont aous ne sommes^ en quelque sorte , que les exécuteurs testamentaires. Ouî^ encore une correspondance , et vous en lirez bien^d'au* ires , punce qu'elles sont tontes i notre adresse , et qu'on n'a pas écrit, à cette ;époque, un seul billet jqui ne nous flkt destiné. Vous verrez donc ce dîx-huitibne siècle sans aucun voile , vous

l44 CORRESPONDANCE

le yerre^ dans tonte sa nuditë , et $^il perd quelque chose à être yn ainsi, que se$ admirateurs ne s'en prennent qu'à lui seul : il Ta voulu.

fc Vous êtes insupportable (écrit M"*^ d'Epi- » nay à Tabbé Galiani , 7 juin J 7 7 3 ) , vous êtes » insupportable en me rappelant que notre cor- » respondance ne sera imprimée qu'après nous. » Ce texte est assez clair, tout commentaire devient inutile. Point de doute qu'en écrirant M"' d'Epinay ne nous ait regardés. Et Galiani? n'est-ce pas à nous qu'il songe lorsqu'il lui répondait : « Vous savez donc que notre corres- » pondance sera.imprimée après notre mort corn- >» mune? Quel plaisir pour nous ! comme cela va M nous divertir! » Plaignez- vous donc des éditeurs, accusez-les d'une coupable indiscrétion, lorsqu'ils ne font que remplir religieusement les intentions des défunts.

Pour moi , je ne vois point comment cette correspondance aurait pu nous échapper. L^abbé Galiani ne cessait de conjurer M"** d'Epinay de veiller avec le plus grand soin à la conservation de ce précieux dépôt , et d'en multiplier les copies à tout événement. Il voulait même qu'elle se fit communiquer, n'importe par quel moyen ,,

BS L^ABBE OALIANI. l^^

tDutes les lettres qu^il écrivait à d'autres. <c J'ai » eu , dit-il , 19 mars 1 7 70 , la bêtise de ne pas » garder une copie de ma lettre àJMi. **** D'A" n lembert a raison dédire qu'elle estcharmante;

» elle l'est en effet Faites, pour vous la pro-

» curer, tous les crimes , toutes les coquinenes » possibles» même en assassinats. Il faut que, » vx>us ramassiez toutes mes lettres cpmme les ^ feuilles de la sibylle. Dieu sait ce qu'elles di- » ront quand elles seront jointes ensemble. »

Des mesures aussi sages ne pouvaient manquer de produire l'effet que l'abbé Galiani en attendait. Le succès a même passé toutes ses espérances .^ Prévoyait-il que deux éditions de ses lettres paraîtraient presque simultanément? Voilà cependant ce qui arrive aujourd'hui , et sais- je, moi, si une troisième ne se fait pas quelque part. Quel plaisir donc, honte à part, pour l'abbé Galiani! quelle bonne fortune pour sa petite ombre, qui va bien s'en divertir! C'est pour, le coup qu'il va dire encore une fois : « Un abbé charmant , c'est moi. » Oui , quand il veut l'é-. tre; mais il a des caprices : quelquefois ^ sommeille , et abrs vous seriez tenté de le battre $

i45 ' J'ai epas

aie;

l46 COaaB&PONDAKGE

car il n^aviait tenu qu'à lui d^avoir de Tesprit tons ks joins.

On a publié desmèreBent tes lettces de ma^ dune d'Epinay. Celles de son aimable ctmespaandaut nous devenaient. indispeosaUes^ Qm ae voit ({u^ainsi rapprockées ^esvoiii se prètenm secours mutuel? mais Gaitani n^^it pas sans cesse occupé de sa bêUe éawêe^ et c'est, suivant moi, nue circonstance très-beureUse; caries lettres qu'il a écrites à ses amis répandent ne agréable variété sur un rçcaeil.0Bii la monotonie eût été inévitable , si la. belle dame toute smile en avait lait les frais. Ces^amiasant {[eus deivotre connaissance. lia ont reinpbcé la race d'Agamenmou, et depuis qudquesi années. on ne. voit qu'eux eu scène.

Grimm est encore là; mais il yi figure, dans UA état bkn différent de celui oà Jean*J^cqaes Rousseau le rencontra, locs de son anivée à Paris, faisant maigre obère et maudissant pU- Losopliiquement les ricbesses et toutes les jraiijt^^ mondaines. La fortune lui a souri; il dtneimieiK^f et sa pbilosopbie a déjà perdu de son ipret^. C'est presque un personnage...; il est }M9iiî mais les lettres de Galiani ne savent où trouver

DE li^ABBÉ OAI«IANI. li^^

ML le bar^ de Grimm , qui accompagne dans leurs yojfages de petits pdi¥:;es allemands , qu'il umiseVuxk aj^è^ l'autre dans ieurs pielites capit;^; gagiiant à ce: métier de fiacre de bonnes peasjfonsf di^ntila granct bes<mi, el des cordons qui Tpnt aobftveic^de te récondlier xftc les.distinAti0ns4oictales.. Il faut pen 'de ckose pour adoiH cir vu pbil^ojpb^ ^ et je ne saà& vraiment pas ce qui serait arrivé si Ton eût fait de Diderot un baron ]du saint- iidpire; .Après ce qnenous avons vu, }e ne y#ux plusijur^r de rien.

Mais le véritable bamn eat le baron où Ton dine, GaUam le aaviaît mieux que moL Aussi tout0s ses.lettreaan baoQii d'Holbacb, cbezqm, conme>il lendit Ini-méme^ la. pbiloaopbie mangpait de lii bon^appélit^ pfWvakntHsllés combien il ^t^ lenéore XomhA de roUigéant accueil qu'il en avmt.reçu. HaL^fèels .dîners! quels dîners! Invité pendaslidix.ans.àce baàqneft. des .sautes, il avait. )le cœur eki l'estomac trop bien placés ponr /n'ea pas faider im long et tendre souTeiiif . Ce ja'est. pas cfjppndant cju'il Ukt trèsrsensible dé fion natorêl^ mjiisqpels dinenl'quek dîners !

Après l'ampbytrkB viennent les convives, les grands dîgnittàres» 4e TégUse pbilosophtqne.

l48 CORRESPONDANCE

Quant aux f rires mineurs et à nos sœurs en incré-' dulitë , s*il ne leur écrit pas , il veut au moins que ses lettres leur soient communiquées , afin quHls sachent combien il les chérit. Le nom d'aucun d'eux n'est sorti de sa mémoire ) il porte à tous le plus yif intérêt. Je crois même qu'une fois il demanda comment se portaient le perroquet de M"* Lespinasse et M. Naig^eon. Il n'oubliait personne.

•c Ah! mon cher Paris, ah! que je te regrette! >» Je n'ai aucune peine à le croire. Nous avions gâté ce petit abbé ; et sa patrie , lorsque les circonstances l'obligèrent d'y retourner, ne devait plus être à ses yeux qu'un véritable lieu d'exil. « Plus dé dîners I s'écria-t-il avec douleur ; {dus d'amusemens , plus d'amours ! » Kon, plus dé dîners ni chez le baron d'Holbach, ni chez M"** Geofirin, ni chez M"* Lespma^se.

Dîners charmans ! dîners irréparables! Plus JV musemens!Le moyen dé s'amuser dans un pays^ où l'on ne dispute sur rien^ pas même , et voilà ce qu'il y a de. plus affligeant , pas même sur la religion! Galiani ne trouve personne à qui il puisse parler. En vam se cotisent-ils pour l'entendre ; la finesse ^e ses plaisanteries échappe

DE L^ABBÉ GALIANI. l49

à ses compatriotes , et, par contagion, Naples Vembiiise, Il se regarde comme une plante parisùinne^ transportée en Italie pottr y langnir, pour y flétrir sur sa tige. Plus t amours! Il ne parle des femmes de son pays qu^avcc un mépris insultant qu'elles ne doivent jamais pardonner à sa mémoire. « Diderot, dit-il quelque part, » écrit à côté des dames parisiennes ; moi , j'écris » à côté des dames napolitaines. Il trempe sa M plume dans Tare en-ciel ; je trempe la mienne » dans la thériaqne. » Comme il est changé V Nous Tavons vu plus galant, et surtout moins dffîcile. Reconnait-on à ce langage grossier Tamant de toutes les beautés en circulation dans le voisinage du Palab-Royal , le chantre immortel, quoique un peu cynique, des rues Froidmanteau et Champ -Flenry? II n'y avait pas, apparemment, de mauvais lieux à Naples. Quel pays pour Fabbé Galiani ! Il £amt cependant bien y rester, lorsqu'on a le malheur d'y jouir d'une belle fortune que l'avenir ne peut qu'accroître , lorsqu'on y possède deux emplois importans et deux abbayes. Vous croyez peut-être que Galiani trouvera quelques consolations parmi les siens P détrompez- vous ; car tous ses parens sont

l5o GOBftI)SP01IDAKe£

dé^iAs , et diéifots à brûler. C'est ponr ce eonp )Oiter\de guignon. L'abbë esti le seul' mcrédnie de sa famiHe ; celte flmgdtoitë - faii pavait si ëtt^iige, quK en Gondirt que , pour lai seul^ il n'y a pas de- hasard'^ et que cerimnemeiit lifsdés sont pipés.

Voilà , sans doute , des BiaQlieurs bien craek Ajoutes les- pncts et les tDOÉrsins quile^divorent et seabiënt n'es votttoir qa'à luit Yoois saoïtz alors pourqnorplusieurscde 'ses) kttl^s ne sont que ti^op eonformeis ii >sa triste sitiiâtioii.< Toutefois ^ quand iliToiéi: dit ^ « Je suis^iiéte aufoord^faui t » prenes^y garde'vctâîgnes&ie piedde Id lettre. La tbéfise'deOaliaiâ serait iBOdore Pesprit de beaucoup* d'bbnhélei'geiis 4uii'0B|: une toute autre manière ^'étie bétesi Aurveste^ mettei-^Ic en verve, et- à' l'instant', puce^j dévots, cousins , il oublié tout ,' dt retrouire tctte- gatlé piquante ^ trop natuhrèllè obéz bii pbnr i|D^^lle pût jamais rabahdomiéf entièrement. '

M*?* d'Epinay, par malheur,; > avait aus^i ses peines V* ses* cba|g;mns. Je inelg^derai bien d^observcr^qu-dkf commençait à vieilKr, 'impertinenœ'que dik ou cmce lustres ne ^pourraîtnt extu&eat. Mais on trouvait que ses lettres étaient

DE L^ABBi GÂLIANI. nSl

souvent mamsaâeB^ùn'siis; qaVlles « sealaiort lanigrake ott la côHqm ; » qu'enfin elles n'ap^ planaient rien de ce qu^on aurait désiré le^ pins de saye4r 9 et Ton jugeait conrenalite desemettre à l'unisson : « Voilà qnî est bien , Madame^ » il faut toujours écrire, même lersqu^il n'y a » rien à dire. Je vous répimdrai de méntô, et À G«la fera «ne correspondance très4ntér«8sante » à ta fin. »

Qne de choses , cependant^ M*"* d^Epinay n V vait-elle pas k dire? Galiani Taccablait de question , et il la chargeait de tait de comnissâons , que je ne sais pas comment la iêtie 4iÊme^ pour le moins anssi bomve que brile, pouvait y suffire. L'amour expliquerait tout ; mais il était absent ; sinon J.-J. Roussean me l^urait dit. Il £aittàit donc , je lé répète, ^e M**^ d'Epinay eût nn grand' fonds de bonté pour ne pas ^envoyer promener un correspondant si in^ortnn , et toujours si difficil9 à contenler , ponr excwsfer les plaintes étemelles de GaHani , son humenr grondeuse et ses polissonneries, yéditeor assure qu'il n'a point donné te texte de cette correspondance dans toute son impureté; je lui en fais mes remerclmens ; mais en voyant ce qn'il y a

l52 CORRESPONDANCE

laissé , je serais curieux de connaître ce qu'il en a retranché* Le cynique napolitain n^aurait-il pas dû épargner à une dame respectable la bonté de lire ce qu'une femme d'un rang moins élevé n'entendrait pas aujourd'hui sans croire qu'on l'outrage? Ignorait -il que M*"* d'£pinay composait alors , à l'usage de nos enfans , un traité d'éducation que l'académie française devait bientôt couronner? Mais il parait qu'à cette époque, au moins dans certaines sociétés , le français , aussi fier que le latin , bravait l'honnêteté dans ses mots, jusqu'au perroquet de M"* Lespinasse , qui, du matin au soir , disait des ordures ^ que très-probablement il n'avait point apprises sans maître.

Galiani , en partant , avait laissé à M""* d'Epinay , qui devait les publier , ses Dialogues sur le commerce des grains, C'est sur cette affaire importante que roule la plus grande partie de sa correspondance , celle où vous apprenez le mieux à le connaître , celle oà sa vanité et st& autres péchés capitaux , car tout charmant qu'il fftt , il n'en avait guère moins de sept , se montrent le Jplus à découvert. L'impression souffrit d'abord quelques difficultés ; mais , par une circonstance

DE L^ABBÉ GALIANI. i53

tràs'heui^epi^ fie minUtre opposant bit renvoyé , e| sa retraite leva tous les obstacles. Jamais disgrâce n^arriva plus à propos ; Galiani en fut ravi d'aise , et on le voit, dans un de ses joyeux transports, « allonger ses petits bras et ses lèvres. « au profit de M^^ d'Epinay , sauf à la grpnder un peu plus fort le lendemain ; ce qui , en effet , ne manqua pas.

II. y avait dans le manuscrit plusieurs plaisanteries de mauvais ton. M*"* d'Epinay, croysoit bien faire, les supprima; mail Tauteur est au désespoir de ne pas les retrouver dans son livre ; elles auraient plu singulièrement aux dix-^uf vingtièmes des lecteurs , .qui les eussent jltgées excellentes. Est-c<^, qn>n a du go^t? « Que de » mauvaises plaisanteries n'a pas faites Voltaire » lui-même, notre vénérable patriarche P »

.Quelle sottise encore d'avoir, dans le cinquième dialogue, substitué une partie de j^u à un dîner! On a craint qu'il passât pour gourmand; et c'est précisément cette réputation qu'il recherche, parce qu'il la mérite, et qu'il s'est donné plusieurs indigestions pour l'obteniiC <c Je » suis gourmand, il n'y a pas de mal qu'on le » sache. » Eh bien ! que pensez vous du panta-

l54 ' CORmE<SPOKfi4NâE

Ion? U fÀudra ^ hwffté mal !gré ,'rétâUir, -pour lui plaire , ses Ukamraiseiir'plaisa&teries el âon dtnef dans la* seconde édition. Son- lionneiir y est intéresse.

C'est' maintenant qn'il* finit plaindre M** d'Epinay. Les dinbgnes vlemMnt' de paraître, on ne la laisse- plus» respiiter;' en ne lui passe pins une migraine , une colique. H fàfntqu^eUe^crifTe, qu'elle ëciive sans cesse ; ses lettres ne sont jamais assez fréquentes, jamais assez longues , et elle» arrivent toujours trop 'tard.' Galiani'yefit savoir « quel éclat sa bombe a (kit à Paris. » — Qiie>pense-t-on "démon Iffte? ^ — Pi^ofend , admif&fafei sVerieÀt Oiderot , Raynal et quelques autres. ' — Supérieur k F Esprit' dés Msi ajoute Grimm.' "^ Ëxeellcns juges ^ Us confirment Topinion que jf^ai toujours eue de lewrs tnmiètes. Quant à Dàelos, c^est un pauvre esprit qui voit tout de travers. Car peut-oû avoir le sens commiii»etnepàS"admTrer mes dialogues? <» Foi de connaisseur, e^est un bon livre. » Et, vanité à part , Galiani n^avait pas tort de le penser.

Après les éloges dont il fut agréablement chatouillé, vinrent les critiques qui le désolèrent. U £aiut Fentendre lorsqu'il parle de ses adver-

DE L^ABBlé GALlAKî. t55

sair^ , les économistes. « Ecrivains ennuyeux et » lourds (cela est trai), canaille malhonnête , » impudente et fanatique, qui vise à la isédi- » tîon;.... » Ce n^est pas seulement delà colère, G^est de la belle et bonne rage. Il est surpris qn^on-n^envoie pas un de ces misérables au fort TEvéque, et prie M** d'Epinay d^en dire deux mots à M. de Sartine, qui est trop honnête pour lui refuser cette petite satbfaction. Vous vous souvenez que , quelques années plus tard , Saint- Lambert, voulant venger Thonneur de ses &/s&ns , fit enfermer un critique célèbre qu^elles avaient' ennuyé. On criait cependant bien haut, et non sans quelque raison , contre les lettres de cachet i on les avait en horreur; mais que Youle^-votts ? rhomble abus existait , et , en attendant qu'il f&t supprimé , ceux qui criaient le pins fort trouvaient commode de s^en servir. Galiani garda longue rancune à ses critiques. Ec^omiste devint dans sa bouche la plus grande de toutes les injures; les puces, les cousins qui le mangent, autant d^économistes. Son libraire Merlin , qui ne le paie pas , encore un économiste. Les personnes qu'il aime le plus lui deviendraient odieuses , s'il les croyait attachées à

l56 GORRESPONDANCK

celte exécrable secte. « M"* Suard est-elle économiste? » Cette dame, qu'il trouyait si aimable , si bomie et si douce, qui , en effet , était tout cela et Test encore , U Teùt prise en aTersion si elle avait protégé un instant Texportation illimitée des grains. Mais elle n'ayait garde ; son bon esprit la préservait de cette erreur, et sur les farines comme sur toute autre question, elle pensait très-judicieusement.

Avec un esprit aussi bouffon que Galiani , les affaires les plus sérieuses devaient finir par jute arlequinade.il consent donc à tout oublier, mais i certaines conditions. La reconnaissance nationale lui érigera une statue. « Dans ce beau rond » des halles, au milieu des farines et des filles, » quatre des plus fougueux économistes seront

» enchaînés à ses pieds » Toujours les filles;

mais je crains de Tentreprendre sur cet article. Je vois déjà Tarlequin tirer de sa poche une dissertation fort savante dont le but est de prouver « i*^ que tous les grands caractères aiment le » libertinage ; 2® que cela ne peut pas être au- » trcment. »

Chéri , même admiré des philosophes du sièrie dernier, il notait cependant pas d'accord avec

DK L^ABBE GALIANI. iSy

eux sur beaucoup de points iinportans. J'ai de bonnes raisons pour ne pas dire aujourd'hui ce qu^il pensait de la liberté de la presse. Lui apprend-on que les jurande& et maîtrises viennent d^étre supprimées, sa réponse. est courte, mais énergique : « Sottises, absurdités, » Invoquet'on avec empbase les droits sacrés et imprescriptibles de rhumanité? «.Moi, je.n^admets M que le macbiavélisme pur, cru, vert, dans n toute sa force, dans toute son âpreté. » 11 consent très-vojontiers à être appelé machiavelino. Certes, de telles doctrines n'étaient pas faites pour plaire .aux philosophes. Cependant ils aimaient celui qui les professait, ils Taimaient à la folie , jusqu'à demander qu'on |;ui assurât en France une pension de 4o,ooo francs, s'il était assez modeste pour s'en contenter. Ce qui suit expliquera ce qui précède.

Galiani , d'abord , regarde les philosophes , Diderot en tète , comme les plus beaux génies que la France ait vu nattre. Le dix-huitième siècle est à ses yeux le premier de tous, les siècles. Celui de Louis XIY lui fait pitié. « On ne » le nommera dans la postérité que pour dire que » Voltaire en a parlé. » Voilà déjà une très-

l58 CORRKSPOUDANCE

boime note ; GalîiskHi , en outre , ne croyait « rien en rien , it rien sur rien ; » c'était assez honnêtement raecoumr son ertéo* Plusieivs de ses lettres sont saupoudrées de la plus f ne impiété. Ses amis lui annoncent que le Sysième^de ia nBture est dénoncé aux tribunanx ; aussitôt il joint les mains et adresse à Dieu la prière la phs touchante* : « Préseryez, grand Dieu, préservez » Tathéisme de toute fâcheuse persécution! mais » je to^emble..».. » Puis*, changeant de ton*. « N'est-il pas-bien plaisant qu'on en soit venu au » point que Voltaire soit aujourd'hui modéri » dans ses opinions religieuses? >» Oui , trèsplaisimt assurément; mais, ce qui ne Test pas moins , c'est de voir qu'en écrivant ainsi, ce mime napolitain priait sescenrespondans d'avoir égard à sa position , et de i'eicuser s'il ne s'expliquait pas plus clairement. « Je suis abbé , » conseiller du roi : j'écris de Naples. Je dois » être discret » Peste sottde la discrétion!

La correspondance de Oaliani avec M** dTpinay dura plusieurs années ; mais je soupçonne que vers la fin elle les fatiguait tous deux , lui surtout. « Vos lettres ne me coûtent plus que » trois sous ; il est vrai qu'elles arrivent un peu

ï>£ Ii'ABBIÊ OALIA19I. l59

» taird ; maisi îl fâat ^crificfr te idëlài au kon > mardië. » Et ce monsigiior ^ qui ^'applaudit d^un bon tnarcli^ de trais $ous> a Ats gens^ un cocher et un cuisinier qui le volent à qui mieux inteux ! M^*' d'Epinay ne cesse de Fentretenir de JTiT'fiiigipaines , de ses coRques el de ses obstructions ; je crois qu'il s'en souciait fort peu ; mais , trop poli pourétre en reste avec elle, et manquant d^ailleurs ée mâiièrê éen'mbk ^ il se lamentera âfan toâr , et se ditpluâ^ matbeureux que jamais. L-es'piiees, le^ cousins lé piqumt davantage; il digère>plQ5 difficilement. Les cors qttMl a aux pieds detienneùt plus durs ; toutes ses dents tombent-; et à chaque dent quHl perd , tl dresse de c^.t événement un' procès-verbal qu'il envoie à M^® d'Epinay , sans oublier ses chats, ses nièces, etc. N'est-ce pas se moquer -d'elk et dQ nous , puisqu'il prenait* ses mesures pour nous mettre un jour dans la confidence de ces pauvretés? 'Il était donc tems pour tout lé mcmde que cette c<»Tespondance cessât. Les lecteurs sévères trouveront qu'elle aurait dû finir plus tét , et les moins difficiles regretteront qu'on n'ait pas re^ tranché des lettres de Galiani les détails fastidieux qu'elles renferment. Sa gloire y aurait ga-

l6o CORHESPONDANCE, etc.

gné. Mais si ce nouyeau Rabebns m^entend , il va dire encore une fois ce qa^il a dit plus de cinquante : « Quant à ma gloire i je m^en ficbe... ; » et moi aussi.

Je terminerai ce chapitre par une anecdote qui, ayant amusé Galiani, pourra en amuser d'autres.

« Vous saurez le changement de Grimaldi à Madrid , en même tems qne celui de Tanucci à Naples. On m'a assuré que les deux courriers se rencontrèrent à Saragosse. Celui de Madrid .parla le premier, et dit au Napolitain : « Compère 9 j'ai ime bien grande nouvelle dans ma valise. — Quelle est donc cette nouvelle? — C'est la démission de Grimaldi.. » Sur ce, le Napolitain froidement lui riposte : « Vous me prenez , compère , pour un courrier boiteux ; j'ai .la démission de Tanucci dsgas ma valise. » Jugez de l'étonnement des deux. Ils finirent par s'embrasser et remercier Dieu d'être nés courriers. Enfin ils se quittèrent , bien persuadés qu'ils trouveraient sans fante à qui remettre^ leurs paquets à leur arrivée.

SAINTE-PELAaiË. l6l

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